CHAPITRE LXlliL
coaimest le chevalier du pas fit armes au seigkeui
d'Espiry.
A.PRÈS les armes dessus dites accomplies et achevées, comme vous avez ouï, quand ce vint le dixseplième jour du mois d'octobre, que le chevalier gardant le pas de la Fontaine, devoit faire armes» comme il fit, à l'enconlre du seigneur d'Espirjr, droit environ neuf heures du matin, celui chevalier du pas alla ouïr la messe à la grande église de Châlons, là où il trouva le seigneur de Saint-Bonnet. Et quand le chevalier du pas Taperçut, jaçoit-ce-qoe (quoique) appointée étoient dès le soir devant, qu'icelui de Saint-Bonnet seroit à Fheure de dix heures en Péglise des Carmes séante es faubourgs de la dite ville, pour dire au chevalier du pas les dessus dites paroles , nonobstant ce parla le chevalier à Theuredite à celui de Saint-Bonnet, en lui disant ainsi; « Monsieur de Saint-Bonnet, êtes vous coûtent de dire les paroles que Louis Sachet vous a montrées en une petite scédule?» Lors le dit de Saint-Bonnet répondit qu'il étoit tout prêt de ce dire à telle heure qu'il lui plairoit. Et le chevalier du pas répondit, qu'il étoit content de lui, et le quittoit de non porter le bracelet; ainsi la paix d'eux fut £ûte, et tou-^ chèrent ensemble et furent depuis si bons amis
qu'à peine pourroit on dire de deux frères. Puis après en ce même jour le seigneur d'Espirj,qui se nomma le chevalier méconnu, fit ses armes à l'encontre du chevalier gardant le pas de la Fontaine des pleurs, lequel comme il avoit accoutumé, se partit de l'église des Carmes , entra en son bateau et passa la Saône. Si arriva es lices, et vint faire sa présentation devant le juge, ainsi comme autres fois avoit fait^ puis vint en son pavillon.
Ne demeura guères après queleseigneurd'Espiry vint aux dessusdites lices,etillec (là) quand il entra dedans, lui fut par Charrolois présentée et baillée une verge d'or émaillée de la couleur de la targe à laquelle il avoit fait toucher^ et en entrant èsdites lices, avoit un cheval couvert et armoyé de ses armes que deux officiers d'armes menoient, lesquels étoient vêtus de cottes d'armes des armes d'icelui Seigneur d'Espiry. Le cheval sur lequel le dit seigneur d'Espiry étoit monté, fut couvert d'un bien délié couvrechef à manière de crêpe, frangé de fil d'or et de soie verte. Et étoit vêtu d'une longue robe de drap de damas blanc^ brodée dessous et dessus, et les manches de satin cramoisi, et un chaperon vermeil, et la cornette vertej et avoit quatre enfants autour de lui, dont les deux étoient ses enfants, et les deux autres ses neveux, lesquels tous quatre étoient vêtus et affublés comme lui, et tenoient les quatre cornes de la couverture de son cheval. Si avoit après lui un page pareillement vêtu, monté sur un cheval couvert de velours cramoisi. Puis après qu'il fut descendu devant son pavil-
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Ion, s'en alla tout droit devant le juge, ensemble les quatre enfants devant lui Et quand il fut là venu soi présenter, dit tout haut: « Très noble roi d'armes et juge en celte partie, commis de par mon très redouté seigneur monseigneur le duc de Bourgogne, pour ce que cejourd'hui à moi est asigné pour devoir faire armes au chevalier gardant ce présent pas, je me présente par devant vous, pour à l'aide de Dieu, les faire et accomplir. Et combien que parles chapitres du chevalier tenant le pas il soit assez déclaré que les venants de dehors aient pouvoirel faculté d'élire pour eux juge adjoint avec vous; mais en tant qu'il me touche de cette cause, je m'en déporte (dispense); et qui plus est, de vous requérir que le droit despartiesy soit gardé, je nem*en eux aucunement entremettre: car de ce (aire ne me semble-t-il être nullement nécessaire, attendu votre sens, discrétion et bonne renommée de bonne justice; laquelle je crois être telle, que le droit des parties/ sera gardé à ligne et raison, selon droit d'armes.» Auxquelles paroles le juge répondit et dit qu'il fot le bien venu, en le remerciant humblement du grand honneur qu'il lui faisoit, et qu'au surplus lai feroit tout ce que possible lui seroit de faire.
Ce fait, le seigneur d'Espiry s'en retourna en son pavillon, lequel étoit blanc et bordé de vermeil par dessus , en signifiant les robes dessus nommées; et par dedans, en manière de dossier, sorte ceintre, avoit uA riche drap d'or; et dedans cdoi pavillon s'arma , et en soi armant envoya d.evers le juge, lui priant qu'il lui plût que ses quatre consôlr
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liers, c'est à sçavoir les quatre petits enfants, demeurassent aux pieds de lui; la quelle requête le juge lui accorda libéralement et volontiers, car ce n'étoit pas requête à réfuser. Et après ce que les cris et cérémonies furent faites es dites lices, les haches furent visitées, lesquelles étoient à dague par dessus, comme toutes les autres haches de quoi on avoit fait armes.
Ces choses faîtes, issit (sortit) hors de son pavillon le chevalier du pas, ainsi armé et habillé comme par avant a voit été, et pareillement issit hors de son pavillon le seigneur d'Espiry, la cotte d'armes vêtue, salade en tête, ayant bavière et visière; Et tantôt après le parlement fait de son dit pavillon, il rua à terre sa dite cotte d'armes, laquelle étoit écartelée, dont le premier quartier étoit d'azur, à une croix d'or engreflée, et l'autre quartier étoit d'or à quatre points de gueulles. Et pour déclarer le nombre que le dit d'Espiry nombra et demanda, ce fut de cinquante cin'j coups de hache. Vérité est que le chevalier du pas et le seigneur d'Espiry marchèrent l'un contre Fautre et assemblèrent à combattre devant le juge; et se combattirent bien et vaillamment, et jusquesà ^accomplissement de trente coups de hache. Lors le juge voyant la vaillance et l'habilité des deux chevaliers, et aussi doutant les grands dangers qui s'en pourroient ensuivre, jeta le bâton, et furent pris si également par les gardes à ce ordonnées à l'honneur des deux champions, que chacun en eut sa pari. Le juge les voyant venus devant lui, leur dit: « Seigneurs, je tiens. vos armes
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pour accomplies, et avez tous deux bien et vaillamraentfait. » Leur priant, qu^ils touchassent ensemble et fussent bons amis, lesquels le firent très libéralement^ et ce fait s'en retournèrent en leurs pavillons pour eux désarmer. Puis après ce qu'ils furent désarmés s'entre-trouvèrent ensemble dedans les lices, eux entre-accolants et merciants de rbonueur, qu'ils avoient fait Pun à Tautre. Et après ce retournèrent tous deux en leurs logis, et ainsi se passèrent celles armes. Puis quand ce vint le lendemain, qu'il tut jour de dimanche et quatrième du dit mois, le seigneur d'Espiry fit un très beau dîner, là où fut le chevalier gardant le pas, avec grand nombre de chevaliers et écuyers, le juge, et plusieurs officiers d'armes et assez d'autre notables gens.