‹ Chronique de J. de LalainChapitre 83 sur 133 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Comment lks armes de pied furent faites par les

DEUX CHEVALIERS, c'iîST A SÇAVOIR pAR CELUI QUI GAft- DOIT LE PAS ET PAR LE CHEVALIER SICILIEN.

Quand le neuvième jour ensuivant fut venu, après ce que les armes de cheval furent faites et accomplies, comme vous avez ouï, et que c'étoit le jour que les armes de pied se dévoient faire, le ciieva* lier gardant le pas, ainsi comme il a voit accoutumé, se partit de son hôtel et alla à l'église des Carmes: puis vint en son bateau, si passa outre la Saône et arriva es lices. Et quand il fut arrivé et passé outre, il vint devant le roi d'armes de la Toisond'or son juge, faire sa présentation en la manière que dessus est dit, et puis s'en retourna en son pavillon. Puis assez tôt après, le chevalier sicilien arriva aux dites lices à cheval, son dit cheval couvert de SCS armes, et tous ses gens avec lui portant semblables habillements qu'aux armes de cheval, excepté qu'ils ne portoient nulles lances. Et quand le dit chevalier entra es dites Uces, Charrolois le héraut lui présenta une verge d'or émaillée de la couleur de la targe blanche: et pareillement lui en présenta une aux armes de cheval, émaillée de la couleur de la dite targe noire. Et ce fait, le dit de Boni&œ marcha avant es Uces et alla tout droit devant le

MESSIBE JACQUES DE LALAIN. î^43

juge faire sa présentation en la manière devant dite, tt puis s^eû retourna en son pavillon. Et tôt après les cris et ordonnances faîtes, comme accoutumé est de faire èsdi tes lices, le chevalier gardant le pas issit (sortit)hors de son pavillon armé et vêtu d'une cotte blanche semée de larmes bleues, et salade en tête, ainsi que paràvant avoit été: et le dit de Boniface armé de toutes pièces, bassinet en tête, cotté d'armes vêtue ^ et sont ses armes: de trois paux dé gueules, à une borde d'argent: et tout autour de son dit baissinet avoit pointes aigiiès environ de deux paux de long, et par dessus un petit plumas. Si avoit la visière fermée, et ainsi marcha à l'encon- Ire du chevalier gardant le pas, lequel moult fièrement hii vint au devant. Si se combattirent de haches,et férirent l'un sur l'autre d« moult durs et grands coups.

Quand ils eurent féru l'un sur l'autre jusques à dix ou douze coups de haches le chevalier du pas prit de sa main dextre la hache de celui de Boniface, et de sa main senestre tenoit sa hache, et en férit en la visière de celui de Boniface trois coups d'estoc. Et ce fait, le chevalier dupas laissa aller la hache de celui de Boniface, et le prit par le plumas qu'il portoit sur sa tête en le tirant :si rudement, qu'il le fit cheoir à terre de tout le corps. Quand le juge vit que le chevalier sicilien gisoit par terre, il commanda aux gardes qu'ils le levassentet l'amenassent par devers lui; et aussi commanda pareillement qu'ils fissent venir le chevalier gardant le pas; et lors, eux venus devant lui, leur fut dit déparie juge, que selon le con-

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tenu des chapitres^ les armes étoient accomplies. A quoi le dit de Bonifacc répondit, qu'à Fencontre du juge, ni des chapitres, il ne vouloit point aller, en priant au juge, que par sa courtoisie il lui Toulsit ^voulût) faire à connoitrc le chevalier avec lequd il avoit fait armes. Et lors le juge les fit accoUer et toucher ensemble, et là firent moult grands reconnoissances, car autrefois avoient fait armes Fun contre l'autre en la bonne ville de Gand.

Ainsi comme vous oyez, se passèrent les armes de pied, et retourna chacun en son logis. Et pour ce que les chapitres faisoient mention que quiconque . seroit porté par terre de tout le corps, seroit tenu de porter par un an entier un bracelet d'or, où devoit pendre un locquet fermant à clef, et ne le pourroit ôter ni faire ôter le dit temps durant, si en ce dit temps durant il ne trouvoit la dame ou damoiselle qui auroit la clef du dit locquet, à laquelle il se devra faire défermer, si la dame le veut défermer, et à icelle donner le dit bracelet et présenter son service. Pour laquelle aventure ainsi avenue à celui chevalier de Boniface, lui fut présenté le bracelet d'or de par le chevalier du pas, en lui disant: « Vous le porterez ainsi qu'il vous plaira, soit couvert ou découvert » Lequel chevalier de Boniface le reçut moult agréablement, et le portoit, comme raison étoit: mais qui fut la dame ou damoiselle qui le déferma, n'est pas venu à ma cojinoissance.

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