COMPLAINTE DE GRÈCE
((Querans consoler Tesperit de mes yeux, trop amusé a lecture ancienne ^ jectay mon regard au miroir du monde présent ou tant de glorieuses et haultes faces se mirea que les ymages y demeurent emprainctes a jamais donnant vif exemple aux regardans, dont moy i^oyant la fa^ çon du miroir tant estrange exemple et tant de divers et sumptueux afours de multitudes dedames que separoient. Choisy entre les autres trois roynes de hault pris de qui la renommée volloit par le monde univers^ La première^ qui les autres précédait par excellence, semUoit être très
chrélieiinc cri cueur> prudente en ses faictz, pûsible en vision, el courtoisie en parler. Et sembloit bien qae Dieu en elle seule trop plus ^{ue les antres avoit departy de «i grâce divine ; car elle avoit le chef sainctifié par miracle > couronne sarréî^ oing^te de précieux oignement, roplaudissaut en gloire et avoit vesture de couleor mat ' blable au ciel, et ne sçavoit ou sur elle que rëpllcqner sinon que ses envieux murmurant en derrière diaoyent que combien qu'elle fust sage bien veslue au moioi elle qui se nommoit Espaigne partent avoit la qaeoe de sa robe bordée-
« La seconde roine cstoit belle de via ire comme une ange fort membrée, pleine de sang, riche d'argent et de vesture: mais sembloit fiere de courage^ prompte a tensoni et a noyse, et pource l'avoil Dieu séparée arrière des autres en ung anglet de terre dont elle porte le nom en soi deshongnunt loit a elle même comme fumée et très mal a sa paix. Et moy voyant sa manière lunatlcqne» per ceuz-en elle de grant admiration ne scay si javoie la vue troublée ou si la glace du miroir en qnoy eHeie polioit estoit doublée: mais elle n'avoit que miffseol corps et sembloit avoir deux chefs regardans et eondredisans Tunga Taulre: car Tung éloît de nouvean resoon en gloire parle réal dyadesme^ et l'autre a Topposifte eshA trebuscbé au val de misère et plongé en amertume par les soufflans vens de fortune que lui ont reversé ses voillci «La tierce royne qui loinglaine des autres se teiioit,seiibloitbien avoir esté de haulte auclorité jadis, car dlepiK^ toit les sept ars libéraulx eu la bordure de sa manche ocript eu lettre grecque quidevisoyent comme elle avoit eilé la mère de philosophie et nourrice de toute science, cdb quiautrcsfois avoit assailly le trèshault Lyon^ enflembéla très noble cité Iroyeune, et depuis soubmîs tout le monde a son sceptre, et maintenant en ses vieils jours étmt h pins reversée et toute comme désolée/ eu partie est bieto
serve à ung dragon ayant sept télés abominables qui tout raby sifflant entour d'elles béant la gueule pour l'engloutir. L'avoit envenimée de plusieurs membres et ravy de son chef a force de graux sa très noble couronne impérialle. Dont moi voyant si excellente royne en si ruineux estât flagellée, prins congnoissanoe du mystère et conceus tantôt que c'étoit lapovre Grèce oppressée des Turcz infidelles laquelle toute plongée en larnfes gémissant douloureusement, respandit par les aers ses piteuses lamentations.