CHAPITRE LXXXII
Comment nouvelles vinrent au duc de Bourgogne QUE LES Gantois a grande puissance vinrent met.
TRE LE SIÉ^E DEVANT ÂUDENARDE.
Xjes nouvelles vinrent audnc de Bourgogne, qui pour lors étoit en sa ville de Bruxelles, là où les ambassadeurs des Gantois éioient et besognoient pour le bien de la paix, lesquels moult saintement se gouvernoient et conduisoient, et ne sçavoient point la. déloyale malice de leurs gens qui là les avoient envoyés et mis en tel danger que s'ils eus* 3ent eu affaire à prinee furieux , il les eût fait occire et mettre à mort: mais tantôt le fit sçavoir à ceux ambassadeurs, lesquels furent moult émer* veillés, et non sans cause: si ne sçurent que. dire, £brs tant seulement, qu'ils ^e mettoient. du tout en la bonne grâce du duc de Bourgogne, en disant que c'étoit le plus grand déplaisir qui jamais leur put avenir, et que mauvaisement ils étoient trahis. Et lors fut le propos bien chaudement et soudainement changé. Mais le duc de Bourgogne sçavoit que les dits ambassadeurs n'etoient en rien consentants, ni sçachants la grand' déloyauté d'iceux Gaur lois: car, comme dessus est touché, il y a voit en la dite ambassade des notables gens de la vilfe d'Audenarde, lesquels ne purent rentrer dedans pour
le sicge des dits Gantois, qui, ainsi comme dessus est dit, les avoient assiégés les Guidants (crojant) prendre daramt le temps qu'ils dem a ndoient la paix. Et pour la vérité dire^il y eut plusieurs des dits ambassadeurs, qui point ne retournèrent en la dite ville de Gand , pour la grand^ fausseté et déloyauté qu'ils véoient être es dits Gantois. Alors le duc de Bourgogne, moult fort animé et courroucé sur les dits Gantois^ fit son mandement exprès pour secou» rir sa ville d'Audenarde,et lui même se partit de la ville de Bruxelles le quinzième jour du mois d'Avril après Pâques, l'an mil quatre cents cinquante et un; et vint au gîte à Notre-Dame de Haulx,et le lendemain à Ath en Hainaut, et là fut jusques av vingt et unième jour du dit mois, en attendant ses gens de guerre; et d'icelle ville s'en alla à Grandmont, laquelle avoit été prise et mise au sacquemant (sac), pour ce qu'ils avoient fait le serment aux Gantois, et avec ce avoient pris et élu être leur capitaine l'un d'iceux de Gand, et avoient été pris par messire Jean de Groy grand bailly ée Hai-' naut et par messire Jacques de Lalain. En cette ville de Grandmont étoient avec le duc de Bourgo^ gne et en sa compagnie, le comte de Gbarrolois son fils, Adolphe fils et frère du duc de Clèves, mon-* seigneur Jean duc de Coimbre, cousin g€rmain du roi de Portugal, Comille bâtard de Bourgogne, le seigneur de Croy, le seigneur de Bocquem , le seigneur de Créquy, le seigneur de Montagu, le seigneur d'Aussy, le seigneur d'Aumont, le seigneur de Humières^ et plusieurs autres chevaliers et
écuyers ordinairement de la cour du duc de Bourgogne. Et avec eux y étoîent le comte de Saint Pol et deux de ses frères, c'est à sçavoir le seigneur de Fiennes, et Jacques seigneur de Saint Pol, et messire Jean de Croy lesquels avoierit charge de gens d'armes^ et avoient en leur compagnie bien deux mille combattants , sans les gens de la cour du
duc de Bourgogne.