‹ Chronique de J. de LalainChapitre 58 sur 133 · EUR · texte numérisé non relu

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vJuAND messire Jacques de Lalain eut ouï sonner ie tiers coup de la trompette , moult attempremeut (promptement) et assurément se mit à l'huis (porte) de son pavillon: puis en faisant le signe delà croix, issil hors et prit sa hache de la main sénestre à la main dextre, et marcha environ quatre pas. Puis fit la révérence au roi, et à la reine. Et Diego G usinai;! très fièi:emeni vint marchant à l'encontre de

ifio CHRONIQUE DU BON CHEVALIER *

lui , la visière baissée. Lors messire Jacques le voyant venir,sa visière levée encontremont, et voyant son ennemi approcher, eux deux ensemble se vinrent joindre^ si se combattirent des haches, et se donnèrent de si très terribles et horribles horions, si menus et si souvent, que des harnas qu'ils avqient armés, qui étoient fins, et acérés^ le feu et les étincelles en sailloient. Et tant bien se combattirent et donnèrent de si crueux coups, que le roi et ceux qui là étoient regardants les armes, disoient entre eux que jamais les pareilles arn^es n'avoient vu faire. Messire Jacques de Lalain avisant la chaleur de son adversaire, tourna la pointe de sa hache d^enbas^si férit par trois coups Vm\ après l'autre dedans la lumière de Diego en teWe manière, qu'il lui fit plaie en trois lieux au visage, jaçoit*ce-que messire Jacques eut la visière levée: si Tassèna du premier coup au sourcil sénestre, et Fautre au bout du front au coté dextre, et le tiers le férit au dessus de l'œil dextre: et depuis ne demeura guère la bataille d'eux deux, car Diego perdit sa hache par une secousse que messire Jacques lui fit. Puis quand celui Diego se sentit être désarmé de sa hache, vint vivement, bras étendus, par devers messire Jacques, pour le venir prendre par le corps et l'emporter hors des lices, comme il avoit intention de faire', et aussi comme il s'en étoit vanté deux mois paravant: mais messire Jacques percevant l'intention de son adversaire, afin que de plus près il ne Papprochât, étendit le bras sénestre, et de son poin{(, il rrhonia celui Diego. Eu ce faisant jeta sa hache

jus en le sablon, et mit la main à Tépée pour la tirer dehors.

Lors le roi de Castille voyant que le plus bel des armes étoit apparent plus à l'un côté qu'à l'autre, jaçoit-ce-que (quoique) tous deux avoient bien fait, jeta son bâton en bas, qui fut signifiance que les armes étoient accomplies. Alors les gardes du champ à œ ordonnés, se mirent entre deux etprirenties deux champions et les menèrent chacun en son pavillon. Puis après ce ne demeura guères que ledit messire Jacques de Lalain se vint présenter vers le roi en mettant le genouil à terre et lui dit: «c Très haut, très excellent, et très puissant prince, je sçais assez en votre noble mémoire être, qu'il est vrai que j'ai dît en mes chapitres qu'au cas que je viderois sain hors des lices, les armes de pied accomplies, et que ce fut le vouloir de mon compagnon, que dedans trois jours après je le fournirois de quatre lances à rompre pour l'amour et faveur de madame. Pourquoi, sire, par votre noble congé et licence, me vérz ci tout prêt de ce faire. » Alors le roi de Castille répondit et dit: « Messire Jacques de Lalain, sachez que dès maintenant nous tenons les armes de pied etdcchevalpour faites et accomplies. » Et ajouta que de là en ayant n'étoit son plaisir que plus en fissent, c'est à sçavoir Tun contre l'autre^ mais eux deux contre deux autres, il étoit content qu'ils en fissent àleur volonté. Etdit encore de rechef: «Messire Jacques ; vous avez très bien besogné. » Si commanda le roi à descendre de FéchafTaud le grand maître de saint Jacques, et lui dit que les deux^

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champions il fit venir devant lui, laquelle chose il fit.

Quand il fut descendu en bas, il fit venir Diegc de Gusman et messire Jacques, et les prit par les mains^ si les fit toucher ensemble, leur disant ces paroles: « Seigneur, la volonté du roi est telle, que quelconque chose que ayez eu à faire ensemble, ne ayez nul de vous deux nulle rancune, ni mal l'un contre Tautre^ mais veut le roi que pardonnez Tun à Fautre, et que dorénavant soyez comme frères et bons amis: car expressément le roi veut et commande qu'ainsi soit, et qu'encore pourra venir le temps, que vous deux ensemble au plaisir de Dieu, vous pourrez trouver pour vous éprouver et faire armes contre deux autres. » Lors les deux champions oyants la volonté et commandement du roi, en pardonnant l'un à l'autre, touchèrent et embrassèrent l'un l'autre par grand amour et fraternité, et puis se partirent de la présence da roi, montèrent à cheval et saillirent hors des lices eux deux ensemble, prenant l'un l'autre par la main, et allèrent ainsi jusques au partir le chemin que chacun tourna en son logis.

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