‹ Chronique de J. de LalainChapitre 3 sur 133 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

elN manière de DIAL0(.UE.

De feus, de mémoire éternelle, messire (^eorges Chastellain autrement dit Padventureux, et maître Jean Molinet chanoine de Vallencieunes, jadis indiciaire et historiographe de la très illustre maison de Bourgogne, eu vers Alexandrins interrogatifs et respousifs.

Dis mois qui gist ici sans que point tu m'abuse:» ?

— Cy gist Vainy privé d'Appolo el des Muses.

— Quels choses avec luy sont mortes et transies ?

— Dits subtils^ savoureux, jeux, ris et facécies.

— Qui est ce qui pour luy de pleurer continue ? ^ C'est rhétorique en chef qui fort s'en diminue.

X NOTICE

— Est-ce doncques celluy tant congneu Molinel? (i)

— C'est luy seul qui mouloitdoulx mots en molin net.

— Mais qui fut Thomme heureux qui tant luy en aprit?

— Des cieulx Tint Tinfluence en son sublime esprit.

— N'eu8t-il nul précepteur, Greban ou maistre Alain?

— Son maistre qui cy gist fut George Chastellain.

— L ensuivit il de près ? Est pair^ ou s'il le passe?

— Tous deux on peult noter en règle et en espace.

— Sflais à qui comparer les peust on sans mespris?

— L'un pour Virgile et l'autre est pour Ovide pris.

— L'un doncques fut plus grave et l'auti'e plus facile ?

— Plus humain fut Ovide et plus divin Virgile.

— 0 tous deux bien heureux qui tels tiltres méritent ! Leurs engins, leurs vertus, de gloire les héritent Qui pourra plus jamais à tels los paralaindre NuUy qui sache plume en noir actrament teindre. Combien a perdu donc la langue Gallicanne..

Par leur mort, elle est cheutte en basse Barbacanne. En quel temps, soubs quels roys furent ils florissans ?

— Va lire leurs labeurs partout resplendissans.

— Pourquoy se dirent ils Judiciaires lors ?

-y Pour ce qu'ils ont monstre d'histoire les trésors.

— Las que peu de gens sont qu'on sçaicbe avoir vescu! Ceulx cy font les gens vivre et la mort ont vaincu. Comment a nom ce lieu qui tels les a nourry ?

— Valenciennes, val doulx, val insigne et flory.

— Où sont leurs monuments et précieux tombeaulx?

— En la bouche des bons et en leurs escrîpts beaulx.

•— > 0 Dieu! combien vault mieux tel tombe que de cuivre^ D'autant que plume vole où métal ne peult suivre i

(i) Molinet mourut eo i5o8. J» A. B.

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SUR GEORGES ŒIASTELLAIN. xi

Georges Chasfellain a laissé iin grand nombre tf ouvrages en vers et en prose ^ quelques-uns seulement ont été imprimés. La bibliothèque royale possède quelques manuscrils delui. Ces manuscrits sont inscrits sous les n*'. suivants: 7392 mss. fr.

— 7427 mss. fr. — 7686 mss. fr. 9837/14 mss.fr.*

— 7655/a mss. fr. -^ 8oo5/3 mss. fr. — 8348 et 8349 ™^^- fr- — ioo25y,3 mss.fr. — 7385/^ mss. fr. — 670 fond des Célestins — 208 supplément

— 607 supplément — 8417 supplément — 118 fond de l'abbaye S*. Germain des Près. Voici une note de ce que contiennent ces divers manuscrits.

Les n**. 7385ya et 74^3 renferment le même ouvrage. Le n*. 7385/;, est d'une assez mauvaise écriture du i6*"\ siècle Le n^ 74^7 au contraire est d'une fort belle écriture gothique de la fin du i5*"*. siècle, sur parchemin, avec 8 jolies miniatures pages 7. i5. a4. 29. 4o. 49. 6^- ^^- La miniature page 4^ représente Job nu sur son fumier et trois musiciens debout devant lui et cher-^ chant à le distraire avec leurs instruments^ Fun tient une mandoline, l'autre une petite harpe de la forme des harpes irlandaises, le troisième une vaste flûte de Pan. Le titre de ce manuscrit format in 4^ précède la table, ainsi qu'il suit.

Cy commence la table des Rubrices de ce présent traitie intitulé: De plusieurs remontrant ces selon le stile Jehan Bocace par manière de consolation adresçhans à la rojne dAngleter-

xij NOTICE

re fille à Rcgnier roj de Naples, de Cecille et de Jhérusalem. ^*^

Cette reine d'Angleterre est Marguerite d'Anjou, lèmme d'Henry VI, qui après les mauvais succès de i463 parvint à fuir d'Angleterre, arriva à l'Écluse et fut fort bien accueillie du due Philippe- le-Bon , tandis qu'Edouard IV, de la branche- d'York, faisait mettre à mort son mari. Elle était fille de René roi de Sicile, nièce de Charles VII, et cousine de la reine de Chypre.

Chastellain suppose qu'une princesse exilée Cla reine d'Angleterre) s'adresse à lui pour lui demander ses conseils, et ainsi que dans tous les poèmes du temps il a une vision.

<c Je me trouvay, dit il, ne sçais comment, en une cimelierre pleine de tombes richement ornées de pointes d'or et d'azur, de diverses armes de seigneuries et avec multitude de divers titres en ^pttres de couleur étoient estoffées aussi de diverses images de porphire et d'albâtre et de maintes autres précieuses matières. >»

En contemplant ces tombeaux il reconnaît les insignes de princes Assyriens, Indiens, Persans, Grecs, Romains Bretons, Allemands, Italiens, Espagnols et Français. Au milieu du cimetierre était placé un temple de forme ronde dans lequel entre Georges Chastellain. Dans l'intérieur du

(i) Il a été impriiiié a Paris par Galion du Pré Tan iSî^ sous le litre de Temple de la ruine d? aucuns nobles malheureux tant de France que d'autres nations étrangères ^ à timUation de Bosaec»3. A. B.

SUR GEORGES CHASTELLAIN. xiij

temple se trouvaient des tableaux qui représentaient la vie de ceux dont les tombeaux étaient placés dans l'enceinte extérieure, depuis Adam jusqu'au roi Jean de France. Ace moment entre dans le temple l'ombre du roi Richard d'Angleterre suivie de celles de deux rois d'Ecosse qui traversent le temple et dont l'auteur lit à mesure les infortunes, écrites sur les murs du temple.

Suivent un grand nombre d'autres rois ou princes. Au chapitre 9 paraissent Jacques de Lalain, un des héros de l'époque et le favori de notre auteur, et Cornille bâtard de Bourgogne.

« Vinrent après, dit Chastellain, deux chevaliers en manteaux de larmes épîntelé^ de sang rouge parmi, et dont les corps dessous reluisoientcomme vericle^ et portoient image de haute valeur, semblant de vertu et de noble affaire mais de pauvre et escarse destinée en longuessede vivre. L'un si étoifmessîre Cornille bâtard de Bourgogne, l'autre messire Jacques de Lalain, tués en subit, l'un d'une picque, l'autre d'un coup de canon. Si se vinrent droit cy remontrer avec les autres, non pour eux douloir de leur mort ni des facteurs, mais pour arguer contre Fortune qui ne leur avoit souffert vie pour à haut contendre et de quoi avant demi vie leur avoif préparé si soudaine fin. »

Il consacre aussi un chapitre h Jacques Cœur.

« Et combien, dit-il, qu'entre les hauts princes et les nobles barons enuis (avec peine) ont député siège à ceux de bas état, toutes voies telle peut-être la vertu de l'homme, telle safani^eetau-

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