‹ Chronique de J. de LalainChapitre 36 sur 133 · QUI FORTUIT UNE EMPRISE FOUR FAIRE ARMES · texte numérisé non relu

QUI FORTUIT UNE EMPRISE FOUR FAIRE ARMES

En ce temps, comme vous avez ouï, Jacquet de Lalain désiroitde .tout son cœur de parvenir à la haute vertu de prouesse et de bonne renommée^ afin que durant son jeune âge il pût tant faire, par ses grandes œuvres et vertus, lui qui éloît premier et aîné fils de la maison de Lalain, et afin qu'en lui ne défaillit la renommée, que les vaillants et nobles clievaliers ses prédécesseurs avoient eu^ et qu'elle ne prit fin en lui ; mais de tout son cœur et très souvent faisoit ses prières à Dieu et à la Vierge Marie sa mère, pour accroître et augmenter la maison d'où il étoit issu, qu'ils lui voulsissent (voulussent) octroyer dé parvenir a son intention et désir. Or advintqu'en assez brief temps, iin chevalier âdr lien, de l'hôtel d'Alphonse roi d'Arragon^*^, nommé messire Jean de Boniface homme de bonne renommée, très expert et vaillant en armes, se partit de la cour du roi d'Arragon son seigneur. Ayant

(i) Alphonse 1er. roi d^Aragon cinquième du nom, compétiteur beareux de Kené d^ Anjou, s'*ëlait emparé du trône de Naples et le potié^ jnsqu^k sa mort. J, A. B.

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pris congé de lui, passa Lombardie, Bourgogne^ et Savoie, et taot fit par ses journées qu'il arriva en la ville d'Anvers au p^ys de Brabaiit, dont alor^ étoit prince et seigneur, le très excellent et très victorieux prince Philippe duc de Bourgogne^ en laquelle ville celui çbevi^lier Sicilien entra le vingt sixième jour du mois de Septembre, Tan rail quatre cent quarante cinq, où en celui teraps. Aucuns jours auparavant Jacquet de Lalain étoit arrivé, non sachant du chevalier, sicilien.

Si advint le lendemain vingt-septième jour du dit mois , qu'icelui chevalier sicilien se partit de son liôtel, accompagné de ceux quil avoient amenés avec lui, et s'en alla à la grand' église parochiale (paroissiale) de la ville d'Anvers, portant à sa jambe senestre (gauche) un fer , à manière et façon d'un fei' que portent les esclaves, pendant à une chainette ,d'orjet avec ce venoit après lui un poursuivant d'armes, ayant vêtu la cotte d'armies d'icelui chevalier; et ainsi comme vous oyez messire Jean Boniface ouït la messe en icelle église: puis, la messe ouïe, 5'en retourna, en son hôtel et en ce même état Cette jiouvelje chose advenue fut tantôt sçue par la villo et rapportée à Jacquet 4^ JLajiain qui alors n'étoi); qu'écuyer^

Quand les nouvelles lui e^ furent apportées^ humblement et dévotement regracia notre SeiT jgneur, et la Vierge Marie sa mère, en leur priant à mains jointes qu'ils lui voulsissent donner conseil et aider en toutes ses affaires^ car à cette heurft }\ lui sembla qu'il véoit venir et apparoir les prièreiç

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et recjuêfcs qu'un chacun jour leur avoil fait, et qu'elles avoicnt été ouïes et exaucées. Si pensa moult fort en cc'tle matière, et lui sembla que le chevalier n'rtolt point venu de si lointaines terres, et aussi par los enseignes qu'il portoit, que ce ne fût à intention de faire ai roes^ si en désira moult à sçavoir la vérité, car son désir étoit de le savoir; et afin d'en être conseillé à la vérité, il envoya q[ucrir le roi d'armes de la toison '^'\ lequel en ces matières et autres hautes choses étoit très expert, et connoissoit tout ce qui en tel cas appartenoit. Et advint si bien, (lue Toison-d'or, ainsi nommé, étoit pour celui jour en la ville d'Anvers ; lequel fiit prêt, et vint vers Jacques de Lalain, et lui demanda la cause pourquoi il l'avoit ntandé. Lors Jacques de Lalain le prit par la main, et tout en souriant lui dit: «Toison-d'or, mon ami, vous me sojez le très bien venu. » Si le tira à part, et lors lui commença it parler du chevalier sicilien , et lui raconta qu'il lui ûvoit été rapporté par aucuns de ses gens et autres notables hommes, qu'en la grand' église de la ville avoient vu un chevalier étranger portant au-dessous de sa jambe une emprise, qui étoit signe de vouloir faire armes, v Et pour ce, dit-il, Toison, mon ami, que tout mon désir est d'acquérir bon les et renommée, je serois et voudrois être prêt de dcli-

(i ] C'était alors le Févre ^seigneur de fraint-Reinj qui a publié Thistoire de son temps , ouvrage intéressant qui fera partie de o^^tte collection. Saint Remy eut pour successeur daos sou emploi , Georges Cha^tellain; auteur de cette vie de J. de Lalain. J. À. B.

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vrer le chevalier, pourvu que ce soit le plaisir cl vouloir de mon très refoulé seigneur et prince monseigneur le duc; si sachez que c'est la cause principale pourquoi je vous ai mandé venir vers moi, pour avoir voire bon conseil et avis; et comment en cette chose je me pourrois conduire. »

Lors Toison-d'or, moult joyeux, fut un peu sans parler; et pensant le haut et bon vouloir du jeune écuyer, lui répondit: « Jacquet de Lalain, de votre haut vouloir et bon courage, j'ai grand'joie en mon cœur; mais je vous avertis qu'en nulle manière vous ne devez toucher à l'emprise du chevalier, sans la licence et congé du duc votre maître et seigneur; lequel à présent n'est point par deçà, mais est allé en pèlerinage à Notre-Oame de Boulogne; et j'espère, au plaisir de notre seigneur, que son retour sera bref; et vous conseille pour le meilleur, que vous alliez pardevers son chancelier , comme celui qui représente sa personne, et lui contiez votre cas, ainsi que vous avez vouloir et intention de faire.» Le conseil et avis de Toison-d'or sembla êlre bon à Jacquet de Lalain, et aux gentiUhomraes, qui avec lui étoient. Si se partît de son hôtel, et vint vers le chancelier ^'\ auquel il raconta tout au long la cause de sa venue. Le chan« celier oyant le'haut vouloir et courage de Jacquet de Lalain moult joyeusement lui répondit; que de bon cœur il l'aideroit et conseilleroit en tout ce

(i) Le chancelier de Tordre rîe la Toison-d'or, ëtail k cette époque. Jean r,«rmaiîi . c^^quc de Chàlons-sur-Saonc. (Voj'ez hisloria de ia

qu^il lui sefoit possible, jusques au retour du duc. Jacquet de Lalain, comme celui qui étoit instruit et sachant les honneurs mondains plus que homme de son âge, moult humblement remercia le chancelier, le quel lui avoit dit tout au long ce qu*il avoit à faire.

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