CHAPITRE XCI
CoimBITT LES HATIONS DES MARCHANDS BTAlITB A BrV» GBS, ET LES AMBASS^DE^URS DU ROI DE FrANCB VINRENT DEVERS LE DUC GUIDANTS TROUVER AUCUV TRAITÉ £NTR« LE DUC ET LES GaNTUIS^ MAIS RIEN NK S*E]I FIT; ET AUSSI nV VOYAGE DE BlPLEMONOE^ OV GaSTOIS FU- RENT DJtCONFlTS. '
I/URANT ce temps, les nations des marchands se partirent de Bruges pour aller à Gand,pour cui^ der trouver aucun traité entre leur prince et eux; mais quelque traité qu'on sçàt faire , ni parlementer, ni de trêve ni d'abstinence de guerre , ils n^en vouloient rien tenir j et plus traitoit-on à eux, et moins tenoientleur promesse. Toutefois le roi de l^rance pour trouver aucun bon traité entre duc de Bourgogne et ceux de la ville de Gand, au duc de Bourgogne, envoya son ambassade, mais rien n'y firent^ et en furent plusieurs journées tenus à Lil- IÇi à Bruxelles et autre part: mais rien n'y valut« Et se continua toujours la guerre plus âpre et plus mortelle que paravant n'a voit été: car lors le duc de Bourgogne, voyant la grande déloyauté et ma^ lice des Gantois, très fort animé sur eux, se partit de la ville de Tenremondc le treizième jour du moi»
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de mai, toute son armée lors étant devers lui, pour aller passer la rivière de l'Escaut à Riplemonde, et partants avec lui son seul fils le comte de Charrolois, le duc de Clèves, Adolphe son frère^ messire Cornille bâtard de Bourgogne, le seigneur de Croy comte de Porcien, le comte de Hornes, le seigneur de Créquy, le seigneur de Montagu, le seigneur de Lalain, le seigneur de Ternant, le seigneur de Humières, messire Jacques de Lalain, le seigneur de Waurinj le seigneur de Bauseignies, le seigneur d^Arcy, messire Charles de Châlons, et plusieurs autres grands seigneurs. Au dit lieu de Biplemonde avoit un gros village que les Gantois avoient ars (brûlé), mais pour ce qu'il j' avoit fossés autour, où souloit (avoit coutume) de être icelui village, fut avisé d'aller loger huit cents ou mille combattants dedans , afin que les Gantois ne s'y logeassent premiers: car si les Gantois y eussent été logés, ils eussent pu destourber (troubler) le passage du duc de Bourgogne et de ses gens au dit lieu de Riplemonde. Si furent envoyés deux notables chevaliers, l'un fut messire François l'Arragonois, et l'autre le seigneur de Contay, lesquels allèrent garder le dit logis.
Un jour devant le portement du duc, icelui mes* sire François alloitpar eau, et menoit etconduisoit plusieurs grands bateaux, bacs et passagers, et passa devant plusieurs des ennemis, qui lui firent de grandes invasions, et plusieurs fois lui livrèrent assaut: mais en dépit d'eux il mena, et con-
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duîsit son navire jusques au dit lieii de Riple^* monde , et le seigneur de Contay aHa à cheval. Si gardèrent et logèrent au dit liett de Riplemonde ^usques à la venue du duc, et en ce jour, après ce ' que le comte de Saïnt«Pol, et messire Jeanc^e Croy eurent passé la rivière iau dit lieu de Riplemonde, y furent logés ainsi comme aux champs^ car tout y . étoit ars par les Gantois. Et le duc de Bourgogne^ passa la rivière de l'Escaut, accompagné de ceux de son sang et de la bataille, tant hommes d'armes comme archers; et se logea au dit lieu de Riplemonde. Et pour ce que le nombre de sa compagnie étoit grand, fut ordonné qu'il y auroit deux hommes notables ordonnés pour les faire, passer par ordre. Sise passèrent tous ceux de ^étendard du duc, et puis passa messire Jacques de Lalain et ceux de sa compagnie, et puis après tous les autres en suivant: puis passa messire Daviot de Poix le maître de l'artillerie, qui mettoit en ordre les charriots des marchands vivandiers et autres que le prévôt des maréchaux conduisoit; après passa Farrière garde. Si furent tous logés aux champs,. et tantôt après- vinrent nouvelles au duc de Bourgogne que ses ennemis les Gantois étoient entrés en un village nommé Berselle, à un-quart de lieue près du logis de Riplemonde.
Si montèrent à cheval le comte de Saint-Pol, et
• messire Jean de Croy, et trouvèrent les Gantois en ordonnance atout (avec) artillerie et pavois devant eux: mais tantôt furent déconfis. Et s'en fuirent les aucuns d'eux en l'église du dit lieu de Berselle, es
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hajes et buissons, et en une forteresse au plus près d'icelui village de Berselle. Uéglise ne tiirt point et fut prise par force , et la forteresse fut assaillie; et se rendirent au comte de Saint-Pol, pour et au nom du duc de Bourgogne. Et pendant le temps que les gens du comte de Saint-Pol et de messire Jean de Croj assaiUoient la forteresse, les Gantois se rassemblèrent et coururent sus à ceux qui gardoient les chevaux des assaillants.
' Le seigneur de Tiennes, frère du comte de Saint Pol, et messire Jean de Croy étoientà cheval, et avec eux environ quarante lances, et soutinrent le faix, tant que leurs gens furent rassemblés. Alors de toutes parts on cria alarme, et tant que le duc de Bourgogne Touït, lequel tout droit ne faisoit qu'arriver au dit lieu de Rij^emonde^ et si n'a voit ce jour ni bu, ni mangé, et toutes fois il étoitbien quatre heures après midi, mais sa coutume si étoit de jeûner qnatre jours en la semaine, c'est à savoir le lundi,lemercredi,ie vendredi, et le samedi en pain et en eau. Quand le duc ouït crier alarme, il se mit à chemin pour aller au lieu où ce étoit. En sa corn* pagnie étoient le seigneur de Croy et plusieurs autres pour secourir et aider le comte de Saint Pol, et messire Jean de Croy : mais ançois (avant) qu'ils y fussent arrivés, le dit de Tiennes et messire Jean de Croy avoient déconfit les Gantois, et moult s'j portèrent vaillamment iceux seigneurs. Et là jfbt n*^ vré messire Jean de Croy d'un vireton (javelot) dedans son pied dextre (droit); et en ce jour fureotles dits Gantois par deux fois déconfits et mis en fuite,
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et jr perdirent environ deux cents hommes ; et plus grand nombre en eussent perdu^si n'eût été que le pays étoit fort de grands fossés et de haies , tellement qu'on ne les pouToit acconsuivir (atteindre) si hâtivement, ni incontinent qu'ils se mettoient en fuite, et ainsi par ce moyen se sauvoient.