‹ Chronique de l'abbaye de Saint-AndréChapitre 34 sur 36 · BRUGES · texte numérisé non relu

BRUGES

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Le roi Philippe II d’Espagne , avait déclaré le 6 mai 1598 , qu’U cédait à sa fille Claire-Eugénie la souveraineté des Pays-Bas, à condition toutefois que s’il n’y avait point d’héritiers de son mariage, ces provinces retourneraient à la couronne d’Espagne.

Cependant, les États généraux de Hollande avaient résolu d’envoyer une armée en Belgique, et bientôt Bruges vit dans ses environs une armée ‘de douze mille fantassins et do doux mille cavaliers.

L’archiduc Albert s’opposa à cette invasion, mais il perdit une bataille importante dans les dunes entre Westhende et Wilskercke. Ce ne fut qu’un au plus tard qu’eut lieu ce long et terrible siège d’Ostende, que l’on compara au siège de Troie.

Les Brugeois , craignant que les négociants èspagnols ne transportassent à Anvers le siège de leur commerce de laine, obtinrent de l’archiduc, le 11 septembre 1602, la confirmation du privilège qui statuait que nul ne pourrait entreposer de laine, ni faire peser, ni même payer d® droits qu’à Bruges.

Ce fut cette même année, que l’évèque Charles Rudoa 4 fit son entrée solennelle en cette ville.

La guerre qui désola à cettç époque la Flandre durant plusieurs années, fut des plus ruineuses, et ce fut surtout dans le pays depuis la côte jusqu'à Bruges, qu’il y eut le plus de dégât et de pertes.

Enfin, le B avril 1609, fut conclu une trêve de douze ans, entre le roi d’Espagne’et l’archiduc d’une part, et les Etats généraux de l’autre. A cette nouvelle, il est facile de se figurer la joie des Flamands écrasés et ruinés par cette longue guerre.

Comme les églises et surtout celles des biairgs , villages et hameaux avaient particulièrement souffertes, on s’occupa, durant la trêve, du soin de les rétablir et d’achever celles dont la construction avait été abandonnée.

C'est ainsi qu’en octobre de l’année 16 lâ fut achevé le chœur de l’église des -frères de la charité (Minnebroeder» ) , qu’on bénit aussitôt , quoique la partie antérieure de l’église ne fut encore construite que jusqu’aux croisées.

On bénit également, après avoir terminé les travaux, les églises de Ste-Anne, des Chartreuses, des Jacobinesses , de St-Michel et de St-Pierre-sur-la-Digue.

Celle de St-Bavon qui se trouvait hors de la porte Maréchale, fut démolie, et la majeure partie de ses revenus fut donnée au séminaire de Bruges.

L’église de Ste-Croix entièrement détruite durant les troubles de 1877, fut aussi rebâtie et le 1-4 Mai 161-4 inaugurée par l’évêque. La même chose avait eu lieu à Oostkerke, l’année précédente.

Le 9 juillet on consacra dans l'église cathédrale de 6t-Donat, le cinquième évêque de Bruges , Antoine Triest, qui devint évêque de Gand en 1632.

Vers ce temps il arriva à Bruges une singulière .aventure , dont le souvenir se conserve jusqu’aujourd’hui parmi le peuple. Un certain Pierre Van Wesemaele avait etc condamné .à la potence pour vol domestique. Comme le bourreau, selon l’usoge, sé mettait sur ses épaules, après qu’il eut été attaché à la corde j afin de hâter la strangulation, le lacet se rompit. Le criminel tomba à terre, et se fit une forte blessure à la tête. Le bourreau prit une nouvelle corde, l’y attache, et recommença la même opération qui cette fois se termina sans accident. Le corps fut transporté au cimetière de St-Donat pour y être enterré. Cependant, comme on remarquait qu’il donnait encore quelques légers signes de vie, des bourgeois le portèrent dans l’église. Là , on le saigna , et peu-à-peu il parut revenir à l’existence; ce ne fut pourtant que le troisième jour qu’il reprit tout-à-fait connaissance , et enfin il se rétablit.

L’archiduc Albert , informé de cet événement extraor- • dinaire, accorda sa grâce au coupable, qui vécut encore plusieurs anuées, et profita sans doute de la sévère leçon qu’il avait reçue.

Le 13 juillet 1621 , l’archiduc mourut à Bruxelles, sans laisser de postérité , la Belgique retourna à la couronne d’Espagne, selon les stipulations du contrat de mariage.

Philippe IV venait alors de succéder à son père , et il envoya comme gouvernante générale dans les Pays-Bas, la princesse Isabelle.

La trêve de douze ans était expirée, et les hostilités étaient recommencées. Les religieuses du couvent de Ste-Godelieve qui se trouvait encore dans la commune de Ghistelles, redoutant les effets de la guerre, demandèrent et obtinrent du roi d’Espagne, la permission de se fixer définitivement à Bruges, ce qui eut lieu le

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•4 août 1622. Ce ne fat que cinq ans plus tard , que tous les moines de l’abbaye des Dunes se transportèrent également dans le nouveau couvent qu’ils avaient obtenu en ville.

Le prince d’Orange débarqué à Ysendycke, avec S0,000 hommes, arriva à l’improviste sous les murs de Bruges, le 2 juin 1631 , espérant bien s’en emparer, parce que, sachant que les Brugeois ne voulaient pas, selon leurs privilèges , avoir chez eux des soldats étrangers , il comptait qu’ils ne seraient point assez forts pour se défendre contre lui. Cependant, ayant appris que déjà 8000 hommes de troupes avaient été admis par les Brugeois dans leur enceinte, il se retira. Le duc de Vendôme qui était dans l’armée du prince d’Orange, avait écrit une lettre à l’évêque, l’invitant à se rendre, avec quelques-uns des principaux de la ville , hors des murs afin d’y avoir une entrevue pour régler les points relatifs à la liberté du culte catholique , mais l’évêque ne fit nulle attention à une semblable invitation.

L’historien Vredius , qui était à cette époque trésorier de la ville , nous apprend qu’il s’occupait sans relâche de distribuer à la commune des armes et autres choses nécessaires pour une vigoureuse résistance, et qu’au départ de l’ennemi , il composa le chronogramme suivant :

aVrIaCVs bbYgaM VkkIt, VIDIt, abIIt»

Par suite de la fidélité et du dévouement montrés par les Brugeois, qui nonobstant des privilèges contraires, avaient admis des soldats étrangers dans leur ville, la princesse Isabelle, gouvernante du pays, leur écrivit une lettre de remerciement très-flatteuse.

Cette pieuse prineesse étant morte à Bruxelles, le 1 décembre 1688, l’Infant d’Espagne et Cardinal, prince

Ferdinand lui succéda comme gouTerneur , et fit son entrée le 25 janvier de l’année suivante, à Bruges, où il fut reçu avec de grands honneurs. L’après-diner , accom* pagné du prince Thomas de Savoie , du prince de Portugal , du marquis d’Este et de plusieurs autres grands seigneurs, il alla voir les riches ornements d’église que possédait Notre-Dame. 11 revint par la rue aux Laines sur la Grand’Place , et le cortège se rendit dans la maison de M. Gaspar Claesman pour y voir les feux d’artifices et la belle illumination qui avaient été préparés autour de la place, sur la tour de la Halle, la Water-Halle et la minque au poisson (1).

Tous les magistrats s’étaient aussi réunis à cette occasion, dans la maison dite la Demi-Lune, habitée par M. Martin de Lampreel. On voyait de tous côtés les plus grandes marques de l’allégresse publique.

Le froid était si intense , que l’on' raconte qu’au départ du prince-cardinal pour Gand , les bateliers de cette viUe vinrent à patins, et avec de flambeaux à sa rencontre, jusqu’à mi-chemin, et le conduisirent ainsi jusqu’aux portes. Des chariots chargés pouvaient traverser l’Escaut à Anvers.

Pour ranimer le commerce, il fallait augmenter les moyens de communication , aussi les magistrats de Bruges , de Fumes et de Dunkerque réunis, demandèrent la permission de creuser , à frais commun , un canal , commençant à Piasschendale , et se dirigeant par Nieuport et Fumes jusqu’à Dunkerque.

Le lA octobre 16A1 , la nouvelle église des Jésuites (aujourd’hui Ste-Walhurgc) , qu’on avait commencé à

(1) Lieu où se fait l’adjudication en gros, du poisson , et qui alors se trouvait sur la Grand’Place,

construire en 1619, fut achevée, et inaugurée par l’évê-* que qui , étant décédé peu de temps après , eut pour successeur ISicholas Handiun , huitième évêque de Bruges# Lorsque celui-ci mourut en 16-19, il légua tous ses Liens au Mont de charité, érigé en 1672, dans une maison le long du quai conduisant à la porte de Damme et à la Poterie, par un certain Gillis Van de VVege (1), pour le soulagement des pauvres. Cet homme généreux s’était réuni à quelques autres personnes bienfaisantes, et avait fondé cet établissement à l’effet de prêter sur gages aux malheureux, sans les obliger à payer aucun intérêt. Quoique ce Mont de charité ne posséda au commencement nuis capitaux en propriété, il lui avait été fait tant de dons, qu’on voit, d’après les comptes de 1686, que le fond primitif s’était accru jusqu’à la somme considérable de 10,079 livres de gros de Flandre.

La guerre éclatée entre la France et l’Espagne, ruinait encore une fuis la Flandre où des corps d’année des deux nations se trouvaient en présence. Les Français s’étaient emparé de Courtrai et menaçaient Bruges.

Castil Rodrigo n’ayant pas d’argent pour payer 300 à 400 hommes levés pour la défense de la ville, chaque curé parcourut sa paroisse, de maison en maison, demandant une aumône à l’effet de solder cette troupe. On parvint en peu de jours , par ce moyen, à obtenir une somme suffisante pour payer trois compagnies durant six mois.

Les excursions de l’ennemi étaient fréquentes. La plupart des gens de la campagne venait se réfugier à Bruges, il en résulta une cherté excessive des vivres; une pluie

(1) II ne faut pas confondre co Vont de charité avec le Mont de piété, dont nous nrons parlé dans le présent volume. C'étaient deux institutions entièrement différentes.

constante depuis le dernier août jusqu’au 26 décembre,' Tint ajouter aux malheurs du pays , en inondant quantité de terres ; enfin tout allait au plus mal , lorsque , le S juin 1648, on publia sur la Grand’PIace le traité de paix conclu à Munster entre le roi d’Espagne et les Provinces- Unies.

Néanmoins la Flandre était loin encore d’être rendue à son ancienne tranquillité. Les Français continuaient à faire des incursions et à piller les campagnes. Bruges pourtant n’avait plus rien à craindre. Le 23 novembre 1680, on y célébra avec grande pompe et solennité, un jubilé pour la millième année depuis la fondation de l’abbaye d’Eeckhoute. Ce fut cette année, au mois de décembre, que l’on planta l’allée d’arbres qui se trouve sur le Dyver.

L’Angleterre , cette ancienne associée du commerce de la Flandre, n’était pas dans un état moins malheureux que nous. Son roi Charles 11 avait été forcé de fuir de sou royaume, et s’était réfugié à Bruges. Il alla habiter, au Vieux-Bourg, la maison de M. Preston, seigneur de St- George, et y resta pendant un mois, puis se rendit à Anvers; mais bientôt il revint ici avec son frère le duo de Glocester, et ils choisirent pour résidence la maison à côté de celle dite aux sept toura, au coin de la rue Haute.

Durant l’été qui suivit l’andée de l’arrivée de cas illustres personnages, c’est-à-dire en juin 1686, la société de l’arbalète, ou des nobles chevaliers de St-Geoi^e, donna un grand tir à foiseau en leur honneur. Le roi Charles tira le premier coup et atteignit l’oiseau, son frère continua à tirer jusqu’à la fin , avec les autres confrères. Il y eut ensuite un grand repas, à l’issue duquel

les deux princes voulurent bien s’inscrire comme confrères sur le registre de la société.

I Une fête semblable eut lieu à St-Sébastien on confrérie des archers, le 25 du même mois, et le roi lui fit un don assez considérable en argent.

Le 2 décembre arriva dans nos murs la princesse Marie, veuve du prince d’Orange et fille de Charles 1 , roi d’Angleterre. Elle alla loger auprès de son frère.

Après la paix, conclue en 1859 entre les rois d’Espagne et de France , Bruges put espérer quelque repos. Plusieurs constructions publiques inachevées furent terminées , entr’autres le beau bâtiment en pierre de taille , dit le collège de la prévôté , sur le Bourg , fut livré , en 1662, aux avides regards du public.

L'année suivante, les sœurs grises anglaises, de l’ordre de St-François, qui demeuraient à Nieuport, achetèrent une grande partie de l’ancienne Cour du prince , et bâtirent sur ce terrain un couvent , dont Féglise fut inaugurée en mai 1664. La chambre "où naquit Philippe , fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, faisait partie de cette acquisition.

Déjà plusieurs fois des troubles avaient eu lien à Bruges, parce qu’il avait été décidé que les vaisseaux, venant de la mer, auraient libre navigation à travers la ville. Ces dissentions ne cessèrent que lorsque l’on eut creusé et approfondi le canal d’Ostendc jusqu’à Schipsdale, trav&il qui fut terminé à la fin de 1664 , et qui fut également exécuté pour le canal de Gand. L’année suivante le marquis, de Castel Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas, vint examiner de quelle manière l’on pourrait le plus avantageusement creuser une place d’abri pour les vaisseaux, et les travaux pour la continuation du canal de Schipsdale ayant été adjugés, on commença le creusement du bassin

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