‹ Chronique de J. de LalainChapitre 77 sur 133 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Comment messire Jacques de Lalaiit, après le publication FAITE, en la présence DU BON DUC PhILIPPE PRIT CONGÉ ET VINT A LaLAIN OU PAREILLEMENT PRIT CGNGÉ DU SEIGNEUR DE LiALAiN SON PERE ET DE LA DAME DE LaLAIN SA MÈRE, ET s'eXPLOITA TANT, QU'iL

VINT EN Bourgogne.

Ces chapitres furent nonciez (publiés) et déclarés surlehourt (échaffaud) du duc de Bourgogne, et publiés en haut, avant ce qu'il descendît et que nul se partît de la place, afin que de chacun fût ouï et entendu; si est bien à croire que peu de gens y

2a8 CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

a voit qui ne pensassent, que ce procédoit du haut et vertueux courage du gentil chevalier messire Jacques de Lalain^ lequel pour lors en se» chapitres ne se youloit nommer. Et n^jr avoit celui pour lors qui ne fut déplaisant de la blessure qu^il avoit eue au bras en faisant ses armes: mais nonobstant ce il en vint au dessus à son très grand honneur, comme chacun put bien voir à ce jour. Après cette publication faite, et le duc retourné en sonhôtel et que les festoiement&, dons et bonnes chères qui par le duc et messire Jacques de Lalain fuient faits à Fécujer Anglois , et qu^il s^en fut retourné en Angleterre^ dont il étoi^natif, messire Jacques de Lalain par les medecins\lu duc fut visité si diligemment, qn'en peu d'espace d# temps il fut tout sané (sain) et guéri, de laquelle chose le duc de Bourgogne, princes., princesses, dames et damoiselles, chevaliers et écuyers furent moult joyeux: car de tous ceux desquels il étoit connu et mêmenient de ceux qui point ne l'avoient vu, fors par la bonne renommée de ses nobles faits, fut plaint et doulousé de sableasure;et furent très joyeux , quand ils ouïrent dire qn'il étoit sain et guéri: et sur tous autres, comme raison étoit, le furent le seigneur de Lalain, et la dame qui étoient ses père et mère, et aussi, que pas n'est à oublier^ le furent ses deux oncles, le seigneur de Créquyet messire Simon de Lalain, desquels il étoit moult chèrement aimé et bien le devoit être.

Lors qu'il se sentit sain et guéri de son bras^ il fut moult joyeux; si en loua notre Seigneur et h Vierge Marie. Il s'apprêta et ordonna pour faire

HESSIRE JACQUES DE LALAIN. 22gr

ef accomplir le contenu en ses chapitres que publier ayoit fait dessus le hourt du duc Si bien le fit et si honorablement s'ordonna , qu'en son fait n'y eut rien que dire. Lui voyant ses besognes être prêtes pour soi partir et que du tout étoitpourvu, c'est à sçavoir de ce qu'il lui étoit nécessaire, prit congé du duc, de ta duchesse, princes, barons, chevaliers, dames et damoiseUes. Si pouvez crofre et sçavoir qu'au partir du duc qu'il fit, lui fiit donné et son fait tellement appointé, tant en or, chevaux, harnas et Bagues, avec ce qu'il en avoit de son père le seigneur de Lalain , que bien et largement il fut. fourni pour ce qulil avoit à faire; et avec ce le très noble et très vertueux prince son souverain seigneur le duc Philippe de Bourgogne, lui bailla pour être son juge et tenant son lieu, le noble roi d'armes de la Toison,, que chacun nommoit Towon-tf Or ,^lequel fut tenu tout son vivant le plus sachant et vertueux et voir-disant(véridique) que pour son temps étoit, pour un roi d'armes le nonpareil,- qui pour lors fût envie, et pour là prud'hommie de lui et pour son bon sens étoit conseiller du duc. ^'^

Messire Jacques de Lalaki qui le connoissoit de long-temps, fut moult joyeux, quand il sçul qu'il seroit son juge élu de par le duc son souverain seigneur. Si prit congé au duc, en le remerciant très-humblement des grands honneurs et biens, que tant et si largement lui avoit fait, priant notre sci-

(i) Lefèvre seigneur de Saint Reiai. J> A..B.

23o CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

gneur, qu'il lui voulût octrojrer grâce que faire lui pût service qui lui vint à gré. crMcssire Jsc([ueSy répondit le duc Dieu vous doint (donne) telle grâce, que puissiez acquérir si bonne renommée,que ce soit à l'exaltation de vous et de tous vos parents et amis.» Lors le prit le duc par la main en lui disant: « Messire Jacques, Dieu parfasse en vous ce qu'il j faut" car à beau commencement n'avez pas failli. » Atant (alors)s'en partit le gentil chevalier, et vint au châtel de Lalain oii il séjourna aucuns jours à la reqnête du seigneur et de la dame de Lalain. Puis après tous fêtoyements et bonnes chères faites, prit congé du dit seigneur de Lalain son père et de madame sa mère, et de ses deux oncles qui pas ne sontà oublier, son fait apprêté, et ses besognes prêtes, après tous congé pris il se partit du châtel de Lalain accompagné de plusieurs gentils-hommes; si chevaucha tant par ses journées, qu'il vint en Bourgogne

Page 1