‹ Chronique de l'abbaye de Saint-AndréChapitre 35 sur 36 · SS · texte numérisé non relu

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actuel, connu en flamand sous le nom de Kom. En moins ' de huit mois, l’entreprise fut acherée, et lè S décembre 1666, le bassin fut rempli d’eau. Cet ouvrage coûta,’ dit-on , huit cent millo couronnes.

Cependant Philippe IV venait de mourir, et le prince Charles, n’ayant que quatre ans, fut appelé à lui succéder; son inauguration comme comte do. Flandre, eut lieu à* Garni le 2 mai.

C est durant le mois d’octobre de la même année que , pour la première fois, l’on vit arriver .à Bruges des bâtiments revenant du Groenlandt où ils étaient allé pécher des baleines. Ils rapportaient cinq de ces énormes poissons. *

La peste depuis quelque temps avait ravagé l’Angleterre ' et la Hollande; en 1666 elle se déclara à Bruges, et aussitôt les magistrats établirent une commission sanitaire. Malgré les plus grands soins, la maladie 6t des progrès, et bientôt plus de deux cent maisons furent infectées.

Après une durée d’environ neuf mois, l’épidÀnie' disparut. . ' . .

iNous ne parlerons point des nouveaux désastres qui frappèrent la Flandre etla ville de Bruges, 'par la guerre’ encore une fois allumée entre la France et l’Espagne, afin.' de nous borner plus spécialement à ce qui concerne ’ notrcville, et de ne pas trop prolonger cette esquisse. '

On avait en l’habitude jusqu’alors d’employer des vieillards pour suivre , un flambeau à la main et vêtus d’habits de denil, les convois funèbres, mais les magistrats ayant observée que plusieurs d’entr’eui s’abandonnaient souvent à la boisson, et par là causaient du scandale, il fut publié Bïie résolution par laquelle il était enjoint d’employer dorénavant pour le même usage, les garçons de la pauvre école, dite école Bogaerde. > ■

En 1676, 1 oti descendit toutes les cloches de la tour -de

la Halle, qui furent envoyées à Anvers, afin de couler un nouveau carillon. Un certain Melchior de Hase avait été chargé de ce travail. Sur la cloche principale , qui pesait onze mille livres, on fit mettre les armes du duc de Villa^ Hermosa, gouverneur du pays, en qualité de parrain, ainsi que celles des deux bourgmestres Jean-Baptiste de Villegas et J. P. Yan Boonera.

Le 18 octobre le nouveau carillon joua pour la première fois. Les corps de métiers avaient fourni la plus grande part des frais.

Le sas de Slyckens , après avoir coûté plus de deux millions, était enfin prêt à être ouvert à la navigation, mais ce travail , fait contre le grc de ceux d’Ostende , rencontrait de nombreux adversaires. Enfin le commerce de Bruges envoya ses représentants à Bruxelles, et ceux-ci ayant fait ressortir avec force l’immense utilité de ce sas , l’ordre fut donné de l’ouvrir. Cela se fit avec grande cérémonie: le premier vaisseau entra le 12 février 1676 à Bruges , et le lendemain se rendit avec un nombreux cortège à Ostende. Un splendide festin fut préparé à côté du nouvel ouvrage, et le lA , le duc au bruit de tous les canons de la place, monta sur le bâtiment don Castel Rodrigo de quatorze canons; six autres grands bâtiments suivaient son exœl> lence qui traversa le sas au milieu des acclamations de la multitude réunie sur les bords du canal , et continuant à voguer, arriva le soir au bassin de Bruges.

Les magistrats en costume l’y reçurent à la lumière des flambeaux, portés par les sergents de pobee et antres employés de l’administration, et entourés par les bateliers de la ville au nombre de plus de 300 , armés de sabres et de mousquets. Deux cents bourgeois également armés grossissaient encore ce cortège.

- Toutes les rues sur le passage étaient brillaimnent

illuminées. Le duc monta à cheval, et se rendit, entourë delà foule, Bipassant par le Quai-Long , le Genthof, la place, la rue des Pierres, à l’hôtel de Pitthem ,où il logea.

Le lendemain il alla à l'église de St-Donat, assister au Te Deum, puis fut encore une fois examiner le bassin. Le 20 février y entrèrent les premiers vaisseaux anglais..

Après une foule de maux qu’oceasionna à la ville de Bruges la guerre avec la France, la paix de Nimègue fut conclue, et publiée le 4 janvier 167B, des fenêtres delà maison d’Antoine VanZype, sur le pont de Gruthuyse, où le conseil de Flandre s’était retiré depuis que Gand avait été prise par les Français.

C’est peu après (en 1681) , que la chambre des comptes, qui depuis la reddition de Lille , s’était également établie à Bruges, fut transportée à Bruxelles.

La France avait trop de raisons pour étendre sa puissance sur la Belgique, pour que li paix put être de longue durée, aussi la guerre se ralluma-t-eHe avec plus de force en 1683,

Des levées considérables de fonds, des contributions forcées, des armements, des constructions de défense, et autres charges de l’espèce , achevèrent de réduire la ville de Bruges en une situation déplorable.

L’esprit public aussi , auparavant si énergique et si plein d’indépendance, commença à se perdre par tant de malheurs successifs , et malgré les. efforts des magistrats et des gouverneurs espagnols pour maintenir le commerce dans ses murs, il disparut peu-à-peu.

Le 21 décembre 1689, l’anoienno prison, située sur le Bourg, fut la proie d’un violent incendie. Comme les flammes étaient constamment poussées vers rhôtel-de-ville , on craignit que le feu n’y prit aussi; m.ais dès qu’on eut fait, sortir le saint Sang et donné la bénédiction aux flammes , le

Tent changea tont-à-conp , et U n’y eut plus rien à craindre.

D’après le système^ en usage à cette époque, on croyait que la prohibition était un moyen assuré d’encourager l’industrie du pays. C’est pourquoi , en 1699, deux ordon? nances furent publiées à Bruxelles, par lesquelles était défendu d’importer tous draps étrangers et autres objets manufacturés en laine , ainsi que les tissus des Indes et les toiles de coton. On défendait également, sous des peines sévères, la sortie de laine non travaillée ou de fîls de laine. Ces dispositions eurent une telle influence sur les fabricants de Bruges, qu’au bout de quatre mois, il y avait déjà été confectionné par eux , dix-huit pièces de drap de différentes couleurs. Elles furent portées en triomphe dans les rues, au son de la musique de la ▼ille.

Le 1 novembre 1700 était mort, sans enfants, Charles II d’Espagne, et les plus grands désastres naquirent, pour la Flandre, de cette circonstance, par suite des querelles pour la succession au trône.

Enfin, en juin 1706, des conditions de reddition de la ville furent arrêtés entre les magistrats et le dnc de Marlborough, et Charles III, roi d’Espagne, fut reconnu en qualité de souverain.

Cet état de choses ne dura guères , car deux années ne s’étaient pas encore écoulées , que le général Delamotte arriva à Thourout avec une armée de 12,000 hommes et douze pièces de canon, et, après quelques pourparlers, la ville do Bruges se vit forcé do capituler. Le 6 juillet 1708, il y entra à la tête de sa cavalerie.

La guerre continuant toujours, Bruges passa ainsi successivement de l’une à l’autre puissance, et, dans l’espace de peu d’années, vit alternativement dans scs murs tantôt

uno garnison française , tantôt une garnison anglaise, danoise ou espagnole. :

Ces changements rninenx et désastreux durèrent qu’en 1713, où la paix fut conclue à Utrecht entre la France et les États-Généraux des Provinces-Unies. Ce traité permit à la Flandre de respirer, quoique les hostilités n’eussent pas pris fin tout-à-fait. Ce ne fut qu’un an plus tard , que la paix de Rastadt rendit la tranquillité à l’Europe entière. Les soi-disant Pays-Bas espagnols passèrent , par ces deux traités , sous la souveraineté de la maison d’Autriche,

C’est à la même époque que se construisit le beau corps-de-garde , sur le Marché du Vendredi. Le 23 mai, on en posa la première pierre , et au mois de novembre la place fut plantée do tilleuls dans tout son pourtc^r.

L’anéantissement du commerce, les dépenses considérables occasionnées par la guerre , les nombreuses familles qui avaient quitté Bruges, et plusieurs autres causes de la même nature, avaient fait que divers bâtiments étaient en ruines, entr’autres le bel hôtel, dit la Maison aux sept tours, dans la rue Haute, qui fut démolie en 17 17> vu son état de vétusté , et reconstruite sur un plan nouveau , mais sans architecture et sans élégance, vous donnant à l’extérieur plutôt l’idée d’une vaste cage à poulets, que do rbabitutiun d’un compatriote des Ruysbroeck, des De Wit, des François Romain et de tant d’autres célèbres architectes belges.

Quoique depuis 1714, le roi d’Espagne , Charles 111, eut été mis en possession des Pays-Bas , les difilcultés survenues à l’occasion du traité des barrières et d’autres circonstances, avaient empêche qu’il ne fut inauguré; ce ne fut que trois ans après que cette cérémonie eut lieu et que la Flandre prêta serment à ce nouveau souverain, entre les mains du marquis de Prié,

La même annëe, trois peintres, Joseph van den Kerckhove, Marc Van Duyvenede et Jean-Baptiste Herregoudt, appuyés par quelques amis des beaux-arts , résolurent de fonder une académie libre pour le dessin , la peinture et l’architecture. Ils s’adressèrent donc à l’administration de la Tille pour en obtenir un local convenable. A cette époque, les corporations pour les arts et métiers existaient encore, et les peintres ne formaient qu’une même association ou confrérie avec les barbouilleurs , badigeonneurs etc.

Les frais de ce corps de métiers , étant supportés par tous, il est facile de comprendre que les barbouilleurs jetèrent les hauts cris lorsqu’il fut question de les séparer de leurs confrères les artistes, mais ce qui est curieux, c’est que les difficultés et les contestations qui s’élevèrent à cett% occasion, retardèrent de trois années l’exécution d’un projet aussi simple et aussi rationnel.

Ce ne fut qu’après ce temps , qu'on parvint à opérer la division , et les magistrats mirent à la disposition des fondateurs de l’académie de peinture , la Loge des bourgeois. L’ouverture se fit le 1 janvier 1720, et le gouverneur de la ville de Damme fut élu premier protecteur de l’insti- ■ tution nouvelle.

C’est aussi à cette époque, que l’évêque rétablit à .Bruges le séminaire, qui n’existait plus depuis quatrevingt-dix ans.

Par une analogie qui se rencontre fréquemment dans l’histoire, lorsque les anciennes institutions périssent , l’homme veut que la forme des lieux qui leur servaient de sanctuaire, s’efiace également; c’est ainsi qu’en 1723, l’ancienne maison de justice du Franc, d’une architecture gothique pittoresque , et formant une sorte de pendant à la façade de la chapelle du St-Sang, fut démolie jusqu’au sol , quoiqu’elle se trouvât en bon état de conservation , et l’on

vit s’élever en place, le palais de jastice actuelle, bâti d’après les règles de l’architectare nouvelle, à lignes droites, Peu-à-peu les taxes s’étaient singulièrement multipliées ; néanmoins les impôts ordinaires ne suibsant plus aux besoins de l’état, à la fin de 1737, une contribution fut mise sur tous les magistrats de la Flandre, et devait annuellement être payée sous le nom de don volontaire. Cette contribution était proportionnée aux émoluments que chacun retirait de sa place.

Le quartier de Bruges dût payer comme suit :

HXCISTaXTS DE LA VILLE, '

Le bourgmestre des écberint 400 FI.

Le bourgmestre de la ooramuao . , . 180

Le premier éoberin 96

Le 2™*, le et le 4“® ëchevin, cbacuu, ... 80

Les huit autres écherins, chacun 40

Le premier conseiller 60

Les neufs antres conseillers , chacun 12

Le premier trésorier 160

Le second trésorier 120

■AGISTBATS DD FSANC,

Le bourgmestre do la commune 400 Fl,

Les trois autres bourgmestres, chacun 300

Les autres magistrats de la Flandre furent taxés d’après la même échelle.

Depuis longtemps, le besoin de voies de communication faciles se faisait sentir. La province s’occupa de cette amelioration, et en 1780 elle fit construire la chaussée pavée conduisant de Bruges à Blanckenberghe. Quatre ans plus tard , on établit également une belle route pavée depuis lu porte Ste-Catherine jusqu'à Steenbrugghe : le projet était de la continuer jusqu’à Courtrai et meme jusqu’à Lille; mais par la maladresse des magistrats du Franc, cette entreprise, si utile, ne fut point menée à fin.

Marie -Élisabeth était en ce temps goovernante des Pays-Bas , et portait un soin particulier aux établissements de bienfaisance. Le 6 mai 1787; fit parvenir à l’administration de Bmges un décret ordonnant que dans l’enceinte de l’hospice de la Madelaine , il serait construit un bâtiment qui servirait de dépôt pour tous les vagabonds , gens sans asyle et autres de cette catégorie. |1 était assigné pour l’entretien de cet etablissement, l’excédant du revenu du dit hospice.

La même année l’on avait commencé à approfondir le canal de Gand , et afin que les vaisseaux eussent une entrée plus s&re et un lieu de stationnement à Bruges , on creusa 1© Minnewater l’année suivante , et tout à l’entour l’on bâtit un quai en briques. En 1739, il fut établi un grand et beau pont en pierres, à l’eptrée de cette espèce de port. 11 coûta plus de trois mille livres de gros. La directioq des fortifications de la ville, eq faisant cette dépense dans un but d’utilité publique générale , déclara expressément que c'était une charge de la province. Bien des difficultés s'élevèrent avant que l’on put parvenir à terminer cette affaire , et ce ne fut qu’en 1742, qu’un arrangement fut conclu entre l’ordre ecclésiastique, la province et les magistrats de Bruges, par suite duquel les premiers restituèrent une somme de mille livres de gros , pour leur part à supporter dans les frais de construction du dit pont.

L’évèque Van Susteren avait depuis longtemps le projet de changer l’emplacement de son séminaire, qui commençait à se trouver en assez mauvais état et qui était d’ailleurs trop petit. En 1738, il acheta l’hôtel de Pitthem, nommé aussi hôtel de Croy , situé entre l’église de Notre- Dame et celle de St-Sauveur. C’était un vaste bâtiment, mais très-vieux , (ju’il fit abattre , et qu’il remplaça par un

édifice entièrement neuf, propre à sa nouvelle deatinatioh, fn deux années il fut terminé , et les séminaristes y entrèrent aussitôt. Depuis, cet ancien hôtel de Pitthem, dont Sanderus donne la représentation , est devenu la palais do l’évêque actuel de Bruges.

Le 20 octobre 1740, l’empereur Charles VI, trentcT huitième comte de Flandre, mourut à Vienne, et sa fille aînée, Marie-Thérèse, qui avait épousé François I, duc de Lorraine et grand-duc de Toscane, lui succéda. '

Ayant décrit ailleurs le terrible incendie qui consuma une partie de la grande tour de la Halle, peu de mois après , nous ne nous arrêterons pas plus longtemps ici sur ce malheureux événement (l).

La France, espérant profiter des circonstances, avait déclaré la guerre à Marie-Thérèse, et durant quelques années, Bruges eut encore une fois beaucoup à souffrir par les frais énormes qu'elle eut à supporter par suite des nombreuses garnisons qui se rendirent successivement dans ses murs. Enfin , la perte par les alliés, de la bataille de Fontenoy, livra aux Français libre entrée en Flandre. En 1745, la ville fut obligé de se rendre au marquis do Souvré, maréchal de camp des Français, et le 29 juillet, vers cinq heures du soir, le roi de France et sa suite arrivèrent à Steenbrugghe , par la barque de Gand, suivi de quantité d’autres navires, et fit son entrée solennelle à Bruges. Le corps des magistrats l’attendait à la porte de Sle-Catherine , ayant en tête le duc de Boufllers , gou^ verneur de Flandre, Tous, un genou en terre , présentèrent leurs hommages au monarque. Après la harangue d’usage, on lui présenta, sur un coussin de velours, deux

(I) Voir l Album pillui de Siiiyoi,

clefs d’argent, en signe que la ville loi était remise. Alors le cortège entier se mit en marche , aux cris de Vive le roi! et se dirigea vers l’église cathédrale de St-Donat. A la porte principale, le souverain fut reçu en grande cérémonie par les ecclésiastiques, et conduit au trône qu’on avait élevé dans le chœur. Un Te Deutn fut chanté, à l’issue duquel on le conduisit à l’hôtel du gouvernement , dans la rue Haute , où les magistrats de Bruges et du Franc lui présentèrent le vin d’honneur, suivant l'ancien usage.

Le lendemain, le roi se rendit, accompagné du Dauphin, au beau magasin d’étoffes de mademoiselle Marie-Anne Van Outryve , y restèrent environ deux heures , examinant tout avec attention , et achetèrent diverses sortes de tissus des Indes.

Le soir, le Dauphin parcourut à pied les rues, pour voir l’illumination, et distribua quelqu’argent aux personnes qui dansaient autour des feux-de-joie , allumés en plusieurs endroits.

Le roi resta deux jours à Bruges , puis partit à cheval pour Steenbrugghe, où il s’embarqua pour retourner à Gand .

En ce temps, le marche au poisson et celui aux légumes se tenaient encore sur la Grand’PIace. Toutes les boutiques et les étaux ayant dû être démontés et transportés provisoirement sur la Place des Biscayens, à l’occasion de l’entrée du roi, les magistrats pensèrent qu’il valait mieux que la plus belle place de la ville ne fut plus gâtée par un marché au poisson, et ordonnèrent en conséquence, au commencement du mois d’aoùt, que dorénavant les marchands de poisson devraient se tenir tous au marché au grain , dit Braemberg. Depuis lors , le marche au poisson est resté en cet endroit, au milieu duquel on ouvrit un puits, qui existait depuis longtemps, afin de faciliter le nettoyage de la placu.

as3

Jusqu’alors les armes do Marie-Thérèse, reine de Hongrie , étaient demeurées au-dessus des portes des bureaux des fonctionnaires publics. Le 24 août 1746, le lendemain du jour de la reddition d’Ostende , les armes de France les remplacèrent partout , et de nouvelles commissions furent données à tous les employés du gouvernement.

Au mois de septembre, le roi de France passa de nouveau par Bruges , pour aller visiter Ostende , et logea dans l’hôtel du comte de Lalaing. Son entrée se fît avec encore plus de pompe que la première fois. Il était assis, avec le Dauphin , dans une magnifique voiture attelée de six chevaux. Partout sur son passage les rues étaient décorées de festons , de guirlandes , de tentures de diverses couleurs, et d’arcs-de-triomphe ; mais tout cet appareil n’était guère qu’une joie de commande , car le pays du Franc seul avait à payer plus de trois cent mille florins à l’occasion du siège d’Ostende.

La même année , les villes et châtellenies de la Flandre accordèrent au roi de France 14,000 rations par jour à' raison de cinq sols, outre un subside extraordinaire de six cent cinquante mille florins. Dans ce subside, la ville de Bruges devait payer pour sa part cent cinquante-quatre raille florins , tous les mois un sixième , à commencer de 1746.

La ville était loin de posséder les ressources nécessaires pour satisfaire à cette obligation. L’on convoqua donc une réunion générale de la commune , dans laquelle de nouveaux impôts furent décrétés sur la contribution foncière et mobilière, sur les vins, le thé et le café. Ces moyens avaient à peine suffi, et l’année n’était pas encore écoulée qu’il arriva unç nouvelle demande d’un subside de deux millions six cents mille florins, accompagné de grandes menaces de la part du contrôleur-général, si le pays ne se

hâtait pas immédiatement de satisfaire aux volontés du roi.

La part do. Bruges montait à cent quatre mille florins. Ce fut à cette occasion que l’on mit pour la première fois une taxe sur toutes les cheminées.

Les magistrats voyant que tous ces moyens étaient loin de suffire , établirent un emprunt forcé sur tous les habitants. Quelques corporations payèrent jusqu’à trois et quatre cents livres de gros. Les habitants furent classés en trois catégories. La première devait payer cent livres de gros de change , la seconde , cinquante , et la dernière vingt. Ainsi l’on . parvint à obtenir trois cent mille florins. . ,

J Les demandes de subside se succédèrent ainsi continuel*; lement durant les trois années et demie, que la Flandre fut soumise aux Français, il n’est donc point étonnant que la paix ayant été conclue , ce fut avec l’allégresse la plus vraie et la< mieux sentie, que les habitants virent le pays retourner sous la domination de ses anciens souverains.

Le 3 février 1749, les deux derniers bataillons de troupes françaises quittèrent la ville, et le lendemain y entra un régiment autrichien. ,, ! '

. D’après la tradition commune, l’année 1748, était la six-centième depuis que Bruges possédait la précieuse relique du St-Sang. On résolut en conséquence d’en célébrer le jubilé avec une pompe extraordinaire; mais la fête n’eut lieu que l’année suivante, l’occupation française ayant tellement écrase la ville qu’on craignit de ne pouvoir obtenir les fonds^ nécessaires. Après le départ des Français, toutes les mesures furent prises pour réaliser dignement ce projet de jubilé, et jamais plus belle procession ne parcourut les rues de Bruges que celle que l’on vit au mois de mai 1749. Nous en avons donné à part

la description dans le présent volume , ainsi nous ne nous Y arrêterons pas davantage.

Charles-Alexandre , duc de Lorraine et de Bar , avait été nommé gouverneur-général des Pays-Bas. Une des premières mesures ,du nouveau gouvernement fut un changement dans la valeur de la monnaie; en outre on fit battre do nouvelles pièces de billon , et le -4 décembre , au son du carillon , on fabriqua pour première fois , à la Monnaie, des liards et des pièces de deux liards. Le 26, on battit les premiers doubles souverains d’or.

Maintenant que la paix était venue faire revivre les idées de relever le commerce de l’état de prostration où il se trouvait depuis longtemps, les voies de communication furent naturellement l’objet qui attira d’abord l’attention. Le 2 mai 1780, les magistrats du Franc firent l’adjudication pour la construction du pavé , depuis Steenbrugghc jusqu’à Courtrai, et le 12 août l’on posa la première pierre.

Le 18 mai de l’annéq suivante , afin d’ouvrir un libre passage à la navigation entre Ostende, Bruges et Gaod, jOn commença le creusement de la Coupure, à travers le rempart entre les portes de Gand et de Ste-Croix, en passant par le couvent des Dominicains, et, continuant jusqu’au pont des Moulins. Pour l’exécution de ce travail, Poa dut abattre une quarantaine de maisons. Ce ne fut que deux ans plus tard qu’on construisit le sas ou écluse dans ce nouveau bras de canal , qui conserva le nom de Coupure, et, le 24 décembre, le premier vaisseau venant d’Ostende traversa Bruges, et se dirigea sur Gand par ce chemin.

, L’académie de dessin, peinture et architecture dont nous avons vu plus haut la fondation, commençait à prospérer, lorsque malheureusement, le 29 janvier 1758,

un violent incendie consuma entièrement oet ancien bâ* liment.

On trouva néanmoins le moyen , par les dons multipliés d’amis des beaux-arts , de le reconstruire avec unô célérité remarquable , car le 6 novembre le nouvel etablissement fut ouvert, et pareil au phénix qui renaît de ses cendres , admit encore une fois une foule de jeunes gens dans son enceinte.

Ce fut .à cette occasion que Ton fit graver sur la porte d’entrée , ce chronogramme :

Vt PaoBxIX eX ClmxE sVo BbVgessIVM Doho keVIVIsCo»

Depuis longtemps l’on avait senti le besoin d’une salle publique propre à y donner des concerts , et de temps a autre à représenter des pièces de théâtre. Les malheureuses circonstances où Bruges s’était trouvée depuis plusieurs années, avaient constamment retardé la mise en exécution de ce projet. Enfin en 1786 les amateurs de musique se réunirent en société, et firent les fonds nécessaire pour commencer les travaux. Le 1 de mars on posa la première pierre de la salle sur la place de la Bourse, et le 18 octobre elle fut on ver te et l’on y donna le premier concert. •

Son ahesse royale Charles , duc de Lorraine et de Bar , était toujours gouverneur-général des Pays-Bas ; mais comme il se trouvait la plupart du temps en Autriche, le comte Cohenzl fut établi comme vice-gouverneur-général en son absence. Le 8 août 1737 , il fit son entrée à Bruges, et alla loger chez M. Pierre-François Vincent , vicomte de •Voogt, grand-bailli de Bruges et du pays du Franc. Les magistrats de la ville et du Franc vinrent l’y complimenter, et lui présenter le vin d’honneur.

La paix étant maintenant établie d'une manière qui paraissait stable, on songea à diverses améliorations qu’exigeait la situation de la ville. Une des principales fut la construction d’un grand mouliu-à-eau, destiné à distribuer, par de longs tuyaux eu plomb, l’eau potable dans tous les quartiers de la ville. Ce bel ouvrage hydraulique fut établi en 1759 sur le rempart extérieur entre la porte Bouvery et celle des Maréchaux , sous la direction de M. Chalon, qui en avait fourni le projet. On éleva aussi, sur le Marché-aux<Œufs, une nouvelle pompe publique en pierre de taille, sculpté par l’habile sculpteur Pepers, dont le ciseau laissa à Bruges tant d’œuvres remarquables.

Peu de temps après, l’on construisit la voûte du chœur de l’eglisede Notre-Dame.

Malgré les tentatives faites par le Gouvernement de Marie-Thérèse, pour ramener le commerce en Flandre, Bruges ne parvint point à se relever des coups que lui avait porté une longue suite d’années de commotions politiques. Lorsqu’une fois l'industrie déplace son centre d’activité, il est rare qu’on puisse l’y rappeler. La crainte avait remplacé la conBance si nécessaire au commerce , l’amour d’une vie paisible, l’indilTérence ou l’apathie avaient succédé à l’activité et à l’énergie indispensables pour les transactions commerciales. Aussi notre ville devint-t-elle prcsqu’exclusivement , à partir de la fin du dix-huitième siècle, le séjour de quelques familles nobles, de bourgeois paisibles, jouissant d’une certaine aisance , qu’ils ne cherchaient point à augmenter par des spéculations toujours chanceuses, de manouvriers et de pauvres dont le nombre s’accrut peu-à-peu, de manière à former, en moins d’un demi- siècle, un grand tiers de la population.

L’impératrice Marie-Thérèse était n^orte, et son fils Joseph K lui avait succédé. En 1781 il fut inauguré à Gand, comme comte de Flandre.

De nombreuses idées de réformes administratives, politiques et sociales, germaient dans la tête de ce nouveau souverain. La Flandre ne fut pas la dernière à subir les essais de ces réformes. Le collège des magistrats de Bruges et du Franc fut supprimé, et l’on établit pour le district une intendance dont J. P. Mahieu fut le premier titulaire, et pour l’administration de la ville et du Franc, un conseil impérial et royal de première instance. Ces changements et d’autres encore produisirent bientôt de grands mécontentements, surtout dans le Brabant. La Flandre se joignit à cette province, et sous le nom de patriolet, les partisans de l’opposition furent sous peu en état de tinir tète au souverain.

Enfin, à la suite d’une assemblée générale de tons les députés des Etats de Flandre, tenue à Gand le A janvier 1790, les Flamands furent déclarés dégagés de leur serment d’obéissance et de fidélité à Joseph II. Son frère Léopold II lui succéda , et par des arrangements politiques entre l’Autriche, la Prusse, l’Angletire et la Hollande, auxquels les provinces des Pays-Bas donnèrent leur assentiment, son altesse l’archiduchesse d’Autriche, Marie- Christine-Josèphe revint à Bruxelles le IB juin 1791, avec son mari Albert-Casimir duc de Saxe-Tesschen, en qualité de gouverneur des Pays-Bas. Le 6 juillet, Léopold fut inauguré eomte de Flandre à Gand, et proclamé comme tel à Bruges peu de jours après; mais un au ne s’était pas encore écoulé, que ce souverain mourut à Vienne, laissant pour lui succéder son fils François II.

A cette époque la révolution française avait éclaté, et les armées de la république s’emparèrent de la Flandre

en 1794. Par suite de la bataille de Marengo et du traité de Campo-Formio, la Flandre et les antres provinces composant les anciens Pays-Bas, furent cédées à la France.

Durant tous ces évènements, Bruges n’avait guère donné signe de vie que par quelques commotions intérieures de peu d’importance vis-à-vis du drame terrible qui termina le dix-buitième siècle, et nous jeta dans le dix-neuvième avec d’autres institutions, d’autres idées^ d’autres mœurs, d’autres rapports sociaux, qui rendaient à jamais impossible la renaissance de ce foyer d’activité qui fcsait de Bruges, au moyen-âge, un centre où venaient aboutir les arts, les sciences, l’indostrie et le commerce de tous les points de l’Europe.

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