‹ Chronique de J. de LalainChapitre 127 sur 133 · GREGE · texte numérisé non relu

GREGE

Dieu de là sus qui me fonnas de cendre Viens toi descendre es basses régions Viens conforter ma fragilité tendre Fais le ciel fendre et venir sans attendre Pour moi deffendre anges par légions^ Viennent lyons par mÛle et millions Et tous les homs qui sont de mère néz Pour rembarrer lesfaulx Turz forcenez.

Vien nent tous ve ns et facent bon debvoir De recevoir ma douloureuse plaincte, 0 mon vrai Dieu fay leur langage avoir Tant que sçavoir puist ung cbaeun et veoir Comme pour veoir je suis au vîf atteinte Je suis restraincte et mis en dure crainte Et si contraincte a ton nom invOcquer Que plus hault don au monde je ne quier,

Change la voix de la belle seraine Doulce et seraine en heu de loups méchant Du rossignol qui chante aval la plaine Change l'allaine en tonnerre aoubdaine.

Joie mondaine acoup soittrésbucbana Change les chaniz des oisellets ^ champs

En cris trenchans et en piteux accords Pour les douleurs plourer dont ne puis hors.

Eau de puis, eau en feu distiléé

Eau sallée^ eau de courants rieux^

Eau d'abymë en parfons creux boutée

Eau d'ondée en fosse redondée,

Eau arrêtée arrii^ez à mes yeux

Pluie des cieux arrousez mes sourcieux;

Car ils sont ceux qui pleurent mon grand dueil

En gprant désir qu'accomplissez mon vueil.

Cœur fémenin trespitoyable image Fay moi hommage ; et si t*encline à pleurs Noblesse aussi dame de haut parage^ Voy cet outrage ot ma rage sur rage^ Change courage et pleure mes douleurs, 0 tristes cœurs qui vivez en langueurs, A vous jacqueurs s'il y a plante ou larmea Prétez-Ies moi et que mon oœur s^en arme*

Que feraî-je de ma laidure dure M'ardure dure et ma foiblesse blesse , Mon corps s'encline a corrompure purç Mercure cure et n'y procure cure Morsure sure a moi l'adresse dresse, Richesse cesse et trop m'oppresse presso Liesse laisse en la présente sente Car mort me mord la trèspulente lente

A quoi tient il mon vrai Dieu très parfait Que de mon fait tu n'as miséricorde.

Est taot cruel le crime et le méfait Que j'ai forfait, que mon chef est défait Et que refait ne peut être à ta corde ,

Joins ma discorde à ta grâce et concorde, Et si raccorde à ta bénigne grâce:

Car autrement ne sais plus que je face.

0 saincte Eglise, angélique conserve ^ Mon corps préserve et priy pour tes serfe Viens rebouter Thérélique leuserve, Qui me tient serf et veut que je la serve Et que m'asser^'c à ses dragons desers Aff ui des airs , vole par les déserts El si me sers donnant à mes serfs vie Qu'ils n'ayent mort s'ils neTontde^ervie.

Hës veille toi, ô noble sang royal

Impérial, palais salomonique

Regarde en l'œil le serpent déloyal

Démonial venimeux reagal

Pire ou égal que goufresataniqne

Leur basilique et cruel arseniqae

Diabolique a pris Gonstantinoble

Mon bautain chef des autres le plus noble.

Que songez vous françois et gent romaine Prête et humaine au noble sang venger A quoi tient il que de votre demaine Ou ne m'amène un nouveau Cbarkauaine Qui me ramène à coup de ce danger Sou peut songer, Charles^ Roland a'C^r Qui déloger puisse fort combattant Ne songez plus, mais accourez battant

Que tardez vous, Bourgogne, Picardie, (iCnt tant hardie et doutée en la terre Vous avez peuple et puissance infinie»

Bourse garnie, armeure bien polie

44o APPENDICE.

Dame jolie et tout ce qu on peat qaerre, Venez g;rnnd erre, amraea gens de gnerre Pour bruit acquerre et parer votre nom r^ bien 9 d'honneur^ de gloire et de renom.

Nangez en mer yuidez de vos angles , Vaillants Anglois amenez moi Saint George Laissez cités, villes, châteaux^ palais Guines, Calais et ces dragons tant laids Oceisez les et leur coupez la gorge, En votre porge a guerre mis sa forge Et de votre orge a brassé tels des rois Qu'il ne vous chaut de nuls que de vos roîs^

Où sont les bras de mon fils Achilléa Et d'Hercules qui les cieux a tenus Où sont les arts du sage empedoclés Et dTlyxèsetd*Aristotelés Suscitez les Juno, Pallas, Vénus, Viens toiNéptane, amène Vnlcanus Mars et iVotus pour venger mon esclandre N'oubliez pas mon enfant Alexandre.

Ou est le Dieu des dieux Demorgogoo Pour ce dragon priyé de ses soûlas?

Ou est phebus qui n'ameine Phaéton $on chareton pour mener à Pluton Ce fier luton qui nous tient en ses las. Ou est Athlas mon grand géant: bêlas Si tu es las de subslenir le trosne Four Jroye a coup Ihérétique matrosue*

Mignons de court le pas d'armes gardan Durs alierdans, pleins de science et d'ars^ Venez a moi soyez moi regardans Non plus tardans tuez dragons ardans

APPENDICE. /|4i

Eiitrelardans et dardans de leurs dars Il est tant dars, il est tant destandars Et de soudars qui a rien ue s employent Viennent a moi et sur moi se deployent.

Fors champions qui faictes vos toumoys, Qui maintz tournoie despendez sans querelle, Venez vers moi faire vos esbanois, Prenez harnois, lances, escue de poie, Rompez le bois sur le Turc infidelle Pourveoir la belle et plaisante jouvencelle, Fresche et nouvelle estes vous tous enpoint Mais pour g[rans bien on ne vous y a point

En folz delicts passez votre jouvent

Qui n'est que vent passant soubz verde saulx

Prenez congé a roy et a régent

A toute gent fournissez vous d'argent

Moftsrez vous gent et gracieux vassaulx

Tost aux assaulx» par monts, par boyS; par vaulx.

Bridez chevaulx, compaigiions mettez selles,

Laissez pleurer dames et damoiselles.

L'AUCTÊUR.

(( Ainsi comme la povre désolée jectoit ses regrets et amëre complaincte endivers lieux voulant esmouvoir les eieulx, les élémens et toutes choses crées a pitié et compassion, Espaigne et Angleterre' toutes efiErayées d'ouyrsi douloureuse lamentation sans approche quelconque la cmh forterent de loing par doulces et consolatives parolles dont Espaigne qui bien le sçavoitfaireseprintadire.

« Notre chère et bien aymée seur qui tant de aoUea et glorieux enfans as porté en ton ventre et tMt'de hauts ses clercs philosophes a akietédetesmaBUBelleB qiieloiui

le mondes'en lient aujourd'hui trèssuffisamment enloininé. As tu ores le cueur failly, cuyde-tu que la puissance de ton créateur nesoit grande assez pour toi reaouldre. Ne te yient^il en mémoire que tu me ayes veu si desnnée de membres et de chef, que apeine me osoye nommer ne mettre en fronc. Ne me voye tu mainteaant foute ressoscitée et fleurir, L archeduc mon beau fils en prospérife rit, ciel et terre et mer favorisent et administrent toni biens. 0 povredamedefresse et féminin courage. Sfireftoi donc en ma face et reprend vigueur, confie loi en la mi" séricorde de Dieu et donne lieu a espoir. Tu. as tantqiprins par augmentation, tu as tant sceu par expérience que tu lisoies. Es tu maintenant si aveugle que tu ne eongnoiscours de planette parquoi tu puisses recueillir entoy quelque fruit de bonne espérance. As-tu oublié la Iré^ toyable chanson qui sescrîpt sur toi par lesperit de prophétie ce monstre les muances haultaines et basses. Ne voys-lu maintenant celle horrible beste qui maine si piteux service que toute la terre en est épouvantée quand elle dit: [erit autem bestia horribilis). H sera une beste venant dorient dequoi le rugissement sera ouï delà gent punique. Elle aura sept testes, sceptres innumérahlcs, six cent soixante et trois pieds, elle contredira a Vaignean ea blasphémant son testament. Les rois et les meillears pm* ces seront ensueur terrible et se esleveront contre eUe deux estoilles. 0 grece ô ma chère amie qui sera odle Ymt' rible beste n'est ce point ce furieux dragon le tore iofidelle, leprince des ténèbres, le patron de tyrannie, le père des mescréans sathalites le fils de perdition^ le disdpk de Mahommet, le messager de antechrist>le8pouvantaUe des simples brebisettes^ le flayaudes chrestiens» le hcraidt d enfer et la dure verge de Dieu poindant et crimioeUe de qui tu es persécutée: nest^ce celui qui de ses menaces Tonloit épouvanter tou t le monde ^ qui comme tonnoire soubdaine espart sa voix jusques en affrique: nest ce le tris-

difforme monstre a sept testes serpentines qui sur ses es«^ pauUes porte les sept péchez mortels, Presumption, Détrac^ tion, Ingratidude, Ambition, Prèvaricafion , Obstination». Infidélité, Inhumanité, Tyrannie et Arrogance, Jactance^ Désespérance, et mainte autre branche vicieuse jus-» qucs au nombre de cinq cent et dix sept, qui comme piedé(. fermes et stables le soubstiennent ensa cruauté. N'est-ce celui qui soubz sa bannière tyrannicque ensanglantée de sang humain a faict fleschir infinis roys: n'est-ce celui qui semé sa mauldite zizanie en tes jardins injuriant notre foi catholique, blasphémant Vangelet de Dieu? n'est ce cellui qui loup ravissant se fiert est ouailles du sainctpas» teur, et qui dessoubz sa bannière mahometicque par volupté charnelle les abreuve de son venin? n'est ce cellui dragon tout envenymé contre nostre méresaincte église, dont il est escript en lappocalipse [exurget dracho ).Nest ce cellui qui en sueur terrible met les rois et les meilleurs princes de la terre, voulant recouvrer les brebis perdues et ne lui peult on diminuer ses pieds. N'est ce mye Mercure le dieu deloquencê nostre mère saincte Eglise qui par dévotes oraisons procure à Dieu ta délivrance. N*est ce mye Marc le dieu des batailles noblesse en cueur,lenoble roy des Rommains lui achevé remettra sesarmes sus. N'est ce point ce noble seigneur le duc des airs et autres capitaines. Et comme planettes illuminans es basses régions sont pour secourir les glorieux Throsnes de Bourgongne en eulx. arrestant au tresrespledissant soleil notre sainct pèrele pape. Ne sont-ce point lesétoilles semblablement qui se esleveront contre icelle beste ettejecteront de ton tene-« ' breux umbrage et réduiront a clarté. Ne seront ce point ces. courageux lyons de qui Sibille dit: {porro hofortissimus ab occidente rugiet ). Conséquemment iceulx lion» d'Occident rugiront de couleur céleste macule d'or et auront sept testes cinq cent pieds. Et envoyèrent labeste et lut restraindront ses forces et lui dévoreront sa queué«

0 Grèce qui tant as randy de désert pour mTettiguer la natures et proprîetez des bestes, as tu veu <m 1» fereti orientalles, lyon pareilz à ceulx^ voz réparateurs rugiaiint en Occident ! le très victorieux roi des Hommains qui par commune renommée et par Siedes univers est appdié en fort lyon. N'est ce le tresredouté roi de toutes bestesnnui a qui estranges^ saulvages, lointaines, prochaideaifiiyad a refuge et a garant comme a leur aouverun ^tieier* N'est ce cellui qui en son palais peult reschauflEer tow les nobles du monde chrétien? n'est ce cellny quia attendu et attent toutes les manières des grosses lialkiines,(St tontesfois il a été couronné roi des régnons. Et si on veult eongnoistres ses qualitez. N'est œ point cestuy oNimes revestu de la couleur du Ciel? Or et azar^divines irtïtuB richesses mondaines. Et en son filz roonseignoir ^a^ chiduc d'Auslriche redondent en chef com|iie natord seigneur des sept lyons de Krabant, L'embourg, Flandrei, Bonrgongnes, Haynau, Hollande ' et Zellaude. N'est ee myele lyon a sept testes qui se veult armer de finy» ekarité, espérance, justice^ force, prudence et attrempadee qui sont sept vertus capitalles. Car lui qui yîI en TawiBr de Dieu croit en soi tous les jours nouvelle foroe et pa^ faite bonté, et si Dieu plait envahiront le dragon ffl^%""^ et lui rebouteront sas cornes et avec ce se convrira d'anf fort et vallereux escu de foy. N'est ce point celIui qui M de prudent conseil et dit quUl veult lirer et mettre Ofanl sa trèsDoble et tranchant espée de justicef iTest ce odiai aussi qui soubstient sur cinq pieds qui sont einqperlD^ tiens comme hardiesse^ prouesse, lionneuTypforelév, pitié, nobilité, qui le mèneront amiablement ala fin de

L'AUCTEUR

(( Sitost que Espaigue, par doulx et amoureux Iftagaf) eut eslanché les larmes de la dolente et esplourëe,- et asoMt ré lui eust par une raison les puiaans et fort lyena fai

la réduiront en convalescence. Angleterre fortifiant une

opinion meist avant une prophétie de Merlin quelle avoit

de longtemps gardée pour cequelle ne Tavoit à son gré

atteinte sur nulz de ses enfans. Ung lyon de justice succé-^

liera à la voix duquel et de son isle les tours gallicanse

et les dragons trembleront. En aucuns de ses jours sera

extorqué Tor du lys et de lortie et dégouttera argent des

ongles des paisans.

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