CHAPITRE LXXIII
Comment celui écuyer de Savoye fit ses auiks a^ pied a l*£ncontre du chevalier gardant le pas^
C*EST A SAVOIR DE l'ÉPÉË.
J^E douzième jour du mois ensuivant^ celui écujer de Savoye fit ses armes de l'épée, à Pencontredu chevalier au pas. Si furent tous deux à l'heure de onze heures dedans les lices, où ils firent leurs pré^ sentations devant le juge, comme paravant a voient fait, et puis entrèrent chacun en son pavillon pour eux armer. Après les épées visitées, cris et ordbnnances faites, le chevalier du pas issit (sortit) hors de son pavillon le bassinet en tête, et tant bien armé que belle chose étoit à le voir. Et par dessus son harnas avoit vêtu une robe de drap de soie sanguine toute semée de armes bleues. Et ' celui écuyer Savojen éto'it armé d'un larmet en tête; et par dessus son harnas, sa cotte d'armes vêtue. Si se partirent de leurs pavillons marchants l'un contre l'autre» et tant qu'ils vinrent et assemblèrent pour eux combattre devant le juge. L'écuyer Savoyen nombra et demanda sept poux d'épée, lesquels se dévoient &ireà trois pas de démarche et retraite. Si furent bien les gardes ordonnés, au cas qu'ils faudroient (manqueroient) à démarcher leurs trois pas, de les mettre au lieu où être dévoient: mais le dit Savoyen ne voyoit
pas bien en son arraet, et pourtant ne se bougea oncques du lieu où premièrement il se mit. Et là attendoit le chevalier du pas, chacun coup qu'il faisoit ses démarches, lesquelles démarches fit toujours belles et grandes; et puis alloit assir (frapper) sur le dit Savoyen, lequel, comme dit est, ne se bougea oncques. Lors le juge voyant les sept coups accomplis, jela le bâton, en leur disant que leurs armes étoient accomplies bien et honorablement. Si touchèrent ensemble et s'en retournèrent en leurs pavillons pour eux désarmer.