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G. Cousinot le chancelier

En 1405, Guillaume P*" Cousinot était avocat au parlement de Paris ^ En 1406, il recevait de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne , vingt francs de gages par an. A ce titre, il figure dans un compte authentique, comme conseiller et avocat du duc, parmi les officiers de ce même duc au parlement de Paris '. L'année suivante , en 1407, Louis d'Orléans ayant été assassiné par ordre de Jean Sanspeur, le docteur Jean Petit fit, comme on sait, l'apologie publique de ce crime. Mais bientôt, sur les instances de Valentine de Milan, duchesse douairière, veuve de la victime, une nouvelle assemblée fut convoquée au Louvre le 11 sep-

' Moreri a consacre un article de quelques lignes à Guillaume Cousinot, seigneur de Montreuil. La Nouvelle Biographie gé~ nèrale de MM. Didot , en cours de publication , contient , au mot Cousinot, diverses notices sur les principaux membres de cette famille , composées par l'auteur du présent mémoire.

- Généalogie des Cousinot, cabinet des titres.

3 Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. VIII, p. 324.

'i Mémoires pour servir à l'Histoire de Bourgogne , Paris , 1729, in-i", t. II, p. 156, colonne 2

CHROx\IQUE DE COUSIÎVOT. 17

fcmbre 1408. Là, par rorgane de jVP Guillaume Cousinot, " un notable avocat au parlement, j) dit Jouvenel des Ursins , elle défendit son mari , et prit à son tour l'offensive de l'accusation*. Par lettres données à Blois le 12 août 1409, Charles, duc d'Orléans, mande à son trésorier de payer les officiers chargés de tenir en son nom les grands jours ou assises prochaines du 12 septembre, même année, dans sa terre et châtellenie de Saint- Sauveur -Lendelin. J\P Guillaume Cousinot figure au nombre des quatre assesseurs qui composaient avec le président cette cour de justice ^. Un document original et authentique, sous la date du 28 février 1412 (n. s.), le signale comme un partisan de la cause d'Orléans, assez compromis aux yeux de la faction contraire pour s'attirer, de la part de celle-ci, les plus grandes rigueurs. Cet acte , rendu au nom de Louis , Dauphin et duc de Guyenne, le duc de Bourgogne présent ^ transporte à une femme nommée Catherine de Villiers , dame du Quesnoy*, la conciergerie et l'usufruit d'un

' Voyez Ms. regius 9681 , 5 ; Colbert 2403. Histoire de Charles VI, dans le recueil de Godefroy, 1653, in-folio, p. 195, Chronique du religieux de Saint- D enis , in-4'', t. IV, p. 131. Monstrelet, édition de M. D. d'Arcq, 1858, in-S», t. I, p. 269 et suiv. Pasquier, Recherches ; Barante , Ducs de Bourg., etc.

^ Ms. Gaignières, n» 894, fol. 168.

^ La dame du Quesnoy joua un rôle dans les troubles politiques de cette époque. Elle fut arrêtée par les Cabochiens en mai 1413. Voyez Religieux de Saint-Denis , in-4o, t. V, p. 47, Cette dame était au service de la reine Isabelle de Bavière. Dans les comptes royaux qui nous sont restés de cette époque , il est très -souvent question de Catherine. Voy. ci-après Geste des

hôtel et bien rural considérable , sis au territoire de Pantin, près Paris, et confisque naguère sur G. Cousinot au profit du Dauphin. G. Cousiuot est qualifié dans cet acte : « ci-devant avocat au parlement de Paris , adhérent , allié et complice de Charles, duc d'Orléans^. «

Ce même Cousinot compta, sous le règne de Charles VI , au nombre des magistrats que distinguaient des mérites ou des talents variés. Ou le voit à ce titre figurer parmi les maîtres des requêtes de la Cour amoureuse, fiction littéraire dont le texte manuscrit nous est resté ^, et qui remonte à 1419. Lorsque Charles, duc d'Orléans, en 1415, demeura prisonnier des Anglais à la bataille d'Azincourt , Guillaume Cousinot , chancelier du duché ', devint le tuteur ou curateur véritable des

nobles , chap. 12". Les mémoriaux de la chambre des comptes mentionnent, sous la date de 1422, derniers mois de Charles VI : u Don à P. de Marigny et à sa femme des biens de G. Cousiuot, chancelier d'Orléans. '■ (PP. 118, fol. 117.) Marigny, avocat au parlement, avait assisté Jean Petit dans ses consultations, à l'effet de justifier Jean Sans-peur du meurtre de la rue Barbette.

' Arch. de l'Emp., J. 369, n" 17; God., Charles II, p. G70.

2 Ms. de la Bibl. imp. , suppl. fr. , n» 626, fol. 69.

^ La journée d'Azincourt eut lieu le 25 octobre. Le 22 avril précédent de la même année , G. Cousinot était actionné en justice, comme chancelier d'Orléans, par le couvent de Saint- Denis. Le duc était poursuivi en la personne de son chancelier pour avoir, en novembre 1411, envahi le couvent et fait main basse notamment sur la vaisselle d'argent que la reine y avait mise en dépôt. Archives de Saint-Denis, LL. 192, Catalogue, 1415-1420, t IV, p. 568 Jean Davy était chancelier d'Orléaus le 23 février 1414 (N. S.). (Calai. Joursanvault, nP 555). Cousinot entra donc eu fonctions entre cette date et le 22 avril

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intérêts de la famille d'Orléans. Le duc titulaire était à Londres. De ses deux frères, l'un, Jean, comte d'Angoulême, l'avait précédé sur le sol de l'exil; depuis L412 , il résidait en pays anglais comme otage et prisonnier du duc de Clarence. Le dernier fds de Louis , duc d'Orléans , Philippe, comte de Vertus, mineur en 1415, mourut âgé de moins de vingt ans, en 1420. Guillaume Cousinot , dans cet intervalle , fut l'unique ministre des volontés du duc Charles et le principal appui de son infortune. C'est à lui que le duc adressa de sa prison les confidences les plus intimes, les plus importantes; à lui qu'il confia la gestion de son domaine , le soin de sa rançon , le dépôt de sa famille et de son foyer. Les titres originaux de la maison d'Orléans -Valois , conservés au département des manuscrits , les cartons de la section historique à la direction des Archives * et l'ouvrage imprimé de M. Aimé ChampoUion (Louis et Charles d'Orléans) nous offrent les preuves multipliées des services que Guillaume Cousinot rendit au prince captif dans ces remarquables circonstances. En 1420, Philippe, comte de Vertus , à son lit de mort , nomma le chancelier l'un de ses exécuteurs testamentaires ^.

D'autres pièces historiques, datées de 1419 à 1426, qualifient notre Cousinot : " conseiller du régent, puis du roi (Charles VII), et chancelier du

' Voyez Bibliothèque de TEcole des chartes, 1855, 4* série, t. I, p. 559.

2 Laborde, Ducs de Bourgogne , preuves , t. III, n" 6265.

duc d'Orléans *. >•> Les événements mémorables de 1428 et 1429, et les relations ou chroniques contemporaines, nous montrent le chancelier d'Orléans remplissant à son poste , au sein même de la cité assiégée, ses difficiles fonctions. Premier ministre ou représentant du duc dans l'ordre civil, il est nominativement désigné par les textes comme l'un des membres du conseil qui, sous la direction de Gaucourt et du bâtard d'Orléans, présidèrent à la défense de la place. C'est chez lui et dans sa propre maison que se tint plus d'une fois le conseil de guerre^. Le siège étant levé, au moment où les vainqueurs se dirigeaient vers la ville du sacre, le chancelier Cousinot demeurait à Orléans pour régler avec Raguier, trésorier des guerres pour le roi, les dépenses de l'armée '.

Des services si longs , si sérieux , rendus en de

' Revue anglo-française , 1835, t. III, p. 409-410. A. Champollion, L. et C. d'Orléans, 1841, in-S", p. 307, 313; appondice, p. "79; Poésies de C. d'Orléans, p. 41G-418. Arcli. de l'Emp. , K. 59, n" 8. Comptes de l'écurie du Dauphin Charles VII, KK 53, fol. 75, vo. Mémorial H. Bourges, PP. 2298, fol. 29. Godefroy, Charles VI, 1653, in-folio, p. 796. Ordonn. des rois de France, t. XIII, p. 20. Catalogue Joursanvault , I. n" 696, p. 114. Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 2* série, t. III, p. 136, no' 3 et 4. années 1422 et 1423; et p. 138, n" 5, année 1436. (Voyez enfin Charles VII et ses conseillers, Paris, 1858, in-8«, à la table.)

^ Chroîiiqiie de Jean Charticr , édition de la Bibliothèque ehévirienne , Paris , Jannet, 1858, in- 16, t. I , p. 73 et 74.

3 Pallet, Histoire de Berry, 1783, in-8", t. III, p. 77, citée dans le Sire de Gaucourt , 1855 , in-8o, p. 18. Le 25 avril 1436, nouveau style, la Trimouille avertit le ciiancelier d'Orléans que la bande de Rodrigue était à Sully-sur-Loire. (Voyez Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. VI, p. 197, note 1. )

CHRONIQUE DE COUSIXOT. 21

telles circonstances , durent finir par amener , pour le vieux et dévoué serviteur de la maison d'Orléans, riieure d'une retraite bien honorablement méritée. Guillaume Cousinot fut déchargé des fonctions actives de garde des sceaux du duché d'Orléans; mais il conserva le titre de chancelier*. Les historiens du parlement de Paris nous apprennent enfin que Guillaume Cousinot, en 1439 , toujours chancelier du duc d'Orléans, et fort âgé, fut nommé par le roi président à mortier du parlement de Paris. Ces historiens ajoutent même que Guillaume Cousinot ne put exercer à cause de ses infirmités. Il vivait encore en 1442 ^. Guillaume Cousinot avait épousé Laurence Lorfévre ^. Pierre Lorfévre, son prédécesseur, était, en 1408, chancelier du duc d'Orléans. Guillaume laissa de ce mariage une fille , nommée Catherine Cousinot ,

' Vers le mois d'octobre 1436, M« Pierre Sauvaige , conseiller du duc , fut nommé garde des sceaux. Une charte du mois d'octobre 1436, conservée dans le carton 5 des titres d'Orléans-Valois , est adressée à ce nouveau fonctionnaire. Une seconde pièce analogue, sous la date du 23 mars 1437 (n. s.), fait partie (1858) de la collection de M. Mayor (commissionnaire anglais et marchand d'antiquités). Plusieurs autres chartes datées de Londres, 6 avril 1437 et 16 juillet 1438, sont adressées au chancelier, c'est-à-dire à Guillaume Cousinot (K 64, n»' 21 et 25). Dans une dernière pièce, K 64, n» 26, Londres, 16 juillet 1438, le duc, auteur de la charte, distingue :

a Nostre amé etiéa.\cha7icelier (Cousinot), ou Vous, nostre

amé et féal conseiller et garde de nos sceaux, Maistre Pierre Sauvaige. n

^ L'Hermife et Blanchard , Eloges des présidents, etc., Paris. 1645, in-folio, p. 81.

3 Ibidem, p. 82 et 194.

22 IV'OTICE HISTORIQUE.

qui épousa Gasse de l'Isle, gentilhomme des environs de Compiègne *.

Guillaume II Cousinot est regardé comme fds de Pierre II et neveu de l'autre Guillaume. Ce Guillaume II, bien qu'aujourd'hui peu connu, occupe une place tout à fait importante et considérable dans l'histoire de son siècle. Durant le cours de sa longue carrière , il fut mêlé à beaucoup de grandes affaires. Les éléments de sa biographie nous sont fournis çà et là par des documents aussi divers que multipliés. Nous nous bornerons à retracer ici en termes sommaires la notice historique de ce personnage. Nous traiterons d'abord de sa vie, puis de ses écrits. On trouvera plus loin des déve-

' Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, 1824, t. III, p. 163; Anselme et Dufourny , Histoiî'e généalogique des grands officiers de la couronne , édition de 1712, t. II, p. 1514, D. Gasse de l'Isle était de la famille des Villiers de l'Isle-Adam. « Gasse de l'Isle, seigneur de Marivaux et d'Ybouvilliers , testa à Choisy , près Compiègne , le 25 mars 1465 et y fut enterré. Il avoit épousé Catherine Cousinot , fille de G. Cousinot et de Laurence Lorfévre, etc. " (La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la noblesse, 1774, in -4", t. VIII, p. 275. ) Cette alliance des Cousinot à Compiègne, ou aux portes de Compiègne, est bonne à signaler. Jean Le Féron témoigne , dans son exemplaire annoté de Jean Bouchet, fol. xxxvij (voyez ci-dessus, p. 5, note 2), qu'en 1430 Marie Le Boucher ou Boucher, originaire de Compiègne, «mèregrand de Jean Le Féron , i était femme du procureur du roi dans cette ville. La famille Boucher comprenait au quinzième siècle trois branches, l'une à Paris, l'autre à Compiègne, la troisième à Orléans. (Cabinet des titres.) En 1465, Pierre de Morvilliers , chancelier de France , avait pour femme Jeanne Boucher (Anselme , même édition, t. I, p. 411). A cette date ,

CHROMQUE DE COUSIXOT. 23

loppements bibliographiques étendus, relatifs à cette dernière division du présent chapitre.

Guillaume II Cousinot dut naître avant 1400 ; il acquit, à ce qu'il paraît, vers 1450, comme on le verra ci-après , la seigneurie de Mon treuil près le bois de Vincennes, aux portes de Paris. Il prit de là un titre sous lequel nous pourrons le désigner dès ce moment, en l'appelant Cousinot de Montreuil*, pour le distinguer de son oncle et homonyme. Des documents authentiques signalent, à partir de 1438, Cousinot de Monlreuil comme secrétaire du roi ; puis maître des requêtes , conseiller ; puis , en 1442, premier président du conseil delphinal , qui devint bientôt le parlement de Grenoble. De 1438 à 1444, en qualité de commissaire

Guillaume II Cousinot, seignear de Montreuil, dont il sera question ci-après, écrivant au chancelier, l'appelle son parent et cousin. (Mélanges Champollion . in-4o, t. II, p. 228, note, et p. 270. Collection des documents inédits , etc.) Les Boucher ou Bouchier d'Orléans figurent souvent comme serviteurs du duc d'Orléans et comme acteurs dans l'histoire du quinzième siècle. L'un d'eux notamment, Jacques Bouchier, trésorier du duc, logea chez lui la Pucelle pendant son séjour à Orléans. Ainsi donc, du quinzième au seizième siècle, des liens multiples de parenté ou d'alliance unissaient entre elles ces trois familles de magistrats , les Boucher, les Cousinot et les Le Féron. Ces détails m'ont été personnellement confirmés par M. Le Féron de Cuise, descendant de la famille , et qui possède sur cette généalogie historique de riches documents. On appréciera plus loin l'importance et l'application de ces particularités généalogiques.

' L'abbé Lebeuf n'a pas su ou connu qui était le seigneur de Montreuil pendant la période qui nous occupe ; mais il nous apprend qu'en 1466, Jeanne Lorfèvre (voyez ci-dessus p. 21, note 3) possédait une rente assise sur cette terre. [Histoire du diocèse de Paris, 1755, in-12, t. V, p. 66.)

24 AOTICE HISTORIQUE.

royal , il fut chargé de diverses missions délicates , d'inspections administratives et financières*. De

' 1438, décembre 15, il est commis, avec divers autres conseillers et commissaires du roi, pour faire exécuter en Saintonge l'ordonnance royale en date de ce jour (voyez Ord. des rois de Fr., t. XIII, p. 293), relative au domaine royal. Nous trouvons la preuve de ce fait dans un document original sur parchemin qui fait partie du cabinet généalogique . au dossier Coetivy.

1440, novembre 26, notre personnage est qualifié maître de requêtes. Quittance originale de 250 1. à lui octroyées sur les aides par les trois états du Languedoc ; parch. sign. aut. : G. Cousinot, Cab. des titres, dossier Cousinot.

1440/1, mars 20, quittance semblable. [Ibidem.)

1441/2, janvier 14, quittance de 200 1. à lui ordonnées par les états d'Auvergne; KK 648, fol. 112.

1441/2, janvier 22, conseiller et maître des requêtes. (Cabinet des titres, dossier Cousinot, Ihid.) 1442, président du conseil delphinal. (Chorier, Histoire du Dauphiné , 1672, iufolio , t. I , p. 852.) Vers le même temps, il reçoit des nobles du Dauphiné une gratification de 187 florins. (Cat. Joursanvault, t. II, p. 44, n° 2374.)

1442/3 , janvier 26 , conseiller de monseigneur le Dauphin. (Quittance du cab. des titres , ibid.)

1443 , juin 15, mandement au trésorier de Rouergue délivré en faveur de Cousinot, maître des requêtes, président du Dauphiné, et de Guillot d'Estaing . sénéchal de Rouergue, « tous deux commissaires et depputez de par le roy sur le fait des crimes, excez , abus et déliz commis et aussi de l'arrière -ban es pays de Rouergue et Albigoys " : signé d'Estaing pour les deux. (Ibid.)

1444 (n. s.), février, conseiller du Dauphin, il l'accompagne à Rhodez, en Rouergue. Témoin à des lettres données par ce prince sous la rubrique qui précède , et insérées au registre du Trésor des chartes (J J. 176, fol. 163 à 165). Expédition d'Armagnac ; voyez Pasquier, liecherch. de la Fr., 1621, in-folio, p. 45 D. (Liv. II, chap. 2.) — 1444, mai 8, mandement de G. Cousinot, commissaire à demander l'aide octroyée par les trois étals de Rouergue au Dauphin. (Orig. parch. scellé de cire rouge et signé; cabinet des titres, ibid.)

1444 à 1449, Cousinot de Montreuil fut ragent principal des relations diplomatiques qui eurent lieu, pendant le cours des trêves, entre la France et l'Angleterre *. A la fois magistrat, diplomate et homme d'épée , après avoir vainement négocié la paix durant ces cinq années , il prit part au recouvrement militaire de la Normandie. Par lettres patentes du 17 juillet 1449, Cousinot fut nommé l'un des sept commissaires pour traiter au nom du roi, sous la présidence du comte de Dunois, avec les autorités et les populations de la province ^. Fait chevalier au siège de Rouen , Charles VII le créa en même temps bailli de cette ville ; poste important ^ , qui lui permit de déployer sur un nouveau

' Godefroy , Histoire de Charles VII , p. 428 et passim ; Abrégé de la vie de Guillaume Cousinot, p. 2 et suiv. ; Ordonnances, t. XIV, p. 59, 60, 61, 64; Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 2* série , t. III , p. 133; Titres anglais du Trésor des cliartes de France (Catalogue Teulet) , p. 520; Ms. 9037,7, passim. ; Bréquigny, ms. 82, sous la date du 18 décembre 1446. Ambassadeur en Angleterre, par lettres données à Mehun-sur- Yèvre , le 2 mai 1447 ; dans Jules Delpit , Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre, etc., Paris, Dumoulin, 1847, in-i", t. 1, p. 263-4. Voyez ci-après : Ecrits de Cousinot de Montreuil. En 1448, Cousinot de Montreuil. maître des requêtes , et l'évêque de Maillezais accompagnent Bertrand de Beauvau, baron de Précigny, gouverneur de Touraine , ambassadeur en Ecosse. A la veille de la guerre contre les Anglais , cette ambassade avait pour but de renouveler l'alliance du roi de France avec Jacques II , roi d'Ecosse (Ghalmel , Hist, de Touruine, in-8o, t. III. p. 341.)

* Ms. Gaignères, 896, 1, fol. 5. (Voyez Cabinet historique, revue mensuelle, 1857, notice sur Dunois , p. 112.)

3 En 1432, sous les Anglais, les gages du bailli de Rouen étaient calculés à raison de 10 livres par jour (Beaurepaire . Noies sur la prise de Rouen par Ricarrille, 1857, in-8o, p. 3).

26 KOTICE HISTORIQUE.

ihéâlre, et comme capitaine et comme magistrat, la double capacité dont il avait déjà fait preuve. Dès lors il porta le titre de seigneur de Montreuil , et se partagea entre son siège de Rouen et celui de membre du conseil du roi*. Mais suppléé, dans ses fonctions de bailli , par son lieutenant général ^, il continua de résider à la cour , où il accompagnait le monarque dans ses nombreux déplacements. Les formules finales de l)eaucoup d'ordonnances et divers autres documents le mentionnent en qualité de conseiller du roi ^, ou constatent sa présence comme témoin à la confection des lettres patentes, sous la date du 27 mai 1445 * et successivement ^

' Godefroy , Historiens de Charles VII, p. -442 et passim. ; Farin , Histoire de Rouen , t. I . p. 299 ; Ordonnances des rois de France, t. XIV, p. 125; t. XV. p. 544; t. XVI, p. 230; catalogue Joursanrault, n» 1896 ; Nouvelles recherches sur Henry Baude, 1853, p. 11.

^ Ordonnances des rois de France, t. XIV, p. 431,

^ 1446 , juillet 20, il est commis à l'interrogatoire de la reine lors de l'enquête faite au sujet de la mort de la Dauphine. (Duclos , Histoire de Louis AI, pièces justificat., 1746, in-12, p. 48.)

^ A Louppy ou Lonppé-le-Châtel , en Barrois ; Ordonnances, t. Xm. p. 425, 427.

5 14-45, juin; Sarry-lès-Châlons : ms. 9037, 7, n" 13 , fol. 39.

1447, octobre, Bourges : registre du Trésor des chéirtes , JJ. 178, fol. 145; Godefroy, p. 877.

1448 (n. s.), janvier 7, Tours : JJ. 179. fol. 28.

1449 (n. s.), février. Tours : JJ. registre 179, fol. 162, et registre 224, fol. 113, r».

1450 (o. s.), avril, Alençon : JJ. 180, fol. 34, 35 et 36. 1450, mai 1, Essay en Normandie : Godefroy, p. 883. 1450, août, Escochie près Caen : Archives, PP. 2299, fol. 42.

1451 (n. s.), mars 20, Montils-lès-Tours : Duclos, ouvr. citié, p. 83.

CHROXIQUE DE COUSINOT. St

jusqu'aux derniers moments de Charles VII, dont il reçut pour ainsi dire, à Mehun-sur-Yèvre , les derniers soupirs *.

En 1451 , Cousinot de Montreuil fut envoyé de nouveau comme ambassadeur auprès de la cour d'Ecosse. Comme il revenait de cette ambassade, il fit naufrage sur les côtes d'Angleterre et fut fait prisonnier par les Anglais 2. Après trois années d'une dure captivité, Cousinot, pour recouvrer sa liberté , dut s'engager à payer une rançon dont le taux ne nous est pas exactement connu , mais qui paraît s'être élevé à une somme d'argent très-considérable. Le roi témoigna , dans cette circonstance , de tout le cas que ce prince faisait de son bailli de Rouen et de la haute estime qu'il attachait à ses services. Charles Vil, à ce que nous apprend Henri Baude , réglait tous les ans les tailles qui devaient être levées ; et le taux ainsi fixé pour ces impositions n'était augmenté que dans des circonstances exceptionnelles. Le supplément frappé en ce dernier cas s'appelait crue de tailles. L'une de ces crues , ajoute-t-il, « fut vingt mille escuz pour

1451, avril 9, Montbason : JJ. 185, foL 67.

1458, octobre 22, Vendôme : JJ. 188, fol. 40 v<»,

1460, décembre 11 , Bourges : Ms. Brienne, n" 26, fol. 130 \°.

1461 (n. s.), mars 7, Bourges; JJ. 192, fol. 58.

' Duclos , volume cité , p. 234 et 239.

- Vidimus de lettres royaux par lesquelles Charles VII établit une crue de taille sur le sel pour la rançon de Cousinot ; acte conservé au dépôt des archives de l'Eure. Je dois cette communication à l'obligeance de mon confrère M. Lebeurier , arcbiviste de l'Eure. Voyez, à la suite de cette notice, pièces justificatives.

la rançon de feu Maistre Guill. Cousinot, prisonnier en Angleterre*, v Guillaume de l'Isle, seigneur de Marivaux, son petit-cousin, né de Casse de risle et de Catherine Cousinot, alla tenir prison pour son parent, an Angleterre, l'an 1454^ La ville de Rouen , à elle seule , participa d'abord à la rançon de son bailli pour une somme de mille livres tournois''. Indépendamment de ce secours, aux termes des lettres patentes rendues ad hoc par le roi , l'impôt du sel vendu en Normandie au profit du roi fut augmenté pendant trois ans , dans le même but, à raison de douze deniers de surtaxe par chaque minot de sel. La Normandie ne fut pas la seule province qui dut porter le poids de cette contribution supplémentaire. Un document conservé aux archives de la mairie d'Angers atteste, d'un autre côté, que cette ville contribua, pour un contingent ou part afférente de 120 écus d'or, à cette rançon ^.

Revenu en France dès H55, le bailli de Rouen

' Eloge de Charles VII , voyez Nouvelles recherches sur Henri Bande, 1853, in- 8», p. 11 ; et à la suite de la Clironique de Jean Chartier. 1858, in-16, t. III, où j'ai donné une nouvelle édition de l'éloge.

- Voy. ci-dessus, page 22, note 1.

^ Anselme , Histoire généalogique de la Maison de France et des grands officiers de la couronne, t. VIII, p. 792 B-C. La Chesnaye , loco citato.

^ « Dans les registres de l'échevinat de Rouen , sous la date du 17 mai 1455, il est question d'une somme de cinq cents livres tournois, payée sur celle de mille livres due par la ville au bailli pour l'aider à payer sa rançon aux Anglais. » (Communiqué par M. Lebeurier.)

5 Voyez ci-après pièces justijicatives.

fut chargé avec le comte de Dunois , en 1456, d'arrêter le duc d'Alençon (traduit devant la cour des pairs, comme prévenu de haute trahison), et siégea, deux ans plus tard, comme membre de cette cour, à Vendôme *. Enl457, assisté de tous les baillis de Normandie, il fit partie de l'expédition de Sandwich, à la suite du grand sénéchal de la province , Pierre de Brézé , qui , portant à son tour l'offensive contre les Anglais , opéra sur cette côte une descente armée ^. Le seigneur de Mon- Ireuil assistait en 1-459 au congrès de Mantoue, comme envoyé du roi de France ^ Il revint, ainsi que nous l'avons dit, fermer les yeux du roi Charles Vil, qui mourut le 22 juillet 1461.

Louis XI , en montant sur le trône , commença par emprisonner le dévoué serviteur de son père '*. Mais à l'égard de Cousinot, ainsi que de beaucoup d'autres, il ne tarda point à changer de procédés. Dès l'an 1463-1464, le roi l'attacha près de sa personne avec le titre de chambellan ^ . Il lui prodigua bientôt une faveur plus grande que celle dont Guillaume avait joui sous le règne précédent, Louis porta de 600 francs à 3,000 francs la pension du seigneur de Montreuil**. 11 le nomma, pour ainsi

' Godefroy, Historiens de Charles VII, passim; ms. 8415 B. I. ; et les autres relations du procès de Jean, duc d'Alençon.

2 Godefroy, passim. Chronique ou compilation de Le Picart , ms. 812 de la bibliothèque de Troycs (à la dite).

3 Mémoires de Pie II, Francfort, 1614, in-folio, p. 85 et 86.

4 Barante , Ducs de Bourgogne , 1824 , t. VIII , p. 300.

5 Ms. supp. fr. 2340, p. 142-3.

^ 1450, juillet 8, quittance sur parcliemin , signée Cousinot, *lc 600 livres pour sa pension de l'année précédente; 1465,

dire coup sur coup , concierge de la conciergerie du palais à Paris * , capitaine de Cabrières , en Languedoc ^ , châtelain de Lates-lès-Montpellier , capitaine de Sauxe près Perpignan , et enfin gouverneur de Montpellier et de la baronnie d'Oniellas ^ . Ces diverses fonctions , réunies cumulativement sur sa tête, ne permettaient point au titulaire de les remplir toutes en même temps. De plus, Louis XI ne pouvait se passer de Cousinot ; il voulait l'avoir constamment sous sa main , et ne consentit , par intervalles , à le voir partir que pour lui confier, comme inopinément , des missions variées , délicates et parfois lointaines. Par des lettres spéciales , le roi ordonna que Cousinot fût dispensé de remplir en personne les fonctions dont il avait le titre, tout en continuant d'en percevoir les émolu-

novembre 20, lettres patentes du roi qui élètent cette pension à 3,000 livres par an. Ces deux pièces en original au cabinet des titres, dossier Cousinot. Voyez aussi Gaignères, ms. 772,2 passim.

* Aux appointements de 1,200 livres. Lettres de provision datées de Saint -Pourçain le 2 juin 1465. Orig. pareil. Fontanieu, portefeuille 603. Je dois la connaissance et la communication de cette pièce à l'obligeance de M. L. Delisle. Sur les privilèges de cette charge importante , voyez les lettres patentes données à Chinon en mars 1445/6. (JJ. fol. 120 à 122.) Voyez aussi Morand, Histoire de la Suinte-Chapelle, Paris, 1790, in-4'', p. 94, qui renvoie à Joly, Traité des iJjUces de France. En septembre 1482, la conciergerie du palais fut accordée par Louis XI à son médecin, le fameux /. Coitier. Voyez ce mot dans la Biographie générale de MM. Didot, t. XI, colonne 87.

^ Lettres du 20 novembre 1465, déjà citées.

^ Lettres du 23 janvier 1468 (n. s ), vidimées par le prévôt de Paris le 16 juillet suivant (cabinet des titres), et autres actes du même dossier Cousinot.

CHROXIQUE DE COUSIIVOT. 31

ments * . Cousinot fut employé successivement par Louis XI dans toutes les affaires ardues de son règne, telles que la guerre du Bien public ^, ses différends avec T Angleterre, avec le duc de Bourgogne, le cardinal de la Balue, etc. 11 accomplit également au dehors diverses ambassades , notamment dans les Etats de Bourgogne et en Italie ^. Par des lettres datées du 26 novembre 14/73 et scellées de son sceau*, qui subsistent en original aux archives du palais Soubise ^, Cousinot de Montreuil fit don aux Célestins de Paris (fondés par Ja maison d'Orléans) de cinq quartiers de terre à titre d'aumône. Le chambellan du roi jouit du même crédit et de la même intimité jusqu'à la

* 1469, août 4, lettres patentes du roi données à Amboise. Il ordonne que Cousinot soit dispensé de la résidence , ailleurs que sous la main du roi, et que néanmoins il jouisse du traitement attaché à toutes ses charges , à condition de se faire suppléer par des lieutenants. (Original sur parchemin, dossier Cousinot, cabinet généalogique. )

2 Chronique de Thomas Bazin, 1856, in -8°, t. II , p. 153.

^ Voyez ci-dessus , p. 8, K. Guillaume Cousinot, du l^'' novembre 1466 au dernier jour de septembre 1467, fut envoyé en ambassade vers le duc de Milan. (Ms. Gaignières , 772, 2, fol. 396.) En 1468, il est commis par le roi, avec Pierre d'Oriole , à entendre les ambassadeurs du roi de Bohême pour la succession du duché de Milan. ( Original en latin sur papier, titres originaux tirés du portefeuille 133 de Foutanieu , n" 1.) 1470 à 1483, affaires d'Angleterre; affaires Balue, Charles le Téméraire ; mentions et commissions diverses. ( Suite du dossier, cabinet généalogique; ms. 9037,7, fol. 240 et suiv. ; L'Hermite de Soliers , Cabinet de Louis XI, p. 29 ; Barante , c.ité,^flS5m; Ordonnances, t. XVII, p. 355, etc.)

^ Moulé sous la cote 1936, n» 54.)

5 S , carton 3773 , pièce n» 27.

V eille du jour, littéralement , où le monarque cessa de vivre. Ainsi le prouve une dernière quittance des faveurs royales que reçut Cousinot en date du 29 août 1483 1.

Guillaume Cousinot , malgré son âge avancé , continua ses services sous Charles VIII. En 1484, il prêta aux états généraux de Tours le secours de ses lumières , de sa longue expérience , et mourut peu de temps après ^.

Le seigneur de Montreuil joignait à ces talents nombreux celui d'un littérateur spirituel et facile. Même par ce côté, le moins grave de ce personnage, nous pouvons juger de la souplesse et de la fécondité de son esprit. Il est difficile de ne point lui attribuer une pièce intitulée : Réponse à Robertet (poëte alors célèbre), par Guillaume Cousinot, sur le départ de la belle Etiennette ^ Cette pièce, mêlée de prose et de vers , est datée , par le sujet même, de 1469. Ayant participé, sous trois règnes, aux événements de ce siècle, Guillaume Cousinot nous a laissé de nombreux écrits , sans compter ceux que nous aurons peut-être toujours à re-

' Quittance originale sur parchemin d'une gratification de 800 livres. (Cabinet des titres , dossier Cousinot.) Le roi mourut le 30.

^ Chronique de Saint-Gelay, édition Godefroy, Paris, 1622, in-4", à la date de 1484. Procès- verbaux de l'assemblée, publiés en 1835, in-4'', dans la collection des Documents inédits ; Moreri , Dictionnaire historique, au mot Coiisinot; Nouvelles recherches sur Henri Baude , p. 3 et 11.

•* Voyez Chronique scandaleuse sous l'année 1469 ; et ci-après la notice bibliographique relative aux écrits de Cousinot de Montreuil.

CHRO?vIQUE DE COUSIXOT. 33

<>ret(er . Les uns et les autres , mis en lumière , ne pourraient manquer d'exciter parmi les amis de l'histoire un très-vif intérêt. On a conservé de lui diverses dépêches politiques et administratives , dont quelques-unes ont déjà été imprimées. La Bibliothèque impériale possède en outre, manuscrits et presque entièrement inédits , des documents diplomatiques assez considérables , tracés de sa main ou dictés par lui. Telles sont la relation de son ambassade en Angleterre et autres pièces analogues, de 1445 et 1449; les instructions diplomatiques d'une mission relative à la guerre des deux Roses, qu'il remplit en 1465 auprès de Marguerite d'Anjou; la relation de son ambassade à Rome, en 1469, etc. *. Mais le plus important sans contredit des écrits de Cousinot, si je ne me trompe , consistait dans une chronique, possédée, comme on l'a vu , par Jean Le Féron , et citée par ce dernier écrivain ainsi que par d'autres auteurs plus modernes.

Munis de ces notions, retournons maintenant à la geste anonyme, dont nous avons déjà commencé l'analyse.

J^5. Quel est l'auteur delà Gesie des nobles françois.

Cette chronique remonte aux origines troyennes des Fi'ancs. Dans l'espoir que je pourrai, grâce à ce moyen de signalement, aider le lecteur à découvrir quelque nouveau manuscrit.de l'ouvrage, je

' Voyez ci-après la notice bibliograpliique.

commencerai par transcrire le début avec une certaine étendue *.

Geste des nobles françoys descendus de la rojallc lignée du noble roy Priam de Troye jusques au noble Charles filz du roy Charles, le sixyesme, qui tant fut aimé des nobles et touz autres 2.

Comment Troye la grant fut fondée et destndte.

Troye 3 la grant et le royaume qui tant furent de grant puissance, après la création du monde l'an iij»"i iij<^xl furent fondez , qui en grant félicité durèrent jusques au temps du roy Priam ix'^lxxij ans, que destruits furent par les Grecz, ou quel temps furent iiii'^viijt^xij ans.

De Françio et de Turcus qui es palitz de Méodc prinstrent jwrt.

Ou conflit de la desiruccion, elc, etc.

Ainsi que ce début l'indique, la Geste française parait, dans sa première partie, n'être qu'un abrégé très-succinct des Grandes Chroniques de Saint- Denis et d'autres chroniqueurs anciens *. Plus on

1 Exemplaire 10297 , fol. ij , après le relevé des rubriques.

2 Ceci est le titre intérieur. Une seconde main a écrit sur l'un des feuillets liminaires (aujourd'hui feuillet 5 v**) : « Gestes des Françoys descendus du roy Priam jusque à Charles filz de Charles sixiesme — et Jchanne la Pucelle. >> L'addition soulignée est d'une troisième main, qui paraît, comme la seconde, dater du seizième siècle. Cette addition doit être remarquée.

' Ici se trouve le blason du comte d'Angouléme, à qui ce livre fut adressé. Jean , comte d'Angouléme , était le propre frère de Charles duc d Orléans. J'ai traité ce point de possession ou de propriété avec développements dans la notice du ms. 10297. Voyez Notices et extraits des vianuscrits , etc. , k XIX, 2* partie, p. 139 et suiv. ; dissertation ci-après reproduite.

^ La Geste des nobles français ressemble , non pas pour le plan et l'ordre des matières, mais pour les dimensions des

CHROMQLE DE COUSINOT. 35

se rapproche des origines, plus cette rapidité ou cette réduction excessive est sensible. A partir du > roi Jean (1350), la chronique a pris des proportions plus grandes ; le caractère qu'elle revêt offre assez d'originalité pour avoir fixé l'attention du savant Secousse, auteur d'une monographie estimée sur l'un des principaux personnages de celte époque. Le docte académicien en fait un fréquent usage dans ses Mémoires pour servir à V histoire de Charles II, roi de Navarre ^ . Au fur et à mesure que Ton descend vers le terme final de l'ouvrage, ses proportions et son originalité augmentent. Sous le règne de Charles \ï, on commence à reconnaître dans la personne de l'auteur, quoique celui-ci ne se mette jamais directement en scène, un contemporain témoin et appréciateur des événements qu'il retrace. Cette partie du manuscrit est à peu près complètement inédite, comme l'ensemble de l'ouvrage. Pour les sept années de Charles Vil qui le terminent, ce n'est plus une histoire, mais plutôt un journal. Tels sont les traits d'ensemble qui distinguent cette composition historique. Efforçonsnous maintenant de découvrir à des traits particuliers quel en a pu être l'auteur.

Durant la seconde moitié du règne de Charles 11, deux partis occupent le théâtre de l'histoire : les Bourguignons et les Armagnacs. Même sans ouvrir

chapitres et de l'ensemble , à l'un de nos premiers épitomés de \ l'histoire nationale, imprimé plusieurs fois vers 1490, sous le I titre de Chroniques abrégées, etc., in-S". '

' 1755-1758, 2 volumes in-^'^, t. I", P* partie, p. 148. 151, 206, 210, 240, 276, 301. et 2* partie, p. 200.

36 AOTICE HISTORIQLE.

lo texte, il suffit de parcourir la table des rubriques placée en tête de la Geste pour reconnaître ce que nous pourrions appeler sa couleur politique.

De la mort du duc d'Orléans; fuite première du duc de Bourgoigne, fo 55.

Passage du duc d'Orléans outre Saine ; fuite seconde du duc de Bourgoigne à Montdidier, f^ 88.

Comment le duc de Guyenne se mist sus et chevaucha à puissance parmi Paris... De la tierce fuite le duc de Bourgoigne...

De la venue des princes à Paris; du duc de Bourgoigne qui à puissance vint devant Paris et la quarte l'uite prinst honteusement, f^ 98 ^

Ces rapprochements satiriques indiquent assez déjà Pécrivain antibourguignon. L'auteur, dans toute cette portion de la Geste, se montre un partisan modéré , mais ferme et bien distinct , de la cause Armagnac ou Orléans contre la cause opposée"; les actes et la conduite du duc de Bourgogne sont toujours présentés par lui d'une manière hostile. On n'en voudra pour preuves et pour spécimen que les rubriques mêmes qui précèdent. Les faits et gestes de la maison d'Orléans y sont peints, au contraire, non point avec le zèle affecté d'un panégyriste, mais avec la sympathie d'un homme qui appartient de conscience et d'affection à ce parii. Son langage, généralement calme et décent, est celui d'un écrivain qui rapporte les faits devant un maître éclairé , et qui n'a besoin ni (le louer ni de convaincre; il s'arrête avec une

' Ms 10297, fable des rubriques en tête.

CHROmQUE DE COUSINOT. 37

complaisance marquée sur tous les actes de T histoire générale qui peuvent intéresser le lecteur en faveur de la famille d'Orléans ; souvent même des événements de famille prennent, sous sa plume affectueuse, les proportions de faits historiques; par Ih il trahit ce caractère de domesticité qui est propre généralement à tous les chroniqueurs du quinzième siècle. La livrée que porte notre chroniqueur (et j'emploie sans défaveur, mais dans leur sens historique et vrai, les deux expressions soulignées) est aux couleurs ou à la devise de la maison d'Orléans. Les extraits développés que nous reproduirons plus loin pourront servir à justifier pleinement les précédentes assertions.

La chronique, dès qu'elle a atteint la venue de la Pucelle, change tout d'un coup de proportions: elle devient aussitôt un mémoire étendu, jusqu'à reproduire des documents entiers dans le texte de la narration. Telle est, par exemple, la fameuse lettre écrite par la Pucelle aux Anglais pour les sommer de retourner en Angleterre. La Geste poursuit dans ces conditions le récit des événements jusqu'au 6 juillet L429, au moment où le roi et la Pucelle viennent de mettre le siège devant Troyes ; puis le texte s'interrompt ici hrusqucment, sans même faire connaître l'issue de cet épisode intermédiaire et sans ajouter un mot sur le dénoùmenî de celte merveilleuse campagne.

Celle hrusque interruption , qui se remarque dans les deux manuscrits de la Geste française ^ mérite que nous nous y arrêtions et que nous essayions d'en rendre compte. On se demande quelle

peut être la cause de cette suspension presque subite, au milieu du drame si rapide et si court qui entraînait Tliéroïne \ers sa fin tragique. Je crois que l'on peut assigner à ce fait une cause toute simple, el cette cause se rapporte directement à la question d'auteur que nous traitons actuellement. Au moment où le rédacteur de la Geste quitta la plume, il venait de relater par écrit les derniers événements qui s'étaient, pour ainsi dire, à l'heure même accomplis sous ses yeux; pressé de transmettre au prince captif des nouvelles si propres à charmer les tristes loisirs de son exil et à ranimer dans son cœur l'espérance et le courage, le compilateur, à ce qu'il semble, n'attendit point au lendemain pour compléter le récit de ces merveilles ^

' L'état matériel de l'exemplaire 10297 communique une nouvelle force à celle explication. Ce volume, en effet, n'est point un licre à proprement parler, j'entends un livre confectionné suivant les procédés habituels , mais un registre de vélin blanc, relié d'avance. Ainsi, l'on ne trouve dans ce volume ni chiffres, ni signatures, ui réclames. La pagination , exécutée suivant le mode moderne , par une main aussi ancienne toutefois que le texte, règne en haut des feuillets, de recto en recto. Cette pagination se suit depuis j jusqu'à vu^^xij , tandis que le texte s'arrête au folio vij^^ix. A partir de ce dernier nombre, le registre présente encore seize feuillets (parmi lesquels se trouve un cahier tout entier de vélin blanc) complètement intacts d'écriture , mais non de réglure. Au feuillet xlj , qui est le premier du huitième cahier, le scribe a commis une erreur qui 1'* contraint à barrer en rouge les deux pages xlj recto et verso , transcrites par mégarde. Cette disparate est choquante dans un manuscrit de dédicace offert à un prince. Si le volume avait été écrit, comme d'habitude, par cahiers libres, l'écrivain aurait pu réparer cette faute en substituant du vélin blanc à la partie gâtée et en recopiant cette partie ; mais sur un registre

CHRONIQUE DE COUSIXOT. 39

Tels sont les renseignements que nous avons choisis pour faire connaître cette chronique et pour essayer de découvrir quel en est Fauteur. Sur le dernier point, ces mêmes renseignements paraîtront sans doute bien vagues ; ce qu'il faudrait y trouver par-dessus tout, c'est le nom de Cousinot, offert par le texte même comme étant celui de l'auteur : l'ouvrage est anonyme * ; bien plus , nous y avons vainement cherché, à l'aide d'une lecture attentive, quelque passage oi!i l'auteur, comme il arrive assez souvent dans les chroniques de ces temps , révèle son individualité par quelque confidence plus ou moins défournée. Je pense néanmoins que, dans les notions qui précèdent , on peut trouver, je ne dirai pas la preuve évidente de l'identité que nous cherchons , mais des indices propres à engendrer une vraisemblance bien voisine de la certitude.

Ces indices, je demande la permission de les faire valoir avec quelque développement. Au quin-

cousu et probablement folioté d'avance , il ne pouvait opérer cette substitution. La table des rubriques offre la matière d'obserualions semblables. Cette table est de la même main que le reste du texte ; elle est placée en tète du manuscrit , et n'occupe qu'une partie des feuillets blancs liminaires, laissant ainsi avant et après cette table un vide peu habituel. Cette table a été rédigée à la hâte ; elle est inachevée et ne donne pas (entre autres omissions analogues) le titre du dernier chapitre. Elle ne correspond pas exactement à toutes les rubriques de l'intérieur. L'indication des folios manquait également à cette table ; elle a été ajoutée plus tard. Le livre n'a point d'envoi ou dédicace. Toutes ces circonstances s'accordent pour attester l'exécution rapide et comme instantanée de cet ouvrage.

' Sur ce point, voyez ci-après Fragments de la Geste des nobles , chap. 223, la note à la fin de ce chapitre.

zième siècle , presque toujours les chroniqueurs étaient des clercs aux gages d'un personnage puissant, qui devenait ainsi à la fois le patron et le héros de leur œuvre. Il résulte de là que la plupart des chroniques de l'époque qui nous occupe étaient , comme je Tai dit , des chroniques domestiques. Celle qui est renfermée dans le manuscrit 10297 porte au plus haut degré les signes de ce caractère; il es! impossible de n'y pas reconnaître une chronique de la maison d'Orléans, faite par un écrivain attaché à celte maison, pour Jean, comte d'Angoulême, prince de la même famille. Or, nous retrouvons, sauf le nom de Cousinot, toutes les concordances possibles entre celte chronique et la Chronique de Cousinot, autant que nous puissions connaître celle-ci par les citalions de Jean Le Féron. Maintenant, de deux choses l'une : ou, comme il y a toute apparence, la chronique 10297, bien qu'anonyme , est effectivement le commencement de la chronique de Cousinot, ou elle est autre. Mais, — à moins d'une synonymie bien étrange , — que pouvait être l'ouvrage visé par Le Féron, l'incontestable Chronique de Cousinot, sinon une chronique de la maison d'Orléans, puisque Cousinot est le nom d'une famille cliente de cette maison princière? De plus, la chronique ainsi dénommée par Le Féron est écrite en français, comme la nôtre. Elle remonte aux origines de la monarchie, comme lu nôtre. Toutes les citations extraites par Le Féron sous le nom de Cousinot, qui peuvent se vérifier dans les limites chronologiques qu'embrasse le manuscrit 10297, sauf deux variantes de noms

CHRONIQUE DE COUSIXOT. 41

propres, se retrouvent dans la nôtre. La Chronique de Coiisinot , enfin, est inédite, comme la nôtre. 11 faudrait donc admettre, dans ce cas^ que la maison d'Orléans ait eu simultanément deux chroniqueurs attitrés en 1429 ou environ. Ceci est déjà peu vraisemblable, attendu la condition de fortune où nous savons que se trouvaient alors le comte Jean et le duc Charles. Mais cette hypothèse ne suffirait pas : il faudrait supposer encore que la même maison ait eu à la même époque deux chroniques, dont l'une ait été absolument comme la copie ou le calque de l'autre. Évidemment, la conjeciure que nous venons d'énoncer en dernier lieu est infiniment moins vraisemblable que la première. Il reste donc une seule hypothèse qui mérite d'être prise en sérieuse considération : c'est que l'ouvrage contenu dans les manuscrits 10297 et 9656, sous le nom de Geste des nobles , a pour auteur Guillaume Cousinot.

Mais ici se présente un nouveau problème. Quel est ce Guillaume Cousinot? car ainsi s'appellent deux homonymes de la même famille. Xolre auteur peut-il êlre Cousinot de Montreuil? Dans ce système, ]Vionlrcuil aurait écrit non-seulement la Chronique de Cousinot possédée par Le Féron , mais aussi la Geste française. Cette explication ne me paraît pas admissible. L'auteur de la Geste, en effet, devait être liomme fait au moment où Montreuil venait de naître En outre, l'auteur de la Geste était plus qu'un ami ou un partisan des princes d'Orléans : il devait êlre un homme de la maison même, l'un de ses serviteurs ou fonc-

42 \OTICE HISTORIQUE.

tionnaires, un homme cîe confiance et d'intimité; qualités que Thistoire ne donne pas à Cousinot de Montreuil. Nous espérons d'ailleurs montrer avec évidence, dans le paragraphe suivant, que la chronique est non-seulement un ouvrage distinct de la Geste, mais l'œuvre d'un auteur distinct. Reste donc Guillaume I" Cousinot, chancelier du duc d'Orléans , en qui se réunissent avec précision toutes les convenances nécessaires. Je n'ajouterai à ce sujet qu'une ohservation. En 1377, Charles V, roi de France , avait chargé son chancelier, Pierre d'Orgemont j d'écrire l'histoire de son règne*. Charles V étant mort en 1380, cet exemple était encore récent lorsque Guillaume P*" Cousinot prit la plume. Or, le précédent que nous rappelons ne pouvait être inconnu ni du prince d'Orléans ni de son chancelier; car Charles, duc d'Orléans, était le petil-fils de Charles V' , et, de son côté, Guillaume Cousinot P*" était le descendant, par les alliances Alorvilliers et Boucher, de ce même Pierre d'Orgemont^,

• C'est ce qu'a fort bien démontré M. L. Lacabane. Voyez Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. Il, p. 5" et suiv.

^ Voyez dans le père Anselme et au cabinet des titres les généalogies Boucher, Orgemont , Moruilliers , Cousinot, et les liens multiples de parenté qui unissaient entre elles ces quatre familles parisiennes. En 1394, Amaury d'Orgemont était chancelier du duc d'Orléans. (Ms. s. fr. 1142. Voyez E. de Fréiilie. Mémoire sur le coynmerce maritime de Rouen. Paris et Rouen , 1857, in-8«. t. II, p. 189.)

CHRONIQUE DE COUSIKOT. 43

§ 6. Quel est V auteur de la Chronique dite de la Pucelle?

Du temps de Godefroy, il existait, à ce qu'il semble, au moins un manuscrit ancien de cette chronique, indépendamment du texte, imprimé dans le recueil de 1661, l'éditeur a placé en marge diverses variantes qui évidemment sont arl)itraires ou n'ont pu lui être fournies par le même manuscrit * ; mais cet éditeur n'indique pas les sources où il les a puisées.

La chronique dite de la Pucelle est, on n'en peut douter, le fragment d'un ouvrage historique entrepris sur une assez vaste échelle, et mérite, à notre sens, une très-grande considération. Elle remonte au commencement du règne de Charles VU et s'annonce en ces termes :

Sensuivent les gestes et aucunes choses advenues du temps du très chrestien et très noble roy, Charles septiesme de ce nom , qui eut le royaume après le trespas de feu son père Charles sixiesme, lequel trespassa l'an mille quatre cents vingt-deux, le \ingt et unième jour d'octobre, etc.

Entre cet ouvrage et celui de Guillaume 1®"" Cousinot, l'analogie commence donc dès l'intitulé. Plus loin , il reproduit littéralement des fragments entiers relatifs à la Pucelle , empruntés de la Geste française. Il est certain, cependant, que nous avons ici et une nouvelle œuvre et un nouvel auteur. La

' Godefroy, p. 515 et 519.

4i NOTICE HISTORIQUE.

chronique , sous le rapport du style , diffère essentiellement de la geste. Cette locution , très-familière au premier écrivain, en ce contemple *, ne s'y retrouve plus. La méthode, le plan , et surtout l'esprit, l'intelligence qui régnent dans la chronique, sont tout différents. La Geste est un modeste abrégé, écrit avec une parfaite abnégation par son auteur, qui n'aspire aucunement au\ grandes visées de l'histoire. La Chronique de la Pucelle n'a point au même degré ces humbles caractères. La Chronique emploie quelquefois la Geste y et la reproduit, sans crainte ni souci du plagiat, lorsqu'elle peut le faire avec profit et opportunilé; mais elle la contrôle et la juge sans cesse. Elle la dépasse toujours en élendue, et la contredit plus d'une fois. Je vais essayer de rendre sensible cette observation , en prenant un sujet commun de comparaison , la bataille de la Gravelle. Voici comment ce sujet est traité dans la Geste française :

En celle année, le xxvi^ jour de septembre (1423), livrèrent bataille contre Anglois près de la Gravelle ou Maine , le comte d'Aiibmalc et le vicomte de \'crbonne et furent Anglois desconfiz es landes de Bourgon. Dont sur le champ fut l'occision nombrée à ix'^xxxiij {neuf cent trente trois) Anglois natifs d'Angleterre , qui tous furent mis en une fosse , et en la poursuite des fuiants en furent plusieurs occis. En cette bataille furent prius Jehan la Poule , frère du comte de Suffort et presque

' Voyez ci -après Fragments de la Geste des nobles, chapitres 100. 108, 118. 135, 137, 145, 147, 149. 180, 192, et les endroits marqués par une croix t-

CHROXIQLE DE COLSIXOT. 45

tous les cappitainns anglois des villes et des chasteaulx (le la basse Xormandie, dont moult furent Anglois affeibloiez *.

La Chronique de la Pucelle :

... Mais lesdits Anglois ne peiircnt soustenir le faiz que leur bailloient les Frauçoys et furent desconfîts au champ, et y en eut de quatorze à quinze cents tuez... Et y fut présent illençon le hérault, qui rapporta le nombre des morts. Et y en eut de tuez à la chasse de deux à trois cents , et si , y eut plusieurs prisonniers 2, etc.

Je n'ai voulu mettre en regard, dans ce parallèle, que des évaluations arithmétiques et contradictoires sur un point de fait. La différence, je dirais même le contraste entre les deux récits, ne sera pas moins frappant, si Ton veut bien conférer le récit de la Geste avec le texte de la Chronique dite de la Pucelle que nous offrons ci-après au public. Là, au lieu de la petite notice écourtée de la Geste , notice que nous avons transcrite tout entière , on trouvera , au sujet de cette même bataille , une narration abondante, étendue, nourrie défaits, et en même temps présentée par une intelligence aussi haute qu'éclairée.

En dehors des emprunts faits à la Geste par la Chronique , et qui trouveront bientôt leur explication , la supériorité de la seconde et son origine distincte, par rapport à la première, éclatent pour

' Ms. 10297, fol. vj^^'ii , récit complet. Voyez ci-après chapitre 204.

^ Chronique de la Pucelle , chap. 6, ^ ; ^ ' ■

ainsi dire dans toutes les parties qui la composent. La chronique dite de la Pucelle embrasse les sept premières années du règne de Charles VII , et se termine un peu plus loin que la Geste, au mois de septembre 1429. Ce début du règne est rempli, comme on sait , par les malheurs , et plus encore par les fautes de ce prince ou de son gouvernement. Les intrigues, les méfaits des favoris composent une forte portion de ces annales. Sur ces détails compromettants , l'auteur de la Geste glisse avec une circonspection à la fois timide et prudente. Au contraire , le second chroniqueur nous fournit à cet égard des révélations étendues et suivies. Non-seulement le deuxième en savait probablement ou en voulait dire plus long que le premier, mais le premier écrivait en 1429, sous l'œil et sous l'autorité des ministres encore tout-puissants , qui abusaient de la confiance d'un jeune prince. L'autre, jouissant plus tard d'une facile indépendance, retraçait, avec les crimes de ces mêmes favoris, l'histoire de puissances déchues. La Chronique de la Pucelle y en effet, donne à Charles de Bourbon le titre de duc sous les dates de 1427 * et 1429 ^. Cependant Charles de Bourbon ne fut duc qu'en 1434, après son père. Ce dernier mourut en Angleterre , où il était prisonnier depuis la bataille d'Azincourt, et conserva jusqu'à sa mort le titre de duc de Bourbon, La même chronique désigne plus d'une fois de 1427 à 1429', Jean, bâtard

' Voyez ci-après Chronique de la Pucelle, chap. 26. 2 Ihid., chap. 60, 61, 62. 63.

^ Chap. 23 et 59, passim

CHRO?v'IQUE DE COUSINOT. 47

d'Orléans, sous le litre de comte de Dunois. Elle mentionne ailleurs, sous la date de 1423, a Messirc André de Laval , lequel fut depuis maréchal de France \ r et sous la date de 1428, " Prégent de Coëtivy... amiral^, jî La première de ces mentions reporte la date à laquelle écrivait l'auteur de cette chronique au-dessous de 1434 et les autres après 1439, année où Jean devint comte de Dunois, André, maréchal de France, et Prégent, amiral. Or, en 1439, Guillaume l" Cousinot, accablé par l'âge et les infirmités, se voyait contraint de renoncer à l'exercice de la magistrature, et touchait au terme de sa carrière'. Pouvait-il, sous le faLx croissant des années, acquérir cet esprit jeune et puissant qui se fait sentir à chaque page de cette chronique remarquable? La distinction de personnes entre l'auteur de la Geste el celui de la Chronique est pour nous un fait démontré. Les derniers doutes qui subsisteraient à cet égard ne pnanqueront pas de s'évanouir si nous réussissons à déterminer individuellement l'auteur de ce second ouvrage.

La Chronique de la Pucelle est nécessairement l'œuvre d'un homme non-seulement très-éclairé , mais qui occupait auprès du roi une position considérable. Aucun autre chroniqueur du parti français ne s'exprime avec une telle aisance et des lumières aussi remarquables sur les plus grandes affaires , aussi bien que sur des particularités mo-

* Chap. 6.

2 Chap. 31.

3 Voyez ci-dessus p. 21.

48 IVOTICE HISTORIQUE.

raies à la fois très-circonslanciées et très-intéressantes. Sa chronique nous rend compte, pour ainsi dire à chaque page, des séances du conseil privé de Charles VU ; et son style , le ton de son langage est, en vérité, celui d'un membre de ce 'conseil *. Il a conversé, au sujet de certains détails qu'il rapporte, avec les hommes munis, sur ces faits, de l'autorité la plus haute et la plus compétente. C'est lui qui nous fait connaître, à propos de la prise des Tourelles (qui décida de la levée du siège d'Orléans en 1429), l'épisode suivant :

Si prinst son estendard (rapporte l'auteur en parlant de la Pucelle), et dit à un gentillioinme qui estoit emprès elle : Dunîiez-voiis gaî'de , quand la queue de mon estendart touchera contre le houlevart; et un peu après lui dist : Jeanne, la queue y touche. Alors elle dit : Tout est rostre et y entrez. Là-dessus l'auteur ajoute : Si nous dirent et rapportèrent les plus grands capitaines des François que , après que ladicte Jeanne eust dict les paroles dessus dictes, ils montèrent contremont le boulevart aussi aisément comme par un degré 2, etc.

Dans un autre endroit, on va le voir bientôt se mettre en scène et se désigner, quoique indirectement, d'une manière plus précise encore. Le chroniqueur, ayant à faire connaître la venue de la

' Edition de 1661, passivi, et notamment p. 529 , au point noté d'un aslérisque par Godefroy , qui sans doute avait été frappe de la même remarque. Voyez, dans la présente édition, Chronique de la Pucelle, chap. 62, à la date du 12 septembre 1429.

•* Voyez la présente édition, au chap. 48.

CKROXIQLE DE COUSIXOT. 49

Piicelle à Orléans , insère in extenso la narration de Guillaume P^' Cousinot, contenue dans la Geste française. Cette insertion ou cette reproduction s'explique et se justifie parfaitement bien. En effet, le chancelier d'Orléans avait été le témoin oculaire et très-rapproché des faits qu'il raconte : car c'est chez lui , dans la propre maison du chancelier , que se tint plusieurs fois le conseil de guerre ^. Quant à l'auteur de la Chronique , il parait, comme on en jugera tout à l'heure, que durant le même temps il n'habitait point cette ville, et qu'il résidait à Poitiers, siège du gouvernement de Char- ^ les VII. Mais lorsque Jeanne, dans la Chronique de la Pucelle^ arrive à Poitiers, alors l'auteur, comme un témoin qui se trouvait là sur les lieux, ne cède pour celte fois la parole à personne. Il nous fournit, de son propre fonds, sur l'examen de la Pucelle à Poitiers, les renseignements les plus circonstanciés et les plus intéressants que nous possédions sur ce point.

Tant que îadictc Jehanne fut à Poictiers, nous apprend le chroniqueur, plusieurs gens de bien alloient

' « Le lendemain, jour de l'Ascension (5 mai 1429), fut tenu conseil, pour savoir ce qu'on avoit à faire afin d'endommager les Anglois, tenant le siège d'un costé et d'autre d'icelle ville. Et fut tenu ce conseil dans l'hostel du chancelier d'Orléans — Jehanne n'estoit point en ce conseil; mais elle estoit dans l'hostel du chancelier avec sa femme , et fut dit après la conclusion qu'il seroit bien d'envoyer quérir Jehanne.... Quand elle fut venue, on lui dit et récita le conseil qui avoit élé tenu — et furent ces paroles (ce compte rendu) dites par le chancelier d'Orléans , etc. » Chronique de Jean Charîier, édition elzévirienne, t. I, p. 73, 74.

tous Jes jours la visiter et tousjours disoit de bonnes paroles. Entre les autres, il y eut un bien notable homme, maistre des requestes de l'hostel du roy, qui luy dist : Jehanne , on veut que vous essayiez à mettre les vivres, etc., etc. '.

Ce notable personnage, résidant pour son service à Poitiers (siège du parlement) , ne serail-il pas l'auteur de la Chronique? Et cet auteur ne serait-il pas Cousinot de Montreuil, maître des requêtes ■^, que ses fonctions par conséquent mirent en rapports multipliés avec les membres du conseil de Charles Vil ; Cousinot de Montreuil , que ses emplois successifs placèrent constamment en relation avec les capitaines et autres grands personnages , dont il atteste les faits et les dits d'un ton si familier, si remarquable; Cousinot de Montreuil , enfin , neveu du chancelier auteur de la Gesle, qu'il copie, on peut dire, comme bien de famille '? Ici encore la critique se trouve en présence d'une simple conjecture, sans preuves ; mais cette dernière hypothèse s'allie si bien, ce me

' Voyez ci-après Chronique , chap. 42.

- La première mention authentique de Cousinot comme maître {les requêtes qui nous soit parvenue ne date, il est vrai, que de 1440. (Voyez ci-dessns, p. 24, note 1.) Mais il convient ici de remarquer deux clioses : la première , c'est que Montreuil pouvait être en possession de celte charge dès 1429. Secondement, ces mots ou cette phrase datent sans doute de 1440 (environ) , époque à laquelle le chroniqueur remania son ouvrage, et où Cousinot de Montreuil était certainement maître des requêtes.

3 On pense que Guillaume Cousinot de Montreuil était neveu de Guillaume Cousinot le chancelier. 11 y a lieu de croire que Montreuil était en outre le filleul du chancelier.

CHRONIQL'E DE GOUSmOT. 51

semble, à la première, que Tune et Taulre se communiquent mutuellement une force nouvelle. Avant d'aller plus loin , il convient , je crois , d'écarter une objection qui doit se présenter à l'esprit. Cette manière de se désigner, sans se nommer, et de se louer soi-même dans son propre ouvrage sous le voile de l'anonyme , paraîtra peu croyable, ou du moins peu conforme à des lois de bienséance qui semblent avoir dû exercer de tout temps leur empire. Je répondrai à cette objection par un fait complètement analogue et encore plus grave. Tliomas Basin, né en 1412 et mort en 1491, nous a laissé une chronique latine, imprimée récemment par les soins de la Société de l'histoire de France. Personne ne saurait révoquer en doute , après la démonstration lumineuse due à la critique de M. J. Quicherat, que le prélat normand soit l'auteur de ce mémorial. Or, dans cette chronique, anonyme comme celle de la Pucelle , voici les termes que Thomas Basin , évêque de l'Eglise, emploie pour se désigner lui-même. Il raconte la réduction, en 1449, de Lisieux, sa ville épiscopale , et s'exprime ainsi : L'évêque de cette ville et du diocèse était Thomas , homme d'une instruction peu commune en fait de lettres humaines et divines , et ce qui est encore d'une meilleure recommandation , assez distingué , comme homme de conseil, par sa prudence, par sa charité sincère envers Dieu ainsi que le prochain, et l'un des plus fameux évêques français de son temps* î...

' « Erat tune eju.sdem civitatis et diœccsis pontifes, Tliomas, vir in divinis et humanis litteris non mediorriter instilulus ; scd

Poursuivons donc , sous toute réserve d'ailleurs , le développement de cette double attribution. Nous avons dit que Cousinot de Montreuil , auteur présumé de notre deuxième cbronique, y travaillait

quod est praestantius, consilio, prudentia et in Deum ac proximum sinceiâ charitate salis conspicuus, atquc unus inter cœteros Galliarum episcopos illius temporis multum famosus. » Histor. Caroli VII , lib. II, capit. xvn. T. I , p. 211. Lefèvre de Saint- Remy, dans ses. Mémoires, se désigne aussi par cette qualification : « ung notable homme et souffisaut hérault. » (Édition du Panifièon liltéraire, p. 507-508). Parmi les textes publiés par M. Quicherat sur la Pucelle, se trouve une relation anonyme que feu Al. Salmon a découverte, il y a peu d'années, dans le manuscrit 891 de Christine au Vatican. Cette relation a pour titre : Chronique de l'ètallissemcnt de la fête instituée en l'honneur de la Pucelle, à Orléans. L'auteur, qui est évidemment un clerc contemporain, s'exprime ainsi dans un passage de sa chronique : « Jehanne s'en alla à l'église Saincte-Groix, et là parla à Messire Jehan de Mascon , docteur, qui estoit ung très sage homme , lequel luy dist : « Ma fille , cstes-vous venue pour lever 1) le siège? » A quoy elle respondit : « En nom Dé, dist-elle, » ouy. " — « Ma fille, dit le sage homme, ilz sont fors et bien a fortiffiés et sera une grant chose à les mettre hors. » — Respondit la Pucelle : « Il n'est riens impossible à la puissance ' de Dieu. » Et en toute la ville ne fist honneur à autre, n (Quithcrat, Procès, etc., t. V , p. 291.) Sur le nom de /. de Mas- . con, le savant et judicieux éditeur place cette note : « Ce per- \ T> sonnage, r, dit M. Quicherat, » qui n'est nommé nulle part » ailleurs, ne serait -il pas l'auteur de la présente relation? » Cette conjecture nous parait tout à fait plausible. Jean de iMàcon, très- vraisemblablement , est bien le nom du clerc qui 'a écrit cette relation. Un autre mode de désignation bien plus étrange est celui dont s'est servi Henri Bande, auteur du Portrait de Charles l/II. Voyez Nouvelles recherches sur Henri Bande, 1853, in-S», p. 1 et suiv, ; et Jean Chartier, édit, Jannet, t. I , p. xlij. Les divers faits que nous venons de grouper s'éclairent mutuellement. Ils attestent un procédé littéraire, qui avait , comme oa le voit , force de coutume.

CIîROxMQUE DE COUSIXOT. r>5

après 1439. Sous la date de 1423, il mentionne ainsi la naissance de Louis XI : « Le quatriesnie 5» jour de juillet , audit an , nasquit Louis , aisné fils V du roy de France ^ . " Ce passage peut donner lieu à plusieurs observations importantes. Et d'abord le chroniqueur, quel qu'il soit, aurait-il employé cette forme de langage, si, au moment où il écrivait ces lignes , Louis XI avait déjà occupé le trône? D'après le sens propre des mots, le roij de France j sous le règne de Louis XI, c'était Louis XI , et ce passage signifierait Louis , fils aîné de lui-même; ce qui est évidemment al)surde. Dans un autre endroit que nous avons cité (cidessus, page 43) , il dit : « Charles VU qui eut le royaume après le trespas àe feu son père, n Feu^ dans les textes anciens , s'emploie toujours comme le font actuellement les Anglais du mot late , et entraîne le sens de dernier ou dernièrement décédé. Si l'auteur avait écrit depuis la mort de Charles VII , ces expressions « après le trespas de feu son père , « en parlant de Charles VI , formeraient un pléonasme ridicule. Charles VII vivant, il n'y a point de pléonasme , et la locution est très-bonne. De même, si Louis XI eût été alors sur le trône , notre écrivain , parlant du père de Louis, n'aurait pas manqué de dire : « du^^w roi de France. « Donc l'auteur écrivait sous Charles VII, mort en 1461. Nous voyons, déplus, que Charles avait alors deux fils , puisque Louis est qualifié de fils aîné. Ceci nous montre que

' Voyez ci-après Chonique , chap. 7.

S4 X^OTICE HISTORIQUE.

ces lignes datent de 1447 à 1461. Louis XI en effet eut successivement trois frères ; mais les deux premiers moururent avant 1439. Charles , son dernier frère , naquit le 28 décembre 1446 , et ne mourut qu'en 1472. Il peut se faire aussi que ce mot aînéj qui seul contient une date, ait été ajouté ou interpolé après coup dans ce passage.

Au reste, la Chronique de la Pucelle semble porter en plusieurs de ses parties les traces de la précipitation et d'une certaine négligence. Ainsi les emprunts de la Geste française y sont, comme Ta très-l)ieu observé M. Quicberat, " cousus, mais non fondus*. » La Chronique de la Pucelle s'arrête brusquement, comme si Fauteur avait été inopinément distrait de son travail. Voici enfin quelques derniers indices qui méritent aussi d'être notés. Xous avons montré ci-dessus que certaines parties de la chronique ont dû être écrites après 1434, après 1439, et même après 1446. Mais certaines autres parties paraissent avoir été rédigées avant 1439 et même avant 1437. Ainsi, en divers endroits de sa chronique, Cousinot de MontreuiP, parlant de sa propre bouche ou pour son propre compte (en dehors des passages oîi il copie la Geste de son oncle), appelle Jean d'Orléans (frère illégitime du duc Charl(?s), l'appelle, dis-je, le \ bastard d'Orléans ^ . D'un autre côté , si l'on com- ^\ / pare la Chronique de la Pucelle ou chronique des I deux Cousinot avec la chronique de Jean Chartier,

' Voyez Procès , l. IV, p. 204.

^ Si je ne me trompe.

^ Chronique de la Pucelle , cliap. 44 , passim , 48 et 60.

CHRONIQUE DE COUSIXOT. 55

il y a entre ces deux écrivains une conformité de laits et de mots si remarquable, que l'un, évidemment, a été le copiste de l'autre ^ Or Jean Cliartier nous apprend lui-même qu'il a commencé de compiler sa chronique , ou , eu d'autres termes , qu'il est entré en fonctions comme chroniqueur royal de Saint -Denis le 18 novembre 1437 '^. Je pense, d'après ces considérations, que la Chronique de la Pucelle est sans doute une première ébauche, commencée dès le moment où l'auteur entra lui-même avec âge d'homme, peut-être vers 1425 ou 1430, sur la scène [du monde. 11 aura séuni d'abord sous la dictée des événements , qu'il suivait de jour en jour et pas à pas , des notes à lui propres, comme aussi des matériaux, tels que la Geste y provenus d'autres mains que les siennes. Vers lAAil ^ ou du moins après 1439, il commença de reviser, de retoucher ces matériaux-, qu'il n'avait encx)rc élaborés jusque-là que d'une manière très-imparfaite. Mais d'autres soins étant survenus, il se serait vu obligé, à ce qu'il semble, de laisser iii ce travail inachevé. C'est ce manuscrit, en quelque sorte interrompu, qui, retrouvé par Godefroy, forme la base de la chronique dite de la Pucelle. Cet ouvrage ne mérite pas moins , je le répète , une nrrande considération. L'autorité dont il a toujours joui, sous le voile de l'anonyme, s'explique et se justifie pleinement par les qualités de l'auteur, en admettant l'attribution que nous avons proposée.

' J'examinerai bientôt plus à fond la question de savoir si Cousinot de Moutreuil a pu copier Jean Cliartier.

- Voyez Chronique de Jean Cliartier, édition de la Bihlioihèque elzévirienne , in- 16, t. I , p. 2.

A cet argument , encore hypothétique , il faut joindre d'autres observations que fournit un examen plus approfondi de celte chronique. Si l'on analyse avec soin le texte de ce fragment, on trouve qu'une certaine analogie ou ressemblance existe entre ce texte et quatre autres sources historiques, aujourd'hui connues, et ci-après cnumérées : 1° la Geste française ; 2° le Journal du siège j 3° certains Témoignages du procès de réhahilitation; 4° la Chronique de Jean Chartier. Une question qu'il importe d'éclaircir est de savoir quelle part de secours l'auteur de la chronique dite de la Pucelle a pu tirer de ces diverses sources historiques, ou quelle part, au contraire, il a pu leur fournir. Nous allons tenter d'éclaircir celte question , en admettant que la Chronique ait pour auteur Cousinot de Montreuil.

1° En ce qui touche la Geste française , nulle difficulté. Ici Cousinot de Montreuil est évidemment l'emprunteur, et cet emprunt est d'autant plus naturel qu'il se passait, comme on l'a dit, en famille. Le second des deux écrivains a puisé à cette source divers passages qui ont été exactement signalés par M. Quicherat et dont l'origine est incontestable. Je crois pouvoir ajouter que la Chronique a également emprunté de la Geste la dénomination qui lui est restée depuis Godefroy, celle de Chronique de la Pucelle. On sait que cette dénomination a été ajoutée au litre principal de l'ouvrage, et se lit encore en tête du ms. 10297 : " Gestes des François descenduz du roi Priam... et Jehanne la Pucelle. » 11 y a lieu de penser que

CHROXIQUS DE COUSIXOT. 57

Tun des manuscrits de la Chronique , \isé par Godefroy, portait également quelque inscription ou addition de ce genre.

2° Le Journal du siège d'Orléans en 1428 contient aussi des passages assez nombreux, qui ressemblent au texte de la Chronique ; mais on peut, je crois, démontrer que le Journal du siège est en ce cas l'emprunteur. Le texte manuscrit le plus ancien qui nous soit reslé de ce document a élc exécuté de 1488 à 1516. Il le fut à Paris, par les soins de l'abbé de Saint- Victor ^ Dans ce manuscrit de Saint-Victor, l'ouvrage ne porte pas le titre de Journal du siège, qui lui a été donné postérieurement; il porte celui-ci, qu'il n'est point inutile de transcrire : « Conipendium gestorum in regno Francie temporibus Karoli septimi... et primo in gallico civitatis Aurelianensis obsidio, etc.^» Ainsi l'idée du siège n'arrive que dans le sous-titre, et cette traduction latine se présente d'abord comme une chronique d'ensemble ^

* Bibliotlièque impériale. Saint-Victor, n"» 285. Voyez Quicherat, Procès, t. V, p. 398.

^ K Abrégé des Gestes advenues au royaume de France du temps de Charles VIP, et d'abord en français le siège delà cité d'Orléans , etc. »

^ Nous observerons en passant que cette forme de titre (avec le mot geste) est commune : l" à la Geste française ; 2° à la Chronique (voyez ci-dessus p. 43) ; S" au Journal du siège; A° cette dénomination générale , sauf le mot geste , s'applique encore à la compilation abrégée des grandes et générales chroniques, ms. 411 de la bibliolhèque d'Orléans, (Voyez Buchon, Chronique de la Pucelle, édit. du Panthéon, p. xxv.) Les deux premiers de ces quatre ouvrages sont bien en effet des compilations à la fois ^ewera^es et spéciales ; mais les deux autres sont

5? XOTICE HISTORIQUE.

En remontant vers les origines du Journal, et {)ar delà cette simple reproduction que Ton vient de mentionner, nous arrivons enfin à une compilation , la plus ancienne dont on puisse constater l'existence, sous la date de 1467 *. Le texte même, en mentionnant un fonctionnaire de Louis XI, montre en effet, comme Ta très-bien établi AL Quicherat*, que le Journal du siège (tel que nous le possédons) a été écrit sous le règne de ce prince. Or nous avons fait voir que le fragment dû à Cousinot de Montreuil d'après notre sentiment , est certainement antérieur à Tavénement de Louis XL*.

Indépendamment de la preuve que fournit l'anfériorilé , il y a un autre moyen de vérifier quel est, des deux auteurs que l'on compare en ce moment, Linitiateur et l'initié. L'analogie qui existe entre ces divers témoignages historiques trouve d'abord une première explication dans l'identité des faits rapportés de part et d'autre. Mais pour ce qui est de la forme ou de l'originalité littéraire du récit, on peut constater sur les textes l'observation suivante, qui est toute en faveur de l'interprétation proposée, à savoir, que cette originalité appartient

purement spéciales et ne traitent que de la Pucelle. 11 est naturel de penser que le titre a été conservé aux deux derniers par imitation des premiers.

• Procès, t. IV,*p. 94.

2 Le Journal du siège remonte en effet à un mémorial quotidien tenu en présence des événemenis ^ar un Orléanais. Ce mémorial date, il est vrai , de 1428. Puis vers 1467 , un compilateur remania cet ouvrage primitif, en y intercalant des additions plus récentes et distinctes. Mais c'est là , et non dans le journal proprement dit, que se trouvent exclusivement les passages dont il s'agit.

ù la Chronique de la Pucelle. Parmi les fragments communs ou analogues qui existent, d'une part, dans les diverses éditions du Journal du siège y et, d'autre part, dans la chronique dite de la Pucelle, il faut établir une première distinction. La plupart de ces fragments font partie de la Geste, c'est-àdire, d'après nos attributions, appartiennent à Cousinot le chancelier. D'autres passages, en plus petit nombre, émanent de la Chronique, ou de Cousinot deMontreuil. Ensuite, les fragments analogues ou communs que l'on retrouve dans le Journal y sont tantôt identiques, tantôt plus succincts, et tantôt plus étendus, par rapport au texte publié dans Godefroy.

Nous écarterons d'abord les passages identiques, comme impropres à fournir la preuve que nous cherchons. Restent les passages plus succincts et les passages plus étendus. Or il y a cela de remarquable, et qui peut être vérifié par tout, le monde , c'est que les passages amplifiés par le Journal, ou, si l'on veut, plus amples dans le Journal, proviennent quelquefois de la Geste, mais ne i proviennent jamais de la Chronique , ou de Cousi- ( not de Montreuil -, tandis que la Chronique est quelquefois réduite dans le Journal. En effet , tout en adoptant comme fond et comme guide le récit abrégé du chancelier d'Orléans , les rédacteurs du journal, témoins, sur les mêmes lieux, des mêmes événements , ont pu ajouter à ce récit beaucoup de particularités qu'ils avaient personnellement recueillies. Bien loin de là, Cousinot de Montreuil, absent d'Orléans , n'avait rien à leur apprendre

louchant ce qui s'était passé dans leur ville. Mais il a pu fournir, et il a fourni d'auli'es notions, d'autres développements qui se rattachaient à la matière du journal. Sur ce terrain, les historiens du siège ne pouvaient ni le contrôler ni l'amplifier; ils ne pouvaient que le copier ou le réduire; c'est ce qu'ils ont fait. Cousinot de Montreuil a donc prêté au journal , au lieu de lui emprunter : car on peut extraire le moins du plus , mais on ne saurait tirer le plus du moins. Voilà donc en faveur de notre hypothèse un nouvel indice.

3° La déposition de quelques témoins , entendus en 1456 lors du procès de réhabilitation, offre une certaine analogie avec le récit de la chronique*. Ces témoins furent-ils, par rapport au document que nous examinons , des prêteurs ou des emprun^ teurs ? Xi l'un ni l'autre, selon toute vraisemhlance. Pour compiler le procès libellé en 145G, il aurait fallu que Cousinot de Montreuil écrivit sa Chronique après 1456. Mais je crois que cela ne peut pas être. En 1456, Dunois n'était plus pour personne le bâtard d'Orléans, bien qu'il prit encore quelquefois lui-même cette dénomination^. Lieutenant général du roi , grand chambellan de France , vainqueur en Normandie et en Guyenne , libérateur de son pays , il marchait à la suite des princes du sang , et , vu la qualité de ses serv ices , il pouvait leur disputer le rang ou la préséance ^

' Voyez Quiclierat, Procès, t. IV, p. 220, 223, 227, 233 et 237; en tout, cinq.

2 Voyez notes biograpliiques sur Dunois, dans le Cabinet historique, 1857, p. 114, note 1.

3 Jbid.

CHROXIQUE DE COUSL\OT. 61

En 1449 et 1456, Cousinot de Montreuil (voyez ci-dessus pages 25 et 29) avait eu l'honneur d'être le collègue ou le subordonné de ce personnage illustre. Or dans sa chronique , il l'appelle en divers endroits le bâtard cl Orléans. Avant 1439, Cousinot de Montreuil ne pouvait parler autrement. ?\Iais en 1456, se servir de ces termes ou les maintenir eut été une sorle d'inconvenance qui, plus qu'à personne, déliait répugner au seigneur de Montreuil. En 1456, Montreuil aurait dit, en parlant de Jean : « le comte de Dunois et de Longue ville. » Je me borne à cet argument pour fonder une réfutation que complétera le lecteur.

Cousinot de Montreuil n'a donc pas copié les témoins de 1456. Témoin lui-même, non du procès*, mais des événements, possesseur du mémorial écrit parle chancelier d'Orléans, il ne lui était point nécessaire de consulter les écritures de ce procès. Les témoins judiciaires, ceux qui déposèrent en 1456, à vingt-sept ans d'intervalle par rapport à des faits consommés en 1429, auraient eu plulôt besoin d'un pareil secours. Quelques-uns, pour raviver des souvenirs éteints , ont pu consulter la lettre des mémoriaux; ils ont pu se rendre à Saint-Denis, au dépôt authentique et consacré des Chroniques de France. Là enfin ils ont pu, depuis 1437, lire dans la compilation du chroniqueur officiel Jean Charlier

' Cousinot de Montreuil était un témoin de Poitiers. Il ne fut point appelé à déposer en 1456. Voyez sur ce point intéressant l'observation très-judicieuse émise par M. Quicherat, Procès, t. V, p. 472, paragraphe commençant par ces mots: « L'examen , etc. s

le récit des événements de 1429. Or ce récit est en grande partie celui de la Chronique de la Pucelle^. Mais ce dernier raisonnement est purement hypothétique : abstenons-nous de conjectures. Les analogies signalées , en ce qui concerne les témoins de 1456 ^, ne portent pas sur les mots, elles portent sur les choses. Cette analogie est donc toute naturelle. Les deux Cousinot de leur cô!é, les témoins du leur , ont tous raconté ce qu'ils ont su et vu , chacun en son temps et dans son langage.

4" Quant à la Chronique de Jean Chartier, les observations qui précèdent s'y appliquent également. Il ne saurait y avoir aujourd'hui là -dessus aucune incertitude. Jean Chartier, à proprement parler, n'est point un chroniqueur original, j'entends l'auteur direct et primitif d'un récit composé de visu, sur le théâtre ou en présence des événements. Jean Chartier, moine de Saint -Denis, entra dans sa charge de chroniqueur en 1437. Or, après comme avant sa nomination , il sortit bien peu de son couvent pour écrire sa chronique, laquelle n'est guère qu'une vraie compilation d'un bout à l'autre ^ Il \ est donc bien évident que Jean Chartier a copié la chronique de Cousinot, comme l'avait très -judicieusement remarqué Godefroy *.

Une dernière raison bien simple achèvera d'expli-

' Voyez mon édition de Jean Cliartier, dans la Bibliothèque ehévirienne, t. I, p. 69, note 2, et la Notice sîir Jean Chartier qui précède sa chronique.

2 Voyez aux endroits iudiqés ci-dessus, p. 60, note 1.

3 Voyez Edition ehévirienne.

''' Voyez ci-dessus, p. 3, troisième alinéa.

CHROi\'IQUE DE COUSIXOT. 63

quer toutes ces similitudes. C'est que la chronique du chancelier , recueillie et développée par son neveu , était précisément ce que nous appellerions la chronique officielle du duché d'Orléans. Il n'est donc pas étonnant que les hourgeois ou les clercs d'Orléans, auleurs du Journal du siège, et même que le chroniqueur du roi, Jean Chartier, aient mis à contrihution ce document, cette source d'information , si bien faite pour correspondre aux sympathies de ces compilateurs et pour leur inspirer toute confiance.

Je me résumerai ici en quelques mots sur un point important.

La chronique dite de la Pucelle a joui jusqu'à ce jour, grâce précisément à cette dénomination , d'une autorité considérable. Sans trop se rendre compte des motifs , on l'a toujours regardée comme étant en quelque sorte , sur ce sujet , la chronique par excellence. Or chacun se rappelle qu'au quinzième siècle la plupart des mémoires offrent , ainsi que nous l'avons déjà plusieurs fois remarqué, un caractère tout à fait particulier, ou personnel, et domestique. Telles sont, par exemple, la chronique de Parceval de Cagny pour le duc d'Alençon, celle de Guillaume Gruel pour le connétable de Richemont, celle de Chastelain pour le duc de Bourgogne, celle de Guillaume I" Gousinot pour le duc d'Orléans, et enfin celle de Jean Chartier, du hérault Berry et de plusieurs autres pour le roi Charles VU.

Jeanne, au milieu de ses travaux militaires, présidait à uîie correspondance active et très-éîen

due. M. Quicherat, dans sa précieuse coileciion, en a réuni la preuve et les monuments *. La Pucelle entretenait nécessairement autour d'elle des clercs assez nombreux pour subvenir à Texpédition de cette correspondance. Si donc Jeanne avait voulu transmettre à la postérité le récit de ses actions, elle n'aurait fait en cela que suivre un exemple généralement pratiqué par ses contemporains ou ses compagnons d'armes. Cet exemple était un fait commun , depuis les souverains les plus puissants jusqu'aux moindres chefs de guerre, tels que les de Lalain ou les Chabannes , dont les chroniques domestiques nous sont également restées. Pour écrire cette chronique de la Pucelle, les clercs qui l'entouraient étaient des historiographes tout trouvés , et la matière ne devait point faire défaut à leur zèle. Nous ne voyons pas cependant qu'aucun document de ce genre nous ait été légué ainsi par l'héroïne. A l'égard de la chronique dite de la Pucelle , en particulier, il suffit du plus léger examen pom* s'assurer que ce fragment d'histoire générale ne se rattache nullement à l'origine que cette dénomination pourrait faire supposer. La libératrice de 14i9 a illustré nos annales de Tépisode le plus glorieux et le plus attachant qui orne les ftistes d'aucun peuple. Mais écrire ou dicter cette histoire est la pensée qui s'accorde le moins avec cette vie , toute d'abnégation , qui commence par le dévouement et qui se termine par le sacrifice le plus sublime.

' Voyez Procès, etc., t. I , p. 245, et t. V, p. 137, 154, 156, 253.

CHROXIQUE DE COUSIXOT. 65

Jeanne est et demeurera donc tout à fait étrangère , comme auteur, ou même comme inspiratrice directe, à la chronique qui semble porter son nom. Ces mots ou cette dénomination : Chronique de la Pucelle, s'ils se maintiennent dans la langue de riiistoire, doivent être entendus tout différemment. Ils ne peuvent se justifier que par une interprétation spéciale : à savoir que , dans cette chronique, le récit des actions de Théroïne occupe effectivement une place plus étendue , proportion gardée , que dans aucune autre. J'ajouterai que sous le rapport du mérite ou de l'estime qui ont été jusqu'ici accordés à ce document, la Chronique de la Pucclle n'a point à souffrir des éclaircissements cidessus présentés. Si nous avons dû faire justice d'une attribution sans crédit et sans défenseur, si nous avons rejeté une origine trop illustre pour être fondée , la double attribution que nous y avons substituée assure encore à ce mémorial un degré d'estime considérable , parmi les témoignages auxquels il peut être comparé. En admettant les conclusions auxquelles tendent ces recherches, la chronique dont il s'agit aurait eu successivement pour auteurs deux personnages distingués, également dignes de foi, inspirés l'un et l'autre du pur sentiment de la vérité. Leur œuvre commune serait toujours la source, excellente et primitive, à laquelle beaucoup d'autres récits, estimables euxmêmes, auraient été puisés.

6Ô KOTICE HISTORIQUE.

§ 7. De la chronique générale possédée au seizième siècle par Jean Le Féron.

Nous avons précédemment distingué, à l'aide d'une étude spéciale , deux ouvrages : la Geste des nobles et la Chronique de la Pucelle. 11 nous reste à revenir sur le troisième, qui paraît avoir réuni et continué les deux autres.

Je m'attacherai d'abord à fixer, avec plus de précision que je n'ai pu le faire jusqu'ici, les termes chronologiques extrêmes, qu'embrassait ou qu'embrasse la matière de ce troisième ouvrage. Pour le point de départ, nulle difficulté. Selon toute vraisemblance , ce point de départ remontait , par delà Pépin de Landen , aux origines troyennes de la monarchie. 11 n'est point aussi aisé de préciser l'autre terme. Le dernier auteur qui parle de Cousinot de Montreuil comme d'un personnage encore vivant, est Jean de Saint-Gelais , qui l'appelle un ancien homme *. Il nous le montre toutefois assez robuste encore pour prendre une part active aux états généraux de 1484, et nous savons, par d'autres témoianages, qu'il fut une des lumières de cette grande assemblée. D'un autre côté, Henri Baude, à peu de temps de là, l'appelle /m Cousinot; et ce , dans un ouvrage qui ne put être offert au roi Charles VIII que dans les premières années de son

* « Et s'en occupoit fort un ancien homme nommé Messire Guillaume Cousinot. » Histoire de Louis XII , roy de France , édition de Godefroy ; Paris, 1622, in-4'', p. 46.

CHRONIQUE DE COUSLXOT. 67

règne * . Cependant Jean Le Féron , en divers passages que nous avons cités, allègue d'une manière assez précise l'aulorité de Cousinot, à propos de faits datés de 1485, M^8, 1492 et 1495 2. Ces allégations concordent avec le sens qu'on pourrait assez naturellement donner à un autre passage du même auteur, où il désigne l'ouvrage de Cousinot comme une chronique de Charles Vil , Louis XI et Charles VHP, c'est à-dire comprenant les règnes entiers de ces trois princes. Il y a donc lieu de supposer que la chronique écrite par Cousinot de Montreuil aura été continuée et poursuivie par quelque successeur.

Après Le Féron, Lacroix du Maine recueillit dans sa Blbliotàèquefrançoise, imprimée en 1584, la notice de cette chronique générale de Cousinot. Sous la lettre G de son dictionnaire ^, La Croix du Maine consacre à notre écrivain du quinzième siècle cet article :

« Messire Guillaume Cousinot, chevalier françois, très excellent historien. Il a escript une chronique très-ample et très-véritable de son temps , laquelle n'est encores imprimée. Jean Le Féron... asseure en ses œuvres l'avoir par devers soy escripte à la main, -i

Cette indication a été depuis reproduite textuel-

' Voyez Nouvelles Recherches sur Henri Baude, p. 6, note 3, et Bibliothèque Ehévirienne , à la suite de Jean Ctiartier, t. 3, p. 140 : [ * ut vos ita faciatis. " )

^ Voyez ci-dessus, p. 7, E , et 8, I et J.

3 Voyez ci-dessus, p. 6 et p. 8 ; J. La date de 1510 est alléguée, p. 9; 0.

^ Au mot Guillaume.

lement par Rigoley de Juvigny *, et en abrégé par Févret de Fontette ^. L'un et l'autre se réfèrent^ comme La Croix du Maine , au témoignage primitif de Le Féron. Gabriel Naudé % avant ces deux derniers auteurs , avait également cité la chronique de Cousinot d'une manière plus vague encore, et d'après le témoignage de La Croix du Maine.

Pierre Frizon, auteur d'une histoire des cardinaux français, publiée en 1638, allègue la chronique de Cousinot ''. [Les termes dont il se sert à cette occasion ^ ne nous permettent guère de distinguer si Frizon a recueilli directement dans le manuscrit de Cousinot le passage allégué, ou s'il a pris , comme il y a plus d'apparence , cette citation toute faite *, dans Le Féron, sans mentionner l'auteur intermédiaire.

De 1638 à 1650, Jacques Cousinot, médecin, qui revendiquait la qualité de descendant de Cousinot, seigneur de Montreuil, publia sur ce personnage un mémoire où il parle de sa chronique , mais sans indiquer ce qu'elle est devenue '. Enfin

' Nouvelle édition de la Croix du Maine et de Duuerdier, 1172, in-4", t. I, p. 323.

2 Bibliothèque historique , t. II, n» 17301.

3 Addition à l'histoire de Louis XI. Paris, 1630, in-S», p. 48-49. '* Gallia j^iirpiirata. Paris , in-folio , p. 487.

5 Voici ces termes • " Reginaldus de Chartres , quem Cousinot (en marge : Cousinot, historien françois) nuncupat Hectorem, sumpto pareutis nomine. « Regnauld était fils d'Hector de Chartres.

^ Voyez ci-dessus, p. 7; G.

' Abrégé de la vie et actions plus mémorables de Messire Guillaume Cousinot , etc. , par Jacques Cousinot , Parisien , docteur en médecine; Paris, in-4o, sans date, à la fin.

Louis Gollut, qui imprima , en 1692, ses Mémoires historiques de la république séquanoise, semble nous offrir une dernière trace directe de la Chronique de Cousinot. Il désigne nominativement celui-ci comme l'un des « autheurs desquels en ces mémoires on s'est servy *. " Mais la Chronique de Cousinot, malgré cette annonce, ne figure pas dans le corps de l'ouvrage au nombre des autorités alléguées , et l'auteur ne nous fournit aucun moyen de vérifier l'emploi qu'il a pu faire de notre chronique.

En somme , il résulte des mentions rapportées dans ce dernier chapitre ou paragraphe, que depuis Le Féron, qui seul a sérieusement fait usage de notre document , nous ne possédons aucuns vestiges certains et directs de cette chronique. Les développements étendus que nous venons de publier ^

• DôIe , in-folio : index de quatre colonnes. Cousinetus est le premier nom de la troisième colonne , à la fin des pages liminaires.

' Depuis que le présent mémoire a été composé , la ChrO' nique de Cousinot a fourni la matière de divers écrits. Les savants qui voudront s'occuper de celte question nous sanront gré de leur offrir ci -après l'indication de ces divers écrits; 1° Compte rendu de la communication faite à l'Académie des inscriptions et belles-lettres sur la Chronique de Cousinot, dans la Revue des sociétés savantes, Paris, 1856, in-S", p. 5 et suivantes, 2" Note sur la Chronique de Cousinot, dans la brochure intitulée : te règne de Charles VII , d'après M. Henri Martin, etc., par M. Du Fresne de Beaucourt. Paris, 1856, in-80 , p. 22. 3» Revue de Paris de 1856 , article de M. Henri Martin, reproduit par l'auteur dans un écrit spécial intitulé : Jeanne Darc , par H. Martin, Paris, Fume, 1856, in- 12. 4" Un dernier mot à M. Henri Martin , par M. de Beaucourt , 1857, in-80.

scrriront à faire comprendre Tintérêt et le profit que cette clironique ne manquerait pas de fournir à riiîstoire, si elle pouvait être retrouvée. L'ensemble des œuvres historiques des deux Cousinot , que nous possédons actuellement, réuni, formerait environ deux volumes semblables à ceux que publie la Société de l'histoire de France.

37otice iîibîiographîque des divers écrits de Cousinot de rSontreuîI qui nous sont restés.

De 1445 à 1449. Relation d'a?nbassade et autres documents relatifs aux négociations entre la France et l'Angleterre. Manuscrits Baluze 9037,7 et 8448. Un extrait de cette relation a été imprimé dans le tome IV des Notices des manuscrits , etc., page 25.

De 1449 à 1465, Quatre lettres sur des événements politiques ou militaires. Elles sont imprimées ou analysées dans Thésaurus anecdotorum, in-folio, tome I, colonnes 1812-1818; Documents inédits, in-4*'. Mélanges Ghampollion 1843, tome II, pages 217, 270; et Michelet, Histoire de France, première édition, tome VI , page 95.

1465. Instructions diplomatiques d'une mission aujyrès de Marguerite d'Anjou , relative à la guerre des deux Roses. Ms. 9037,7; feuillets 184 à 186.

1469. Réponse à Rohertet sur le départ de la belle Etiennette^; en prose et vers, ms., suppl. franc., no 607, fol. 120 et suiv.

1469 août. Relation de son ambassade à Rome au sujet de l'affaire Balue. Mss. Baluze n» 8448; suppl. fr. nP 3456; et Saint-Germain des Prés, laP 62. Duclos

' Voyez la Chronique scandaleuse, édition du Panthéon, 1838, in-S", p. 266.

CHRO?>:iQUE DE COUSINOT. 71

en a donné des extraits dans ses Pièces justificatives déjà citées, édition de 1746, in-12, page 303 et suivantes ^

1478, août 12. Lettre au chancelier et seigneurs du grand conseil sur les droits du roi; ms. Baluze, n° 9675 b.; imprimé par Mademoiselle Dupont dans son édition de Commyiies, tome îll, pages 315-320.

' Ce qui suit est extrait d'un catalogue de la rente C. M. (in-8o), 15 décembre 1855. Potier, libraire : « N» 1398. Relation d'une ambassade envoyée par Louis XI au pape, pour faire le procès au cardinal d'Angers et à l'évêquo de Verdun , 1469. — Ms. de 64 feuillets in-fol. sur pap. écrit, du xviii* siècle, demi-rel. — Document important. On y a ajouté : Vie et histoire de Jean Baluc, cardinal évèque d'Angers. Ms. in-fol. sur pap. de la même main que le précédent. ■

KOTICE HISTORIQUE.

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