‹ Chronique de J. de LalainChapitre 12 sur 133 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Des prouesses des nobles du pats de Hainaut et des

PERE ET grand-père DE JaCQUES DE LaLAIN.

A. LA. très sainte et bienheureuse louange et nagnificence de notre Sauveur Jésus-Christ et de sa très glorieuse mère qui sont cause et mouvement de toute bonne opération et sans lesquels nuls biens ne peuvent être encommencés ni achevés, et aussi pour ce que la mémoire des hommes défiant et passe par termination de vie, et que toutes choses se délaissent et oublient qui ne les rédige et met par écrite doncques, afin que la gloire et louange que jadis acquirent nos anciens prédécesseurs ne soit éteinte, mais augmentée et ramenteue (rappe^

lée), pour donner exemple aux nobles et vertueux hommes du temps présent, j'ai voulu mettre et écrire les hauts faits et emprises très vaillantes qu'en son temps fit et acheva messire Jacques de Lalain, aîné fils du seigneur de Lalain, lequel, pour acquérir gloire immortelle, mit grand' peine et labeur durant son temps, d'augmenter et accroître en tout honneur et bonne renommée la maison dont il étoit issu. Et pour ce que, moi auteur de ce présent traité, j'ai vu de ses hauts faits aucune partie ^ et aussi pour esche ver (éviter) wyseuse (oisiveté), mère de tous vices, j'ai pris le plaisir de les ramentevoir. Si prie à ceux qui cette matière liront, qu'ils aident à excuser mon petit et obscur entendement, priant notre seigneur qu'il me doint (donne) grâce de le pouvoir parfaire en telle manière, que la matière soit plaisante aux lisants et écoutants.

Comme il soit notoire, que jadis au pajs de Hai-* naut et à l'environ étoit la fleur de chevalerie, autant que pour lors on sçut trouver ni querre: car coutume étoit en celui temps, que quand un noble homme venoit en âge compétent de porter armes, jamais ne cessoit, non doutant péril de corps, peines, ni travaux que advenir lui put, qu'il n'allât enqué^ rant les hauts faits d'armes et les beaux voyages d'outre mer et d'autre part, où ils acquéroient et faisoient tant par leur hautes prouesses, que leur renommée s'épandoit et fleurisssoit par tous règnes^et encore fait aujourd'hui ^comme ci-après pourrez ouïr^ ainsi comme je l'ai trouvé es livres et histoires de ce faisants mention; et en spécial du très vaillant en son

temps nommé messire Gillon de Trasignîes, natif du noble pays de Hainaut, lequel, comme en son histoire est contenu, fit tant par ses hautes prouesses, qu'il acquit gloire immortelle. Et aussi ne sont pas à mettre en oubli autres vaillants cheraliers de Hainaut^qui depuis ont régné et tant fait durant leur temps qu?à toujours en sera perpétuelle mémoire , dont l'un fut nommé messire Lion de Chin y et l'autre messire Jean de Verchin sénéchal de Hainaut ^*l Certes, qui tous les voudroit nommer, ni raconter leurs hauts faits et les prouesses et vaillances qu'ils achevèrent et mirent à fin,, trop pourroit élonger notre matière en commencée,laquelle, moyennant la grâce de notre seigneur ,^ j'ai intention de poursuivre et mettre à fin: car jamais ne doivent être éteintes, ni mises sous couver- ^ titre, choses dignes de louange; car comme ci-dessus vous ai dit, au pajs et territoire de Hainaut a eu par ci-devant de grands hôtels, dont sont issus et partis de nobles et vaillants chevaliers. , comme ei-après pourrez- ouïr.

Au pays de Hainaut, pour le temps qu'en étoit prince et seigneur le très glorieux duc Philippe de Bourgogne ^^\ le très chrétien champion de la foi, le patron etTexemple des vertus, l'honneur de la chré-

fi) Le N*. 8417, parmi les mannscrits de là bibliothèque du roi, renferme un bon nombre des lettres de dëfî du séuéchal de Hainaut et la dernière partie du volume contient quelques prouesses chevaleresques de J. de Lalain écrites par le roi d^armes de la toison. d*or tt présentées au père de de Lalain. J. A. B.

(a) Philippe-le-Bon ,fils de Jean-saos-Peur^ devint duc de Bourgogne tn 14 19* J'-^' B.

tienté, le tremblement et effroi des marches (pays) infidèles, qui par son très grand et haut courage a entre les hommes vivants gagné nom immortel, avoit alors en Hainaut un baron nommé messire Othe seigneur de Lalain; lequel en son temps eut trois beaux chevaliers à fils, de dame Yoland de Barbançon ^'\ nés et procréés en loyal mariage; c'est à sçavoir, messire Guillaume son premier et aîné fils; le second messire Sanche; et le tiers messire Simon.Icelui messire Othe seigneur de Lalain suivit et fréquenta les armes et fit de moult beaux voyages outre mer et autre part, en servant son souverain seigneur le duc Guillaume comte de Hainaut, et depuis le bon duc Philippe ci-dessus nommé.

. Or advint qu'icelui seigneur de Lalain vojant et connoissant messire Guillaume son fils aîné être en âge compétent, il l'appela un jour et lui dit: « GmU laume, vous sçavez et avez jà pieçà ouï dire, qu'ê» cette maison et seigneurie de Lalain, a toujours eu seigneur héritier et légitime, noble, venant de toutes lignes, et procréé de droite lignée, comme de père à

(i^ SaÎTaot Chîfflet, ob trouve k Lalaiû^ dons l^égli»? de Safat» Aldegonde, chapelle de Saint Jean, k droite dn coenr^Ie tombeaa d^Otte et de sa femme. Voici leurs deux épitaplies:

Cbygist bault et nobles homes, monseigneur Otte, seigneur de Lalain, chevalier, qui trespassa en Pan de grâce M. CCCC et XLI, ou moisde janvier le Xi 1I«. jour: prievk Dieu pour son àme.

rb)r gisthaulte et noble dame, dame Yollens de Barbenehon, dame de Lalain, sa compaigne et e^pouse, qui trespassa en Pan de grâce M. lill cens et XXIIIL IX jours du mois de janvier. Priezk Dieu pour son àme.

Et vcsqui le dit seigneur cent et trois ans. J. A. B.

fils. Et pour cette cause, moi qui suis Votre père,voudrois voir, ainçois (avant) que je terminasse vie far mort , que en vous ne prit fin , jaçoit-ce-que (quoique) ajez encore deux frères, c^està sçavôir Sanche et Simon f^ mais toutes fois vous êtes Faîne; si est Iraison que vous soyez le premier marié. Et pour ce» jé veux et vous commande, qu^a visez et enquérez et mettez peine, sur autant que vous m^aimezet désirez complaire à moi, de trouver femme à vous propice et de bon lignage, laquelle vous prendrez à femnie: et je vous promets aider et tant donner du mien^ que par raison devrez être content: car de tout taon cœur je désire qu^avant mon trépas je voie qu'ayez enfants légitimes, qui après vous succèdent en cette seigneurie de Lalain. »

Messire Guillaume oyant la volonté et le commandement de son père le seigneur de Lalain , moult humblement répondit et dit: <c Mon très cher et redouté père, je suis prêt de faire et obéir à tous vos bons commandements, sans vouloir aller au contraire:mais toutefois,si votre bon plaisir étoit,jesuis assez jeune, et voudrois bien que ce fut votre volonté que je demeurasse ainsi une espace, jusques à ce que j^eusse plus vu et fréquenté les armes ^ et allé outré mer, ou en aucun bon voyage^ pour acquérir los et bonne renommée, comme jadis ont fait nos anciens prédécesseurs, comme fit monseigneur mon grand-père et vous: mais nonobstant ce, monseigneur, je veux faire et obéira tous Vos bons commandements. »

Lors le seigneur de Lalain très content de la ré-

ponse de son i^ls, lui dit*' « Guillaume, la réponse que vous ro^ayez faite tous sera valable, car je mettrai peine de vous allier en lieu, dont moi,yotra mère, et vous, serez content. » Et atant (alors) le, s^eigneur de Lalain et son fils cessèrent de plus, avant parler de cette matière.

Le seigneur de Lalain non ayant mis en oubli rhrumble réponse que lui avoit faite messire Guil-^. laume son fils, laquelle lui avoit été moult agréable,, fit de tout son pouvoir partout enquerre pour bonorablement allier son dit fils: et lui-même demandât à aucuns de ses plus prochains parents et amis, en eux racontant son intention qu'il avoit de faire; et avec ce, en leur priant aussi qu'ils voulsissent (vou-e. lussent)cliercher et enquerre aucune jeune dame,ou« damoiselle de bonne extraction, qui à leur semblant fut telle comme il appartenoit d'être pour Guillao^ me de Lalain son aîné fils, pour le prendre en mariage. Adoncques y eut aucuns de ses dessusdits amis qui répondirent; et entre les autres, y en eut^ un qui dit: «Monseigneur d e Lalain, jà abonne espar ce que moi, et autres vos parens,. avons avisé et fori, enquis à notre pouvoir, de trouver dame, ou dampi^ selle> qui fut telle comme vous désirez. Je sçais une dame de haute et noble extraction, et belle p^r dessus toutes autres; laquelle est sage, courtoisev débonnaire, bien morigénée et remplie de toutes, bonnes vertus: certes, à mon avis, elle est digne d'ê^ tre louée. Si d'eUe on pouvoit finer, comme j'espèra qu'on n'y faulra (manquera) point, vous en pourrez; faire sentir par aucun ^ avant qu'on voise (aille") p^usi

avant et si sitôt on la voudroit remarier, car n*a guère que son mari fut mort à la piteuse bataille d'Azincourt Si n'avoit été mariéie ladite dame, ni été avec son mari, plus haut de six semaines.

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