SIR
LA CHRONIQUE DE Li PUCELLE
ou
La chronique dite de la Pucelle a toujours été regardée comme anonyme. Les bibliographes ont également ignoré le nom , la qualité de l'auteur et les circonstances dans lesquelles elle fut écrite. Ce problème d'histoire ou de critique se complique , ainsi qu'on va le voir, de plusieurs difficultés ou obscurités accessoires. Afin d'être plus aisément compris, je diviserai le sujet en un certain nombre de paragraphes , où je traiterai successivement les divers points que j'ai pris à tâche d'éclaircir.
' Mémoire lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans ses séances des 31 août, 26 octobre, 2 novembre, 14 décembre 1855 et 18 janvier 1856. {Vo'^ez Mémoires présentés par divers savants, in -4°, l^e série, t. V, li'e partie; Notice des manuscrits , in-4<», t. XIX , 2« partie ; et Bibliothèque de l'école des Chartes , 4* série , t. III. )
^ V'. De la chronique imprimée pai' Godefroy sons le titre de Chronique de la Pucelle.
Denis Godefroy a le premier publié, en 1661, ce document , dans son recueil des historiens de Charles VII , oîi cette chronique remplit cinquante pages in-folio (481-530). Si Ton excepte quelques rubriques et variantes distribuées en marge dans le cours du texte, les seuls renseignements ou commentaires que nous ait laissés l'éditeur, touchant le manuscrit et l'origine de cette chronique, se bornent au peu de lignes que nous allons transcrire. On lit, page 481, après la chronique de Berry le héraut, et en tête du texte de la Pucelle :
Autre histoire d'un autheur inconnu contenant partie du règne du mesme Charles VII, sçavoir depuis l'an 1422 jusques en 1429. Dans laquelle se voient diverses circonstances curieuses et des particularitez mémorables, qui ne se rencontrent point dans les précédentes, et qui, par conséquent, leur peuvent beaucoup servir d'éclaircissement : surtout de la Pucelle d'Orléans, du surnom de laquelle cette histoire est communément appelée, bien qu'elle finisse un peu avant la mort de cette illustre fille.
Puis, page 530, à la suite du texte :
Ici finit cette histoire jusques à présent inconnue, sçavoir environ une année avant la mort de cette célèbre pucelle , dont les circonstances de la vie tout à fait mémorable et miraculeuse, mieux et plus exactement particularisées qu'en aucun autre endroit, font beaucoup désirer la continuation et les particularitez de sa fin tragique qui y manquent; mais qui se peuvent avoir en partie
CHRONIQUE DE COUSIKOT. 3
dans un journal, couché dans l'histoire précédente de Charles VI, mesme édition que celle-cy, p. 511, 514 1 et de plus pages 42 2, 333 ^ et 382 ■*, etc., de ce volume.
Il est de plus à remarquer que cette histoire semble aussi estre faite principalement pour parvenir à la relation de la levée du fameux siège d'Orléans.
L'on peut conjecturer que Jean Chartier avoit eu communication de cette histoire, dont il paroît avoir emprunté beaucoup de passages, voire les propres termes et les mesmes paroles en divers endroits : en telle manière qu'il semble avoir seulement affecté d'y obmettre et d'y retrancher les amples discours qui regardent nostre pucelle.
Depuis ce temps , le texte imprimé par Godefroy a été reproduit in extenso, mais sans plus, d'abord dans la collection Roucher, publiée en 1785 % puis par M. Buchon, dans ses diverses éditions des chroniques françaises '. M. J. Quicherat, à son tour, a compris cette chronique dans sa précieuse collection des monuments historiques relatifs à l'héroïne du quinzième siècle '. Mais il ne s'est point borné , tant s'en faut , à une copie servile de ses devanciers. Laissant de côté ce qui ne se rapportait point à son personnage, M. Quicherat s'est livré à une analyse critique de ce document , considéré comme biographie de la Pucelle. Le premier,
* Edition du Louvre , Journal dit d'un bourgeois de Paris. ^ Jean Chartier.
2 Chronique bourguignonne abrégée.
4 Le héraut Bcrry.
5 Tome VIL
* La dernière est celle du Panthéon littéraire, 1838, grand in-8o, p. 407 à 452.
7 Procès, etc. , i. IV, p. 203 et sui».
il a signalé la composition hybride ou hétérogène de cette chronique, et la diversité des sources où elle a été puisée. Aidé de ces recherches et guidé par elles, je considérerai à mon tour ce document historique dans son ensemble, et j'espère ajouter à ces indications des notions nouvelles , plus précises et plus étendues.
M. Quicherat a. prouvé, par des extraits textuels et comparés, que « le fond même de la chronique de la Pucelle , ce qui forme le canevas du récit (indépendamment d'autres emprunts), est pris presque mot pour mot d'un ouvrage inédit ayant pour titre les Gestes des nobles françoys , etc. : ms. 10297 de la Bibliothèque nationale^ ». D'un autre côté, Jean Le Féron, écrivain connu du seizième siècle, cite fréquemment, sous le nom de Chronique de Cousinoty un document dont le fond parait être également emprunté en partie aux Gestes des nohles françoys. Si je parviens à démontrer cette identité, j'aurai fait voir, sous le nom de Cousinot, l'auteur ou les auteurs d'un fonds commun à trois ouvrages, savoir : premièrement, le texte du ms. 10297; deuxièmement, la chronique dite de la Pucelle , et enfin la chronique de Cousinot. D'après les recherches que j'ai faites à ce sujet, je vais m'efforcer d'établir les propositions suivantes :
1° 11 faut distinguer deux chroniqueurs homonymes qui ont été appelés l'un après l'autre Guillaume Cousinot ;
« Procès, etc., t. IV, p. 203-204.
CHRONIQUE DE COUSIXOT. 5
2° Le plus ancien des deux, ou Cousinot I*^*", serait l'auteur du texte contenu dans le ms, 10297;
3° La chronique dite de la Pucelle n'est autre chose qu'une continuation amplifiée du texte précédent ; elle parait aroir pour auteur Guillaume II Cousinot ;
4° Il a existé en outre une chronique générale composée par Guillaume II et comprenant les deiLX autres ouvrages.
Le témoignage de Jean Le Féron est le premier point d'appui qui s'offre à moi pour arriver au but que je veux atteindre. Je dois donc commencer par m'y arrêter spécialement.
§ 2. Indications fourmes par Jean Le Féron.
D'après les renseignements épars qui nous sont restés, Jean Le Féron, avocat au Parlement de Paris, était né vers 1504 et mourut vers 1570 *. Grand rechercheur d'armoiries, comme l'appelle Etienne Pasquier, son contemporain, il est surtout connu par ses utiles Catalogues d'officiers de la couronne. La Bibliothèque impériale conserve parmi ses livres annotés un exemplaire imprimé de Jean Bouchet, Annales d'Aquitaine y Poitiers, 1524, in-folio ^, jadis possédé par Jean Le Féron
' « Jean Le Fëron vivoit sous Charles IX, en 1564, lors âgé
de 60 ans » (Note anonyme du ms. 9891,3, français, f. 1,
Bibliothèque impériale.) Cette note concorde à peu près avec la notice de Jean Le Féron , dans la Bibliothèque de la Croix du Maine, édition de 1584, fol. 221-222.
- L. 359. Réserve. (Voyez sur ce livre une notice bibliogra-
et recouvert d'annotations écrites de sa main. Il y a lieu de penser que Le Féron acquit cet ouvrage dans sa nouveauté , et que ce livre lui servit à préparer son travail des Catalogues. En effet, sur les marges du Jean Bouchet, Le Féron a relevé, d'une part, les noms, et, d'une autre part, un croquis des blasons de tous les officiers de la couronne qui se trouvent mentionnés dans les Annales d'Aquitaine^ et il a souligné en même temps ces noms dans le texte même. Or, on retrouve dans ses Catalogues les résultats de ce dépouillement. Au folio xxxij des Annales ^ Jean Bouchet nomme en passant, sous le règne de Louis XI, Guillaume (II) Cousinot ; ici Le Féron ajoute en marge : " Guillaume CoM^mo^, historien duquel j'ay la chronique des roys Charles VII% Loys X^ et Charles VIII«. » Cette même indication se reproduit d'une manière bien plus explicite dans l'œuvre imprimée de Jean Le Féron : Catalogue des très-illustres ducz et connes tables de France, depuis le roy Clotaire P^ jusques à Henry deuxième, Paris, 1555, in-4° *. Là , cette chronique de Cousinot se trouve alléguée pour ainsi dire à chaque page, dans des citations malheureusement très-succinctes. Nous commencerons toutefois par recueillir avec soin les plus instructives et les plus variées de ces indications.
phique dans le Moniteur universel des l*' avril et 28 novembre 1855.)
' Après les connétables, viennent, dans le même volame, les grands maîtres , les chanceliers , les amiraux , les maréchaux et les prévôts de Paris.
CHROXIQUE DE COUSIXOT. 7
Connétables. — A^ F" 10 recto et verso : u Messire Pépin des Landes. i> (Jean Le Féron le fait connétable vers 691).
tt ... Et portoit de gueules à trois aigles d'or : tesmoing Cousinot en sa chronique de France , que je tiens entre mes histoires chèrement. »
B. F" 28, recto : a VValerand de Luxembourg..., connestable de France l'an mil quatre cens douze , alias unze selon Cousinot. )>
C. F<» 28 , verso : a Messire Bernard d'Armignac que Monstrelet, Suger'-^ et Cousinot mettent après Albret^. j
D. F° 29, verso : a ilrthur de Bretaigne (le connétable Richemont) mourut, suivant Froissart^ et Cousinot et autres , mil quatre cens cinquante et huit, d
E. F*' 31, verso : a Jean, duc de Bourbonnois, connestable du temps de Louis XI et Charles V'III, 1484 et 1485; vérifié par Cousinot en sa Chronique. »
Chanceliers de France. — F. F" 15, verso : « Henri ou Arnauld de Merle , par aucuns historiens nombre et mis après Eustache de Laitre; l'appelant Arnauld de Merle Messire Cousinot et sans cause. »
G. F*' 16, verso : a Rcgnaud ou Arnaud de Chartres, archevesque de Reims et pair de France , l'an mil quatre cens trente, et, selon Cousinot, 1443, l'appelant Hector de Chartres. t>
' Ponr faciliter une comparaison qui sera ultérieurement nécessaire, je place ici des lettres ordinales, A, B, C, etc.
^ Ailleurs (fol 30 v°) Jean Le Féron s'exprime ainsi : " Vérifié par Suger, abbé de Saint-Denis, en la chronique de France. • On voit par là que Jean Le Féron considérait l'abbé Suger comme l'auteur des Grandes Chroniques de Saint-Denis.
3 Charles d'Albret, connétable, tué en 1415, à Azincourt, eut pour successeur le connétable d'Armagnac.
i Tout le monde sait que Froissart s'arrête à 1410, époque très-voisine de sa mort. Froissart et Cousinot signifie donc ici Froissart compilé ou continué par Cousinot.
8 KOTICE HISTORIQUE.
H. F» 17, recto et verso : a Guillaume Jurénal des llrsins;... Jean Juvénal (chanceliers). Messire Guillaume Cousinot tient lesdits Guillaume et Jean n'estre qu'un, et ne fait mention dudit Jean , mais seulement dudit Guillaume, f[ue je crois estre vérité, -d
I. F*^ 18, recto : a Messire Pierre d'Oriole, chancelier, du temps de Charles VIII , mil quatre cens octantc et quatre , octante et huit , nouante et cinq l ; qui fut déposé et restitué , suyvant Cousinot. v
J. Fo 18, verso : « Guillaume Briçonnet 1492 alias 1495 , approuvé par Messire Cousinot en sa Chronique de Charles VIII^. i>
Grands maîtres. — K. F° 14, verso : a Charles Martel portoit de gueules à six aigles d'or membrez et becquez d'azur , approuvé par Cousinot en sa Chronique , disant avoir esté trouvé dans la terre en la ville des Regali ou royaume de Naples le corps de Charles Martel, vestu d'une robbe de satin cramoisi entière, semée d'aigles pourfilées d'or, ayant sur la tête une couronne d'argent doré, tenant en sa main le sceptre d'argent doré, surmonté d'une fleur de liz doré, etc. »
L. F" 22, verso : « Messire Jean de Montaigu, du temps du roy Charles sixiesme , mil quatre cens et cinq, et Charles septiesme, mil quatre cens et neuf 2. Les Chroniques de Bretagne ^ et Cousinot tiennent que le roy de Navarre feit alliance avec le duc de Bourgogne , et qu'ils feirent es halles de Paris coupper la tête audit Jean de Montaigu. d
M. F*» 23 , recto : « Loys de Bourcsdon , qui , par le commandement du comte d'ilrmagnac , fut noyé dans la rivière de Seine , suyiant messire Guillaume Cousinot en sa Chronique de France, l'an 1417. »
2 Erreur, puisque Charles VII ne régna qu'en 1422. ^ Alain Bouchard.
CHRONIQUE DE COUSIIVOT. 0
A'. Fo 23 , verso : a. Jacques de Vendosmes mourut l'an 1446 suyrant Cousinot, et en son lieu fut subroguo Charles de Gulant , selon ledit Cousinot en sa Chronique françoise. »
0. F° 27, lerso : a Messire Charles d'Amboise, c^rand maistre , par Messire G. Cousinot appelé Pierre d'Amboise... Il fut grand maistre du temps de Louis douziesme, mil cinq cens et dix. »
Maréchaux. — P. F^ 9 : a Jean Le Maingrc 1403. Cousinot le prend pour Geoffroid Le Maiugrc.T
Q. Fo 14 : a Gilbert de La Fayette..., fut chassé de court par le moyen du seigneur de La Trimoille selon Cousinot , et fut depuis rappelé et restitué en son office , pour ses sciences, vertus et subtilitcz... Par luy fut trouvé l'expédient de mettre par stations et garnisons la gendarmerie de France , pour éviter les pilleries accoustumées ^. »
Prévôts de Paris. — R. F" 9, verso : a Pierre des Essarts, le samedi 5 mai 1408, fut substitué à Guillaume de Tignonville (Cousinot), n
La chronique de Guillaume Cousinot est attestée en cent autres endroits des Catalogues ; mais ces dernières indications, que nous croyons devoir omettre, ne nous offrent aucun trait nouveau qui puisse servir utilement à signaler cette chronique.
' Le P. Anselme , Histoire généalogique des grands officiers de lacouroyme, à l'article La Fayette (édition de 1712, in-fol. , t. I, p. 578 A.), répète cette phrase, d'après Le Féron , sans le citer : ^ on tient qu'il trouva l'expédient de partager la gendarmerie de France par stations et garnisons pour remédier à ses pilleries ordinaires. »
10 KOTICE HISTORIQUE.
§ 3. Geste^ des nohles françoys .
La Bibliothèque impériale possède deux exemplaires manuscrits de cette chronique, n°* 9656 et 10297 ^, texte anonyme, sans addition ni variante importante de Fun par rapport à l'autre; nous nous attacherons à ce dernier de préférence.
Avant de consacrer à cet ouvrage F examen approfondi qu'il mérite , nous commencerons par y chercher les références indiquées par Le Féron, et qui , si elles s'y trouvent , permettraient de rattacher la Geste des nobles à la Chronique de Cousinot. Pour procéder à cette vérification , nous reprendrons lettre par lettre chacune des citations que nous avons ci-dessus rapportées. On a vu que la Chronique de Cousinot était écrite en français ', et qu'elle remontait au moins à des temps fort voisins des origines de la monarchie '* . Ces deux traits généraux conviennent à notre geste française. Passons maintenant à l'analyse comparative, en tenant compte des ellipses , des anachronismes et autres erreurs qui obscurcissent plus d'une fois le témoignage de Le Féron.
A. Si l'on considère attentivement ce passage de Le Féron, on reconnaîtra que, pour alléguer ici la geste française, il a dû lui suffire d'y trouver
' Le titre intérieur de la chronique est ainsi (au singulier). ^ Nous donnerons ci-après une notice spéciale et descriptive de ces manuscrits.
^ Page 9, N.
* Page 7 A. Page 8 K et passim.
CHRO\'IQUE DE COUSIXOT. 11
SOUS la date indiquée une mention quelconque de son personnage, c'est-à-dire d'un Pépin maire du palais, ou, comme il dit, connétable. Quant à ses armoiries, il est évident qu'elles sont dues à Le Féron et à son démon familier. On trouve en effet dans notre chronique française * les lignes suivantes : " Dagobert , second de ce nom , fut couronné après son père... Et fut retenu maire et bailli souverain. Pépin... par Dagobert, qui... trespassa l'an vj*=iiii"vij. . . Clotaire quart de ce nom, après son père régna xxxvj ans , qui trespassa vivant Pépin le maire, l'an de grâce vij^^xxiij. » D'où Le Féron a conclu que Pépin des Landes était connétable vers 691.
B. Cest en effet sous l'année 1411, et non 1412, que la geste française place l'avènement de \\ alerand de Luxembourg au poste de connétable, u En Paris, dit -elle, vint en ce contemple (1411) le comte de Saint-PoP, qui à sa venue fut fait connestable de France ^ »
C. La chronique des Gestes indique en effet cet ordre de succession *.
D. E. Les faits allégués dans ces passages sont postérieurs à 1429, terme de notre chronique ; ils ne pouvaient, par conséquent, se référer qu'à une continuation de la geste française.
F. Le Féron reproche ici à Cousinot d'avoir nommé Arnauld pour Henry, le chancelier de
' Mss. 10297, fol. vj. et 9656, fol. iij-iiij. ^ Walerand de Luxembourg.
' Voyez ci-après Geste des nobles, chapitre 198. •* Ibidem, chap. 140, à la fin.
Marie. La geste française parle en effet de ce personnage ; mais elle le nomme Henry dans les deux manuscrits que nous avons sous les yeux ^ .
G. Le nom de Renaud de Chartres ne se trouve pas dans la chronique. Même observation que pom- D et E.
H, I, J. Même observation.
K. Le Féron tombe ici dans une méprise sensible et qui doit mettre en garde contre cet auteur. Il confond évidemment Charles Martel, maire du palais mérovingien au huitième siècle, avec Charles Martel , prince de Naples , allié à la maison de France-Anjou, mort en 1295. La geste française ne dit pas un mot du prince napolitain; mais Guillaume II Cousinot, qui avait visité l'Italie, comme nous le dirons plus tard ^, a pu consigner dans quelque passage de ses écrits le fait que reproduit ici Le Féron.
L. La geste française correspond en effet sur les trois points indiqués avec l'allégation de Le Féron. Ce mémorial abrégé des événements mentionne d'abord à deux reprises Jean de Montaigu, en 1405 ^ puis en 1409 ^ ; puis une troisième fois ^, comme l'indique la citation.
M. Cette nouvelle citation coïncide aussi d'une manière très-précise avec le texte de la geste française*.
1 Ms. 10297. fol. ex (ch. 162) , et 9656, fol. 60.
2 Voyez ci-après, p. 29, note 1 ; p. 31 , note 3; et p. 33. note 1.
3 Ms. 10297, fol. Ixxvj (ch. 85, à la fin).
4 Ibid., fol. iiij"iiij (ch. 102).
5 Fol. iiiy^'v (ch. 104).
6 Fol. cvj V (ch. 153).
CHRONIQUE DE COUSmOT. 13
N, 0. Même observation que pour D, E.
P. La geste française mentionne, en effet, Jean Le Maingre, dit Boucicaut, comme maréchal de France * ; mais elle ne le confond point arec Geoffroy, son frère. Même observation que pour F.
Q ^. Même obseriation que pour D, E, N, 0.
R. La geste française raconte effectivement d'une manière explicite comment Pierre des Essarts fut, en 1408, substitué en qualité de prévôt de Paris à Guillaume de Tignonville '.
Ainsi , de dix-huit exemples ou moyens de vérification, dix * sont d'abord à éliminer ou à réserver, comme ne pouvant pas être ici applicables. Sur les huit qui restent , six ^ sont dans un accord complet et sensible avec la thèse que nous avons annoncée.
Deux derniers exemples ^ n'offrent pas cet accord manifeste; ils semblent, au contraire, ruiner par leur discordance toute cette première induciion. L'objection qui vient d'être soulevée n'a cependant qu'une force apparente. Il ne faut pas
» Ms. 10297, fol. Ixiiij t» (ch. S.*?) , hx (ch. 69). iiîjs dijv» (cil. 190, à la fin). Ms. 9556. fol. 36 u», 39, etc.
2 D'après le passage cité par Cousinot, Gilbert de La Fayette aurait pris par ses avis une part importante à la réforme de l'armée , qui eut lieu vers 1445 , et qui fut un des grands travaux du règne de Charles VII. Cette attribution est elle - même un fait important qui ne se trouve pas dans les autres chroniqueurs, (Voyez dans la biographie Didot l'article La. Fayette.)
3 Ms. 10297, fol. iiij^Miij^s j (ch. 76).
5 A, B, C, L, M, R. « F et P.
perdre de vue , en effet , que la Geste des nobles et la Chronique de Cousinot ne sont pas un seul et même ouvrage, mais deux compositions distinctes. La seconde, d'après nos présomptions, que nous essayerons de justifier ci-après, serait seulement une nouvelle édition de la première, mais amplifiée et considérablement modifiée de diverses manières. Ainsi les fautes que Le Féron reproche à Cousinot, sur les noms de Henrijde Marie et Jean Le Maingre, peuvent très-bien être le fait de Guillaume II Cousinot*, qui aurait pris la mention dans la Geste et qui y aurait ajouté la faute dans la Chronique. L'existence de cette mention sans la faute pourrait donc, au contraire, être aussi bien comptée comme un argument favorable.
Je dois prévenir également une autre objection plus radicale. Les faits et les citations que nous avons recueillis se rapportent généralement à des événements ou à des personnages considérables. Partant de là, il est naturel de penser que ces faits, ces noms se retrouvent, pour ainsi dire, dans toutes les chroniques possibles, et, par conséquent, ne puissent pas fournir les éléments ou les preuves de l'identité recherchée. Je ferai observer ici que Jean Le Féron distingue nominativement, d'une part, diverses chroniques alléguées par lui, et^ d'autre part, la Chronique de Cousinot, objet de nos recherches. Cette composition à découvrir ne saurait donc être confondue, quels que puissent
' A raison de l'éloignement des temps, ce genre d'erreur est plus naturel et plus probable dans la Chronique de Cousinot que dans la Geste française.
CHRONIQUE DE COUSLXOT. 15
être les points communs qu'on rencontre, avec les autres chroniques connues el distinctes, telles que celles de Saint-Denis et de Bretagne , citées par Le Féron, ou encore telles que les chroniques de Gaguin, Martinienne , etc., qui remplissent nos bibliothèques. En d'autres termes, l'ouvrage que nous cherchons doit être une chronique nouvelle et inconnue, c'est-à-dire inédite. Cette observation rétrécit singulièrement le cercle de nos recherches, et l'on voit que ce moyen de vérification n'est point aussi vague, ni aussi insignifiant, qu'on pourrait le croire au premier abord.
Ainsi donc, pour nous résumer au point où nous sommes parvenus, cinq moyens de vérification ou traits de signalement nous sont fournis par Le Féron pour retrouver la chronique que nous cherchons.
1" Cette chronique doit être écrite en français ;
2" Remonter aux origines de la monarchie ;
3" Présenter les références ci-dessus analysées ;
4° Être inédite;
5° Enfin porter le nom de Cousinot,
Nous avons mis en œuvre les quatre premiers de ces moyens de vérification ; il nous reste à employer le cinquième.
§ 4. De la famille Cousinot.
Cousinot, Coitsinet ou Cosinot^ sont les variantes d'un nom de famille qui ne se trouve pas, appliqué aux personnages qui nous intéressent , dans la plus étendue d^ nos biographies, la Biographie
16 AOTICE HISTORIQUE.
Michaud^. Cette famille, et surtout Tun de ses membres, joua pourtant, au quinzième siècle, un rôle véritablement considérable.
On pense ^ que cette famille remonte à Pierre Cousinot , procureur du roi à Auxerre , anobli en 1411, et qu'elle était dès lors fixée à Paris. Pierre aurait eu pour fils Guillaume P'', né environ de 1350 à 1370.