CHAPITRE LX V
Comment messire Jacques de Lalain, et le chevalier Sicilien, firent leurs armes de cheval(0.
En après ce que le chevalier gardant le pas, etcelui de Boniface furent montés armes et prêts dedans les lices, les lances mesurées et ajustées par quatre écuyers, devant et en la présence du juge, et que les cris , défenses et toutes les cérémonies qu'il appartenoit en tel cas à faire furent faites, on bailla au chevalier garde du pas sa lance, et pareillement au chevalier Sicilien. Si coururent l'un contre l'autre et atte\ndirent tous deux si rudement, qu^ils égrenèrent et épointèrent tous deux les fers de leurs lances. Et à la troisième course afteindirent de rechef l'un l'autre : c'est à sçavoir le chevalier Sicilien sur son armet, tant qu'il y parut : et icelui Sicilien atteindit le chevalier dupas sur le grand garde bras et rompit sa lance. La quatrième course pareillement atteindirent l'un l'autre, et fut féru ledit
(i) Ce chapitre manque dans le manuscrit ii8, suivi jusquUcij je le prends dans rédition de ChifHet. J. A. B.
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de Boniface en la tête comme devant^ et lej cheva* lier du pas fut atteint sur le corps. La cinquième course s'atteindirent tous deux sur le corps l'un de Tautre très rudement, et tant que le dit de Boniface ploj^a très fort. Et encore de rechef à la sixième course s'attein dirent tous deux: mais le dit sicilien fut atteint en la tête auprès des deux coups qu'il avoit paravant j et du grand coup qu'il reçut, son cheval tourna, et disoient aucuns que la visière de son armet fut levée.
Le chevalier du pas passa pour parfaire son poindre jusques au bout de la lice, ainsi qu'il avoit fait les courses devant : mais ains (avant) que le dit de Boniface fut prêt de refaire autre course, fut bien demie heure. Puisaprès vinrent à la septième course: si s'atteindirent tous deux, et ploya très fort ledit de Boniface; et fut la lance du chevalier gardant le pas fendue depuis le fer tout au long jusques à l'arrêt, et en y eut grand' question ^ pourtant que les chapitres portoient, qu'un chacun d'eux devoit courre d'une lance tant et si longuement et sans changer, que la dite lance seroit rompue entre le fer et l'arrêt, ou égrenée d'un doigt, du moins; et néanmoins que la lance du chevalier gardant le pas étoit fendue tout au long, comme dessus est dit et qu'elle ne valoit rien, ce nonobstant les gens da dit de Boniface maintenoient et disoient que le chevalier du pas en devoit courre, et qu'elle n'étoitpoint rompue; et vinrent devant le juge et montrèrent la lance, et requirent au juge qu^il en voulsit (voulût)^ juger; lequel juge en demanda àplusieurs chevaliers
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et écujers,pour voir et savoir qu'ils en diroient Et en ce pendant que le juge en demandoit Fopinion auz chevaliers et écuyers, vint un chevalier nommé Ibessire Pierre Vasque lequel pïit la lance et alla, devers celui de Boniface et lui montra cette lance, en lui disant qu'elle ne valoit rien, et que ce ne se^ roit point son honneur: à quoi celui chevalier de Boniface repondit qu'il étoit content et qu'elle ne va* loit rien. Si en fut apportée une autre au chevalier gardant le pas pour courre la huitième course: mais celui de Boniface dit qu'il lui failloit (manquoit) une pièce de son harnois, laquelle ne poûvoit recouviref de pareille, et sçavoit bien que son compagnon ne voudroit point faille armes contre lui, s*il ne le seur toit bien en point, et envoya devers le juge, en affirmant qu'il ne sçauroit recouvrer de pareille pi^e qu'il avoit perdue, et priant au dit juge qu^il en voulsit (voulut) appointer: à quoi le juge répondit qu'il véoitbien qu'il netenoitpas à courage de chevalier, ni à homme, ni à cheval^ en leur priant qu'ils fussent content s, attendu qu'ils dévoient faire autres armes à pied l'un contre Tautre. Les deux cham-* pions ayant ouï la réponse du juge, s'y accordèrent et s'en rallèrent par l'entrée par laquelle ils étoient p entrés; et ainsi furent les dites armes de cheval faites et accomplies 5 et retournèrent chacun en son lieu, jusques ce vint au neuvième jour après ensuivant, qui fut le .vingt-quatrième jour du mois*
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