‹ Chronique de J. de LalainChapitre 91 sur 133 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

Comment le dit Jacques d'Avakchier fit sçs armes de cheval a l^encontre du chevalier gardant le pas de la fontaine des pleurs.

JliN ce même jour, deux heures après midi, celui d'Avanchier fit ses armes de cheval à Tencontre du chevalier gardant le pas de la Fontaine des pleurs : mais celui d'Avanchier s'en alla monter et armer en son logis: et le dit chevalier gardant le pas de la Fontaine des pleurs ne se bougea d'emprès les lices où il avoit une tente, en laquelle il s'arma et monta. Et après ce que tous deux furent prêts, ils entrèrent dedans les lices, où par devant le juge firent leur présentation. Et après leur furent baillées leurs lanrvs. Et avoit demandé celui d'Avanchier le nombre

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de vingt cinq courses: mais ils u'eD coururent que six , auxquelles six courses l'écuj^er Savojen rompit deux lances, et le chevalier du pas en rompit une: de laquelle il atteiudit (atteignit) celui Savoyeu en la tête un très rude coup^ duquel coup ji £(embla être grevé et un peu étourdi, et recliangea nouvel armet, auquel armet il ne voyoit pas bien. Pourquoi le juge, voyant, qu'il étoit mal armé, envoya devers lui, en lui remontrant, qu'il n'éloit pas bien armé de la tête, en lui priant qu'il se voulsit (voulût) déporter (dispenser) de plus en faire. A quoi le dit Savoyen répondit qu^il étoit prêt de faire ce que le juge lui voudroit ordonner. Et lors le jugeoyantla réponse de l'écuyer Savoyen envoya devers le chevalier du pas lui priant qu'il voulsit (voulût) être content de plus en faire, à quoi le chevalier du pas répondit que son compagnon avoit rompu deux lances et il n^en avoit rompu qu'une: pour laquelle cause il pria et requit au juge qu'il leur voulsit (voulût) laisser paraccomplir leurs armes. Si fut lors répondu au chevalier du pas, qu'icelui écuyer Savoyen avoit accorde au juge d'en faire ce qu'il lui plairoit. Pourquoi de rechef requit au chevalier du pas qu'ainsi le voulsit (voulût) faire, et que son honneur lui étoit gardé.

Le chevalier du pas, qui étoit doux et débonnaire se contenta à la requête du juge, lequel incontinent les fit venir devant lui et parla à Fécuycr Savoyen, lui disant telles ou semblables paroles: « Je vous ai fait requerre et dire que vous fussîex content » Et l'écuyer Savoyen , surnommé d'Avanchier, répondit et dit qu'il, étoit prêt de faii'c son

bon plaisir à lui qui étbit son juge; dont le juge le mercia. Lors tôt après fit venir devant lui le chevalier gardant le pas, auquel pareillement il pria qu'il voulsit (voulût) être content. Le chevalier du pas moult courtoisement lui répondit qu'il étoit prêt de faire tout ce qu'il lui plaixoit; et lors le juge les fit toucher ensemble, et ainsi se départirent et s'en allèrent en leurs logis. Et celui jour au soir l'écuj^er Savoyen fit un très beau souper; et y fut le chevalier gardant le pas, et plusieurs autres chevaliers et écujers, le juge et les officiers d'armes et autres plusieurs gens notables. Et là fit le dit d'Avanchier de grands offres et amiablement au chevalier du pas, lequel en fit pareilleI^ent de moult belles et plusieurs à celui d'Avanchier; et ainsi se départirent en très bonne et fraternelle amour.

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