XIV NOTICE
torité à son entrée que de Vissue qui forme son litre tel ou tel, on peut et doit faire narration à Fexigent de la cause. Ceci je dis pour clair homme noble à cause de vertu et de haut affaire, et de qui les nobles, si vertu leur est chère, ne doivent avoir vergogne de lui prêter escout^ ce fut Jacques Cœur, argentier jadis du roi Charles, homme plein d'industre et haut engin, subtil d'entendement et hautemprendrej et toutes choses, comme hautes fussent, sachant conduire par labeur. Donc sa diligence et activité qui tout se convertissoit en allaires publiques et en chose de profit et de gloire à son maître, tant multiplia en bien que en l'état de sa vocation n'avoit pareil à loi. Au monde étoit venu de cent à cent mille^ et de cent mille au nombre de millions par son sens* La gloire de son maître fit-il bruire en toutes terres, et les fleurons de sa couronne fît-il resplendir par les lointaines mers. Tout le levant il visita atout (avec^ son navire; et n'y avoit en la mer d'orient mât revêtu si non des fleurs de lys, Alexandrie etKairelui étoient concédées portes, et ne voloient ses yeux qu'en la circuition du monde, pour tout seul l'estraindre; et quéioit à appliquer à lui seul par vertu, ce en quoi les diverses nations du monde labourent ensemble par divers regards. Donc envie crut dure sur lui et s'espentèrent les cœurs des hommes de son haut contendre. Mais comme fortune l'avoit mené au sommet de la haute périlleuse roche, là où le monter plus haut étoit impossible et le descendre naturel et de grand péril, lui véant tondis plus à
SUR GEORGES ClfASTELLÀIN. xr
difficile que à faisable, et plus à extrémité que à mesure, aveuglé enfin en sa hauteur, prospérant Fortune, se trouva à Penversj et après avoir ses trésors épars en diverses régions, ses galées vagants par les étranges mers, avoir grâce du plus haut homme du monde en son état, avoir prêté à son maître deux cents mille écus de prêt, deux autres cent mille au terme ]iDur son recouvrement de Normandie, fut accusé et atteint de crime commis, fut mis en prison, condamné à mort par sentence, tout le sien confisqué au roi et jugé finalement en la restitution de trois cent mille écus d'amende arbitraire. Donc, après longue prison tenue en amertume de cœur, trouva voie enfin de soi embler par nuit, et dépaysa là où en quérant ses aventures, sans eschéir en nouvelle fortune, mourut en Rodes, exilé du ventre de son honneur, le royaume François à qui tant a voit fait de glorieux services. Si â'en vint remontrer droit ci à tête incline et priant que de grâce pût être reçu au collège des malheureux, et s'accusa de sa faute quand sa haute fortune n'avoit scu user en cremeur (crainte) de Dieu et en admodération de sa convoitise par trop extrême. »
Quand toute cette fantasmagorie a disparu, la voix qui Pavait évoquée ordonne à l'auteur de mettre par écrit ce qu'il a vu. Après cet ordre tout s'évanouit et Pauteur écrit son ouvrage ainsi qu'on le lui a ordonné : « En imitant en son glorieux parler le noble docteur Boccace ^'^ dont
(i) Bocace a ea effet écrit ua ourragc intitulé comme ceJiil-ci Jet nobles malheureux. Il a été traduit en Français et imprimé in-folio. J .A. B.
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après Pétrarque son maître , dessus le Romain n'a eu guères de pareil. »
Le ]N°670, fonds des Célestins, est un petit volume format in- 18 qui renferme quelques pièces de vers assez élégamment tournées par des moines. A la moitié environ du volume se trouve une complainte de Chastellain sur la mort de Philippe-le-Bon et un%épitre adressée àChastel Aérin , roi d'armes de Charles VII. La réponse de Chastel Aérin est rapportée à la suite. Georges Chastellain, selon l'esprit du temps, joue sur le nom de son correspondant, Chastel^ et dans sa réponse, le moine qui s'excuse de ne pas faire mieux.
Vu ( dit-il) que je suis tout simple chapelain Et moy ne lourd indigne en Jhésus-Christ.
Joue à son tour sur le nom de son correspondant:
Plus tien que mien me reputes Chastel Dont Chastellain tu es garde et concierge Qui te vouldrois honneur faire en cas tel .Qu en gré Dieu Teut et la très doulce Vierge.
Le N** 208 est un in-4'* qui renferme une correspondance entre G. Chastellain, J. Aubertin et Mont-Ferrant. Je le décrirai en parlant du N** 7392 qui le renferme aussi ^ l'écriture du N"* î>'08 est une écriture cursive du XVr siècle. Aux deux tiers du volume se trouvent quelques poésies de Georges Chastellain dont plusieurs
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sont insérées aussi dans le W* 7686. Ce volume se termine par la complainte sur la mort de Philippe-le-Bon déjà mentionnée dans le N* 670. On y trouve encore la ballade suivante aussi insérée dans le N"* 7686 qui suit , et plusieurs ballades en réponse.