‹ Chronique de J. de LalainChapitre 46 sur 133 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Comment messire Jacques de Làlâin se partit de la COUR DE Frange, et vint en Navarre devers tE

ROI, ou IL FUT bien REÇU ET FESTOYÉ DU ROI, DU PRINCE ET DE LA PRINCESSE DE NAVARRE^ LAQUELLE ÉTOIT SOEUR AU DUC DE ClÈVES.

jVIessire Jacques de Lalain, qui étoit pour lors en l'âge de vingt trois ans, voyant qu'en là cour du roi de France, ne s'éloit apparu nul pour venir tou-

cher à son emprise , pensa de soi partir en intention d'aller chercher tous les royaumes chrétiens, l'un après l'autre^ et voulut, après le royaume de France, tenir son chemin vers les Espagnes, où sont plusieurs royaumes: pourquoi il élut à juge, au-dessus de tous, le roi de Castille. Et pour ce que tout son désir et vouloir éloit d'achever sa quête et accomplir son emprise, voyant que pour lors la demeure le retardoit de parvenir à son intention, il prit congé du roi de France et des princes et barons de sa cour 3 si s'en partit, et chevaucha tant par ses journées, lui et ceux de sa compagnie, qu'il vint en la cité de Bordeaux, laquelle pour lors étoit Angloise et obéissante au roi d'Angleterre.

Quand messire Jacques y fut arrivé, le maire de la cité, nommé messire Guillaume de Clinton, messire Gillotin de Lansacq, et Mondon de Lansacq son frère, ensemble avec eux Tarchevêque de Bordeaux, le reçure4it honorablement, lui et ses gens, comme s'il eut été de l'hôtel du roi d'Angleterre: de quoi celui messire Jacques fut très joyeux; et avoit bien cause de l'être; car depuis qu'il s'étoit parti de ses marches, il n'avoit été si grandement festoyé, ni plus honoré, que pour ce temps il fut en la cité de Bordeaux. Si en mercia le mayeur(maire), l'archevêque et les seigneurs, ensemble les bour* geois et la communauté de la cité, qui de tous points le deffrayèrent et décoûtagèrent, lui et tous ses gens. Puis ayant pris congé à eux tous, se partit de la ville; et prit son chemin pour aller vers le royaume de Navarre, où pareillement il avoit envoyé ses

chapitres, comme il avoit fait par les roj^aumes chrétiens de Castille, d'Arragon, de Portugal, et en plusieurs autres lieux, où il avoit pu penser qu'il dut être délivré d'avoir achevé son emprise: lesquels chapitres et sa venue, il avoit par tout fait noncer par un officier d'armes; et avec ce les faisoit avertir qu'en nul lieu on ne le pouvoil ni devoit détenir, plus avant que le contenu de ses chapitres porte.

Tant exploita celui messire Jacques, et toute sa compagnie, qu'il entra au royaume de Navarre, où il enquit, et fit enquerre par ses gens ^ où il trouveroit le prince et la princesse. Il lui fut dit qu'ils étoient pour ce temps séjournants eii la ville de Pampelune; et que pour lors le roi de Navarre ^'^ n'y étoit pas, mais s'étoit allé ébattre en aucunes de ses villes, sur les frontières de Castille. Puis quand messire Jacques fut du tout averti, il prit son chemin vers Pampelune, pour aller devers le prince et la princesse, et aussi pour sçavoir s'il y auroit chevalier, ou aucun homme de noble extraction, qui voulsit (voulût) toucher à son emprise, qui étoit telle, comme ci-dessus m'avez ouï déclarer; c'est à sçavoir, qu'il portoit en son bras dextre un riche bracelet d'or, où étoit attaché un couvrechef de plaisance, où tous chevaliers et écuyers nobles de quatre lignées^ sans nulle vilaine reproche, pouvoient toucher: et

(i) Jean II, second 61s de Ferdinand roi d'Aragon et de L^onore i]''Albuquerque, et successeur de Charles III. Il épousa en i447 , en seconde» noces , Jeanne , fille de Frédéric Henriquei amirante de CastilJe. J. A. B.

I ï 6 CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

moyennant ce , celui messire Jacques de Lalain promettoit de faire, fournir et accomplir le contenu de ses chapitres.

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