III. Gomme son père le duc Philippe et lui allèrent à
Dinant.
rS^.. Comme après le trépas de son père^à cause de Nuy» assiégé des Liégeois, il alla au pays et le conquit tout d*un bout à Vautre, villes et châteaux 5 et les prit par sièges et par armes; gagna les dits Liégeois et les occit par bataille à Bruscan^. entra dedans Liège par tes murs qu'il fit aWtre, ensemble les portes, et emporta leur perron à Bruges, et fit de grandes exécutions en la ville»
V^ L'armée qull mena à Péronne à Tencontre des François, là où le roi en personne avec son connétable lui vint au devant pour rompre cette aigreur et emprise.
VL Le retour de Péronne àLiége^ la dernière fois^dont la cité fut arse, démolie et mise à perpétuelle désertion, le roi même étant venu avec lui à cette piteuse ruine.
Vn. Le voyage d'Anvers et toutes les dépendances d'i- Geluy*
Vin. Le voyage deBeauvais et toutes les conditions,
K. Le voyage de Rouen.
Xt Le voyage et conquête de Gueldrcr
XL Le sjége de Nuys, qui dura près d'un an, où il <îxposa chevance innumérable, et grande planté de vaillants hommes de guerre, et eut Taudace d'envahir Tempereur et la puissance de Germanie, son siège de Nuys bien^ gardé.
£e5 Magnificences du duo Charles recuedlies par
le même Ckastellain.
I. La première fut à Bruxelles, là où, lui assis en son Irôue, 1 epée nue, que tenoit son écuyer d'écuyerie, fit convenir Gantois à compte et à genoux devant lui atout
trxviii NOTICE
leurs privilèges, et en présence d'eux les coupa et dédiir» a son plaisir , ce qui esl de perpétuel record , et ncm oncque veu la pareille.
M. A Bruges en TÉglise de Notre-Dame, où il tint sa première fête de la Toison-d Or^ en présence des ambassadeurs du pape, du duc de Guyenne^ du roi de Sicile^ da roi d'At*ragon, du roi de Naples, du roi d'Ecosse, du due de Calabre et du duc de Bretagne.
III. La solennité de ses uopces, en la même ville de Bruges; les riches et soraplueuses joules qui s'y firent, et les diverses excessives coàtanges et pompes montrées en la salle durant la fête.
IV. L audience qu'il mit sus en sou nouveau venir, et comme il alla et repassa par diverses villes, où il se présenta cti public spectacle de tout le monde pour ouïr toutes causes.
V. Comme sa magnificence fut montrée en son grand navire, qu'il maintint sur la mer fort longuement contre les François et le comte de VVarvic.
VI. Comme à St. Omer, devant lambassade du roy, son trône bas et haut, sur terre et par-lout, étoît élerni d or à cinq dégrès de haut tel que pareil n*avoii été vu*
V'II. Comme il montra sa magnificence à Trêves, devant Tempereur Frédéric, en maintes et diverses manières bien hautaines.
VIII. La fête de la Toison-d*Or en Valenciennes, où il changea les manteaux d'écarlate en velours cramoisi, avec son entrée qui éloit pompeuse à merveilles, et joutes et iournoys de même.
IX. La translation du corps de son père, le duc Philippe, par singulières cérémonies bien à recommander ^ dont il s acquit los et gloire.
X. Comment il reçut à Gand Tordre de la Jarretière. XIi Comme il se vint seoir en son parlement à Malines
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xxxix
en habit ducal> et entrsi en la Tille en ce. même état, le ehapeau en téte^ que multitude 4e g:en9 jugèrent être couronne.
Le recueil imprimé des poésies du môme Mo^ linet ^'^ contient une pièce de vers de G. Chastellain que je n'ai vue dans aucun dé ses manuscrits; c'est certainement hi meilleure et la plus intéressante de celles qu'il a écrites. Elle a été réimprimée plus tard dans la Légende de maître Pierre Faifeu^'^; c'est une revue historique des principaux événements de son siècle.. Elle a été complétée par Molinet. Les^ deux ouvrages dans les quels cette espèce de chronique en vers a été imprimée étant devenus fort rares, je crois être agréable au public en la plaçant ici. Elle est écrite avec grâce et fait d'ailleurs partie nécessaire de l'histoire de ce temps.
Recolleclion des mers^llesj advenues en nostre temps ^ commencée par très élégant orateur, messire Georges^ Chastellain^ et continuée par maistre Jean Molinet,.
Qui veult ouyr nouvelles Etranges à conter ?
Je sçay les nompareilles Qu'homme ne sçait chanter Et choses advenues Depuis long-temps en çà.^ Je les ay retenues »
Et sçay comment il va.
(i) Les faits et dits de feu de bonne mémoire maître Xehan MoKaet M. D. XL. Paris en la Rue-Neuve^ otix-Dame, k l*enicigue de Vécu de France.
(a) La Légende de maître Pierre Faifeu misa en rers par Charles Bourdigné. Paris. De T imprimerie d^ Antoine Urbain Constelier MDCCXXÏIL
ti NOTICE
Les unes sont piteosefl^ Et pour gens esbafair; Et les aultres doubtenses, De meschef advenir; Les tierces sont estranges Et passent sens humain.
Aucunes en louanges, Aultres par aultre main.
En France la très belle^ Fleur de crestienté* Je veis une pucelle , Sourdre en auctorité, Qui fit lever le siège D'Orléans, en ses mains; Puis le roi par prodiége Mena sacrer à Reims.
Saincte fut âdrée taries œuvres que fist; Mais puis fut rencontrée Et prise sans prouffit, Arse à Rouen en cendres Au grand dur des François, Donnant depuis entendre Son revivre aultre fois.
J'ai veu Un petit moyne En Romme dominer Et en très grand enseigne De pape gouverner:
Dont depuis Tadventure Fut d'cstre escartellé^ A honte et à lâidure Comme traîstre appelle.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xïi
J'ay veu \mg ypocrite t'dr le inonde préâeber, >
Soy disant Carmélite; Et fol, soy advancer De dire messe sainte Sans de prestrise adveu*, Laquelle chose atteinte Fut condampné en feu.
Depuis veiz en Esoosse Le roy David meurdrir JD'espéé> et de talioce; Et lui convint souffrir > Et prendre en pacience A sa noble moullier^ La roïne qui en ce Prist peine à se venger.
J'ai un duc de Savoie Veu pape devenir, Ge qui fut hors de voye Pour à salut venir.
Si en vint dure playe En Téglise de Dieu, Mais il en receut paye A Ripaille son lieu.
J'ai veu à la grant Romme Meurdrir un cardinal Par un faulx mauvais liomme, Son barbier desloyal; Gisant en lict paisible , Quérant sa coyeté, Dont en tourment horrible Il futexécuté*
xUi NOTICE
J ay puis veu sourdre en. France, Par grant dérision , La racine et la branche De toute abusion> Chef de lorgueil du monde Et de lubricité-, Femme où tel mal habonde Rend povre utilité.
Puis ay veu parmistère Monter ung argentier,.
Le plus grand dela-terre.
Marchand et financier, Que depuis la fortune Veiz mourir en exil, Après frauldes mainte une Faite au roi par cas vil
J'ay veu par excellence Ung jeune de vingts ans.
Avoir toute science, Et les dégrez montans, Soy vantant sçavoir dire Ce qu*oncquesfut escript Par seqéle foiz le lire^ Comme ung jeune antécrist.
Par fortune «enesire Veiz à l'œil viviment \p grant duc de Glocestre Meurdrir piteusement^ En vin plain une cuve Failloit questranglé fust.
Guidant par celle estuve Que la mort n*y parus! .
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xlm
Vng Gilles de Bretaig^ne Nepyeu au roi Cliarfon, Veiz-je, par mode estraijne, Estrangler en prison > Par Tadveu de son père, Dont cité 9 devant Dieu, Mourut de mort amère Tout soubdain comme sieu.
D'Espaig;ne ung; connestable Uaultainnement réglant, Grant maistre redoutable DeSainct Jacques le g^nt.
D'or riche oultre mesure Celluy veiz-je mourir De mort confuse et dure, Ce fist son demerir.
Le trésor de Venise, Où si garant apporta, Veiz-je embler par l'emprise D'ung Grec qui l'emporta^ Depuis ung sien compère Fist accusation; Dont dommaige grant ère De pendre ung tel larron.
Depuis en ung province Trouvay ung accuseur, Qui me disoit qu'ung prince Coucha avec sa seur, Soubz une fausse bulle.
Guidant dispense avoir.
Dont honneur le reculle Et non a bon debvoir.
xliv / NOTICE
J'ay Tue Millan conquerrer Par ung povpe routier Et pluslos y acqa«Te> Qu'ung roy vrai héritier^ Se lui en est bien deuë La gloire deVarroy, Car sa vertu congneuë Vault couronne de roy.
J'ay veu de trois eeataïnes Vieille possession, Exposer d'Acquitaine Angloise nation.
Et Bordeaux et Bayonne Prise du roy franoois, Louange à la couronne Qui iist si hault exploix.
J'ay veu la Normandie Et la noble Rouen, Submise à la mestrie Du roi et de son ban, Monstrant là ses banières Sur les vielz ennemys, Lesquelz par armes fières Vainqueurs il a remys.
J'ai veu ung hault emprendre Pour advenir grands tnaulx.
De tuer et de prendre Beaucoup de cardinaulx, Et du pape ainsy faire, \ Si Dieu n'y eustpourveu^
Estienne de Procaire A Romme en fut pendu.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xh
J'ay reu grand' invaincue Subjuguer à mes yeulx, D*ung prince soubz la nue Le plus victorieux, Et d'espée mortoire Vaincre ses habifans, Dont cas de telle gloire Ne fut^ passé roil ans.
J'ai veu, extrême chose, Chevalier sous trente ans Combatre^ en lice close, Vingt deux nobles gens.
Par tant de foys diverses, Comme il y a de noms, Sans fouUe et sans "traverse; Ce qa'oncques ne fist boms.
La Cité eonstantine Depuis veiz enyahir De la gent Sarra2âne^ Qui la vindrenf saisir, Et la leste coffrent Au vieillart empereur, Sans ee qu'ailleurs monstrèrcnt Maint aultre grant horrctrr
J'ai veu une Lucrèce En Romme dominer, De Naples noïi de Grèce; Pour le pape honnoi-er, Aller au devant d elle Cardinaulx et prélatz; lit sy nVstoit qu^ancelle Du roy pour son soûlas.
xlvi NOTICE
J'ay veu roy de Hongrie Faire préparement De haulte driierie, Trè« glorieusement, Qui attendoil la chère, Du nuptial atour-, Trouvé fut mort en bière Ne sçait on par quel tour
Luy mort, prit la couronne Le filz d'ung compaighon, Vertueuse personne Et de très grant renom; Ainsi royal, racine Prist là son dernier plong, Et la basse origine Monta en royal tronc.
J*ay veu Taisné de France, Fuitif de son sourgeon Venir prendre umbroyance Soubzle duc Bourguignon, Et le mettre en couronne Non guères bien venu; Dieu congnoist en json throsne S'il là bien recongneu.
J'ay veu peuple confondre, Et royaulme trembler»
Chasteaux et villes fondre.
Et citez abismer, Craventer les églises Fendans toutes parmy.
Es Naploises pourprises Ce fist ce grant ay my^
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xK^i
J'ai veu descendre en France Ang^lois encontre Angles,
Par contrainte et jouissance Pour contendre au passes^ Pour Calés et pour Guines, Ce fut tout oest esmeu; <Ce sont estranges signes JLe cas bien entendu.
Passant par Angleterre, Je veiz en grand tourment 1«8 seigneurs de la terre S entreluer ferment, Ayec ung tel déluge, t}ui cueurs esbahissoit Qu a peine y eut refuge Où mort n'apparoissoit.
Ung nouveau roi créèrent, Par des piteux vouloir, Le vieil en déboutèrent.
Et soB légitime hoir ^ui fuitif alla prendre D*Escosse le garante De tous siècles le mendre £t le plus toUerant.
J ai veu en grant fortune Une des fleurs de lys Tenir en prison brune En très povres delictz.
Privé de seigneurie Et de royal honneur.
Dont la gloire périe Est en sa prime (leur«
xlviii NOTICE
De Cypre la couronne Ay-je veu emprunter Au chef de Babilone^ Pour le roi eu jeeter; Mtard est, et d'églîse Cellui qui le maintient, Et n'a compte à reprise, Ni à mal qui en vient.
La royne veis descendra Dedans le marin cours Par ung ardant contendre Vers France pour secours; Qui depuis fut pillée Yà mis au sacquenKm, Par pillars de Gallée Du port Venician.
J'ay veu de deux royalmcs Deux roys contemporains, Confesser en leurs ftmes Haulx motz et souverains; De tenir leur couronne Et leur pourpre vcstu, D'une seulle personne, I^ grand duc de Vertu.
J'ay un roi de Geeîlle Veu devenir berger, Et sa femme gentifle De ce propre mestier.
Portant la pennetière, hsL houlette et chappeau.
Logeant sur la bruyère, Auprès de leur troppeau.
SUR GEORGES CHASTELLA.IN. x^l^
J'ai veu de Géorg^ie^ £t du hault Orient, De Perse et d'Arménie y Diverse estrang;e gent, Mesme d'ung infidelle Transmettre au roy Charlon, Pour lui donner querelle ,Contre le turc félon.
Le hault duc de Bourgogne Fort bieii le recoeillit, Dont l'œuvre assez tesmoigne Quel honneur il leur fislj L'honneur fut si profonde £tde si haultain faict, Que jusqu'au bout du monde La mémoire s'en fait.
J'ay yen deux> trois commettes Manifester au ciel; Et d'estranges planettes Plus amères que fiel, Dont les fins non congnues Sont d'esbahissement.
Et de non advenues N'est nul vray jugement
J'ay veu, chose inhumaine Et cruelle en la foy !
Tuer à force pleine Gens d'église à desroi; La cité de Mayence En est tournée en feu Et a si grefve oultraijca Qu'oncques tel mal ne feu.
1 NOTICE
0! ha ult duc plein de gloire, Et voua son noble filz, Ccsle brefve mémoire De tant de divers dis Ây fait en vos louanges D'ungeueur non vermolùl Il plaise au roi des anges Qu'fl vous tourne à salut.
J'ai veu dure vieillesse.
Qui me vient tourmenter, Si fault que je délaisse L'êseripre et le dicter En rime telle quelle.
Puisque je vais mourant^ Molinet mon séquelle Fera le demourant (i).
J'ay veu ung petit conte, Seigneur de Charolois Qui bailla bien son compte A Loys de Yallois, Au Mont-Héry en France Son ost le poursiiy.
Mais Tungtint place franche £t l'autre s en fuy.
J'ay veu la chandrelière Orgueilleuse Dinant, Ville assez singulière > Mais toujours huttinant^ Pour sa grande arrogance Le Lyon très hardy En print dure vengeance Et en cendre l'ardy ;
(i) Ici se termine ce cpiVi écrit 'Georges Chastellaiiu Le res MoUaeU.
S©R GEORGES CHASTELLAIN. )î
J'ay veu les murs de Liège Destruietz et abbatus, Son Péron perdre siège.
Ses mutins combatus, Criant vive Bourgoigne !
Le roi vint desurerois, Qui porta sans vergoigne De Sainct Andrieu la croix*
J'ai veu duc magnifique Tant surpris de Gantois Qu a dur trouva practicque D'eschapper de leur toictz.
Ils furent pris aux pièges, Dont ils furent honteux^ Car leurs gransprivillèges Déchira devant eulx.
Paulus sansfaulte nutle^ Qui d'argent eut maint marc, Fist nouveau scel et bulle ^ Et le palais Sainct Marc, En or et pierrerie Mit son entendement Et en sa trèsorie Fina estrangementr
J'ay veu, par forte glaive, Edouard roi Anglois, Expulsé, comme esclaive De ses r4>yaulx Angletz^ En moins d onze sepHiaines, A Tespée tranchant.
Recouvrer ses domaines Et ^n throsne luysant
lii NOTICE
Tnj veu porter soufiBranœ A Werwic, qui coidoit Trouver Anglois soubz France , Et France sur son doi^; Payé fut de ses galles^ Car il passa par là, Et le prince de Galles Oncques puis ne parla.
Fortune qui couronne Les siens à son franc chois, Donna double couronne D*Anglois et de François A Henry, qui ses resnes Rompit sur le hault roc; Il perdit ses deux règnes Se ne fut roy ne roo.
J'ay yen la Normandie Du lion trespercer; Le roy, quoiqu'on en die, Ncrosoit approcher; L'ung demandoit la guerre^ L*autre plaisant souIas, L'ung vouloit bruit acquerre.
L'autre en estoit fort las.
^ J ai veu coiuette horrible, Comme verge poindant, Espouentable, terrible, Grande^ felle et ardant.
Sur le Rin vers Couloigne Jectoit son rayant dart, Et le duc de Rourgoigne T mist son estandart«
SUR GEORGES CHASTELLAIN. liii
J ai veu soolfre, salpêtre»
Ensemble batailler, Quant j*ai veu Fratrèpétre, Cardinal eordellier, Plein de pompe mondaine Et d'immundicité Et à heure soudaine Estre à la mort cité.
L*empcreur d'Âllemaigne Dedans Trêves entra r Charles qui laceompaigoe Son triumphe y monstra^ Chascun tant ayme et priser Son excellent M^roy^ Que la journée fut prise^ Pour le couronner roi.
Nus attendit Tespée' Du plus fort duc des ducs; Sa rivière coppée, Ses muretz pourfendus^ Près d'ung^ an assiégé Endura ses travaulx.
De secours estrangé> Mengeant chair de chevaulx.
J'ay veu un duc combattre Le Rommain empereur, Tentes et gens abattre Par mortelle terreur*, Sans craindre hacquebutes, Sans estrebersandé. Retourner en cesbutes Son siège bien gstrdé.
\W NOTICE
J'ay Tcu roy d'Angleterre Amener son grand ost Pour la françoise terre Conquester bref et tostç Le roi voyant laCEaire^ Si bon vin lui donna Que l'autre, sans rien faire Content s'en retourna.
Jay veu Saint Pol en gloire Ravy jusques es cieulx.
Puis descendre en bas loire Mal en grâce des dieux*, Sainct Pierre s'en délivre , Pas ne le respita, Et au prince le livre Qui le descapita.
Et si fault que je dise Ceulx qui ont eu mal an:
Meurdry fut à l'église Le grand duc de Millau; Par user des plus belles Femmes de son pays , Et mettre sus gabelles^ Il fut à mort haïs.
J'ai veu le plus fort prince De la chrestienté En turquoise province Fort crainct et redoubté^ Surmonter en bataille Par un petit ducquet; En gens de rude taille On n y a point d'acquest.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. It
Ainsi dono., loups saulyaig^es Occirent le lion Gardant sur les rivaiges D'aigneaulx un million; Moutons loups et ouailles S accordèrent enfin Pour piliier les oreilles Au renard rouge et fin.
J ay veu citez et villes^ Ensemble mutiner, Villains, meschans^, et viles Les nobles huttiner ; Ce tourbe que j alégue Occist le cliancellier Et le comte de Megue De Tordre chevallier.
En Gueldres qui prospère^ J*ay veu grant mesprison Le fils tenir le père En obscure prison, S'en fut bouté en selle.
Puis mourut champioa D'une noble pucella Comme ung vray Sclpion,
J'ay veu dedans Mallines Notable parlement, Pour faulses gens malines Corriger justement; Mais comme le prophète Par avant Tannunça Le hault bruit de la feste Tout à coup tresbucha.
Ivi NOTICE
J'ay vea gr^ns biez et paille Par les champs rapiner Tous biens à la haspaille, Sans pendre et sans trabner, Chelifzet misérables Devenir riches gens,- Et riches honnorables Mendians indigens.
J'ay veu Juîfz séduire Ung petit enfançon.
Le meurdrir et destruire Par estrange façon*, Miracles faire à Trente Comme font plusieurs saincts / Plus de Vingt et de trente Eu sont guéris tous sains.
i'ay véri nû r6y dé France Accorder aux Angloyst Affin qtie grant souffrance N'ayt France eu ses anglelz; France f rauché et non serve, Sinon à ses àmys; Et dure que Ton serve A tous ses enneihys^
J'ay veu homme de giierr« Sur cheval bon et fier, En Haspre venir querré Ung très riche censier; Le bon sainct de Tabbaye,* Acquaire,s*en vengea, Le cheval eni'abie Et son maistre enraigea.
SUR GEORGES CHÀSTELLÀI]*. îrii
J'ay Teu grant multidadé De livres imprimez, Pour tirer en estnde Povres mal argentez; Par ces nouvelles modes Aura maint eseollier Décret, bibles, et codes Sans grant argent bailler.
J'ay veu pucelle tendre Anthonias eut nom, Toute science entendre, Logicque et droit canon, Saige comme SibiUe,* En l'âge de dix ans, Et de rêspondre habille A tous contredisans.
J'ay veu gendarmerie Bigarrée à tous lez, Comme j uïfver ie / RioUez, piollez De diverses bigornes, El d'estranges façons; Ne restoit que les cornes Pour estre limassons.
J'ay veu Tournay tourne^ En ung mauvais tournant, Sans estre retournée, Ses voisins bestournant; Noz maisons, noz tourelles En cendre contourner, Es Flamens eutour elles Durement attourner.
Iviii NOTICE
J*ay veu par ces oraiges Des nobles corumpus, Et des lôyaulx çouraiges Qui leurs boys ont rompus.
Les \illains sans richesse Furent trop plus loyaulx A leur dame et princesse Qu*aultres gens desloyaux.
J'ay veu chevalier noble.
En bruit et en valleur, De vertu la vignoble, De proesse la fleur , Espouser noble femme Et avoir beaulx enfans, De glorieuse famé.
En armes triumphans.
La dame mise en bière Le seigneur de vertu, Content de pain et bière Fustmoysne revestu, Prestre, abbé portant chappe, Et évesque sacré, Fort digne d*eslre pape Pour son final degré.
J'ay veu nobles contrées Sans chefs et sans seigneur, Durement rencontrées D*ung terrible enseigneur, Pucelle habandonnée, Grant desroy de commun, Et en moins d'une année Avoir deux ducz pour ung.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. lix
J'ayveu dedans Florence Arcevesqae pendu > Et fort grant apparence De cardinal perdu ^ Trois abbés portans erosses Etceulx de leur partis Furent par dure approche Mutilez et occis.
J'ay y/en, chose inconnue !
Unj mort ressusciter, Et sur la revenue Par milliers achapter; L'ungf dit: il est en vie.
L'autre5 ce n'est que vent.
Tous bons cueurs sans envye Le regrettent souvent.
J*ai veu duc de Clarence Bouté en une tour Qui quéroit apparence De régner à son tour \ De mort préadvisée Le roy le fist noyer' Dedans mallevisée ^
Pour le moins ennuyer.
J'ay veu, comme il me semble»
Ung fort homme d'honneur Luy seul chanter ensemble,.
Et dessus^ et teneur:
Olbeken, Alexandre, Jossequin, ne Bugnois Qui sçay vent chantz espandre Ne font tclz esbannois.
\x NOTICE
J*ay veu clerc de yillaige Menger ung gpros raton, Une poulie volaige, Ung quartier de mouton.
Du pain plein une mande Bouter en ses boyaulx; Ne sçay comme la pance Ne luy rompt de morseaulx.
J'ay veu en Vallenciennes, Quand droit là metournay, Ya-tost faire des siennes Et aller à Tournay»
En moins d'heure et demie Sans cheval ou jument^ r/estoit chose ennemye, force ^ ou grand radement.
Assiéger vindrent Rhodeft Plus de cent mille Turcz, Vestus d'estranges modes»
Qui percèrent ses murs; La vierge glorieuse La cité secourut Qui fut victorieuse, Et le turc s'encourut.
J'ay veu felle besoigne Et cas de grant pitié, À Disjon en Bourgoigne Pleuvoir sang à planté; Au roy Loys de France Fust le sang envoyé, Doublant avoir souffrance, Fut assez ennuyé.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixi
J'ay yen cinq perfionnaiges D'ung triumphant hostel, En moins de dix lunaires, Payer tribut mortel; Marie rendit compte, François son fils le bon.
Saint Pol,chymay le comte, Et Loys de Bourbon.
Loys d'un coup d'espée, Digne évesque et duc grant Eut la gorge coppée Par ung mauvais tyrant, Mais Liège en fut pugnie Par glaive et par arsin, Et la barbe honnie Qui brassa ce brassin.
Je veiz devant Boulloigne Le filz de Ravestain Mettre gens en bêsoigne, Cinq mille 9 il est certain; Liégeois plus de dix mille, '
Par chevallereux faictz Furent, comme une pille^ Succombez et défiai tz.
Liégeois y apportèrent Cinq tonneauls de licolz.
Car pendre ils y cuidèrent Bourgoignons par les colz; Mais de clercs espées, Picques el gaurelos Eurent gorges coppëes Sans y avoir grant lot.
Ixii NOTICE
J'ai veu peuple eu mes livres, De famine troublét Et vendre qaatre livres Ung seul mencault de blé*, En ceste propre année Avoir dessus TEscault La chance retournée, Ungmuy pour ung mencault,
Pour chose assez précise.
J'ay veu en nos tenans, Arras nommer franchise.
Et changer les manans; Comme infâmes et viles ^ Les hoirs en débouter, Et gens d'estranges villes Y venir habiter.
Et Cambray changer armes Portans florons royaulx.
Forger pour les gens. d'armes Chaisnes de ses joyaulx; Meuge fut composée Du seigneur Marafin.»
Et du roirembourée Avant qu'il prensist fin.
J'ai veu oiseau ramaige, Nommé maistre Olivier, Voilant par son piumaûge Hault comme un espervier*, Fort bien sçavoir complaire Au roi; mais je veiz qu'on Le feist,pour son salaire Percher au Mont-Faulcon»
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixiii
Tai veu, estrange contel François accompagner De Richemonl lecomte^ Pour son règne gaigner^ Richard roi d'Angleterre £n bataille périr, ,
Et les hoirs de la terre Eslonger et mourir^
J'ai veula fière barbe, IJui tant se rebarba, Douce comme Saincte Rarbe Quant on le desbarba, Sans conyrechief qui buë Atrect fut desbarbé De se barbe barbue, Car il vint à jubé,
Je veiz Gand qui prospère Sur Flamens triumphans.
Au desplaisir du père Retenir deux enfans; Le père à force d*armes Les reconquist, s'en fn, Gant pour ses gros vacarmes En danger d'estre en feu*
Gomme paysans viles, Portans flesches et dardz, Quirent aux bonnes villes Du vin pour leurs souldars, Maint archer fit son hoste D'autour de Saint Ravon> Porter vivres en hottes Comme povre Eselavon.
lx|T NOTICE
J^ay veu seig;near des G)rdeif Aux Flamens accorder Girdeller grans discordes.
Pour pays descorder^ Flamens se racordèrent Au duc que recordons; Et les François cordèrent De guerre les cordons
Aiguemont en Hollande Mena ses cabillaux, Armez d'escaille grande, Dure comme caillaux, Faindant grand marchandise Estre en un vaisseau freç Prindrent yaillantlse )La ville de Dordrec.
Puis ouys, chose àmère Mus fière que devant !
Au ventre de sa mère Brayre un petit enfant, Et au Quesnoy-le-comte Tant hault plaindVe et gémir Que la mère, à bref compte.
En laissa le dormir.
J'ay veu deux ou trois isles Trouvées en mon temps, De chucades fertilles.
Et dont les habitans Sont d estranges manières Saulvaiges et velus*, D'or et d argent mynièref Voit-on en ces pallus.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixr
Par mystère fort riche Où. Dieu presta les majins Veiz rarchedue d'Austrichc Esleu roi des Rossmai^s, A Aix en Allçm^g^ne Dig^nement couronné; Son père raccompaigne Richement atourné.
J'ay veu une Rommaine Dame de grant renom, Fille humble et fort humaine Pu sénateur Ziei;ioa; Sept cents ans enterrée Fut sans corrupUon*, Au peuple fut monslrée Par admiration.
J'ai veu frère NicoUe, Ilng Suisse dévot, D*abstinence Tescolle Fort bien tenant son vot, Vingt ans vivre en ce monde, Sans manager peu ne point; Dieu en sa gloire munde Luy doint viande à points
J'ay veu vif sanis fanjlosaie Ung jeune moysne avoir Membre de femme et d'homme El enfant concepvoir; Par luy seul, en luy mesmcs, Engendrer, enfanter, Comme font aultres femmes, Sans outîlz emprunter,
îxW NOTICE
De fort dure fortune Véiz Bourgoignons servir, Espérans de Bethune Les formaiges ravir; En lieu de fins formaiges Trouvèrent faulx baratz^ Gueldres y eut dommaiges Nasso et Lassaras.
J'ay veu par mutinaige, Bruges mettre les mains Au digne personnaige Roi sacré des Rommains; Ses chevalliers 9 ces nobles^ Son mignon fort fringant , Pis loger qu*en vignobles Emprisonnez à Gand.
Les moutons détentèrent En son parc le berger, Les chiens qui le gardèrent Sont conslraincts d'eslonger; Le berger prist figure D'aigneau, mais ses brebis Dont il avoit la cure Devindrent loups rabis.
Bruges mist à torture Chevalliers et barons Sans raison etdroicture.
Comme on feroit larrons; iPar gent rude et meschante, Fut lors sur le marché D'une espée trenchante Maint noble despesché.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixvii
Pourquoi Vimpérialle Majesté accourut^ Qui sou filz la royalle Dignité secourut; La noble Germanie Tellement huttina Que Flandres fut pugnie £t Bruges en saigna.
J*ay veu à lias descendre Ung fort jeune éléphant, Coulouré comme cendre^ Aspre et fort remouvantf De sa grande narine Fort hien s'esbanoya. Et puis sur la marine Meschamment se noya^
J'ai veu paimy ung voire François et Bourgoignons Ensemble à Cambray boire^ Comme bons compagnons; Puis aux champs, bors la yiUe, L*ung sur Vautre charger Pour mettre en prison vile Ou en mortel danger*^
J'ay veu haulte princesse D'Yorck de grant renom; De Bourgoigne duchesse, Marguerite avoit nom, Perdre par dures glaves Ses frères, son mari^ Ses nepveux, Tung esclaves L'aultre estaint et péri
ixvïii Notice
A Rome ung de Viterbe, Pour ducatz amasser, Sceut d'eau et de viste herbe Plusieurs bulles casser, Faire seconde lettre, Où la première fu ; Mieux que tison en l'estre En fut hrusle en feu.
Quant Flandres eut souffrance, Jeveiz ung[ chaùffeteur , Maistre d'hostel en France, Eslevé en hault heur ; Par luy ma^nt coppenoUe Au monde fut forgée, S'en eut col et canolle Du hastrel deslogé.
J'ay veti grant vauderic En Arras pulluler, Gens pleins de rêverie Par jugement brusler ; Trente ans puis ceste affaire > Parlement décréta Qu'à tort, sans raiâon faire > A mort on les traiola.
René duc de Lorraine Eut deux femmes vivant IVIais de la premeraine Ne peult avoir enfans; La seconde fut digne Delignie assembler y Qui en bref se fit roync de Cecille nommer. ^
SUR GEORGES CHASTELLAIN. liix
Jay veu Louvain, Nivelley Brucelles, je m*en crois.
Pour chosie fort Douvelle Porter la droîcte croix; Brucelles fdt humilie Pai* mort qui TahenUt.
i)e gens trente six mille Pour ung an y perdit*
J'ai veu les bonneà villes Achapter larrondeaulx; Aux paysans servilles Pour pendre aux arbresseaulx ^ Trop estoit la derrée Vendue aux bons marchant Pour estre délivrée Aux corbillons des chanïps.
J*ay veu louenges acquerre Au grant rdy des Rommaius:
Austriche reconquerre, Et Hongrie en ses mainsy Vienne , Albe-regalle, Ont sentu les assaulx De majesté regalle Et ses nobles vassaulx.
J'ay veu dévotes vierge»
En dangereux perilés
Vexées par les verges
Des mauvais esperis,
Droit au Quesnoy-le-comte
Advint ce grand malheur;
Piteux en est le conte
Dieu doint qu'il sdit meilleur. /
Ixx NOTIŒ ,
Jay veu roy d'Angleterre Vng grant trésor coeilUr, Pout la Françoise terre Conquerre et bataillif ; 11 assiégea Boullongne:
Mais le grant Crevecucur Lui tourna bride et longue; Sy lui changea le cueur;
J 'ay veu filz d^Augleiterre Richard d'Yorc nommé, Que Ton disoit en terre Ëstainct et consommé, Endurer grant sou&ance; Et par nobles exploitz Vivre en bonne espérance D'estre roy des Àngloys.
Allemaigne^ Ëngleterre^ Et Bourgoigne ont chargé Engins par mer et terre L'Esciuse ont assiégé; Ceux qui le defFendirent Soubstindrent vaillamment; Mais enfin se rendirent Par bon appoinctement.
J*ay veu un roi d'Espaigne Pour là foy augmenter Et luy et sa compaigne Grenade conquester; Sept ans y tint le siège; Un y fit maint blocus; Et puis fut pris au siège Roy, et mores vaincus.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixxi
Marguerite d'Austriche Veiz-je royne nommer, Et du povre et du riche En France et plus amer, Que d'or une montaigne; Mais ce bruyt s'accoisa Car l'Anne de Bretaigae Son amy espousa.
L'Anne qui^ut pourjulte Pour le roy des Rommains^ JL'impérial Auguste , Ailleurs tendit ses maiQs^ En Françoise garite La couronne porta , Et nostre Marguarite Bonne paix apporta
Mais le chef de vaillance Roy Maximilian Espousa dame Blanche Sœur du duc de Millau; Royne fut couronnée En triumphant arroy.
D'honneur euTironnée La receupt le bon roy.
Jay veu en hault eitaige Des Cordes le seigneur, Povre de son porlaige Mais puissant gouverneur*, Il tint en sa demaine Des fleurs de lys le neud:
Puis le temps Charlemaine Homme si grand bruit n'eut,
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SUR GEORGES CHASTELLÀlN. Ixxiii
J'ay Tcu et lea en liyres D* une pierre pesant Deux cents cinquante livres Montaignes traversant^ Du ciel, par uug tonnoire.
Comme il me fut compté Cheut ceste pierre noire En Perret la Comté.
J'ay mis en retenues Ce qui n*advieut souvent, Homme ravy aux nues, Par tourbillon de Vent, De Bruges en Zéelande, Droit devant Cericsé»
En moins d'une heure grande, Vif se trouva versé.
J'ay veu Charles huytisme, Roy sacré des François Pour cause légitime Coeillir gens à son chois; Armes, lances et heaulme Dedans Romme porter, Et d'un train, le royauhne De Naples conquester.
Princes qui Vappellèrent En passant > beau cousin, Rapassant lui baillèrent A muser d'ung coussin; Yenise tint passaige Millan Ta combatu; Mais malgré leur visaige Retourna bien batu.
Isûr BOTICE
Fzj TCStce ^H «M Ung wnitre fort Femmes
Qui deux «vj» «t dcnx Et deux Tonlfiri mit Yfaa de loÎBgtabie ropulmee.
Mais d'ADemaînie
JVy Tea lenir e& leddcs Le Gnmt Toieà garnit; Son{rêre,im&alx Bérodes, Vonloit estre Tors Conti Qui dmina graiit k la chrestîeiité Pour le taûr sans En garant captnrilé.
Hoddes, qauA j^ regarde Après loy pnmfiia.
Le pape leur en garde Qai bien s'en ao^nta.
Depuis le nri de France Pria de cnevrhimiaia^ L'avoir en gsvde Cprnidie; Se monmt en samam.