‹ Chronique de J. de LalainChapitre 35 sur 133 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Encore BU même, et du partement du roi pour aller a

Chalons en Champagne.

O^ avint durant le temps que Jacquet de Lalain tenoit son pas, que le roi et le seigneur de la Va-

ren ne ^'\ arrivèrent surs les rangs; démenants grand bruit et si grand frainte (éclat) de trompettes, qu'il serobloit que terre et ciel dussent con^attre ensemble 3 non point qu'ils voulsissent (voulussent) jouter à celui qui tenoit le pas, mais par une joyeuseté qui les mut à ce faire. Si coururent Fan contre l'autre quatre courses et rompirent chacun deut lances, et s'en reîournèrent eux désarmer. Puis s'en vinrent mettre sur les hourts (échafiands) auprès des dames, cuidants (croyants) que nul ne les eut reconnu.

Jacquet de Lalain après qu'il eut tout le jour gardé son pas, tout heaume^ s'en partit, en passant devant les hourts vint en son hôtel, puis sefit désarmer, monta sur une petite haquenée et vint vers le comte de saint Pol , avec lequel il s'en alla à la cour devers le roi qui lui fit grande chèrej et là encommencèrent à eux deviser des joutes et de ce que ce joury avoit été fait. Lors vint l'heure du banquet que chacun s'assit, comme la nuit devant avoient fait 3 et comme la nuit devant, le prix lui fut apporté par les dames. Puis après le banquet, chacun se prit à danser et à faire fête; trompettes et méne$treux ne cessèrent de corner jusques auprès du jour pour mieux resbaudir (égayer) la fête; chevaliers, et dames, de chanter, danser et deviser les uns aux autres; et toujours Jacquet de Lalain et les deux dames le plus du temps se retrouvoient, et devisoient de ce dont il leur venoit à plaisir; et pas-

(i) Jean de Brèze seigneur de la Varenne. J. A. B.

soit temps avec elles, et autant en avoit l'une que l'autre^ et toujours se départoit bien d'elles, sans ce que l'une sçut rien du fait de l'autre.

Et ainsi comme vous oyez, Jacquet de Lalain,pour le temps qu'il fut par de là, acquit si grand bruit et louange du roi, de la reine, de monseigneur le dauphin et de tous les autres princes, princesses, dames et damoiselles, qu'il n'y avoit celui ou celle que moult volontiers ne voulsit (voulut) ouïr ses devises et avoir son accointances et avec ce se gouverna si modérément tous les jours qu'il tint le pas, qu'il emporta le nom et le los pour le mieux faisant de tous ceux qui joutèrent à l'encontre de lui. Puis quand les jours furent passés, car il n'est fête qu'il ne convienne cesser, le roi, qui bonne espace avoit été es marches de Bar et de Lorraine , pour aucuns ses hautes affaires, se partit et alla vers Châlons en Champagne s ensemble et en sa compagnie, la reine de France, la reine de Sicile, monseigneur le Dauphin, madame la Dauphine, la duchesse d'Orléans, la duchesse de Calabre et autres hautes princesses et dames, et la plupart de ceux qui à la fête de Nancy avoient été. Et d'autre part y vinrent de France et de Champagne plusieurs autres chevaliers, dames et damoiselles^ parquoi la fête en commença plus grande que paravant n'avoit eu à Nancy, et dura assez bonne espace, tant de joutes qui se firent, comme d'autres plusieurs ébattements qu'un chacun jour s'y faisoient, où Jacquet de Lalain se gouverna si modérément, qu'au dessus de tous ceux qui y furent emporta le bruit et la renommée pour le mieux faisant.

So CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

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