‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 95 sur 110 · ET EN DÉCONFITURE · texte numérisé non relu

ET EN DÉCONFITURE

O^ retournerons à parler de ce noble et gentil chevalier Jean de Bourgogne comte d'Étampes, lequel, le vingt quatrième jour de Mai, se partit de la ville d'Audenarde, et en sa compagnie plusieurs grands seigneurs, geos d'armes et detrail, poarce

qu'il avoit ouï dire que Gantois étoient issus en grand nombre hors de la ville de Gand, pour aller vers la ville de Tielt^ et disoient les aucuns qu'ils vouloient assiéger Englemoustier. Ce jour le comte d'Étampes se logea à un village nommé Uarlebeque pour tirer vers les Gantois: si ordonna ses batailles, et bailla la charge de Pavant-garde à messire Antoine bâtard de Bourgogne. Le seigneur de Saveuses, messire Gauvain Quieret, le seigneur de Dreuil, et autres furent des coureurs. Le comte d'Etampes fut conducteur de la bataille, et n'y eut point d'arrière garde. Si fut le compte d'Etampes averti que les Gantois étoient logés eu une ville nommée Nivelle, laquelle étoit close de portes et de fossés. Et devant la porte, du coté de Courtray avoit un fort boulevard que les dits Gantois gardoienty devant lequel boulevard étoient les chemins fort rompus, et fossoyés, et dedans les bleds a voient mis penons croisés et fichés en terre, afin que ies chevaux n'y pussent passer. Les coureurs et Pavant^garde se mirent à pied pour assaillir le boulevard; si passèrent hommes d'armes et archers à travers les fossés de la ville, là où ils avoient eau jusques au menton; si commencèrent archers à tirer sur Gantois aux flancs et aux cotés, et tellement que les dits Gantois se mirent à déconfiture et en fuite. Et fut la ville de Nivelle par force et vaillance d'armes conquise sur les Gantois, lesquels, comme dit est, tantôt encommcncèrent à prendre la fuite et à abandonner la ville, quérants leur sauvem^nt, car rançon ni miséricorde n'y avoit lieu, que

tout ce qu'on pouvoit acconsuivir (attendre) ne fût mis à Fépée. Et tirèrent tous iceux fuyants vers la ville de Gand, excepté aucuns qui étoient des villages d'en tour, qui se boutoientès hajes, et buissons. Et lors le comte d'Étampes voyant la ville être prise, ordonna aucuns de ses capitaines pourchasser les dits Gantois, lesquels s'enfuyoient. Si y alla messire Antoine bâtard de Bourgogne atout (avec) son étendard, et aussi firent le seigneur de Waurin, le , seigneur de Rubempré, messire Gauvain Quieret et autres; et ceux qui dedans la ville étoient demeurés encommencèreut de chercher et fourrager et prendre tout ce qu'ils pouvoient trouver.

Or advint assez tôt après, que par les fuyants, et aussi des seigneurs qui les chassoient, moult gcand bruit s'éleva par le pays d'entour; si commencèrent cloches à sonner par villes et villages, et le pays si fort à soi effrayer, qu'il ne demeura homme qui ne courût soi armer. Les uns prenoient leurs piques, les autres bâtons ou épées. Si se rassemblèrent bien environ cinq cents hommes paysans; et n'en sçurent oncques rien ceux qui chassoient les Gantois: mais les alloient toujours chassants si rudement, que plusieurs ils rateiudirent, lesquels ils occirent et mirent à mort, durant lequel temps les dite paysans qui s'étoient rassemblés, eux avertis par auiaftius des fuyants qui étoient échappés de la ville de Nivelle, lesquels leur dirent et affirmèrent que dedans la ville étoient demeurés bien peu de gens, et que de léger, si aller y vouloient, la ville de Nivelle serœl bonne à recouvrer. Iceux paysans moult joyeux de

ces nouvelles, non pensants à ce que depuis leur en advint, à une très grand' hâte cheminèrent jusques assez près de la dite ville de Nivelle. Or advint qu'avant ce qu'ils fussent arrivés, ceux qui dedans la ville étoieat entre ouïrent le bruit et la frainte(tapage), qu'au venir faisoient les dits paysans. Lors s'émeurent, tant hommes d'armes comme archers, environ vipgt , dont étoit chef messire Antoine de Hérin; et chevauchèrent vers le lieu ou ils ouïrent venir les Gantois. Ils ouvrirent la barrière, et pas-' sèrent le popt et tous ensemble marchèrent à l'encontre de leurs ennemis sans sçavoir leur puissance. Car bonnement ne les pouvoient voir à plein, pour ce que la ruelle, par où ils venoient étoit assez étroite, et jetèrent un cri: si se férirent sur les Gantois et les firent reculer. Lors les Gantois voyants que les gens du comte d'Étampes n'étoient guères de gens, prirent courage, et sans plus attendre se férirent sur eux en telle manière qu'ils reboutèrent messire Antoine de Hérin et ceux qui avec lui étoiept, jusques sur le pont auprès de la barrière^ et là les Gantois occirent messire Antoine de Hérin, qui fut moult grand dommage de sa mort: car pour lors il étoit tenu pour un vaillant chevalier; et avec lui moururent, un gentil-homme du Dauphiné nommé Chiboy Pèlerin, Charles de Moragés natif du pays de Bourgogne, RoUequin le prévôt, Roncy,et Oudart Hatterel natif de Picardie, et deux autres gentilshommes desquels je ne sçais les noms: de la mort desquels fut moult déplaisant le comte d'Étampes quand il en fut averti: et si celui mes-

sire Antoine et ceux qui avec lai étoient eussent tenu leur barrière ferme, sans Fa voir ouverte^les Gantois ne s'y fussent point l)outés» car le comte d'Étampesétoit k l'autre lez(côté) de la ville, qui de ce ne sçavoit rien, où il tenoit sa bataille en ordre, attendant que ses coureurs fussent revenus de la dite chasse; et pour ce dit on uu en proverbe, que grand' hâte mène répentance après soi: et si messire Antoine de Hcrin,etceux qui avec lui étoient, n'eussent été si hâtifs de saillir sur les Gantois, sans les avoir vus et sçu quels gens ils étoient, il ne lui en fût pas ainsi avenu, comme vous avez oui dire.

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