‹ Chronique de l'abbaye de Saint-AndréChapitre 13 sur 36 · JOYEUSE ENTRÉE · texte numérisé non relu

JOYEUSE ENTRÉE

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Abritant de Gand, où son mariage arec la princessd Marie avait été célébré, le nouveau souverain de la Flandre, Maximilien, fils de l’empereur Frédéric, fit son entrée triomphale à Bruges par la porte de Ste-Croix.

Le cortège était des plus magnifiques.

D’abord s’avancaient deux cent cinquante craqueniers, artilleurs et soldats armés de glaives, tous à pied, marchant en colonne serrée, et deux à deux. Ensuite on voyait trente-deux chariots chargés d’artillerie de guerre , et des ustensiles nécessaires pour la cuisine de l’archiduc ; puis encore deux cent cinquante craqueniers , chargés de la garde des chariots , enfin au moins six cents cavaliers, tous habillés de noir, armés de pied en cap, et portant des banderollcs noires à leurs lances.

Devant le noble duc marchaient huit grands étendards noirs , de forme carrée , et un autre où était représentée une jeune vierge ; ils étaient suivis par cinq hérauts , recouverts des armes d’Autriche , et par tous les hérauts du feu duc Charles , portant sur la poitrine les armoiries brodées de tous les pays qui lui avaient appartenu. Enfin immédiatement devant le prince , un officier tenait un glaive nu à la main , et était accompagné par un trompette qui remplissait l’air du son retentissant de l’airain.

Ce cortège était clos par plus de six cents hommes d’armes, richement habillés et montés sur de surperbes

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chevaux revêtus de brillants caparaçons. Une grande quantité de nobles fermait la marche ; parmi eux se trouvaient des évêques, des ducs, des comtes etc. Maximilien brillait au milieu de tous par sa noble prestance et son riche costume. Il élait également recouvert d’une armure complète ; un drap d’or recouvrait son cheval et descendait jusqu’aux pieds du noble animal. On y avait attaché de tous côtés de petites clochettes d’or et d’argent, qui retentissaient de la manière la plus agréable et la plus harmonieuse du monde.

Une innombrable foule témoignait, par des cris de triomphe , le plaisir qu’elle éprouvait à voir défiler par la rue longue ce magnifique cortège.

La porte de Ste-Croix par où il entrait était décorée de tentures de drap de diverses couleurs, et au milieu se trouvait un grand tîibleau représentant le portrait en pied du nouveau comte, avec ces mots inscrits au-dessous : Benedictus qui venit in notnine Doniini. Ce tableau attira l’attention du prince et de tous ceux qui l’accompagnaient.

Depuis la porte jusqu’au palais, les membres des divers corps de métiers , portant chacun une torche allumée à la main, se tenaient debout sur deux haies, de chaque côté des rues.

Les confrères de la société de l’arbalète , du vieux et du nouveau jardin, et les archers de St-Sébastien , tous à cheval et en grand costume , allèrent à la rencontre du souverain à plus de trois miles hors de la ville. Ceux des arbalétriers ou archers qui ne faisaient point partie de ce cortège , se tenaient en grand costume et en armes sur la GrandTIacc. Le nombre des chevaux était si considérable, que les seigneurs de la suite de Maximilien s’étonnaient qu’on en eut pu trouver une telle quantité à Bruges.

Outre les archers qui allèrent au devant du prince , il y eut encore une cavalcade composée des négociants Osterlings en costume et suivi chacun d’un serviteur portant un flambeau allumé; enfin le bailli, l’écoutète, plusieurs magistrats, seigneurs et bourgeois qui voulaient avoir l’honneur de le féliciter les premiers sur son heureuse arrivée. Au vieux pont des moulins on avait élevé une estrade où était représenté en personnages la manière dont les Romains accueillirent Jules Cæsar, après la conquête des Gaules. Au dessus de l’estrade était inscrit en gros caractères: Gloriosissime princeps, defende no» ne pereatnus.

. Quantité de maisons dans la rue haute avaient été admirablement décorées de tentures, de guirlandes et de torches allumées.

Les hôtels consulaires des Portugais, des Florentins, des Vénitiens, des Osterlings et des Espagnols étaient également garnis de torches enflammées, du haut jusques en bas, ce qui ofirait le plus brillant coup-d’œil.

Une seconde estrade était placée devant la maison nommé Blankenberghe, et l’on y voyait comment le patriarche Joseph avait été reçu avec la plus grande allégresse. On lisait au dessus : Sapientiam amavi et exquisivi ajurentute meâ et exquisivi eam sponsam mihi assutnere.

La vieille et la nouvelle halles étaient décorées de tentures en drap bleu, blanc et rouge, parsemé des armoiries de toutes les principautés, duchés, comtés et seigneuries soumis aux nobles époux.

Devant la Cour du prince, une troisième estrade présentait le spectacle de l’avènement à la couronne impériale du prince -Théodose, avec cette inscription: Justitià indutus fui et vestivi me sicut vestimento et diademate judicio meo.

Maximilien et sa jeune épouse traversèrent avec leur cortège toutes les rues et places, admirant la beauté des décorations, et se rendirent au palais dit la Cour du prince.

Le lendemain, 29 août, le nouveau souverain fit publiquement , sur une estrade élevé à cet effet au milieu de la Grand’Place, et devant toute la commune assemblée, le serment d’observer religieusement les lois du pays, et confirma tons les privilèges , toutes les lois et ordonnances, publiés par Marie de Bourgogne avant son mariage.

Ceux de la ville à leur tour , lui jurèrent obéissance et fidélité, et lui firent hommage d’une magnifique coupe d’argent doré (1).

(1) ïxtrait de la curieuse chronique dite : Excelhnte Çronike ta» yiaenikren, Anvers 1531.

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