CHAPITRE XCIV
Pe Là ROMPTURE qui fut faite A.FIN QUE LE DUC n'àL? LAT A l'emprise QU'iL AVOIT FAITE, jC'esT A SÇAVOIR SUR LE VILLAGE DE MoRBEÇqUE, DONT IL FUT MQ^LT
Courroucé.
Auprès du pays de Wast avtfit un très be^u pays iju'on nommoitlcsQuatreMéliers auquel paysavoit un très beau village et grand, nommé Hi^lsl^ lequel se tenoit pour le duc de Bourgogne. lU étoient pei> de gens; si leur fut envoyé messire I^ouis de Mamir nés, atout (avec) environ soixante combattants lesr quels confortèrent ceux de Hulst^ et là demeurèrenjt tant que le duc eût envoyé plus grand nombrie .de gens ; d urant lequel temps, le duc sachant que paf son fils le comte Cliarrolois n'ayoit été faite ni achevée l'emprise qui lui étoit ordonnée, a^seinbla son con-r seil pour sçavoir que il avoit à faire touchant le village de Morbecque, lequel surtouteschos.es suj? l'heure désiroit prendre par force j pourquoi furent députés et ordonnés ccrlains chevaliers à mettre par écrit la manière et la conduite de l'assaut d'iceluji Morbecque. Et en furent le seigneur dp Créquy, le
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seigneur de Mon tagu y le seigneur de Ternant^l^ seigneur de Humîères, messire Daviot de Poix et mcssire François l'Arragonnois; et mirent par écrit foute la manière et la conduite de l'avant-garde et PartifUerie, qui y appartenoit, le lieu là oùils s^asscrobleroient, ceux qui dévoient assaillir, ceux qui dévoient être à pied et ceux qui dévoient être à cheval, où toute Paitilierie de ribaudequins ^*\ couleuvrines et veuglaires ^'^ dévoient être, et là où les crennequiniers ^^^3 se dévoient tenir, et où vivres et charrois seroient; et en général toutes Jes ordonnances furent si bien ordonnées, qu'on ne pourroit mieux. Et icelles apportées au duc, présent son grand conseil, le jour et Theure de partir fut dénommée et conclue. Mais en celui jour que le duc se cuidoit (croyoit) partir, aucuns sages et subtils chevaliers dt>utants le grand péril et danger qui pourroit être à assaillir celui village de Morbecque ainsi fordlié et gardé de six mille hommes, comme on disoit, trouvèrent manière de rompre cette emprise par subtile voie, et tellement qu'à peine s'en put-on aperce» voir. Toutes fois il fut rompu, dont le duc de Bourgogne fut moult troublé, et tellement qu'il montra devant tous ceux de son conseil par paroles, que couroujc^é en étoit, et fit son étendard qui aux fenêtres de son logis étoit, reployer et bouter dedans, en soi complaignant que sa dite emprise étoit rompue;
(0 Les ribaudequins ^toient des machines de guerre qu'yen dreiuit sur les marailies des villes et à Taide desquelles on jetait 4tn iaftloti avec une grande violence. J. A. B.
(a) Sorte d* armes kftu. J. A. B;
(3) Archers à cjieva!. J. A. B. s
MESSÎRE JACQUES DE LALAW. 355
usais il ne sçavoit par qui: toutes fois tout demeura ainsi pour l'heure. Puis le lendemain, qui fut le vingt-sixième jour du m-ois de juin, les ambassadeurs du roi toujours requérants au duc de Bourgogne pour amour et faveur du roi , qu^il voulut apaiser sa fureur envers les Gantois, et qu'il lui plût entendre à la paix, en requérant trêves à moQsei«gneur le duc, et que bonnement on ne pou voit parvenir à la dite paix, sans surséance de guerre^ prièrent tant au dnc, qu!'il leur accorda qu'il ne feroit point de guerre auiL dits Oantois, ni n.6 fieroit faire trois jours entiers, c'est à sçavoir le mardi , le mercredi et le jeudi , qui furent les vingt sept, vingt-huit et vingt-neuvième jours de juin: Mais le dimanche devant, qui fut le vingt-cinquième jour d'icelui mois de juin, le duc avoit ordonné que ceux du pajs d'Hollande iroient par eau de la ville de Tenrtmonde en la ville de Hulst, îûnsi comme ils firent^ et s'en allèrent en belle ordonnance a ii long de la rivière de l'Escaut et pjassèrent devant la ville d'Anvers, et puis entrè^'ent en mer, 0t tant firent qu'ils entrèrent dedans la ville de Huist £t le mardi, qui fut le viiigt-«eptième jour du mois de juin, le duc envoya messire Antoine bâtard de Bonvr gognc, messire Simon, messire Jacques et messire Sanche de Lalain au dit lieu de jtluslt, atout (avec) trois cens combattants, ou environ, achevai: et la nuit ensuivant de ce même jour qu'ils furent arrivés au dit lieu de Hulst, ils sçurent, que bien six mille Gantois, étants et gardants pourl'heure un grand et foit village nommé Acqueselle,étoient issus hors, et
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lie sçavoient qu'ils vouloient faire. Messirejacques^ et messire Simon de Laiain issirent hors de; la yilie de HuLst le mercredi bien matin ,atout(avec)soixaiite combattants, et chevauchèrent tout droit vers le dit gros village de Acqueselles, pour sçavoir nouvelles de leurs ennemis. Si ne chevauchèrent guère de chemin, qu'ils trouvèrent un fort boulevard gardé par les Gantois, bien garni d'artillerie à poudre^ei en tirèrent sur les dits de Laiain, et toutes foii ils entendoieut qu'il fut trêves les dits trois jours du* rants, comme il étoit dit. Et quand messire Jacques» et messire Simon perçurent que les dits Gantois ne tenoient point les trêves^ ils s'approchèrent d'eui et de rechef les dits Gantois commencèrent à tirer. Ce voyants messire Simon et messire Jacques ^rent» descendre leur archers et marchèrent tout droit à rencontre des dits Gantois. Et quand les Gantois les virent approcher de si près d'eux, si commeocài' rent à fuir^ et messire Jacques de Lalaîn par grand courage, et diligemment les pritàsuivir (suivre) atout (avec) cinquante combattants, ou environ, et messire Simon demeura pour recueillir et secourir messire Jacques son neveu, si besoin lui eût été; mais celui jour messire Jacques de Laiain leboncbe* valier fit tant par son grand hardement (courage) et prouesse qu'il conquêta et gagna sur les Gantois sept ou huit forts boulevards, et passa parmi deux villages, dont l'un étoit bel et fort« et une très belle et forte église, et les déconfit et mit en fuite atout(avec) sua petit nombre de gens jusques au lieu d^Ax:qaei^ellus. Et si à cette hcni c celui messire Jacques de
Lalain eût eu suite de gens, il fût entré dédans le village de Acqueselles.
Ainsi comme vousojezmessire Jacques de Lalain le vaillant chevalier, eut en ce jours moult degrands affaires, et donna maints coups et reçut, tellement que par sa vaillance et par ses belles appertises d'armes, sa renommée fut si grande, qu'en place on il se trouvât, fortune lui étoit amie^ non pas seulement en ce jour, mais tant comme il vequit (vécut). Et en celui jour n'y eut des dits Gantois que dix à douzemorls,et deprisonniers environ vingt:car tantôt comme Gantoisle véoient aborder sur eux, lequel ils connaissaient assez, nuls d'eux pour peur de la mort ne l'osoient attendre. Après ces choses faites et achevées,messire Jacques et roessire Simon de Lalain s'en retournèrent en la#ville de Hulst Et qnant est aux Gantois, lesquels étoient issus en nombre de six mille combattants, comme on disoit, ils scurent bien qu'ils étoient allés bouter les feux en deux maisons devers la mer, lesquelles étoient à deux nobles hommes tenants le parti du duc de Bourgogne.
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