BRUGES
1D( 00 tt Origine, ire ea 0{»lnii)ieur
DE SES nONCMENTS.
La ville de Bnigei, vue de plusieurs points des remparts, présente un charmant panorama qui est toujours remarquable par le nombre et la forme des tours multipliées qui couronnent un grand nombre de ses édifices. On reconnaît de tous côtés la ^ ville aux vieilles et nobles murailles , la vüle où apparaissent partout , comme Ta dit un de nos meilleurs écrivains , ces constructions du moyen âge si splendidement décrites dans Notre~Dame de Paris, et ces vestiges de l’élégante et fière architecture de nos pères , quoique la civilisation actuelle s’efforce d’étendre sur elle cette espèce de domino uniforme et maussade qui fait que tout se réduit, dans l’art de bâtir, â tracer deux bgnes droites et à élever de larges et lourds parallélogrammes percés de fenêtres, pour maisons, sans autre dépense d’invention et de génie.
L’origine de Bruges se perd dans la nuit des temps , et a donné lieu à plusieurs graves discussions de savans qui ne doivent point trouver place ici. Qu’il nous suffise de dire que dès le septième siècle, de saints personnages vinrent y prêcher le christianisme, et ce fait seul prouve que dès-lors des habitants assez nombreux se trouvaient en ce lieu , pour qu’il parût nécessaire aux apôtres de la foi d’y semer les paroles de vie, et d’y construire des
églises. Saint Trudo fonde à Bruges un monastère, saint Eloi y construit l’église de St-Sauveur. Saint Boniface' celle de Notre-Dame.
Iperius , dans la chronique de St-Bertin ,*donne Fexplication suivante de l’origine de Bruges , d’une manière trèsnaturelle : Post hoc optM ( cest-à-dire après la construction du Bourg), propter necesiiteiteê illorum de eastellOf eceperunt ante portam ad pontetn cattelli confiuere menenarii eive tnercemcmni, mà» majorum rerum mercatoretf deinde tabemarii, deinde hospitiarii provictu et hotpitio se parare, vbi te recipiebuni Uli qui non potetxtnt intra castellum hotpitari.
Vers le milieu du onzième siècle, Bruges doit déjà avoir été une ville de commerce de quelqu’ importance, ayant un port de mer dans son voisinage. Cela résulte d’un passage de Pontanus ( Rerum Danicar. smjst., 171 ) dans Duchesne (5mp#. W. JVbrwtanwicar.), où il est dit, en parlant de la fuite de l’armée de Harold d’Angleterre , battue par Guillaume-le-Conquérant : Jtaque protperit uii flatibua irantpetunt , et cuique sUUioni haud longe a castelle Bruggenti dittanti teae applicant. Hoc caatellum fiandrentibut cohnia incolitur, quod tum frequentia negotiatorum, tum affluentia tnereium, famoaitaimum habetur.
Le récit de l’assassinat de Charles-le-Bon par Gualbert, démontre clairement de quelle importance était Bruges au commencement du douzième siècle. '
Une autre preuve est fournie par deux articles d’un traité de paix et de commerce, de 1167, entre le comte de Flandre et celui de Hollande, où il est dit; Quicumque obaidea inter Scald et Hideneze aoeepti fuerint, Brugia aub cuatodia comitia Flandriœ erunt, nec aiiquem eorum comiti Hollandice reddet, niai voluerit.
JVullum veto duellum tntor homines prwdictœ terra HÛi Brugii fiat.
En 1300 le comte Baudouin-de-Constantinople accorda à la ville de Bruges le privilège d’ane foire annuelle , où seraient observés les mêmes usages qu’à celle de Thou^ root.
Guillaume-le-Breton , dans sa Philippide, a donné un tableau brillant de la prospérité commerciale de Bruges au commencement de ce même treizième siècle.
Bientôt elle devint le point central du commerce de l’Europe , et, en 130à , la splendeur et les richesses y étaient telles , qu’une reine ne put s’empêcher de témoigner son étonnement de se trouver presque éclipsée par plusieurs centaines de Brugeois, sous le rapport de la parure. La renommée de Bruges était si grande, dit un auteur latin, qu’elle était regardée comme un abrégé do monde (Ij.
On se rappelle que lorsqu’il fallut payer pour la rançon de Jean-sans-Peur, fait prisonnier à la bataille de Nicopolis, la somme énorme, à cette époque, de deux cent mille ducats , un seul négociant de Bruges se rendit caution du paiement, et fut accepté comme tel jusqu’à ce que les villes de Flandre et de Bourgogne l’eussent effectué. .
Non seulement Bruges eut la première bourse de commerce , mais c’est même dans ses murs que prit naissance ce mot dans cette signification, parceque les marchands étrangers avaient coutume de se réunir dans ou près de la maison d’un de leurs confrères qui avait audessus de sa porte trois bourses sculptées dans un écusson de pierre ,
(1) Tarn diffuM celebritate ut seu orbis ooiqpendium baberetur , et Flandriæ noœen per eani uccasionem totam Belgicam offuscaverit auuiuque in nomun Irantcripserit (Marcbantiua Flandris dewriptio , p. 1S3).
et dont le nom de famille était De Barse (1). Guichardin raconte, à Toccasion de cette origine du mot Bourse, qui fut depuis appliqué à tous les bâtiments destinés an même usage, que la reine Elisabeth ayant voulu donner à la bourse de Londres nn nom national , an lieu de ce nom emprunté, la force de l’habitude l’emporta sur ces ordonnances, et l’on continua â se servir du mot d’origine flamande.
D’après la chronique de Despars , Bruges obtint des échevins et nn conseil , dès Tannée 989. Ces magistrats étaient pris, partie dans la bourgeoisie (poorters), partie dans les grands et les petits métiers.
Meyer, sous Tannée 1036, parle en ces termes de ce privilège : Ab eo Brugenses se vêtus référant habere privilegium que in comüts consularibus lectis ex notent, memhris dvitatis XIll senatores {scahini) anum sibi eligere solebant consulem , dictum generalüer burgimagistrum.
C’est sans doute à cette organisation communale si ancienne, que Bruges dut par la suite cette administration pleine d’énergie , qui se déploya avec tant de fierté dans plusieurs circonstances, et qui, après avoir contribué à sa prospérité commerciale , finit par dégénérer en licence.
Après avoir été l’entrepôt du Midi et du Nord, le centre d’une activité industrielle sans égale en Europe (2) , cette
(1) On trouve dans les archives de la Flandre-Orientale, une quantité de pièces concernant un procès entre la famille de Burse et une autre famille Bmgeoise, à la fin du troisième siècle.
(3) Dans l'édition des Fabliaux de Legrand d’Aussy, donnée par Rennuard, Paris, 1829, et dans les pièces justificatives de l'histoire de Flandre par Wamkoenig, te trouve un tableau, tiré des manuscrits do la bibIiothê([ue royale, de toutes les marchandises apportées sur le
cité se vit déchirée par des révoltes et des émeutes saus cesse renaissantes, qui forcèrent les riches et
marché de Brugei aux treixième et qaatonième aièclet. IToos le rapporterona ici en langage moderne :
Du royaume d'Angleterre Tiennent laines, or, plomb, étain , charbon de terre, fromage.
Du royaume d’Écoaae viennent laines, cuira, fromage et suif.
Dn royaume d’Irlande viennent cuirs et laines.
Du royaume de Norsrège viennent gerfaut (oiseau de proie dressé pour la chassa), mairen, cuir bouilli, beurre, suif, graisse et poix, cuirs de bouc dont on fait cordonau.
Du royaume de Danemarck viennent chevaux, cuirs, graisse, potasse, harengs , cochon fumé et salé.
Du royaume de Suède viennent fonrrures de prix, graisse, sain-doui, potasse et hurpois.
Du royaume de Russie viennent fourrures précieuses et cire.
Dn royaume de Hongrie viennent cire, or et argent en lingots.
Du royaume de Bohème viennent cire, or, argent et étain.
Dn royaume d'Allemagne viennent vins de Rhin, poix, potasse, ler-blanc , fer et acier.
Du royaume de Pologne viennent or et argent en lingots, cire, fourrures et cuivre.
De l’évèché de Liège viennent tontes sortes de batteries de cuisine.
Dn royaume do Bulgarie viennent hermine, martre, tibeline et antres fourrures.
Du royaume de Navarre viennent laine filé, dont on fait des couvertures de lit, amandes, pelleterie, voiles de vaisseaux, réglisse, basane, etc.
Du royaume d’Arragon viennent safran, ris, etc.
Du royaume de Castille viennent cochenille , cire, cordouans, laine filée, pelleterie, vif argent, suif, vins, cumin, anis, amandes et fer.
Du royaume de Léon viennent semblables productions que ci-dessus excepté le fer.
Du royaume d’Andalousie, de Séville et de Cordoue viennent miel , huile d’olive, cuirs, pelleteries, cire, quantité de figues et de raisins.
Du royaume de Grenade viennent cire, soie, figues, raisins et amandes.
puissants marchands étrangers à se transporter à AnTers.
Voici quels étaient , au XVI* siècle , la composition et les traitements de la magistrature.
Il 7 avait les bourgmestres , les échevins , les conseillers, les trésoriers et les chef-hommes (^oo/cismannen }. Les bourgmestres étaient de deux espèces , celui des échevins et celui de la commune :
L’historien Damhoudere a minutieusement détaillé quel* les étaient les attributions de ces fonctionnaires.
Le bailli recevait annuellement de la ville trente livres de gros de Flandre (à 40 gros la livre), outre une partie des amendes et autres bénéfices éventuels. L’écoutète recevait trente livres aussi , et avait également une part
Du royaume de Galioe viennent asin-doux, vif-argent, vins, cuira et pelleterie.
Du royaume de Portugal viennent miel, pelleterie ,cire, ouir,littile figuea, raiaina, balaia de aparterie.
Du royaume de Pei viennent cire, cuira et pelleteries.
Du royaume de Maroc viennent cumin, sucre brun et autres marchandises.
Du royaume de Seglemene, situé près du désert de Sahara, viennent dattes et alun blanc.
Du royaume de Tunis viennent pelleterie d’agneaux, cuirs, sucre et alun de plumes.
Du royaume de Sardaigne viennent pelleteries.
De Constantinople viennent alun de glace.
Du royaume de Jérusalem et de l’Egypte viennent poivre et toute aorte d’épiceries et de bresil ( espèce de sumac, bois qui formait une teinture rouge ).
De l’Arménie viennent également plusieurs sortes d'épiceries.
Du royaume de Tartarie viennent drap d’or et de soie de beaucoup d’espèces, ainsi que pelleteries.
Tous ces royaumes, sanscompter la France, le Poitou et la Gascogne, envoient leurs marchandises en Flandre; aussi nul pays n’est comparable i celus-li sous le rapport du commerce.
dans les amendes. Ces deux fonctionnaires, officiers du comte et non de la commune, avaient encore chacun de la ville dix-huit livres de gros pour suivre à cheval, avec tous leurs serviteurs , la procession du saint Sang , et lorsqu’ils étaient obligés de faire des tournées officii cauiâf on leur payait une indemnité de quatre livres par jour.
Le traitement du bourgmestre des échevins était de 90 livres, plus, trois habits de drap, de six aunes chacun à trois livres de gros l’aune, ce qui équivalait à livres de Flandres. Il recevait en outre 4 livres par jour, chaque fois qu’il s’absentait pour affaire publique.
La ville donnait à chaque échevin 12 aunes de drap (keereU-laken) de la même qualité que le précédent, ce qui montait à 36 livres de gros; et à ceux qui doivent journellement s’assembler, 25 livres de gros par an, comme supplément.
Les frais de route étaient de 2 livres de gros par jour, lorsqu’ils étaient envoyés quelque part avec le greffier on le pensionnaire.
Le bourgmestre de la commune {van den courpse) jouit de trois habits , de six aunes chacun , ce qni fait 54 livres; plus, de 72 livres en argent, et de quatre livres comme indemnité de route.
Les conseillers recevaient chacnn un habit de six aunes, de la valeur ci-dessus mentionnée , ce qui faisait 28 livres de gros par an, et deux livres pour frais de route.
Le premier trésorier avait deux habits par an , valeur équivalente à 86 livres; de plus 220 livres en argent, quelques autres bénéfices éventuels, et deux livres pour indemnité de route.
Le deuxième trésorier jouissait des mêmes avantages,
excepté qu’il ne recevait que 100 livres de gros par an.
Suivaient alors, dans l’ordre hiérarchique, le premier pensionnaire et les deux greffiers civil et criminel.
Après ce rapide aperçu nous indiquerons les monuments et établissements publics qui rendirent Bruges une des villes les plus importantes de l’Europe au temps de sa splendeur, et qui firent dire à Adrien Barland, historien et professeur d’éloquence à Louvain, mort en 1542: « La beauté et la magnificence des édifices publics et « particuliers dans cette ville sont au-dessus de toute « expression. En peu de mots, tout y est destiné à repaître i( l’esprit et à récréer les yeux. Gand, Anvers, Bruxelles, .( Malines sont de belles villes, mais rien en comparaison « de Bruges. »
Elle était ceinte par neuf belles portes fortifiées , avait sept superbes églises, treize chapelles, plus de vingt couvents tant d’hommes que de femmes, onze hôpitaux ou hospices, cinq marchés, huit places pour les négocions des diverses nations, et dix grands établissements publics. Voici quelques détails à ce sujet.
Les portes de St-Léonard , de Coolkerke et de l’Écluse {Speypoort) étaient attenantes l’une à l’autre. Celle de Coolkerke seule existe encore aujourd’hui et porte le nom de Damme.
Les autres sont les portes d’Ostende ou des Baudets , de Ste-Croix, de Ste-Catherine, de Beuverie, de Gand et des Maréchaux.
Des sept églises, deux n’existent plus, Fancienne cathédrale de St-Donat et l’église de Ste-Walburge, quoique celle-ci ait été remplacée par celle du couvent des Jésuites.
L’ancienne cathédrale , dont l’emplacement est devenu une promenade publique , fut fondée en 801 par Lyderic
d’Harlebecque et agrandie par Bandouin-Bras-de-Fer. Mirœus rapporte la charte par laquelle Arnolf-le- Vieux y établit douze chanoines et y attacha plusieurs prébendes ecclésiastiques vers le milieu du dixième siècle. On peut voir dans Sanderus, FL illust, le catalogue des reliques qui s’y conservaient, et dont le nombre se montait à 161 , se divisant en sept catégories. 1° Reliques de Jésus-Christ; 2** de la sainte Vierge ; 8° de St-Jean-Baptiste et autres prophètes ; 4® des apôtres et évaugelistes ; 8® des martyrs; 6® des confesseurs ; 7° des vierges et autres saintes femmes.
Les chapelles étaient celles de Jérusalem et de St-Basile, encore existantes, celles de St-Christophe sur la Grand’Place, de St-Jean et de St-Amand devenues des places publiques, de St-Pierre, de St-£rasme, des courtiers, des peintres, des boulangers, des bateliers (1), des maréchaux (2) et des musiciens, dont, à l’exception des deux dernières, U n’existe plus de vestiges.
Les principaux couvents ou monastères ont aussi disparu ou changé de destination: c’étaient l’abbaye d’Eeckhout, fondée par saint Trudo en 680, le prieuré des Guillehnites, les couvents des Dominicains fondé en 1233 par la comtesse Jeanne; des Augustius, des Carmes, des frères mineurs (S),
(1) Dédiée à St-Clément en 1435.
(2) Elle existait déjà en 1330 et était dédiée à St-£loi.
(3) Le couvent des frères mineurs recollets fut d'abord constiuit ors des murs de Bruges par les dons du seigneur Henri de Ram. iomme cet éloignement était incommode pour les habitants de la ville et préjudiciable aux religieux, ce couvent fut abandonné, et l’on en établit un nouveau dans Bruges même près d’un lieu nommé Bramberg. La comtesse Jeanne fit dou aux religieux à cet effet, de quatre mesures de terre, en 1344. L’église fut bénie et inaugurée en 1348. Des détails sur ce qui précède se trouvent dans un manuscrit appartenant aux archives de la ville et provenant du couvent des recollets.
des capnciiu, fondé en 1892, des frères de St-Martin, et des frères Cellites de Bethiéhera ou Alexiens.
Ces derniers sont appelés Hiéronimites , par Gramaye, qui dit qu’ils vinrent à Bruges du temps de Maximilien. Néanmoins il y avait antérieurement à Bruges un couvent d'Hiéronimites qui instruisaient la jeunesse dans les belles lettres latines. Les Alexiens consacraient leur vie à soigner les malades et à ensévelir les morts.
Les couvents de femmes étaient ceux de Ste-Claire , de St-Aubert, des Carmélites, près delà rue dite Rollevreg, fondée en 1266 par la comtesse Marguerite, des pénitentes de Béthanie, de Bethel ou du châtaignier, du St-Esprit, des sœurs grises, de St-François, des sœurs noires, des sœurs rouges, des Colettines, des Thérésiennes et du Béguinage (1).
La plupart de ces chapelles, couvents et abbayes existait encore en 1562, comme l’on peut le voir sur la belle carte de Bruges par Marc Gherard , où ils sont réprésentés.
Les hospices ou hôpitaux ont eu un meilleur sort que les monastères, car plusieurs ont résisté aux vicissitudes des temps.
Nous ne dirons rien à leur égard , vu que , dans notre Guide de Brugee, nous avons donné des renseignements historiques sur les principaux , tels que ceux de St-Jean , de la Poterie, de St-Julien, des aveugles , de la Madeleine.
11 y avait à Bruges quantité de palais et plus de vingt-
(1) Il y avait deux sorte* de Béguine* k Bruges, celle* qui existent encore aujourd'hui, et doivent leur origine à Jeanne de Constantinople, et celles de l'hospice de $t-Aubert, que la comtesse Marguerite prit sous son patronage par une charte de 1S7 1. Les archive* de la province possèdent un beau cartulaire de tou* les privilège* accordé* anz povret beghine* de la f erm erû de <St-Oèert, depuis 1371 jnsqu’en 1474.
cinq grands bâtiments publics, entr’antres la Halle, la halle-aux-draps , l’hôtel-de -Tille, le palais du Franc, la Cour du prince (2), la monnaie, le château d’eau, les maisons consulaires des Orientaux, des Biscayens, des Florentins, des Génois, des Portugais, des Anglais, des Écossais, des Espagnols; la maison ou loge des bourgeois, les jardins des anciens arbalétrier, des nouveaux arbalétriers, des archers, des arquebusiers, l’hôtel de Pitthem, atgourd’hui le palais de l’évéque, l’hôtel de Gmthuyse, celui des Sept Tours etc.
Les beaux hôtels des Génois et des Florentins étaient situés sur la place de la Bourse ; ce sont actuellement des cabarets.
La maison consulaire des Biscayens avait cela de remarquable que, contrairement à l’architecture du temps, le toit tout entier formait une grande plate-forme, pouvant servir de promenade.
La maison aux Sept Tours , fondée par les seigneurs de Meulebeke , jadis riche et puissante famille de la Flandre , fut aussi nommée hôtel de Male , parcequ’elle appartint plus tard au baron de Male, seigneur de Syssèle, de Vormezèle et autres lieux.
Les membres de la confrérie de la grande arbalète , ou chevaliers de St-Georges , dont le nombre montait souvent à plus de deux cents , recevaient annuellement de la ville un subside de 160 livres de gros.
Voici ce que recevaient les autres confréries dont le nombre de membres variait de cent à trois cents : ceux
(3) L'ancien palaif des comtes de Flandre était sur le Bourg, et la chapelle de St-Basile leur servait de chapelle domestique. Philippe de Bourgogne fit construire un autre palais , attenant i l’hôtel de la monnaie. C'était un des plus alpendidement décorés de la Belgique.
de la petite arbalète, 48 livres; ceux de l’arc-à-main, 48 livres; les arquebusiers, 72 livres; les confrères de la société de St-Michel , 48 livres.
Aujourd’hui , dans la même enceinte qui renfermait les plus riches tributs de l’industrie humaine , où le commerce avait son foyer le plus actif, où tant de splendides édiOces décoraient les rues et les places publiques, on ne rencontre plus que le silence, et la ville du moyen-âge n’apparait plus que dans quelques monuments , qu’heureusement le goût moderne ne pourra entamer de longtemps pour leur faire subir la froide régularité à l’ordre du jour en architecture.
LE BOURG DE BRUGES, €I)ef-liett î>u 'territoire &u iTrone,
(riARCORAtnt BBCGinsis).
La place qui se nomme ainsi, et qui se fermait jadis par trois portes, contient divers monuments dignes d’attirer l’attention, tels que l’hôtel-de-Tille , construit en 1877, la chapelle de St-Basile, dite du St-Sang, dont l’église souterraine possède un crypte qui date du dixième siècle j 1 ancienne prévôté, en pierres de taille, dans le goût italien de la renaissance et bâtie en 1662 , et le palais de justice qui renferme la célèbre cheminée sculptée en bois.
Le Bourg fat l’origine de Bruges et remonte à Baudouin Bras-de-fer, qui éleva en cet endroit un fort, dans le bot de repousser les pirates Danois et Normands. D’antres prétendent même que longtemps auparavant il y existait un château. C’est la dénomination que donne, à la date de 366 , une charte citée par Vredius. Cette pièce, selon Ghesquière, ne parait pas assez authentique pour servir de preuve. C’est aussi l’avis de Bollandus. Cependant ce fait est conforme à la tradition.
Nous avons dit que ce lieu n’avait d’abord que trois issues. On peut voir dans la vie de Charles-le-Bon, par son contemporain Galbert, la longue résistance qn’épronvèrent ceux qui assiégèrent cette espèce de forteresse.
C’était le centre du pagus ou district connu sous le nom de Franc de Bruges. Voici ce que dit Guicciardin, de son
origine : « Jadis les seules villes de Gand , Bruges et Ipres composaient les trois états on membres de Flandre. Mais comme Bruges , à canse du pouvoir et de la prééminence qu’elle avait an-dedans et an-dehors, était si puissante (ou plutôt insolente et superbe, ainsi qu’il en advient à ceux qui ont le vent de fortune à souhait ) qu’elle fesait tète non seulement aux états de Gand et d’Ipres, mais encore aux princes même et comtes , à raison des grands privilèges dont elle jouissait , fl arriva une fois que les vivres étant fort chers en viUe, les villages à elle soumis «jui sont en grand nombre, la secoururent d’argent et de vivres , avec condition qu’au fait de justice, ils comparaîtraient par devant le châtelain du Franc qui lors se tenait, an nom du comte, dans le château du Bourg, et non par devant la justice ordinaire de la ville.
» Ces villages ayant obtenu ce qu’ils demandaient et leurs chefs venant en accroissement et de nombre et de réputation en l’exercice de leur justice, ils présentèrent requête au comte Philippe d’Alsace, afin qu’il lui plut leur accorder justice et jurisdiction pour eux-mêmes, ce que , nonobstant les empêchements faits par ceux de Bruges, ils obtinrent. »
La jurisdiction du Franc s’étendait sur un territoire d’environ sept lieux autour de Bruges, se composant , en 1B71 (1), des ambachten ou districts dont les noms suivent, et qui sont indiqués dans la carte dont est fait mention en note. Toutes avaient leurs armoiries:
(1) On conaenre i ni6tel-d»-ville une carte peinte à l’huile et tur toile, par Pierre Poorbui, de 23 pieda de long, aur 15 à 16 de hauteur , et comprenant tout le territoire du Franc. C'est un monument dea plua curieux. Lea armoiries des ambachten sont peintes sur la lisière du haut et aur celle du bas.
lOS
Straeten, Vassenare, Lophem, Zedelghem, Snelleghem , Jabbeke, Zerkeghem, Ghistel, Aertryke, Eerneghem* Ichteghem, Couckelaere, Bovekerke, Zarren, Eessene, Women, Vlaedsloo, Camerlynx, Sheerwoatenuan , Oudenbnrg-bouo , Bredene-houc , Glenukerke , VliBseghem, Nieuwmunster , Huutavo, Meetkerke, Zuweokerke, Utkerke, Lisseweghe, Dudzeele, Oostkerke, Moerkerke, Ardenburg, Oostburg et laendyke.
Le Bourg fut pendant longtemps une châtellenie, propriété du châtelain, dont le plus ancien est nommé en 1046, et dont le dernier fut en lââ4, Jean de Nesle. Ce* châtelains jouissaient de privilèges étendus à la cour des comtes, et ils les conservèrent jusqu’en 1127, époque où le châtelain ayant été enveloppé dans la conspiration contre Charles-le-Bon , les perdit momentanément. Par suite de ces événements, un Van Praet fut investi de cette dignité, quoique pour un court intervalle seulement, car, en 1132, Racket, le dernier héritier de la famille pré(^ente des châtelains , rentra dans ses droits , après avoir prouvé son innocence. Les châtelains du Franc eurent souvent une puissance dangereuse pour les comtes eux-mèmes. C’est ce qui engagea ceux-ci à diminuer leurs droits et partant leur influence. Le premier moyen qu’ils mirent en usage fut de leur ôter une partie de leur juridiction, en créant des baillis, ensuite de racheter tous leurs droits, à l’exception des terres tenues en fief , enfin le rachat de la châtellenie toute entière , et les châtelains prirent le nom de vicomte ou Burg~graoe, soit paroequils continuèrent â exercer les droits de juridiction des vicomtes dans les fiels qu’ils conservaient , soit pour se distinguer ainsi des simples possesseurs de châteaux qui commencèrent, au xiv* siècle , â prendre assez généralement le titre de châtelain.
Thierry d’Alsace conféra la châtellenie de Bruges à
l’époux de 8a nièce Gertrude , frère du comte de Soissons , Rodolphe de Nigella ou de Nesle, dont le petit-fils Jean II de Neale, céda tous ses droits à la comtesse Jeanne, après un violent démêlé qu’il eut avec cette princesse, qui lui présenta de vider leur différent dans un combat singulier.
Elle en fit l’acquisition pour S4fi45 livres pariais , 6 escalins et 8 deniers.
L’acte de vente , écrit en latin , est conçu en ces termes : « Nous Jean de Nesié faisons savoir à tous présents et à venir que nous avons vendu et livré à perpétuité , à Jeanne comtesse de Flandre et de Hainaut, la châtellenie de Bruges , avec tons les droits qui en dépendent , ainsi que tout ce qui nous fut accordé par elle et ses prédécesseurs, sous condition d’hommage. Nous reconnaissons avoir reçu la somme entière , prix de cette vente. En foi de quoi nous avons scellé le présent de notre sceau. Fait à Melun, l’an de notre Seigneur 1224 , au mois de février. » On lit au bas de cet acte les noms des témoins suivants : Louis, roi de France; son frère Philippe, comte do Boulogne; G. évêque de Chàlons; M. évêque de Beauvais; Garins, évêque de Senlis et chancelier de France ; Robert, comte de Dreux et son frère ; Laurent de Montmorency , commandant de la cavalerie de France; Enguelran de Coucy; Etienne, confesseur de l’empereur., Adam de Beaumont et Simon de Pescia.
Dès-lors la châtellenie du Franc ne fut plus donnée en fief à des seigneurs. Le comte institua un bailli pour la ville et un échevinage. Ce territoire ne reçut plus que rarement le nom de Castellania ou Castelleria. On l’appela communément Officium Brugetue, Liberum officium, ou T’erra Franco, comme on le voit dans quantité de diplômes. L’échevinage du Franc porta le nom de Scabinagium liberum, Firscarnia Franco, et ses habitants furent désignés
sous le nom de Francostes, c’est-à-dire Franci hotpiteê, FrylaeUn.
Tout le monde connaît l’importance du rôle que joua le Franc, dans l’histoire de Flandre, au moyen âge. Le Bourg, dont nous avons vu l’origine ci-dessus, était le chef-lieu de ce territoire qui fut mis au rang de quatrième membre de la Flandre , en 1437, et devint ainsi l’égal des villes de Gand, d’Ypres et de Bruges.
Plusieurs écrivains ont travaillé à réunir des documents pour l’histoire du Franc. D’abord ce sujet fut traité par Adrien Baltynok, mort en 16S3, âgé de 78 ans. Cet ouvrage est intitulé : Nauwkeurige beschryving van het land van den Frye etc. Puis vient le manuscrit de Nicolas Rommel : Commentarii in comitatua Flandrim toto orbe celeberrimi patrtaa Franconatua logea aeu conauetudinea.
Olivier Vredius a aussi traité cette histoire dans sa Flandria Ethnica, mais dans la vue de prouver que ce territoire était celui que les Francs avaient conquis sur les Gaulois; opinion dans le développement de laquelle il montra une érudition remarquable, pour embrouiller encore davantage, comme le fait justement remarquer M. Warnkcenig, l’histoire de cette partie de la Flandre.
Marchand dit peu de choses sur le Franc. Gramaye et Sanderus suivent presque toujours Vredius , ainsi que Beaucourt dans ses Jaerboeken van den lande van den Frye, où il s’efforce d’appuyer la même erreur par de nouvelles raisons.
Sans parler de Pierre van Maele, on peut aussi consulter avec fruit, sur le Franc, l’ouvrage manuscrit de Custis qui se trouve à la bibliothèque de l’université de Gand , de même que Legrand, Coutumea de Flandre, et une brochure ayant pour titre : Réflexiona aur lea privilège* et coutumea du Franc de Brugea, à l’ocaaion du nouveau
règletMnt du 6 oetoÈre 1706, dans laquelle il est fait mention de plusieurs chartes de 1200, 1800, 1400 et 1500.
L’auteur qui a réuni le plus de matériaux sur le sujet que nous traitons , et au livre duquel nous avons eu souvent recours, est le Flandriache êlaata-und-reclUêgeachichte de M. le professeur Warnkœnig, qui a consacré un chapitre entier à l’administration du Franconat. 11 est fâcheux que nous ne possédions pas la traduction entière de ce travail consciencieux, pour lequel l’auteur a généralement puisé à des sources peu connues.
Nous donnerons maintenant les qualiOcations des principaux fonctionnaires qui prenaient part au gouvernement du Franc, et se composaient de quelques grands-officiers du comte et de magistrats spéciaux. Le premier officier du comte était le chancelier de Flandre, dignité qui fut conférée au prévôt du chapitre de St-Donat, en 1089, par Robert^I, fils de Robert-le-Frison. 11 avait la direction et la surintendance des notaires ou tabellions; était collecteur perpétuel de tous les revenus du comte de Flandre, dus au comte comme seigneur immédiat, mais non de ceux qu’il ne percevait que comme seigneur foncier particulier; était chargé de la garde du sceau du comte; remplissait les fonctions de chef du conseil, et présidait, en l’absence du comte, la chambre des réneurs. Avant l’année 1089, le prévôt de St-Donat était déjà chancelier ordinaire de Flandre. Les deux prévôtés de Bruges et de St-Pierre à Lille , appartinrent quelquefois à la même personne.
Depuis la fin du xii* siècle, l’on voit que les baillis sont les représentants ordinaires du comte dans toute espèce de juridiction. Les écoutètes étaient subordonnés aux baillis. Ducange et quelques antres éprivains ont à tort regardé ces deux sortes d’officiers comme étant les mêmes.
Partout où l’on jugeait d'après une Keure , ainsi que cela avait lieu au Franc, siégeaient des ëchevins.
Au XIII* siècle le comte n’avait, dans la plupart des cas , nul droit de faire des ordonnances locales ou ITewrsn, sans l’assentiment des échevins et conseillers.
La juridiction locale des échevins s’appelait Fiertckare. On désignait aussi par ce nom la réunion des échevins au complet. D’abord elle se tenait en plein air, ensuite on siégea dans une auberge, puis dans la maison de ville. Le bailli présidait, l’écoutète maintenait l’ordre et était chargé de l’exécution des jugements.
Le document le plus curieux sur la juridiction du Franc est le Keurbrief àoimé à ce territoire par le comte Philippe en 1190, commençant par les mots: Es quo virêcamia bannitur, et comprenant 68 paragraphes. Vredins , Wamkœnig et d’autres l’ont textuellement rapporté , ainsi que nous-raérae dans V Histoire de la vie de Charles-le-Bon. 11 est fâcheux pour cette pièce , unique dans son genre , que les diverses copies qu’on en possède dans les cartulaires, offrent de notables variantes.
Cette charte fut, pour la châtellenie du Franc, ce que fut celle : Hœc est les et consuetudo etc. pour les habitants de Bruges, de Gand etd’Ipres. Vredius l’a comparée à la loi salique. Ce fut la base du droit commun de la Flandre.
Dans un privilège de Philippe, de 1304, il est dit que chaque jour, avant et après-midi, deux échevins doivent venir se placer sur le Bourg, pour interroger les prisonniers. Une lettre de Marguerite de Parme, de 1562, nous apprend que le lieu de la torture était dans la maison de la Love (1) et que la justice ne se peut bonnement exercer sans lieu de torture.
(1) Le bAtiment connu lou* ce nom se trouvait sur l'emplacement où l'on voit aujourd’hui le palais de justice.
Le Franc possédait de riches archires , dont malheureasement une partie a été dispersée de côté et d’antre.
Un cartulaire ayant appartenu aux Jésuites de Bruges et qui contient les chartes de ce territoire depuis 1190 jusqu’en 14-13, se trouve à la bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles. Les archives provinciales de Gand et celles de la ci-devant chambre des comptes à Lille, ont aussi des pièces très-intéressantes sur cet objet. La bibliothèque de M. le comte d’Hanes à Gand, comme nous l’apprend M. Warnkœnig , renferme un inventaire très-étendu des archives anciennes du Franc.
Nous présenterons, dans un article spécial, une analyse des chartes et ordonnances les plus importantes concernant le territoire du Franc de Bruges. Nous y donnerons des renseignements entièrement neufs sur cette matière.
JOYEÜSE ENTRÉE
FAI» A BICOIS,
fliir It X>uc tt ülabanu Itt Bourbon « ta donir ,
IB lODB >B CAtiHE-PIBIlART 1463.
D’abokd les bourgeois et habitants de Bruges envoyèrent leurs messagers, nommés Ardent-désir et Bon-vouloir au devant de monseigneur le duc jusqu’à Damme, pour signifier Tardent désir et le bon-vouloir qu’ils avaient pour sa joyeuse venue. Ces messagers étaient dans un petit bateau en forme de jardin , où il y avait plusieurs arbres et plantes comme rosiers , violettes , romarins et plusieurs autres jolies choses propres à réjouir la vue.
Un grand nombre des représentants des nations étrangères, demeurant à Bruges, accompagnèrent, aussi en 'lateaux, jusqu’à Damme. Ces embarcations étaient richenent décorées d’étofifes de différentes couleurs et présentaient le plus beau spectacle.
Voici ceux qui en fesaient partie :
Les Florentins en deux bateaux, recouverts de drap issu d’or, et de plusieurs couleurs merveilleusement éclatantes, armoriés de leurs armes et garnis de leurs bannières ;
Les Ostrelins ou Allemands Orientaux , en deux bateaux, BOuverts de drap de laine rouge , armoriés des armes de l’empire , et garnis de bannières ;
Les Portugais en deux autres bateaux , à pavillons de ’rap de laine violet et vert, ornés de bannières aux armes l’Espagne ;
Les Ecossais en nn bateau couTert de belle tapisserie, aux armes d’Écosse, et aussi garni de bannières;
Les Génerois en un autre bateau, parsemé de croix rouges, et au milieu duquel se tenait un homme tout armé représentant St-Georges. Tous ceux qui étaient dans ce bateau portaient un surcot où il y avait croix rouges devant et derrière ;
Suivaient deux bateaux remplis de bourgeois de Bruges , et garnis de riches tapisseries armoriées des armes de la ville.
Chacun des douze on quinze rameurs qui conduisaient ces bateaux, était vêtu de robes de livrée toute neuve, en rapport avec les décorations de l’embarcation, qui toutes avaient trompettes, clairons, ménétriers et tambourins qui jouaient incessamment.
On y avait aussi placé des canons et des feux d’artifice ; on lançait de grandes fusées , et Dieu sait quel tonnerre éclatait quand ces feux partaient.
Pour rendre ces bateaux d’autant plus remarquables , on les avait entourés de quantité de torches enflammées.
Après la réception , ce cortège accompagna monseigneur le duc, les dames et les demoiselles jusque dans Bruges, où tout le monde débarqua au pont St-Jean, et alla à pied, pour regagner l’hôtel du duc, quoique la distance fut assez grande.
Le clergé avait été processionnellement au devant du souverain, en nombre considérable, jusque hors de la porte. 11 y avait plus de quatre-vingts croix en argent.
Le premier pont de bois , près de la porte de Damme , était couvert de drap de laine pers et blanc, où l’on voyait en broderie les armes du duc et celles de la ville. Des deux côtés du pont brûlaient des torches nombreuses.
Non loin l’on admirait une estrade sur laquelle avait été
construit un vaisseau arüstement fait, où étaient placées sept belles filles représentant les sept vertus cardinales , richement habillés de robes toutes neuves , qui semblait être de drap d’or et d’argent.
Après, sur un grand bateau, était le jardin d’amour, au milieu duquel s’élevait une grosse tour où il y avait dix ou douze belles demoiselles, regardant à travers des créneaux. Au sommet était Vénus pompeusement parée. Celtes que renfermait cette tour étaient assaillies par de jeunes enfants représentant des amours, qui tombaient souvent à l’eau, mais en étaient aussitôt retirés. Lorsque le duc fut arrivé vis-à-vis, l’assaut cessa , et Vénus, suivie de son cortège , descendit par une planche en manière de pont-levis, dont on attacha l’extrémité au bateau de Philippe , et par le moyen duquel les nymphes y entrèrent, et allerènt faire leur révérence au souverain, qui se rendit à ces ennemis d’une nouvelle espèce. Cette petite scène fut très-agréable à voir et réjouit beaucoup les spectateurs. Un peu plus loin , il y avait un autre bateau , où , sur une estrade ornée de verdure et de fleurs, étaient représentés le berger Paris et les trois déesses, se disputant la pomme d’or.
Sur la place 'de la Bourse on avait élevé un superbe lion tenant dans ses griffes une bannière armoriée des armes du souverain.
Devant Fhôtd des prisonniers , sur la Grand’Place (1) , il y avait huit ou dix grands feux, et plus de quatre-vingts torches distribués sur toute la largeur du bâtiment et du haut en bas de la façade, et symétriquement arrangés. Sur le toit on avait aussi placé des gens tenant des torches enflammées.
(1) J’ignore quel est le bititnent qne l’suteur veut désigner ici. Je suppose que c'est l'une des halles.
Non loin de-là , sur une estrade, on voyait représentée la scène ou Dalila tache d’endormir Samson , assis à ses pieds , afin de trouver l’occasion de lui couper la chevelure.
A chaque côté de l’entrée du palais du duc, on avait liressé deux échaffauds , richement décorés de drap d’or et de soie. Sur l’un était figuré le Mystère de Notre Dame de consolation , et sur l’autre l’on remarquait monseignenr de Charolais, le bâtard de Bourgogne, Adolphe de Ravestein et irac foule d’autres seigneurs, qui souhaitèrent par des cris de joie la bien-venue aux nouveaux arrivés. A deux des fénètres de l’hôtel, de belles jeunes filles déployaient toute la suavité de leurs voix, et faisaient retentir l’air de chants mélodieux.
Le long de toutes les rues depuis la porte de Damme, les fenêtres des maisons étaient si encombrées de spectateurs que c’était chose merveilleuse à voir. On n’apercevait que tapisseries , festons de fleurs , guirlandes de verdure. On avait aussi garni les façades des maisons d’un grand nombre de torches et de lanternes. Ce fut principalement le long du canal , depuis la porte jusqu’au pont St-Jean , qu’une telle quantité de ces feux scintillaient de toutes parts, qu’on eut dit qu’on traversait une voie enflammée.
Plusieurs estimèrent qu’il y avait bien 200,000 personnes à cette entrée , et l’on évalua la dépense à plus de six mille francs. C’était une cho$e de moult grand triomphe^ ajoute l’auteur de cette narration, témoin oculaire de la fête, impossible à croire à gens qui ne Font veue.
Le duc Philippe arriva à la porte de Bruges entre cinq et six heures après-midi, mais il ne fut en son palais qu’entre sept et huit heures du soir , tant le cortège avait dû marcher lentement (1).
(1) Voye* PrenTes de l’hiitoire de Bourgogne, de Dom Plancher, bénédictin, tome 4, p. ccxl.