CHAPITRE XXII
Ld roi Ventre-Saint'Gris. — Le sant périlleux. — La carte à payer. — La pluie d*or. — La soumission de Riom. — Clémence de Sa Majesté. — Clermont désappointé. — Réaction royaliste. — Le ma- « nifeste à la province. — La pacification.
C'est qu'en effet, le cadet de Gascogne avait marché à pas de géant. Depuis l'époque où les vieilles tours du château d'Angers et les rives de la Béthune avaient été témoins de ses premiers succès, il avait reconquis * une partie de son royaume et franchi plusieurs gradins du trône.
En vain le vieux cardinal de Bourbon avait-il été proclamé roi, le Béarnais s'était bien vite emparé du roi de la Ligue, qui venait d'expirer dans sa prison de Fontenay en se moquant des Ligueurs, ses prétendus sujets, en admirant au contraire son neveu et en présageant sa fortune.
Etourdie des coups que lui portait un adversaire
ront pas aa poste payeront an franc pour on soldat qaî sera prit à leur place. On fait murer trois portes de la Tille.
Nombre d*habiunts désertent la Tille et Tont a la suite de Tarmée à Vic-le-Comte. On prie M. le OouTerneur de faire défense à qiiii|ue ce soit de sortir de la TÎlle sans passeport des coilsuls, à peins d*amende et de ne pouToir v rentrer de six mois.
On écrit aux Tillages circouToisins pour envoyer à Riom tel nombre de soldats qn ils aTÎseront pour la garde de la Tille, pendant Tab- •ence de M. le Oourerneur.
M. le comte de Randan, gouTerneur, demande aux Consuls qa*ll lui soit liTré 5 pièces de campagne qui sont à lliôtel du Saint- Esprit (maison commune), arec boulets et munitions, pour faire le siège de Vic-le-Comte et autres Tilles rebelles au parti de la Sainte- Union. Cette demande lui est accordée.
M. le duc de Nemours conduit en Auvergne des troupes. Le Conseil général de la Sainte-Union demande à la Tille des secours pour payer Tarmée étrangère. On écrit à ce conseil qu*on ne peut fournir aucun homme, aucune somme, que la Tille est dépourrue, mais qpM très certainement on Ta couToquer les bonnes Tilles du pays, et q^t la proposition leur sera faîte de contribuer à la solde des troupes. — Envoi à Lyon de personnes pour acheter du cuiTre pour faire t canons et t couteuvrtne.
La ville écrit à M. le GouTerneur pour aToir 20 cuirassiers qui feront des sorties et s*opposeront aux courses que font les troupes qui sont à Clermont.
Ceux de Clermont font des sorties pour surprendre quelques Tillages, ils y mettent le feu, Talarrae se répand à Riom. L*administration de Bianzat demande 6 soldats pour la défense et le fort du lieu, annonçant que Clermont a mis un pétard pour faire le siège du fort. On lui envoie 6 hommes avec des munitions.
On fait sortir de la ville tous Jes étrangers qui tiennent le parti contraire. Ceux qui s\v refusent sont condamnés à la prison et à une amende arbitraire. Les aubergistes sont tenus d*apporter chaque soir les noms et prénoms des personnes logées chez eux.
Les pièces sont braquées sur les remparts et prêtes à partir au l«r signal. On écrit aux villages cireonvoisins de se tenir prêts, qu'on leur enverra des forces s'ils en ont besoin. Les audiences au p'Cire presidial sont suspendues pour une semaine. On se prépare pour un coup de main. — L'on empêche la sortie du sel que des marchanvU de Riom disaient avoir vendu à des marchands de Maringués.
9H ««pteinbr». — On se plaint aux consuls que ceux de Maringues et ceux de Clermont sont venus faire une bravade au capitaine Chidrac et à sa compagnie; on écrira à M. le Gouverneur.
On regarde comme suspectes et contraires à la Sainte-Union plu-
Or, si l'amour était le penchant d'Henri de Bourbon, la vaillance était son génie. Et ce génie, né sur le champ de bataille, se déployait avec une merveilleuse lucidité dans le conseil et dans la diplomatie la plus habile.
Le Béarnais s*était, pour la seconde fois, approché de Paris dont il avait fermé les avenues, pendant que les Etats de la Ligue^ convoqués à Paris, s'agitaient dans le vide, au milieu de Tincohérencedes prétentions ridicules d'une multitude de candidats.
A Tinstigation du conseiller, plus tard chancelier de France, Michel de Marillac, d'Aigueperse, le Parlement écarta d'un trait de plume quelques-unes des compétitions au trône. Par un arrêt du 28 juin 1593, il déclara nul et de nul effet tout ce qui pourrait être tenté contre la loi salique, sauvegardant ainsi Tintégrilé du royaume et empêchant de faire arriver, en haine d'un prince français, un prince étranger sur le trône.
Mayenne, ahuri et déconcerté, pressentant l'avenir peut-être, avait ouvert à Suresnes des conférences avec les catholiques. Les membres du congrès conciliabulaient, commentaient, péroraient, discutaient^ tandis que le rusé Béarnais renforçait les rangs de son armée, de son armée dont il comptait bien faire le meilleur argument à opposer aux ergo de la Sorbonne.
L'assemblée en était encore à l'exposé théologique des plus subtiles données et des dangers les plus
d*ordonnaiioê chargé de demander aux Conaula de ClemoDt 1e« article! par eux rédigée pour la même irèv«.
Le eiége de la ▼ille' de Vie arait entraîné de grandes dépenses. On demande nn emprunt de 19.000 écnt ; il n*y a pins d'argent ; les 18 bonnes ▼illes dn bas pays manquent aussi de fonds ; il était si difficile d'ailleurs de leur faire payer la taille et le taillon. On s'adresse à des banquiers de Lyon pour obtenir nn prêt de eette somme. On en consent obligation ; les délégués des bonnes Tilles et les Consuls de Riom la souscrivent; il était déjà dû 91.800 lirancs, tant pour Tentretlen des troupes du Gouverneur que pour la garnison de Bourrassol, pour la reddition de Saint-Qermain-Lembron, château d*Auxoo, etc.'
Novembre. — M. le Gouverneur désire entrer dans la ville de Riom avec ses gentilshommes. — Convocation des Etats du bas pays à Riom.
Les habitants de Clermont désirent une cessation d'armes dans l'intérêt du peuple et témoignent le désir de communiquer à cet effet avec les principaux habitants de Riom. — Ayant été informé que plusieurs personnages de distinction : MM. Duclaud, dn Payèt, de Murât et même le consul -Blanc tenaient publiquement des propos contre la Sainte-Union, M. le Gouverneur s'en plaint amèrement anx Consulsw.... Il soupçonne aussi plusieurs habitants de la ville d'avoir des intelligences avec des ennemis de la Sainte- Union ; craignant quelques suspects, il propose au conseil général, tenu le 18 déoembre, de remplacer les capitaines des quartiers, même les caporaux.
t590. — Le registre de celte année manque.
f5»l. — M. le marquis de Saint-Sorlin, gouverneur de la ville de Lyon, Forez et Beaujolais, dans une assemblée générale tenue le iZ décembre 1590, et à laquelle assistèrent plusieurs seigneurs et gentilshommes, retrempa les esprits des habitants; il fit changer la nomination des Consuls et celle des Capitaines.
On continue de faire des emprunts, de faire guet et garde; la gajv nison de Bourrassol est maintenue.
Beaucoup de citoyens sortent de la ville, refusent de prendre part aux délibérations, préférant être condamnés à Tamende, laquelle était applicable aux pauvres de Thôtel-Dieu.
L*on fait faire à neuf le pont-levis de la Bade. On envoie à la découverte du duc de Nemours que Ton croit du côté de Bourges. Ce prince était l'âme du parti des ligueurs.
Les Etats du pays doivent se tenir à Pont-du-ChAteau ; on sempresse de rédiger les cahiers pour les demandes qu*on a à y faire. •
IS février. — On refuse l'entrée en ville à M. Sirmond, on exige qu'il présente sa requête à cet effet; on exige la même formalité de tons ceux qui ont cru devoir quitter la ville.
de la race capétienne. Car la bravoure, l'esprit et la loyaati ne pouvaient suffire après de pareilles calamités à fonder une dynastie. Or, tons les chefs avaient quelque chose à vendre, tous présentaient la carte à payer. Henri y vida ses coffres, trouvant que Ton ne saurait payer trop cher le sang des soldats et des citoyens. Il lui en coûta, dit-on, trente-deux millions. Les dettes même de Mayenne furent déclarées dettes de la couronne ; ce qui rendit anémique jusqu'à l'épuisement la cassette royale, à laquelle un Sully seul pouvait entreprendre de rendre quelque ressort.
Il advint de l'Auvergne ce qui était advenu du reste du royaume, et avec d'autant plus de raison que nul autre pays n'aspirait plus qu'elle à voir refleurir l'olivier de paix. Son suicide avait duré trop longtemps. Depuis trop longtemps elle se meurtrissait le sein jusqu'à la torture, elle se déchirait les entrailles.
Riom, la frénétique promotrice delà lutte à outrance, ne demandait pas mieux que de faire sa soumission. Armements, emprunts, réparations de murailles, habitants des campagnes venant se réfugier dans son enceinte, maladies, misère, ruines, voilà le bilan des avantages que lui avait valus la guerre civile. Elle en était arrivée à redouter autant les troupes de son parti que celles des adversaires. L'amertume succédait à l'enthousiasme, et les regrets les plus amers remplaçaient aujourd'hui le fanatisme d'an tan.
Certes, elle n'allait pas laisser échapper l'occasion
272 CHRO>*IQrE DE LA LIGUE
inespérée qai se présentait i elle de sortir du mauvais pas où elle s*était si malheareasement engagée. Le marquis de Canillac venait de descendre dans la tombe» osé par Tàge et. par la guerre, et nul moment <;:#-,t ne pouvait être plus propice pour changer de cocarde ^^q sans avoir Tair de changer do sentiments.
Jean de Beaufort-Canillac, héritier du titre, du noi et des richesses de Tancien gouverneur, avait, comm< tant d*autres, reçu de la cour promesse personnel!», de soixante mille livres, contre la répudiation d( principes politiques dont son père s*était montré T champion. Il alla droit au but. Secondé par le vicomt^ de Pont-du-Chàteau, son cousin, il remontra à Tasseï blée de ville que Riom n*avait fait la guerre que po «lêfendre la foi religieuse dont le triomphe était désc mais assuré. Que, dès lors, « pour abattre les misaii de cette province, il opportunait de recognoisti hobeyr et servir le rov, dont les affaires prospérai( t >us les iours. » La proposition fut acclamée. Cha( Pavait sur les lèvres, mais il fallait être chef p^ our 05 w la formuler.
Le 5 avril 1594, après cinq ans de révolte, un d^Hélib^'ratoire solennel, pris dans la Maison du Sa int- Ksprit, décida de remettre la ville au pouvoir de Sa Majesté, et nomma des délégués pour porter -^//x pieds de Henri IV son serment de fidélité et g^our aller déposer le même serment entre les main^ du comte d'Auvergne.
avoir dans chaque maison ;4is sont chargés dé faire leur rappoi^t tous les soirs aux Consuls.
On n^admet aucuns soldats étrangers, à moins qu^ils ne soient avoués par quelques seigneurs ou capitaines; les étrangers qui 8« sont mariés dans la ville, «t qui Thabitent, sont tenus de prêter serment entre les mains des Consuls, autrement ils sont expulsés.
Le capitaine Lacroix, avec les Consuls de Cébazat, va trouver les Consuls de Riom pour leur annoncer que ceux de Clermont sont venus en grand nombre, et avec des pièces de canon, pour essayer de les surprendre; que toutefois ils les ont empêchés d*accomplir leur dessein, mais qu'ils demandent néanmoins des secours en hommes et en munitions de guerre pour douze ou quinze jours, trois quintaux de poudre, six mousquets et vingt-cinq livres de plomb. On leur accorde ce qu'ils demandent, sous la condition que les soldats seront nourris aux frais des habitants de Cébazat.
Publication à Clermont et à Riom de certains articles concernant le labourage et la pâture des bestiaux hors des villes.
SOJaillel. — Assemblée générale des habitants, remarquablement nombreuse; cent dix assistants, non compris les Consuls. M. le marquis de Canillac et M. des Bravard y assistent. Le but est d'affermir les habitants dans la résolution de soutenir la sainte cause; les Consuls proposent de faire une revue. M. de Canillac veut faire tét« aux ennemis et donner plus de liberté aux habitants pour faire les moissons; il propose de faire venir deux cents soldats et cinquante ou soixante cuirasses; il s'agit^ par conséquent, de pourvoir à la solde de ces troupes.
Les habitants qui font la garde se mutinent; on craint les suites de ces mésintelligences; on cite l'exemple de la prise de Vichy- Cusset, la perte des canons prêtés ; on députe auprès de Mgr le duQ de Nemours pour le prier de venir le plus tôt possible pour mettre ordre dans son gouvernement.
On nomme MM. Rigaud et Chaptard pour se rendre auprès du duc ; ils refusent, on insiste, on les prie, on s'engage à payer leur rançon dans le cas où ils seraient faits prisonniers. On emprunte des fonds pour leur voyage. Difficultés pour faire monter la garde... Les portes de la ville ne seront, sous aucun prétexte, ouvertes la nuit.
Les Ëchevins du Puy annoncent à ceux de Billom que M. le grandr prieur de France doit venir à Polignac pour leur faire la guerre; ils prient Messieurs de la noblesse de les secourir, annonçant qu'ils sont disposés à le combattre. Le nombre des suspects augmente. •
Le capitaine Lacroix annonce le retour de M. le grand- prieur de son excursion en Provence ; il ajoute qu'il a couché à Vic-le-Comte, il fait craindre que, dès qu'il sera arrivé à Clermont, il ne se dispose à faire le siège de la ville de Riom; que pour se mettre en mesure de défense il est nécessaire de lui fournir cinq quintaux de poudre^ cinquante piques, vingt-cioq- mpusquets, cinquante pics à -pioebe,
mesure, Tappëtit do ses fidèles et loyaux sujets, il attribua aux ëchovins de Clermout le privilège tlé porter Une robe de damas violet avec le chaperon en satinfcramoisi rouge, alors qu'auparavant leur costume de cërëmouie ëtait mi-parti rouge et noir. II fit même, quelque temps après, lors de Tarrèt de bannissement des pères Jésuites, transférer à Clermont le fameux tableau Typm Religionis, dont se glorifiait lé Collège de Btllom.
Mais ces faveurs n*ëtaient-elles pas ironiquement platoniques? N'était-ce pas une duperie que d'avoir guerroyé avec tant d'acharnement pour obtenir un chaperon rouge ? Tandis que Riom, la ville ligueuse, Riom qui devait trouver la mort dans sa défaite, se voyait au contraire ouvertement favorisée par le prince !
Vœux superflus, regrets perdus !
Le monarque poussa même la condescendance jusqu'à féliciter la ville rebelle « de sa constante franchise et loyauté françaises et de l'affection qu'elle avait toujours portée aux souverains, ses prédécesseurs 1 »
Pour régner, il faut savoir oublier.
Riom fut en liesse à l'annonce de ces réconfortantes nouvelles. On mit en liberté Imbert et Blanc avec promesse qu'ils ne se vengeraient pas.
On délibéra « que l'on irait tous ensemble en l'église de M. Saint-Amable, solennellement, pour faire chanter
Un g Thédéon et rendre grâces i Dîeo de Fheiirease Solution qui a este prinse, à Hs^ue dcquel il sera faict ^O feu de joie au derant de la dicte église. >» On discuta le cérémonial de la réception du comte d*Au> "^^rgne^on fit fabriquer des écussons à ses armes ^t; à celles de Sa Majesté; enfin on leva dans la ^îile, sans la moindre difficulté, 1.200 écus pour les ^^tes et réjouissances, dont on arrêta le programme. Au jour dit, les Consuls offrirent à Charles de ^V'alois de Thypocras, de la dragée et des flambeaux, ^'excusant sur la pauvreté de la ville de ne pouvoir ^^3iieux faire. Le pavé, lavé à grande eau, était couvert ;j)ar plaques de jonchées et de paille fraîche. La foule foisonnait comme une fourmilière; elle était si grande, si tumultueuse, si fluctuante, qu*à la voir on aurait dit la grande mer battant le rivage. Les mille sons des cloches carillonnant le Te Deum semblaient annoncer Tapaisement du bruit du canon.
C'est à cette époque qu'Henri IV ordonna de brûler toutes les pièces pouvant rappeler les dissensions intestines et perpétuer la discorde entre les citoyens. Dans cet auto-da-fé politique furent malheureusement détruits en Auvergne bien des titres étrangers à la mesure prescrite. De là date peut-être la disparition de quelques-uns des registres municipaux, disparition qui fait que peu de documents nous restent sur la lugubre période (C).
C'était à qui d'ailleurs n'aurait pas été ligueur.
a I {J CHRONIQUE DE L.\ UQVE
qu'il a fait «ne suspension «Tannes as pay* d*Aa¥ergne pour un mois, et que son arrÎTée est différée. On diffère la publication des articles de la saspension d^armes jusqn à la signature de ces articles par le comte de Cleipiont.
Les habitanu de Sanxillanges écrivent aux Consols de Riom et leur mandent d'informer M. de Nemours que les ennemis ont pris le château d'Aulnat et celui de Randan, afin de rengager à envoyer du secours dans ia province.
Le commandant de la garnison de Didogne annonce é^lement qu*il a été averti que M. le maréchal d*Aumont a passé la rivière et 9e dispose à faire le siège de Saint-Pourçain et d'Aigueperse. On en écrit à M. de Nemours pour lui demander des forces, et avec d*autant plus d'instances que les ennemis ont rompu la trêve. On fait faire des réparations aux fortifications; on craint toujours l'invasion des ennemis.
' Z% wtowwmhr; — Echange de prisonniers. On rend ceux qui ont été faits aux habitants de Clermont ; ceux de Clermont mettent en liberté ceux de Riom; les bestiaux pris sont également rendus. Le zèle des habitants se ralentit ; on se lasse, il ne se fait plus de garde ni le jour ni la nuit ; les capitaines des quartiers se plaignent qn*iU lie sont plus obéis; on menace les délinquants d'amendes et de prison.
99 4« ■iéas« asobv. — On craint toujours l'arrivée des ennemis. Recensement des farines existantes en cette ville ; ordre notifié aux habitants de faire des provisions pour deux mois.
Le maréchal d'Aumont ayant investi ia ville de Saint-Pourçain, celle de Riom craint pour elle-même. On prie MM. de Saint-Amable, du Marthuret et des Cordeliers de faire des prières trois fois la semaine et d'y appeler le peuple au son de leurs cloches, afin qu'il joigne ses prières à celles des ecclésiastiques et apaise la colère du Tout-Puissant.
M. le marquis de Canillac offre ses services en personne, ainsi que vingt-cinq cuirasses, mais il annonce qu'il ne peut se charger de nourrir et d'entretenir ces vingt-cinq hommes: ils sont commandés par un sieur Chambon.
MM. de Saint-Hérent et de Sailhen s'etant retirés en cette ville avec leur famille, MM. les Consuls les'prient de demeurer à Riom et de les aider de leurs forces et moyens si le cas échéait.
i" décembre. — M. le curé de Saint-.\mable et M. Charenton, prieur de Saint-Jean sont priés, au nom de la ville, de n'admyntstrer fp Snint-Sncrement de mnringe par cij-oprès à aucuns laboureurs ne à autre f gens mescanique^, sans mandement des dits sieurs consuls. A cause de la misère générale, on n'admettait à se marier que ceux qui pouvaient élre compris aux rôles de la taille. On fait une suite
DANS LA BASSE AtlVERGXK 31 1
par les maisons des prêtres; les p desquels et leurs enfants
seront chassés hors la ville avec défense de ne plus entrer en icelle, sous peine de fouet. On écrit à M. le duc de Nemours pour le prier et supplier de ne permettre à son armée de loger à plus de deux lieues de la ville, non plus que dans les métairies dépendantes de la ville.
M. de Nemours et M. de Saint-Sorlin entretenaient leurs troupes à leurs frais; la ville désire les dédommager du sacriâce qu'ils ont fait de venir défendre la ville qui est entourée d'ennemis; on cherche à emprunter la somme de douze à quinze cents écus pour faire un présent à ces Messieurs, qui sera reinis à Pargentier de M. de Nemours. Ils sont sur le point de se retirer avec leurs troupes, mais, pour entretenir la ville dans ses premières dispositions, M. le duc de Nemours et de G..., gouverneur du pays lyonnais. Forez, Beaujolais, Bourbonnais, Auvergne, etc., dans une assemblée tenue au palais de justice, le il décembre, composée de près de cent personnes, à laquelle assistent le marquis de Saint-Soriin, son frère, les seigneurs du Monestier et de Saint-Herent, font procéder à la nomination de commissaires de la ville jusqu'au nombre de vingt-quatre.
Le départ de M. de Nemours approche et l'argent promis n'est pas encore trouvé ; on écrit à ce prince et on lui représente que les ressources de la ville sont épi^isées; que la somme de quatre à cinq cent mille francs imposée sur le pays, pour atteindre le but de la Sainte-Union, n'a pu rentrer par suite des troubles qui ont désolé le
pays, et on le prie d'adhérer à la qui a été accordée au
Tiers-État. M. de Nemours insiste pour avoir de l'argent; ce qu'il demandait à la générosité des habitants, il l'exige et veut faire contraindre les Consuls. On propose, dans une assemblée du 13 décembre, d'imposer les principaux habitants; l'on se ruine en promesses, on affecte même de la bonne volonté à se libérer; mais ce n'est pas de l'argent comptant, car la contribution volontaire ne 8*élëve pas à plus du tiers de ce qui est promis.
Suites (perquisitions) dans les greniers de la ville pour remplir une réquisition de grains, vins, pour l'armée de Nemours. Il s'agit de faire conduire à Aigueperse dix mille pains de munition, dix poinçons de vin qui doivent éira délivrés au commissaire général des vivres de cette armée. Les quinze cents écus si nécessaires et tant de fois réclamés ne sont pasencore prêts. Enfin, dans une assemblée du 27 décembre, devant M. Bonnot, intendant des finances de M. le duc de Nemours, l'on propose, par reconnaissance pour ce prince illustre qui a délivré la ville de ses oppresseurs, ennemis de Dieu et de la foi catholique, et l'on se promet à faire payer la somme de deux mille écus. Tout dans ce délibératoire se passe en beaux compliments, en rappelant d'un côté i'affection de M, le duc pour la ville et pour la province qui était tn proie à l'ennemi, dont il a paralysé les efiorts par sa constance,
?A2 CHBOMQCE 1>B LA UGl'B
■OB caange «t la brmvoart de set troapet; q«e tTailieiiny la vîll« •'•lait engagée par awBeat aoleanel d'eipoeer la vie et lee biens de itaau poar le eootieB d'aae anê sainte canta.
— •■ Jaaviar» -- If. le premier Coasal Dnbojs annoaee qae le comoûseaire des vivres s'était présenté ponr demander dn blé poar cinq mille rations de pain de manition, poor la noarritnrs des troapcs qae M. d*Aadelot, lientenant de M. de Nemonrs, conduit à Riom ce joardliai, avec des manitions de guerre, faisant entendre qae si les Contais ne pearent lai ea foamlr, qu'ils lai permettent «i moins d'en prendre partout oii il en troarera, pour que le service nt ilemeure pas en souffrance. On répond au commissaire qu'il va être lait une laife dans Ica greniers de la ville ponr y prendre teJls quantité de grains qu'il sera avisé par les Consuls.
On a foarai vingt-deux setiers de blé à M. d'Andelot« mais on Isi députe pour lui représenter la consommation extraordinaire de grains qui a été faite» qae l'année a été stérile, etc., et le prier de ne plus frapper cette ville de réquisitions, mais bien les villes et lee villages circonvoîsinSb
Quelques gentilshommes de la suite de If . de Nemourr* ayant été malades et ajant épuisé leurs moyens, demandent des secours péenniaires. Oa arrête que ces Messieurs MToef euAnouér de qmatrt éau; ils étaient deux. Un setier de blé se vendait alors trente-six sont;
cinq carteiées de jardin, près la. , étaient affermées
eeiae francs, ce qai vaudrait aujourd'hui, 1894, au moins cent trente francs de revenu.
S Janvier. — Fabrication à Thôtel des mûnnaies de Riom de liards doubles et de deniers ; ces espèces furent remises à deux commîssaires, MM. de Cambrai et Chaptard. ponr en faire la distribution. — La garnison de Boarrassol ne peut plus se maintenir, Toflicier qui la commande et les soldats déclarent qu'ils vont abandonner le poste, n'ayant depuis quatre mois reçu un liard. On arrête qu'ils seront payés d'un mois de solde.
IS Janvier. — Les Consuls de Montferrand demandent à cenx de Riom une trëTe pour arrêter les hostilités, meurtres et assassinats qui se commettent journellement sur le pauvre peuple. Ils les prient de faire publier la cessation d'armes. Les Consuls de Riom répondent qn ils le désirent, mais, qu'avant tout, ils vont écrire à II. le duc de Nemours pour avoir son assentiment.
M. le capitaine Roagier-Prandier,commandantle poste de Bourrassol. notifie aux Cousu ls,qu*à défaut de paiement de plusieurs mois de solde, la garnison va évacuer. Attendu que ce poste est important et que l'on verrait avec peine que Tennemi s'en emparât, on écrit à M.. d' Audelot pour rinviter à écrire à M. Bonnet, intendant des vivres, pour que ce dernier leur donne le moyen de s'y soutenir en faisant passer
des fournitures, etc. — Les hôtes n'ont plus moyen de garder en leur logis les vingt-cinq cuirasses de M. d*Audelot, qui sont logées çà et là; on promet de leur payer à chacun deux écus seulement. Ces fournitures consistaient en bois, chandelles, verjus et vinaigre ; on sViigage pour un mois.
£utin la garnison de Bourrassol reçoit pour sa solde douze cents écus.
Proposition de trêve et suspension d*armes entre Clermont, Montferrand et Riom.
M. d'Andelot déclare, dans une asi^emblée tenue le 3 février, qu*il a fait deux rondes de nuit et qu'il n'a trouvé sur les courtines que de pauvres laboureurs sans armes, que quelques vieilles hallebardes, d'autres armés de bâtons, deux seulement munis d'arquebuses. Il expose que, dans les plus faibles baillages de la province, il se fait une meilleure garde; qu'il est à craindre que l'ennemi surprenne la ville. On arrête que la garde sera faite en personne ; que, sous aucun prétexte, on ne pourra se faire remplacer.
11 y avait des garnisons du parti à Glénat et Bicon.
Z Mvril. — Suspension d'armes pour quinze jours. Pendant cet intervalle on convoquera les trois ordres pour délibérer et obtenir une prolongation. M. le comte d'Auvergne (qui commandait à Montferrand) avait, il est vrai, adressé une suspension d'armes, mais on n'y adhère pas parce qu'elle est signée de lui seul et non de ceux de son parti, tels que MM. d'Allègre, Chappes, de Bourbonnois et de Chazeron, et que la noblesse et gens de guerre n'y étaient pas compris. Ou sent le besoin d'une trêve, mais l'on désire qu'elle soit générale. On insiste vivement auprès de M. d'Andelot pour l'engager À signer pareils* articles de suspension d'armes. Le peuple ruiné ne pouvait plus supporter les rigueurs que lui imposait une guerre aussi fatale et aussi mal combinée.
M. d'Andelot déclare aux Consuls qu'il signera les articles de la paciâcation, mais que s'il arrive quelque chose de fâcheux pour Ja ville on ne devra pas le blâmer. On forme un conseil de guerre pour veiller à tout ce qui se fera pour la garde et conservation de la ville. Les commissairei» nommés sont MM. le lieutenant de Frétât; Chaptard, conseiller; Decambray, Imbert, bourgeois; et Gilbert Blanc, procureur, qui, avec deux consuls, reçoivent tout pouvoir de prononcer des amendes et employer toute autre voie de rigueur qu'ils jugeront convenable envers tous contrevenants, même pour la saisie et vente de leurs biens, si l'emprisonnement ne pouvait produire d'effets.
La garnison de Bourrassol abandonne le poste, faute de payement de sa sçlde, et ramène les pièces de canon a l'hôtel de ville. On regarde toujours ce poste comme important; on s'adresse à l'intendant général des finances de M. le duc de Nemours, mais sans succès.
280 CUKOKIQUB DB UL UOUB
le carnage. La riTalité sëculaire entre Riom et Clermont surnagea an milieu de rapaisement, mais do moins ne se tr&duisit-elle plus que par des phrases.
On rapporte que Dicéarque» célèbre péripatëticien, ayant rassemblé en un Tolume toutes les causes de destruction et ayant ensuite comparé, concluait qoe, de toutes les causes de destruction, la plus active pour rhomme, c'est Thomme même.
Quand la paix fut signée, TAuvergne put constateri en récapitulant ses désastres, combien avait été tristement vérifiée dans son sein l'observation de Dicéarque.