‹ Chronique de J. de LalainChapitre 56 sur 133 · COXTESU EN SES CHAPITRES · texte numérisé non relu

COXTESU EN SES CHAPITRES

A.PRÈS ce que les rois d^armes et hérauts eurent fait leur record au roi, il fut ordonné aux conné^ tables et aux maréchaux , que les lices fussent fai^ tes et ordonnées; et ainsi le firent en la place des frères prédicateurs; et là furent les lices faîtes et dressées, et aussi plusieurs échaffauds: car plusieurs chevaliers, et grands seigneurs, tant du royaume de Castille, comme de Portugal, de Navarre, et d'Ârragon et ambassadeurs de France, là furent à celui jour, pour la grandVenommée qui en couroit par tout, que chacun avoit désir et affection de les voir: et pour ce furent ordonnés plusieurséchaffauds défaire, afin que chacun les pût voira son aise. Et entre les autres en y avoit quatre principaux tenants aux lices^ lesquels étoient enchâssés l'un à Tatttre, c'est à sça voir celui du roi, et de la reine devers orient, et celui des juges devers ocddent Et le pavillon de Diego de Gusman étoit dressé et posé vers la partie de midi, et celui de messire Jac^ ques à Topposite.

Or vint le jour que les deux champions dévoient faire leurs armiés, qui fut le troisième jour de Février, qu'environ étoit neuf heures du matin; ils en-

Irèrent au champ seize hommes armés de plein hanias, lesquels tous de pied se mirent et posèrent entre deux lices, comme chacun doit sçavoir que lés lices sont doubles^ et se départirent es quatre cornes des lices pour garder le champ de toutes oppressions^ et étoienticeuxembâtonncs(armés)déhacheSi guisarmes; et autres bâtons deffeusables^ et bien peu après vint la reine et son état, et nionta sur son échafiaud, non point à manière d'échàffaud ^ mais étoit une belle maison dressée, couverte et bien tendue de riche tapisserie. Cette maison étoit ('lose entre deux j c'est à sçavoir, de la partie du roi étoit la montée du côté de messire Jacques;; et celle de la reine, du côté de Gusman. ^*^ Et tantôt après arriva le roi accompagné de Alvaro dé Lune grand maître de Saint Jacques, ^"^^ de l'Evêque de Valence, du comte de Benevente, et de plusieurs autres chevaliers et écuyers, et monta en son échaffaud: puis quand ce vint environ dix heures du matin, messire Jacques de Lalain eut licence, et congé du roi de soi venir armer dedans son pavillon. Si se partit de son hôtel tout de pied, armé dé harnas de jaune, velu d'une robbe d'écarlate fourrée de martres zébelines, et toute chargée d'orfèvrerie, longue jusques aux pieds. Si chevauchoient devant lui les gentils-hommes qu'il avoit amenés avec lui, moult richement vêtus et habillés. Et étoit addextré

(i)Ce tournoy est ainsi que le précédent cop-é litléralement par Georges ChastelUin sur le procès verbal dressé pat Saint L\émy dit Toison-d'Or et rapporté dans le manuscrit 84i 7* J* A. B.

(a) Don Alrar de Luna farori du roi; étoit connétable de Castill«* J.A. B.

ï 56 CHRONIQUE DU BON CBÈVÂtiÈR

de deux notables chevaliers; c^est à sçavoir d« Jean de Lune, qui toute la journée le conseilla, et d'un autre chevalier de Fhôtel du roi; et avec ce étoit accompagné dé plusieurs gentils-hommes de l'ambassade qui étoient venus de France par devers le roi de Castille, et d'aucuns de ses gentils- hommes de son hôte], qui étoient de pied, tenants son cheval après lui par les rénes^ et les autres éntour de lui. Si fessoit amener après lui un moult bel destrier^ lequel son armoyeur amenoit; et étoit celui destrier chargé de deux paniers, èsquels étoit le harnas de messire Jacques. Si étoient iceux paniers couverts d'un riche drap d'or. Et en celte manière vintiusques dedans les lices ^ et entra dedans son pavillon^ où il s^arma tout à son aise. Puis après qu'il fut armé, il vint faire la révérence au roi et à la reinCi et à tous les autres qu'il véoit être aux échaffauds. Si s'en vint premièrenient miettre a un genoail devant l'échafiaud du roi en lui disant: « Très haut, très excellent, trèis puissant prince, plaise sçavoir à votre royale majesté, que véez moi ci prêt et appareillé de faire, fournir et accomplir le contenu en mes chapitres, à l'aide de Dieu et de monseigneur Saint Georges, en vous requérant, très haut, très excellent et très puissant prince qu'il vous plaise à moi entretenir en toute bonne justice, ainsi comm^ j'ai ma parfaite fiance. » Lors le roi lui dit en la présence de ceux qui là étoient: ce Messire Jacques de Lalain , vous soyez le très bien venu , et )e le ferai volontiers. » Après cette réponse faite messire Jac^ ques de Lalain se partit, retourna en son pavillon)

qui étoit de soie blanche moult richement armojé de ses armes. Si se fit armer, çt illec (]\) attendit son champion, prêt pour accomplir le contenu en ses chapitres. Lors lui armé en son pavillon, ceux qui accompagné l'avoient, c'est à sçavoir plusieurs gentilshommes de l'ambassade de France, s'en partirent et allèrent monter sur les échaffauds qui pour eux étoient ordonnés.

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