‹ Chronique de J. de LalainChapitre 117 sur 133 · ET DE CE QUI S'Y FIT · texte numérisé non relu

ET DE CE QUI S'Y FIT

Quand ce vint le lendemain, le duc se délogei de Draghenen , et s^en alla loger aux champs sur la rivière de FEscaut au plus près d'uQ Tillage pomiiié Westre, séant sur icelle rivière, entre Gand ctTeoremonde qui est à une lieue et demie de Gand ou environ^ et là le duc et tout son ost furent logés en tentes, pavillons et logis faits pareillement qu'on feroit en un siège. A icelui logis de Westre revinrent les ambassadeurs du roi, lesquels s^étoient tenus à Tenremonde pendant le temps que le duc avoit été au pays des Quatre Métiers et de Wast Et illec(là)de rechef requirent au duc, qu'il lai plat à entendre à traité de paix, laquelle paix ne se pouvoit bonnement faire sans trêves. A lacjuelle çboie

îrtESSIRE JACQUES DE LALAIN. SGg

le duc ne vouloit entendre, disant, que les Gantois ne prétendoient qu'à rompre son armée; ils fîrçnt tant de belles remontrances au duc, comme ils purent, et bien le sa voient faire: mais pour l'heure le duc ne s'y voulut accorder, et s'en retournèrent les ambassadeurs en la ville de Tenremonde. Et le dixième jour du dit mois de juillet ensuivant,le duc ordonna que le duc de Clèves iroit courre devant la ville de Gand, et lui fut baillé en gouvernement l'étendard du duc; et pour l'accompagner lui fureut baillés la plupart des cUevalier3 et écuyers du duc de Bourgogne, et y fut messire Jean de Croy qui fil ce jour l'avant-garde, et le seigneur deRubempré avoit la charge des coureurs; et au regard des gens du comte d'Ltampes, ils y furent en grand nombre. Tant chevauchèrent ensemble en bonne ordonnance, qu'ils se trouvèrent devant la porte de Saint Bavon de Gand, là oii il y avoit une petite maison droit devant le tape-cul, laquelle futarse; barrières furent coupées et soyéçs (sciées), et leur fit-on fermer la porte bien en hâte.

L'alarme et l'effroi fut grand en la ville de Gand, si encommencèrcnt les Gantois à tirer sur les gens du duc, d'arbalètes, de canons et de couleu\rines; ety eut un archer qui étoit sur sa barrière de la porte de Saint Bavon, qui fut féru en la cuisse du trait d'une arbalète dont il mourut Tantôt après les Gantois s'assemblèrent en trèsgrand nombre et issirent (sortirent) hors de leur ville: mais le gentil chevalier de Rubempré les rebouta par trois fois dedans leurs barrières si rudement, qu'au rentrer

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dedans la ville , ils cliéoient et; trébuchoient les uus sur les autres. Les escarmouches durèrent Ion* guement; et issirent (sortirent) Anglois de trente à quarante de cheval et de pied hors de la viUe: car les Gantois avoienl des Angloisavec euK lesquels tinrent l'escaimouche. Mais tantôt après qu'on cbargeoit sur eux , ils se retraioient (sortiroient) dedans le trait de leurs gens: parquoi s'il y eut plusieurs hommes et chevaux navrés des gens du duc, ce ne fut pas merveille, car je crois que ce jour y eut ti*ois étendards plus près de la ville de Gaud en fait de guerre, qu'il n'y avoit oncques eu du temps d^empereur, de roi, ni de prince. Le premier des trois et le plus près, ce fut l'étendard du seigneur deRubempré;car il fut par trois ou quatie fois jusques aux barrières de Saint Bavon de Gaud. Le second ce fut Pétendard de messire Jean de Croy lequel avoit grand' puissance sous lui, et eut la charge de l'avant-garde pour celui jour, et aussi en toutes besognes avoitôl eu avec lui le comte de Saint-Pol. Le troisième étendard fut celui du duc de Bourgogne que le duc de Clèves avoit en garde; si le fit porter si près, que si celui qui le portoit ne seboutoit dedansle trait des canons, il ne pouvoit plus près. Là fut le duc de Clèves et toute la puissance du duc bien par l'espace de deux lieures, et véritablement là y avoit de vaillants chevaliers et écuyers toujours escarmoachant,ea les cuidant(croyant) toujours tirer arrière de leur ville et hors du trait: mais les Gantois ne fl^étonnoient point: pourquoi il s'en fallut dcpartir;età leur retour ils firent bouter le feu en un moulin à

vent qui étoit assez près de leur porte j et si fut bouté le feu en un moult bel hôtel qui étoit à un Tioramé Jacques de Faire et en plusieurs aulre^ maisons. Grand'foison de bêtes à laine furent gagnées ce jour, et ainsi s'en revint-on au logis.

Or nous convient dire pourquoi ni à quelle cause cette course fut faite devant la ville de Gand à ce jour, et à quelle intention elle se fai soit. Vérité est qu'on avoit dit et rapporté au duc que s'il envojroit courre devant Gand, que les Gantois issiroieut (sortiroient) hors de leur ville et combattroient et livreroienl bataille^ et afin d'avoir la bataille, avoit le duc envoj^é son neveu le duc de Clèves, ainsi accompagné comme vous avez ouï, devantla ville, pensant qu'iceux Gantois dussent issir (sortir) pour combattre, et au cas qu'ils ississent, que le duc d^ Clèves et toute sa puissance reculassent tout bellement j car le duc de Bourgogne, après le partement du duc de Clèves son neveu et des autres qui allèrent courre devant la dite ville, avoit fait dire secrètement, sans sonner trompettes de logis en logis ' de tous ceux qui étoient demeurés en l'ost, que chacun eût sa selle mise et fussent prêts de monter, si besoin étoit. Et avoit ordonné le duc qu'on lui iît sçavoir la conduite des Gantois à tue cheval j et par spécial s'ils issoient(sorloient)à puissancepour combattre, afin que lui et tout son ost fut à la bataille à l'aide et secours de sonneveu le ducdeClèves-Etclfin qu'il n'y eût faute que le duc ne sçût des nouvelles sur nouvelles, au casque les Gantois voudroient combattre, il ordonna à Toison-d'Or qu'il menât

avec lui à cette course tous les rois d'armes, hé« rauts et poursuivants de sa cour, pour lui faire sçavoir des nouvelles de l'état d'iceux Gantois, laquelle chose fut ainsi faite: mais les Gantois n'issireat point pour combattre. Et n'y eut autre chose faite pour celui jour; et s^en retourna chacan au logis, auquel le duc étoit logé sur la rivière de PEscaut, comme dit est: et y fut, depuis le septième jour du mois de juillet jusques au jour de la Magdelaiue qui fut le vingt deuxième jour du dit mois. Et là venoient les ambassadeurs du roi de France bien souvent pour faire la paix. Toutefois en conclusion, iii^nt tanticeux ambassadeurs, qu'ils obtinrent di* duc une trêve durant six semaines, laquelle fut publiée le vingt deuxième de juillet Et sompit le duc tout son armée: mais il laissa gens d'armes et de traits dedans les villes de Courtrajr, Âudenarde, Alost, Tenremoude et Breveliet, Si fut or« donné, que les ambassadeurs du roi, le conseil et députés du duc et commis de la ville de G and soroientenla ville de Lille, le vingt neuvième jour du dit mois de juillet, pour avoir avis et besogner au bien de la paix. Et au partir du log^s, le duc s'en alla à Bruxelles, où étoit la duchesse sa femme, et ainsi se partit du beau logis de Westre, séant sur la rivière de l'Escaut

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