CHAPITRE U^SXl
Pu BON CONSEII. 4^V« MESSHIE SliCOir DB LAlAfN OMIT^. A CEUIC p'AuDENÀRDE 9 ET ÇOMI^JBZIT'J^PS G^Tp]i$ X XXaEUT LE BlÈOEp
A.iN$i comme <;i-dessiis est déclaré^ le doc de Bourgogne,qui ass^z connoissoitles Gantois, pour oïfner à leurs damnablos (^treprises ^et aux grande >3iiAishr Taisetés doat ils étoieut rempbs ordonna en dcertair nés ses ViUes de Flandre, e^pitaiites pour :1a sûreté d'iceux nofaies seigneurs du paj^s.; et entre les au* ijves ordonna au dit lîeu d'Aùdenarde le seigneur de la Gruthuse et le seigneur d'Escornay; et envi* ronenla semaine devant Pâque «fletule, pour ce ,qtte ceux de Bruges requéroieiit d'avoir ]pour <»pir taine le seî^eiir dft la Orttthtts^,el; aussi que ie sei#gneurd'Ëseomay ^toit retrait (retiré)en sa n^s(^ à Ëscornay , par ce que lui^ et le dit de Gruthnse à^ se pouvoient bien acc^der^ te duc d^ Bourgogne/ envoya le Seigneur de ta Gruthuse à Bruges, pour en être capitaine Et pour ce que le duc sçavoit être messir^ Simon de Lalain un sage .et caillant chievsK lier, l'ordonna à alie^r en la viiled'Audenardè^ afià de métUre peine que jle seigneur d-Escomay et KM: amis y retournassent, et aussi pour a paiser 1^ di£r férens, si aucun en jr avoitj ce quq le dit de Lahiv fit JEt retournèrent le seigneur jd'l&Si^ri^i f^^ m
39^ CHRONIQUE DU BON CHEVàMER
amis: mais pour lors la ville d'Audenarde étoit en grand' division, pour ce qu^on leuravoit donné à entendre qu'on y vouloit bouter grosse garnison de Picards et autres gens étrangers , ce que tous en général n'eussent pour rien touIu souffrir; et pour y obvier, avolent par cri public fait cornmandementà tous leurs fauxbourgeois qu'ils se retirassent dedans la ville atout (avec) leurs biens.
Alors messire Simon de Lalain qui étoit sage et imaginatif, voyant et connoissant que c'était la destruction de la ville, fit assembler la loi, les notables hommes et les doyens des métiers, et leur , remontra, que si les dits fauxbourgeois entroi^nt dedans la ville, ils y viendroient bien dix mille paysans, tous d'environ la ville de Gand, qui n'avoient nulle provision qu'amener pussent avec eux; et si les Gantois leurs ennemis venoient devant leur ville, les uns par crainte qu'iceux Gantois n'ardîssent leurs maisons, et aussi que le peuple de pays se tourneroit plutôt avec les dits Gantois jffju'avec le prinoe,ct aussi que plus désii^ent par pauvreté d'aller au pillage qu'à garder la ville; et pour ce faire se pourroient mettre en peine de livrer la ville aux Gantois.
£n outre eux remontrant qu'ils étoient forts assex pour garder leur ville, et ne leur étoit nul métier ni besoin d'avoir garnison de leurs fauxbourgeois, s'ils n'étoient riches et puissants, et qu'ils amenassent provision assez pour eux vivre: et ceux pourroicnt ils bien recevoir et non pas le menu peuple. a Et quant à ceux qui discut et vous donnent à en-
tendre, disoit messire Simon, qu'on vous veut mettre garnison d'étranges gens, ils taillent: car monseigneur le duc de Bourgogne ne le pensa oncques: mais c'est pour vous décevoir et pour vous mettre en suspicion contre votre prince. Et soyez sûrs que monseigneur le duc de Bourgogne ne vous a ordonné que monseigneur d'Escornay et# moi tant seulement, qui sommes vos voisins et amis- »
Les bons et les nobles conçurent incontinent que raessire Simon de Lalain leur disoit toute vérité: mais le peuple et partie dès notables ne s'j pouvoient assurer, et dirent à messire Simon de Lalain , qu'ils sçavoient bien qu'il n'étoit point là venu pour demeurer avec eux, et si le fort venoit, qu'il iroit à l'Écluse dont il a voit la charge. A quoi messire Simon leur répondit et affirma, qu'il demeureroit avec eux^ et afin que de ce ils en fussent mieux a certenés (assurés), il envoyeroit quérir sa femme et son fils aîné, ce qu'il fit. Et ainsi les rassura et entretint en douceur le mieux qu'il put, et tint tonjours ces termes, disant qu'il ne leur falloit point de garnison , pour obvier à ce qu'ils ne reçussent point de bourgeois forains. Etbienétoit besoin de i'ainsi faire, carie jeudi cinquième jour après Pâque, comme paravantest dit, que les Gantois jse partirent de la ville de Gand et des villages d'environ pour mettre le siège devant la ville d'Audenarde, les dits bourgeois forains montrèrent et apperlement clairement leur grande déloyauté: car ils entrèrent dedans la ville d'Audenarde, sous couleur qu'il étoit jour de marché; et étoient armés le plus
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secrètement qu'ils le purent faire, et Guidèrent (crurent) prendre le marché de la dite yille, esipéranls que le peuple se mettroit avec eux. Lors messire Simon averti de la maie volonté et faux courage de ces déloyaux mutins, soudainement et tôt alla d'hôtel en hôtel, etles bouta dehors, et se saisit et se fit maître de§ portes. Alors le peuple de la yîlle connut qu'iceux bourgeois forains les avojent voulu trahir, et dès lors en avant furent tous unis et bons pour leur prince: mais aucuns de la ville en petit nombre s'enfuirent^ les quels pouvoient avoir été consentants queles dessus dits bourgeois forains demeurassent ce dit jour et la nuit logés es îàUr bourgs; et assemblèrent avec eux les gens de tous les villages d'environ. Et si messire Simon de Lalaia eût bien voulu, il les eut tous rué )us: mais il ne vouloit point qu'on pût dire que par lui ni sa cause aucune œuvre de fait eut été encommencée.
Cette même nuit issirent ceux de Gand 'à puissance atout(avec)^aude artillerie,eteaviron douze heures du jour se logèrent devant la ville d*Audenarde, de l'autre coté vers le côté d'Alost, et écrivirent à ceux d'Audenarde qu'ils n'étoient point là venus pour nul mal faire: mais avoient entendu qu'étrangers youloient venir au pays^ à quoi ils vouloient obvier^ et leur prioient que pour, argent ik pussent avoir vivres et être reçus comme leurs amis, si besoin étoiL Lors messire Simon ojaot le messager et la requête qu^il faisoit à ceux de la ville de par ceux de Gand, répondit tout en haut au messager^ qu'ils étoient forts asserpour garder
leur ville^ et ce qu'il requéroit de par ceux de Gand, d'avoir vivres, dit qu'il n'en y avoit que pour ceux dalla ville, et que c^étoit pour leur provision^ et dit encore outre au messager, qu'il sçavoit bien quHIs ctoient venus, cuidants (croyants) que ceux de la ville fussent en division, pour par ce moyen avoir la ville; et dit au messager , qu'il dît à ses maîtres que du plus grand jusques au plus petit ils étoient4ous unis, et étoient conclus de garder la ville pour le prince, Tantôt après cette réponse faite, les dits Gantois firent guerre à ceux de la ville d'Audenarde, et y mirent le siège par terre et par eau tout autour, tellement que ceux dedans ne pouvoient faire issir nuls de leurs gens, ni avoir nulles nouvelles du duc deBourgogne, ni d'autres de dehors: et quatre jours après que les dits Gantois eurent mis le siège et approché la ville de bien près d'un coté et d'autre, ceux de la dite ville saillirent par deux côtés et ardirent tous les faubourgs, parquoi iceux Gantois furent contraints de reculer leurs approches, et battirent de leurs bombardes, canons et veuglaires ^'^ là dite ville, et entre les autres, firent tirer de plusieurs gros boulets de fer ardent du gros d'une tasse dargent pour cuider (penser) ardoir la ville; et sans faute c'éloit un très grand danger, car s'ils fussent chus eti menuboissec,ouenfeurre(paille),la ville eût été éù péril d'être arse: mais messire Simon de Lâlài^, t^ï étoit sage, et imaginatif en fait de guerre et expert, ordonna deux guets sur deux clochers , qui crioient
(1) Sorte d** armes k ^eo. J. A. B.
et montroient où les dits boulets chéoient; et pour à ce remédier lit mettre dessus les rues, grandes cuves pleines d'eau, et furent femmes ordonnera faire le guet: et lors qu'elles véoientoù iceux boulets chéoient, ces femmes hâtivement couroieDt cette part atojt (avec) pelles de fer ou d'airain, dequoi elle prenoient les dist boulets, et portoient hors de danger de feu. Et d'autre part chacun y accouroit pour éteindre le fou.
Or advint qu'une matinée messire Simon de Lalaiu en revenant du guet, chut dedans la rivière de l'Escaut, son épée ceinte, son petit diaperon en gorge, son palelot^'- ,el son manteau dessus vêtu, et ses goussets à armer^ et fut en moult grand avanture de nojer ,car il ne sça v oit rien noer (nager): mais radeur(vitesse)d'e l'eau l'emporta jusques à la herse, et là le retint, et sembla que ce fut chose miraculeuse de ce qu'il échappa sans mort: mais Dieu quisçavoit que ceux de la ville d'Audeuarde avoient encore bien affaire de lui, le sauva et garda; et aussi fit-il tous ceux de la ville. Et eût été grand' pitié et dommage d'avoir perdu un tel chevalier: car tant honorablement lui et ceux de la ville se gouvernèrent et si vaillamment, que Gantois ne les purent oncques grever, et rendirent bon compte au duc de Bourgogne de leurs corps et de la ville j^ comme ci après pourrez ouir.
(i) Espèce de pourpoint. J. A. B.
MESSIUE JACQUES DE LALAIN. sqS