CHAPITRE XCVIII
Du PARLEMENT QUI SE FIT A LlLLE> OU ÉTQIT LAMBAS- SADE DU ROI DE FrANCE POUR TRAITER DE LA PAIX AU
D13G DE Bourgogne four ses sujets les Gantois.
CJr vint le jour, c'est à sçavoir le vingt neuvième jour de juillet, que les gens du roi arrivèrent en la ville de Lille, c'est à sçavoir le comte de Saint-Pol, messire Thomas de Beaumont, FArchidiacre de Tours, le Procureur général du roi; et^ d'autre part y furent les députés des Gantois ayants pouvoir des Hauptmans (doyens), Echevins et ceux de la loi; et mandèrent un avocat àParis nommé maître Jean de Porapaincourt pour plaidoyer leur cause et pour les conseiller:car ils sçavoientbienqu'icelui avocat étoit l'un des hommes du monde qui plus haioit (haïssoit) le duc.
]Ne demeura guères après que le duc arriva en la ville de Lille, accompagné de noble chevalerie et de sage conseil; et y furent par plusieurs journées les gens du duc et les députés deGand,et tant, que finalement furent d'accord; et fut mis par écrit toute la manière du traité, amendes et réparations honorables au duc, que pour leur rébellion dévoient faire les dits Gantois. Et furent par les ambassadeurs du roi les Gantois condamnés à faire toutes réparations au duc de Bourgogne leur seigneur; et sur ce les commis et députés de Gand se partirent de la ville
de Lille et vinrent à Gand, où ils lurent et montrèrent les condamnations et amendes honorables et profitables qu'il dévoient faire à leur prince le duc de Bourgogne, comte de Flandre, de laquelle sentence et traité les Gantois ne firent compte et se recommencèrent à faire guerre plus forte quedevant Et pourtant (attendu) que c'étoit sur l'hiver, le duc entretint ses gens de guerre en la frontière à rencontre des Gantois, et fut le maréchal de Bourgogne ordonné à être à Courtray, lequel fut bien accompagné de chevaliers et écuyers et de bonnes gens de guerre de Bourgogne, de Flandre et d'Artois. A Audenarde étoit messire Jacques de Lalain moult bien accompagné ^ pareillement étoit messire Antoine bâtard de Bourgogne en la ville de Tenremonde moult bien accompagné de chevaliers et écuyers. Et en la ville d'Alost étoient messire Antoine de Wisocq, et messire Louis de la Viéville très bien accompagnés de gens de guerre; et d'autre part étoit en la ville de Bruges le seigneur de la Grut-Uuse: et messire Simon deJLalaîn étoit en la ville de TEcluse, et aussi le capitaine du pays du Franc. Et quant à la noblesse du pajs de Flandre, ils étoient tous avec leur prince, en disant guerre contre les Gantois, tant à leurs places comme es bonnes villes tenants le parti du dua A Ath en Hainaut et es places et marches d'environ étoit messire Jean de Croy seigneur de Chimay, grand bailly et gouverneur de Hainaut» moult bien accompagné de chevaliers et écuyers et de gens de guerre, tant Uainuiers comnfie gens de Picardie.
Tout au long de l'hiver et partie de l'été les Gantois faisoient guerre, boutoient les feux es villages et es maisons aux cliamps, et firent.de moult grands dommages es pays de Flandre et de Hainaut, sur les subjets obéissants du duc leur seigneur. Et aussi pareillement les seigneurs dessusditsétants es frontières contre eux, leur firent grand' guerre et dommage^ où maints Gantois y furent pris, morts et rués jus, dont des noms ne fais ci DuUe mention, sinon du bâtard de Blanche-£strain, qui étoit conducteur et meneur de plusieurs Gantois de mauvaise vie tenant une compagnie, qui s'appelloit la Verte Tente, comme de bannis, brigands et bouteurs de feu, qui aucunes fois se trouvoient ensemble deux ou trois mille hommes, l'une fois plus l'autre fois moins. Si advint que le neuvième jour de juin mil quatre cent cinquantetrois, celui bâtard de Blanche-Estrain avoit assemblé et mis ensemble jusques au nombre de seize à dix-huit cents combattants pour porter dommage au pays de Hainaut, et de fait entra au dit pays, et fit bouter le feu en un village nommé Helleselle.
Les nouvelles en vinrent au seigneur de Chimay qui lors étoit en la ville d'Ath au pays de Hainaut , accompagné de plusieurs chevaliers et écuyers, tant des seigneurs de la Hamède, de Bossu, deHarcies, comme d'autres^ car avec ce que le duc avoit ordonné cent payes, le dit pays de Hainaut payoit cent lances et les archers, desquels raessire Jean de Croy seigneur de Chimay étoit le chef et capitaine. Or est vérité que tantôt qu'icelui
seigneur de Chimay, ouït les nouyelles de te feu qui étoit bouté au dit lieu de Helleselle, il fit sonner sa trompette, afin que ses gens montassent à cheval, lesquels furent tantôt et incontinent prêts, armés et montés. Le seigneur de Chimay voyant ses gens prêts issit (sortit) hors de la ville d' A th; lui et ses gens, tirèrent tout droit là où ils virent que le fen et la fumée étoient; et chevauchèrent tant, qu'ils se trouvèrent au village de Helleselle, où les Gantois avoient bouté le feu comme dessus est dit. Et là troavèrent femmes, lesquelles leurs dirent que les Gantois s'en retournoient vers leurs marches et qu'ils menoient charroi avec eux. Lors le seigneur de Chimay fit chevaucher ses coureurs, lesquels suivi* rent sur le trac des Gantois, qui s'étoient retraits en un bois et furent trouvés en ordonnance de combattre. Les bois où ceux Gantois étoient boutés étoient forts et les entrées étoupées, tellement que le seigneur de Chimay et ses gens ne les sçavoient comment assaillir: car iceux Gantois avoient mis couleuvriniers à garder les entrées, lesquelles étoient moult étroites.
Toutes fois, ainsi comme Dieu le voulut, le seigneur de Chimay fit descendre de ses archers, lesquels se mirent en une étroite voye, et conunencèrent à tirer sur les dits Gantois, et iceux Gantois à tirer de leurs couleuvrines sur les dits archersjet aa commencement fut navré le bâtard de Blancho- Ëstrain d'une flèche en la jambe, et tantôt qu'il se sentit navré, il demanda un cheval qu'on lui amena, et monta dessus pour soi sauver, comme il fit
Le seigàeur de Chimay quand il vit partir le bâtard de Blanche-Estrain, fit marcher son étendar^
que portoit un gentil chevalier nommé N ^*l
Alors quand les Gantois virent leur capitaine s'enfuir, et l'étendard de monseigneur de Chimay marcher contre eux, et qu'ils sentirent le trait des archers, ils semirent tous eu déroi^désordre)^ et prirent la fuite^ et y eut grand' occision de Gantois: car sur la place où ils furent trouvés, es bois et dedans les bleds oii ils se mussoyent, furent trouvés de morts environ quatre cents hommes. Maintes Lelles besognes furent en cette saison faites sur les Gantois, tant des seigneurs et capitaines étants es villes et châteaux es frontières dessus écrites comme des nobles de Flandre avant ce que le duc se mit sus à puissance pour subjuguer ses ennemis les Gantois, comme il fit. Et plus bref eût rais le duc son armée sus pour aller à l'encontre eux, si ce n'eût été les nations et marchands étrangers, lesquels lui firent reqnerre derechef, que son plaisir fût de leur accorder qu'ils s'entremêlassent de faire l'appaisement et accord d'iceux Gantois envers le duc, et qu'il leur donnât congé d'aller à Gand, pour essayer si au dit apaisement et accord ils pourroient rien besogner, laquelle chose le duc leur accorda volontiers et de bon cœur: car il ne désiroit autre chose avoir des Gantois, fors qu'ils fissent envers lui, ainsi que bons sujets doivent faire envers leur bon et naturel seigneur et prince.
(1) Lucune du manuscrit 116. J. Â. B.
seigneur de Chimay, ouït les nouyelles de 6e fea qui étoit bouté au dit lieu de Helleselle, il fit sonner sa trompette, afin que ses gens montassent à cheval, lesquels furent tantôt et incontinent prêts, armés et montés. Le seigneur de Chimay vojrant ses gens prêts issit (sortit) hors de la ville d' A th; lui et ses gens, tirèrent tout droit là où ils virent qae le fea et la fumée étoientj et chevauchèrent tant, qu'ils se trouvèrent au village de Helleselle, oii les Gantois avoient bouté le feu comme dessus estdit. Et là trouvèrent femmes, lesquelles leurs dirent que les Gantois s'en retournoient vers leurs marches et qu'ils menoient charroi avec eux. Lors le seigneur deChi^ may fit chevaucher ses coureurs, lesquels suivirent sur le trac des Gantois, qui s'étoient retraits en un bois et furent trouvés en ordonnance de combattre. Les bois où ceux Gantois étoient boutés étoient forts et les entrées étoupées, tellement que le seigneur de Chimay et ses gens ne les sçavoient comment assaillir: car iceux Gantois avoient mis couleuvriniers à garder les entrées, lesquellei étoient moult étroites.
Toutes fois, ainsi comme Dieu le voulut, le seigneur de Chimay fit descendre de ses archers, lesquels se mirent en une étroite voye, et commencèrent à tirer sur les dits Gantois, et iceux Gantoisi tirer de leurs couleuvrines sur les dits archersjet aa commencement fut navré le bâtard de Blanche- Ëstrain d^lne flèche en la jambe, et tantôt qu'il se sentit navré, il demanda un cheval qu'on lui amena, et monta dessus pour soi sauver, comme il fiL
Le seigneur de Chimay quand il vit partir le bâtard de Blanche-Estrain, fit marcher son étendar^
que portoit un gentil chevalier nommé N ^*l
Alors quand les Gantois virent leur capitaine s'enfuir, et l'étendard de monseigneur de Chimay marcher contre eux, et qu'ils sentirent le trait des archers, ils semirent tous eu déroi^désordre)^ et prirent la fuite; et y eut grand' occision de Gantois: car sur la place où ils furent trouvés, es bois et dedans les bleds oii ils se mussoyent, furent trouvés de morts environ quatre cents hommes. Maintes belles besognes furent en cette saison faites sûr les Gantois, tant des seigneurs et capitaines étants es villes et châteaux es frontières dessus écrites comme des nobles de Flandre avant ce que le duc se mit sus à puissance pour subjuguer ses ennemis les Gantois, comme il fit. Et plus bref eût mis le duc son armée sus pour aller à l'encontre eux, si ce n'eût été les nations et marchands étrangers, lesquels lui firent lequerre derechef, que son plaisir fût de leur accorder qu'ils s'entremêlassent de faire l'appaisement et accord d'iceux Gantois envers le duc, et qu'il leur donnât congé d'aller à Gand, pour essayer si au dit apaisement et accord ils pourroient rien besogner, laquelle chose le duc leur accorda volontiers et de bon cœur: car il ne désiroit autre chose avoir des Gantois, fors qu'ils fissent envers lui , ainsi que bons sujets doivent faire envers leur bon et naturel seigneur et prince.
(1} Lacune du manuscrit ii6. J. Â. B.
CHRONIQUE DU BON CHEVAl
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