ÉPILOGUE
En écrivaDt les pages qui précèdent, nous n^avons jamais eu la prétention de faire œuvre essentielle d'historien. L'histoire est trop solennelle, trop grande dame, pour qu'on ose l'aborder en profane et sans avoir, au préalable, revêtu le frac de cérémonie.
Ce qui nous a séduit, au contraire, c'était d'écrire un récit à la diable dans lequel, à défaut de fresques grandioses, fussent simplement crayonnés au passage répisode intime, le dessus du panier des souvenirs, le fruit savoureux de la légende, tout ce qui, en un mot, constitue aux yeux du chroniqueur le rayon magique qui traverse la nuit du passé.
La Ligue est une inépuisable mine de petits poèmes épiques. A aucune date nos annales ne présentent des caractères plus profondément dessinés : on dirait des gravures à l'eau-forte, des toiles des maîtres do Flandre ou d'Allemagne. La Fronde, au contraire, pourrait être chantée en vers burlesques.
282 CHRSNIQUB DE UL UOUB
Nous avons esqnissé qaelqaos-anes des figures d*a^
rière-plan, la plupart simples comparses d^ns TOdyssëe de cette mémorable époque. Mais ces comparses du drame d'ensemble sont les premiers r61es des scènes isolées du drame provincial qui se fond» avec ses passions farouches, .dans les convulsions du XVI* siècle, siècle de névrose par ezoéllence.
Il nous reste à dire, en quelques mots rapides, pour donner satisfaction à la légitime exigence du lecteur, ce quil advint des principaux perisonnages qui ont défilé dans notre narration et qui survécurent i la crise. Nous les verrons presque tous, successivement attirés par les scintillements de la couronne du Vertgalant, venir se ranger en dévoués satellites à Tombre du pouvoir royal.
Après son fameux sermon sur le Béarnais, Genebrard, considéré comme un séditieux, avait été obligé de quitter son siège archiépiscopal. Il se retira à Avignon, écrivit de 14 ce qu*il ne pouvait plus déclamer et lança contre le parti vainqueur plusieurs pam* phlets pleins de fougue, par lesquels il espérait débourbonniser la France. Le parlement d*Aix informa contre lui, ordonna que ses écrits seraient brûlés par la main du bourreau, le déclara convaincu du crime de lèse-majesté et le bannit du royaume avec défense d y revenir, sous peine de mort.
Le bruit courl dans la ville que M. d*Andelot venant, le jour d*hier, accompagné de MM. Chahre et Rigaud et plusieurs autres, avaient failli tomber au pouvoir du sieur de Virague ; qu^ils purent heureusement se retirer au Pont-du-Chàteau ; que Tépouse du sieur Uigaud avait été pri^e et conduite à Maringues ; Ton met en question si on usera de représailles en faisant sortir de la ville ceux de Clermont et de Maringues qui se trouvent en cette ville. On déclare, qu*avant tout, il faut s*assurer du fait; s*)l est exact, on fera partir de la ville ceux de Maringues et de Clehnont; une fois sortis, s*il8 sont rencontrés au dehors, ils seront considérés comme de bonne prise et constitués prisonniers. On fait faire la plus exacte garde ; chaque capitaine aura, à la porte qui lui estconfiée, demi-douzaine d*arquebusiers bien armés, qui seront placés près de la barrière et feront parler de loin ceux qui voudront entrer dans la ville, a6n que l'on sache qui ils sont ; le capitaine commandant le poste des Taules placera une sentinelle à Thorloge pour découvrir dans la campagne et voir les mouvements.
M. d'Andelot part pour Billom rejoindre quelques forces qui lui arrivent ; on regrette son départ, parce qu*on a avis que l'ennemi n*est pas éloigné d*une lieue et demie, qu*il y avait en ville des personnes d'intelligence avec les armées du Roi de Navarre et qu*il était à craindre qu'elles ne fussent informées que la ville était dépourvue de Gouverneur.
I-i «léoembr*. — Les Consuls payent des hommes pour faire suite, avec les capitaines de quartiers, dans les maisons, de deux jours en deux jours, afin d'obvier aux pernicieux desseins des ennemis delà ville, s'ils sont en icelle. — Le cours de la justice est suspendu, l'ennemi étant si près de la ville. — Les nommés Echallier, Barghon, Heyraud, retenus prisomaiers comme suspects, demandent à être élargis ou jugés; on leur fait répondre qu'ils ne peuvent être élargis.
18 déoembre. — Le duc de Nemours écrit aux Consuls pour les informer, qu'au premier avis, il viendra secourir la ville. — On fouille les étrangers qui viennent dans la ville, on ouvre les lettres dont ils sont porteurs.
BIBLIOTHBQUB DB CLBR&IONT. — AUVBRONB. MANUSCRITS 111 B.
(Extrait attribué à M. Gonod.)
384 CHRONIQUE hb la ugus
TaTons déjà dit, à la bienveillance exceptionnelle que le roi manifesta à Tégard de Riom.
En effet, après avoir fouillé la bibliothèque vaticaoe dont le cardinal Baronins lai avait livré les clefs, après avoir visité les couvents et les églises, compulse les manuscrits où palpitait le moyen âge, controrene avec Saumaise sur les provinces suburbicaires et avec Tabbé de Saint-Cjran sur les canons du Concile d*Orange , étouffé dans Tétude les légers soolèTements d'opinion de sa jeunesse, le savant Jésuite s'était mift sans réserve an service du roi de Navarre et avait poursuivi, avec un zèle infatigable, la réconciliation du prince avec le Saint-Siège.
Henri IV, qui n'était pas ingrat, fut heureux d'accueillir les sollicitations faites, au profit de sa ville natale, par un homme dont le dévouement lui était précieux et dont la réputation grandissait de jour en i'^ur.
Sirmond avait encore une longue et laborieuse carrière à parcourir. Au milieu du siècle suivant, devenu plus que nonagénaire, il devait encore étonner le m:»ulo par son savoir théologique et par ses investigaîi:»ns incessantes dans les diverses branches de réraJiti.^n humaine. De Taveu de tous, il fut et iîemo-.irera le prince vies écrivains de la France catholi,|uo. Il avait succêlé au père Caussin en qualité de c ^nîVsseur vlo Louis XIII.
Sirmon.l est pr^^sqîie le seul de ses grands hommes
auquel TAuvergne n'ait pas élevé ud monument digne de mémoire. De nombreuses notices lui ont été consacrées, bonnes à figurer dans un recueil biographique, répétitions les unes des autres, mais rien de sérieux, d'approfondi et de complet n'a été fait jusqu'ici touchant le rôle historique qu'il a joué. Des étrangers à la province se sont montrés plus séduits que ses compatriotes par l'analyse de cette grande figure. Il appartiendra encore à un étranger de combler cette regrettable lacune (1).
Jean de Murât s'éteignit à l'âge de 73 ans, en 1595, Tannée même de la soumission de Riom, qu'il avait appelée de tous ses vœux et provoquée par tous les moyens en son pouvoir. Une épitaphe, gravée en or sur marbre noir bordé de blanc , fut placée audessus de son tombeau, dans le chœur de l'église Saint-Amable. Elle était écrite on latin, en grec et en hébreu, comme celle que Genebrard avait composée pour son père, aux Cordeliers, et contenait, avec des détails généalogiques, les traits les plus saillants de sa noble existence.
Arrachée au temple à l'heure des dévastations, cette
(1) Nous savoni que la père La Oénissel, de la Compagnie de Jésus, travaille en ce moment à réunir les documents d*une impor* tante étude sur le père Sirmond.
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