‹ Chronique de J. de LalainChapitre 98 sur 133 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

COMMEKT LES GaI«TOIS SE REBELLÈRENT k L*ENCONTRE DE LEUR SEIGJ^EUR LE DUC DE BoURGOGUE, DONÏ EN LA FIN LE COMPARÈRENT (pAYÈRENt) CHÈREMENT.

\JK advint qu'en celui temps, ou assez tôt après, que l'on comptoit l'an mil quatre cent cinquante et un, pour aucunes demandes que avoit faites le duc de Bourgogne à ceux de sa bonne ville de Gand et au pays de Flandre, ceux de Gand moult émus, par un grand orgueil et présomption, dirent, qu'avant ce que la requête à eux faite par le duc de Bourgogne comte de Flandre leur seigneur lui fut .accordée, qu'ils y mettroient jusques au dernier homme de Flandre. Et de fait firent plusieurs exploits sur les gens et officiers du duc^ laquelle chose le duc prit très mal en gré. Sur quoi pour pourvoir à leurs déloyales et damnables emprises, et pour la grand' déloyauté et désobéissance qu'ils avoient faites et toujours de plus en plus s'éforçoient de faire, comme de prendre, rober, piller et mettre à exécution, et faire mourir les serviteurs etofficiers du duc, lui étant averti de ces besognes, tôt et sans délai assembla son grand conseil, et tous ses chevaliers, barons et capitaines, par lesquelsilpûtsur ce avoir conseil et avis afin d'y pourvoir, comme ils firent: mais pendant le temps que ces consaux

a8G CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

(conseils) se tenoient ea la ville de Bruxelles, aucuns notables hommes de la ville de Gand par une voie amiable assemblèrent tous les doyens et hauptmans ^'Me la ville, en remontrant moult doucement au peuple, le danger et péril eu quoi ils se mettaient, d'ainsi molester, et faire mourir les officiers du prince, et encore pis, de vouloir ardoir et détruire son pays de Flandre et lui faire guerre sans lui faire sçavoir, que jamais pis ne pourroient avoir fait, et que pour Dieu ils youlsissent(voulussent)cesser de plus avant aller, ni faire telles rigueurs à l'encontre de leur bon prince, et que de ce qui ayoit été fait ils trouyeroient manière qu'il leur seroit pardonné, pourvu que plus avant n'y procédassent Ceux notables bourgeois, firent tant par leurs belles paroles et remontrances, qu'ils s'accordèrent tous et promirent que de là en avant, ils ne procèderoient de plus avant aller par telles manières qu'ils avoieut encommencé, pourvu qu'on leur fit avoir le pardoo du prince de ce que fait avoit été, priants et requérants qu'aucuns prud'hommes fussent élus et envoyés devers leur prince pour l'apaiser, et tant fisiire par devers lui que tout ce qui avoit été fait leur fût pardonné, et promirent d'en faire telle amende que par ceux commis en seroit avisé pour le mieux.

Iceux bourgeois notables ayant ouï la volonté du peuple, de la grand' joie qu'ils eurent en pleurèrent (le pi lié et de joie. Lors tantôt et sans délai, pour fournir celte besogne, élurent et mirent sus une notable ambassade, c'est à sçavoir le prieur des

(i) Chefs des corporations, J. A. B,

Chartreux de Gand,les trois membres de Flandre et plusieurs députés des bonnes villes et comté de Flandre, et autres gens notables; lesquels tous ensemble se partirent de Gand et vinrent à Bruxelles en la sainte semaine et jour du bon (Saint) vendredi. Et là celai prieur et tous les autres députés se vinrent mettre aux genoux devant leduc deBourgogne, ^t par la bouche du dit prieur des Chartreux de Gand, fut requis moult fort en pleurant que pour la révérence de la passion notre Seigneur Jésus- Christ, il lui plût avoir pitié de sa ville de Gand, et -que s'il lui plaisoit de sa grâce à y aller, que tous ses pauvres sujets et habitants étoient prêts d'aller au devant de lui jusques à la porte, les gens d'église vêtus et ornés de croix et de gonfanons, ainsi que gens d'église doivent faire et sont tenus de faire. Et les hautpmans(doyens),ceuxdela loi, et tout le peuple nue tête, nuds pieds et déchaux lui crier merci, en lui suppliant qu'il lui plût à pardonner aux dits hauptmans(doyens)et à tous les autres ,leurs méfaits. Alors le duc de Bourgogne répondit, que nonobstant qu'ils s'étoient mal gouverriés'et grandement offensés devers lui et sa seigneurie, si avoit il eu lui autant de grâce pour eux pardonner, qu'il avoit oncques eu, et que toujours avoit été prêt de ce faire: mais il doutoit que leur volonté ne fût pas telle, que les paroles qu'ils faisoient remontrer, et que maintes fois il avoit vu et sçu par vraie expérience leur mauvaise intention. Toutes fois ilétoit prêt d'entendre à tous bons traités à lui honorables; et pour aviser la manière, il députeroit des gens de

ffou conseil, pour commuuiquer avec eux^ mais pour les saints jours qui lors étoient, la chose fut mise au mercredi ensuivant pour besogner es dites matières. Et ce nonobstant^ ce même vendredi saint, et pendant le temps que les ambassadeurs d'iceux Gantois faisoientleur pitoyable requête à leur prince, ils envoyèrent par leurs gens prendre le châtelde Gaures , à trois lieues près de la ville de Gand^ et le cinquième jour ensuivant après Pâques, aussi que les députés du duc de Bourgogne et ceux ambassadeurs de Gand besognoient pour Tappointement d'iceux, les dits Gantois en ensuivant leur mau« vaiseetdéloya(evolonté,issirentà(avec)puissancede la ville de Gand et allèrent assiéger la ville d*Aiidenarde de tous les deux cotés, la cuidant trouver dépourvue de gens de guerre et de tous autres habillements: mais Dieu, qui garde toujours ses amis, avoit fait aller un gentil chevalier nommé messire Simon de Lalain, au dit lieu d'Audenarde, et par l'ordonnance du duc, celui messire Simon j fat envoyé pour aucunes raisons ci-après déclarées» où il se gouverna grandement et honorablement, ainsi comme vous orrez raconter, qu'à toujours-mais en sera mémoire.

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