‹ Chronique de la PucelleChapitre 18 sur 66 · J CHRONIQUE NORMANDE · texte numérisé non relu

J CHRONIQUE NORMANDE

Et le merquedi 14^ d'octobre ensuivant, vindrent au point du jour devant le pont de Sainct-Glout et leur livra Colin de Pizeuz, capitaine du dit pont, et leur vcndy. Et après il en out son paiement, car il en out le col trauchié comme vous orrez après. Et quant il furent maistres du pont, le compte d'Arminach qui n'est pas encore avec les autres, passa et vint avec les autres, et firent qu'il pristrent la ville de Sainct-Denis et l'abbaye , et ne povoit aler à Paris nul vivres du pais de Normendie ne des partiez d'environ.

Chap. 19. Jean Sans-peur entre dans Paris. Saînt-Cloiid est repris. Défaite des Orléanais.

Quant le duc de Bourgongne qui estoit à Arras et vit que ses adversaires se démenoicnt ainsi et qu'il portoient guerre au roy, leur prinche et as siens , fu moût courchié. Se parti d' Arras à très grant quantité de genz d'armes, accompaignié de 4000, que genz d'armes, que archiés, des genz au compte de Arondel de Engleterre , et s'en vinst par ses journéez à Pontoize vendredi 16*-' jour d'octobre ensuivant; et là fu en atendant ses genzjusques ciu joedi 27*^ jour dudit mois et delà parti et s'en vint passer par Meullent pour ce qui ne pouvoit avoir nulles nouvelles du roy ne de Paris, pour ses anemis qui estoient entre lui et Paris et chevaucha outre lui et seuzt gens et entra à Paris par la porte Sainct-Jaque au point du jour le samedi et là fu grant joie démenée en criant Noël et au soir les feulx comme à la Sainct-Jehan.

Or est le duc de Bourgongne , à Paris, dolent et courouchié de ses adversaires, qui ainssi sont devant Paris, et du pont Sainct-Clout que ainsi par traïson ont pris et qui ainssi guerrient 2 leur prinche et la noble ville de

» Ses.

2 Guerroient.

414 P. COCHON. [1411 nov. 9-

Paris. Si cuide bien que ce soit pour lui et pour son fait et pour ce que le roy ne leur veult acomplir telle justice comme il demandent. Et quant ledit duc de Bourgongne vit le démené , si assembla ses gens secrètement tant de Paris que d'aillieurs et yssircnt par nuit et furent devant Sainct-Clout et fort l'assaillèrent tant que par forche il reffu pris ville et pont. Et y mourut et noya des adversaires au duc de Bourgongne bien que chevaliers que escuiers, tous flours de genz d'armes en nombre 1200 et plus. Et y fu repris le traître Colin de Pizeuz , lequel eut le col trenché et escartellé, lui 5*^. Et ce fait, celx de Paris pour ce qu'ilz estoieut trop fouliez, s'en retournèrent à Paris sanz rien perdre , et fu ceste desconfiture le lundi 9*^ jour de novembre 1411.

Et estoit leur entente que l'endemain qu'il alassent asaillir les autres à Sainct- Denis. Maiz de leurs amis qu'ilz avoient à Paris, comme Messire Pierre des Essars, adonc prévost de Paris , et d'autres, leur mandèrent qu'il vuidassent ou il seroient tous mors et pris. Et se partirent de Sainct-Denis ledict lundi en mynuit et passèrent Saine au dessouz de Sainct-Denis par un pont qu'il firent de bost et de cordes et s'en noya la grant quantité de haste. Et qui eust été avisé d'avoir gens d'armes de l'autre costé, tout [eust] esté pris. Et eulx passés, chascun se fuehyl au miex qu'il pout, les uns à Drecux, les autres à Estampes et le compte d'Alenchon en ses forteresches. Et l'endemain, le mardi ensuivant, quant chex de Paris oïrent dire qu'ils estoient passés Saine comme dit est, yssirent de Paris, aies poursuir, 10,000 hommes d'armes. Mais ce fu trop tart qu'il estoient espartis chascun en leurs forteresches. Et s'en alla M. de Berry àMontargis et leur somraage et charroy demoura à Sainct- Denis qu'il ne le purent recullir de haste qu'il eurent de partir, et les vint querre ledit prévost de Paris et mena

» S'enfuit.

U12îév.n] CHROMQUE NORMANDE. 415

tout à Paris en la garde du roy, fors ce qu'il en retinst pour lui.

Chap. 20. Siège d'Etampes. M. de Bosredon pris. Prise du comte de la Marche.

Après ches choses ainsi faites et que icelz adversaires s'estoient resconsez en leur forteresches , le duc de Guyane, M. de Bourgongne et chex de Paris ax'ec les enginz, alèrent à Estampes où estoit un de leurs grégneurs routiers nemmé Lourdon et plussieurs autres et fu si fort assailly que par forche y fu pris et ledit Lourdon 1 et ses compaignons. Et fu ledit Lourdon délivré pour aultre prisonnier, dont ce fu très grant dommage. Et fu ce fait lundi 7^ jour de décembre ensuivant.

Item le 9^ jour ensuixant, en un autre pongneis 2, le compte de Larmache ^ fu pris desdiz adversaires ; aucunz dient que ce fu de sa bonne volenté et eussent tous les gens du roy esté desconfilz, ne fust le sire de Hambuye* qui y vint à la rescouse et perdirent iceulx adversaires , que mors que pris, le nombre de mil hommes d'armes, dont ledit seigneur y recouvra très grand honnor.

Ghaf. 21. Prise de M. de Gaucourt. Le prévôt de Pans, des Essarts, marche sur Montargis.

Item le joedi 17^ jour de février ensuivant, en un autre pongneys , le mareschal de France nommé Loys [de Longny ^] et Enguerren de Bourneville , trouvèrent les adversaires Bourgongne entre Bonneval et Chartres et

1 II se nommait Lonis de Bosredon. L'auteur ëcorche habituellement les noms propres.

^ Pugna, bataille , ovl pugneium , poignis , mêlée des poings.

^ La Marche.

* Ou Rambures. Voyez Monstrelet, édition d'Arcq, t. II, p. 226, note 1.

s Le nom est en blanc dans le ms.

416 P. COCHON. [1412 mars 23-

acomplèrent ensemble et y out desdiz adversaires , que pris que mors, plus de 1,400, avec un grant prisonnier, M. d'Ancourt i, qui fu amené au roy.

Item le merquedi 23^ de mars ensuivant , Sire Pierre des Ersas 2^ adonc prévost de Paris, yssi de Paris pour aler devant Montargis où estoient recueullis le duc de Berry et plusieurs autres , et mena le prévost des enginz de Paris, à grant quantité de genz d'armes â acoustre-» mentz de Paris ^. Et quant Berry sut la venue, se partirent et s'en allèrent à Bourges en Berry. El pour ce que le roy faisait ses semonces'* pour aller contre ses anemis, retournèrent à Paris et fu levée une grande taille ou royaume, dont le bailliage de Rouen fu à 30,000 livres.

Ghap. 22. Le roi emmené à Melun et à Chinon. Prise de Dun-le-Roi. Sièges de Dreux et de Bourges. Ra^ vages du comte de Richetnont en Normandie. Descente des Anglais à la Hogue-Saint-Vast. Entrevue d'Auxerre.

Item le jeudi 7^ jour de moy ensuivant 1412, le roy, M. de Guyane , le duc de Bourgongne , yssirent de Paris à aler à Meleum faire leur paiement ^ acompaigniés de 20 à 30,000 hommes d'armes à aler contre leurs adversaires. Et de là partirent le samedi 14*^ jour dudit mois à aler à Ghygnon et de là chevaucha et tinst les chanz et prenoit villes et chastcaux qui douchementse rendoient à lui et vindrent devant un fort chastel nommé Dumroy ^

' Ou d'Aucourt ; sans doute pour de Gaucourt.

2 Des Essarts.

^ Le prévôt emmena de Paris de l'artillerie et autres machines de guerre avec un grand nombre d'hommes d'armes armés et équipés.

'* Levées de ban , réquisition d'hommes de guerre.

5 Parlement, conférence.

* Dun-le-Roi.

jaiUet 25 à 31] CHRONIQUE NORMANDE. 417

qui se tinst fort contre le roy et longuement; et fu fort asailly et dcffendu ; et toutefois, le mardi 7«= jour de juing ensuivant, par forche il fu rendu et tous en la mcrchy du roy.

Item le roy et ses gens aryvèrent devant Bourges samedi ensuivant 9^ jour de juing et mist siège devant. Et demandèrent Berry et ses alicz trêves jusqucs à trois jours par traïson. Et cependant yssirent, par une fausse porte, par nuit, grant quantité de gens d'armes. Et pour lesdictes trêves que le roy et ses gens fussent désarmés, vindrent au logis du roy courre sus et par la grâce de Dieu il fu apcrcheu et trouvoit l'avant garde en si bien arroy qu'il mourut bien là six-vingt hommes et 80 prisonniers et les autres se reccullirent au miex qu'il purent à leur mal avanture.

Et en icelui temps que le roy estoit devant Bourges, les communs de Paris, de Rouen, d'Evreeuz et du plat pays; le mareschal de Franche, le capitaine de Rouen estoient devant Dreeuz , et fu si fort asailly et tampesté que par forche pristrent la ville et la basse court du chastel et ledit chastel miné. Et prist de mettre le feu es estoies 1, ne fussent les nobles qui y estoient; et aussi qui vint lettres du roy que l'en se sessast en espaice d'accort 2.

Et la desraine sepmaine de juillet , le siège de devaiU Bourges fu levé en espérance d'accort par l'apointement de M. de Guyane, et cependant Artus , compte de Richemont, frère du duc de Brelaignc, à grant quantité de gens d'armes et les gens au compte d'Alenchon estoient en Normandie et destruoient la terre du roy et pristrent Glos-la-Ferrière 3 et Laigle ^ et les pillèrent et y gai-

' Aux étais.

* En vue d'arrangement.

* Canton de la Ferlé, arrondissement d'Argentan (Orne).

* Pré» de Gloi.

418 ^ P. COCHON. [1412 août 10-

gnèrent tant de finance que ce fii grand merveille. Et attendoient Englois pour estre en leur aide qui avoient fait venir les dessus adversaires , lesquiex deschendirent à la Huogue Sainct-Vaast le 10^ jour d'aost ensuivant, oh estoit Thomas fils au roy d'Engleterre, et estoient nombrez 6,000 hommes d'armes et 4,000 archiez et tindrent les chanz et passèrent et allèrent en Guyane et y forent tout l'iver et pristrent proies, chastiax et villes, etc.

Or retourneron à parler de la pais dessus dicte.

Touz nos seigneurs, c'est assavoir le roy, son ainsnc filz , le duc de Berry, le duc de Bourgongne , les enfanz d'Orléanz, le duc de Bourbon, le compte d'Alenchon et tous les autres s'en vindrent à Auxerre la desrainc scpmaine d'aost ensuivant 1412 ; et là fu le parlement fait et la paiz accordée et tout pardonné d'un costé et d'autre et tout remis en son premier estât, et criée à. Paris et à Rouen et es bonnes villes du royaume et les feulz faits en criant A'oé'l. Et fu la ticrche pais et fu enchiès * le 25^ jour d'octobre ensuivant que le roy et son filz fussent retournés à Paris ; et le duc de Berry y entra lundi après la sainct Clément ^ ensuivant et lui fu deffcndu de pai'tir.

Chap. 23. Conseil tenu à Paris par le roi. On y fait un rôle ou programme de gouvernement. Les chaperons blancs. Exécutions révolutionnaires.

Item au mois de février ensuivant le roy et son conseil firent assembler à Paris tous les nobles, et des bourgeois des bonnes villes de son royaume , avec l'université de Paris, à ce apellée, en demandant à touz icelz conseil, confort et aide et preschement fais devant le roy plu-

' Echue ; ceci arriva.

2 23 novembre.

1413 mai] CHROMQUE NORMANDE. 419

sieurs. Lesquicx profitaient poy et que voh oye est tost périe^. Les dessus diz firent faire un roulle^ pour le gouvernement du royaume, gros comme le bras d'un homme, scelé et accordé du roy et des dessus [dits] conseillers et ia copie envoie par les bonnes villes du royaume. Et fu icel roulle fait le lundi 13*^ jour de février ensuivant, en la présence du roy, son filz, duc de Guyane, le duc de Bourgongne; le compte de Saint -Pol, le chanselier, le prévost de Paris et tous chex de l'université, avec tous les autres conseillers à ce apellez, et que les ordenanches contenues en icelui roulle seroient tenues d'ores en avant.

Or pour ce que cheulx de Paris, tant de l'université comme de la communauté de Paris , virent que ledit roule n'avoit point d'effet, voudrent aïoir le gouvernement du roy, de son filz et du royaume. Vouldrent garder ladicte ville de Paris contre tous et tenir le roy, son filz et Berry , sans yssir de ladicte ville , comme prisonniers. Les nobles du sanc royal ne le pouvoient endurer et faisoient granz alianches comme ils peustent -^ mètre cliex de Paris en subjection et que le royaume estoit gouverné par telle manière de genz ; cuidèrent avoir la bastille Saint-Anthoine.

Si ourent chex de Paris congnoissanche de che, si s'armèrent et firent qu'il la pristrent par forche et chex qui la gardoient, c'est asavoir : le frère de la royne*, le duc de Bar, Sire Pierre des Essars, adonc prévôt de Paris et plusieurs autres seigneurs et dames jusques au nombre de quinze et tous mener en prison. Et pour ce qu'ils virent qu'ils estoient ainsi trais , s'allièrent tous ensemble et qu'il garderoient la ville contre tous cbres-

1 Voix ooïe est tôt përie ; adage proverbial et poétiqae. ' Rôle, papier ou parchemin roulé {rotulus). 3 En cherchant comment ils pourraient.

* Louis de Bavière.

420 P. COCHON. [1413 mai 10-

tians et firent livrée de chaperonz blans et [mandèrent?] à cheux de Rouen qu'il les préiessent et qu'il fussent de leur aliance. Lesquiex répondirent se le roy leur mandoit, il y obéiroient , et non aultrement. Et ostèrent à M. de Guyane tout son tinel et out un capperon blanc. Et le samedi 10^ de may 1413 il firent décoller de chex qui furent pris à la dite bastille , Messire Jean de la Rivière , chevalier et un escuier qui estoit tranchant , devant M. de Guyane , nommé Mesnille ^; et le samedi l^r jour de juillet , Messire Pierres des Essars, adonc prévost de Paris, fu décollé 2, Et chy loiray à parler de ceste matière.

Or retourneron à parler du gouvernement de nos seigneurs de sanc roïal et du gouvernement de la coramu-^ nauté de Paris, des choses dessus dictes et faictes.

Chap. 24. Entrevue de Vernon. Nouvelle trêve. Les Orléanais à Paris.

Apointement fu que les adversaires du duc de Bourgongne seroient à Pontoize et ledit de Bourgongne et les siens à Vernon et embarsadeus d'un costé et d'autre sur ce ; lesquiex firent tant que la paiz fut confreméc si com si 3 et la plus couverte de toutes les autres. Et fu criée à Paris et à Rouen et les autres bonnes villes du royaume de France, la première sepmainc d'aost l'an 1413 et en escripvit le duc de Guyane à Rouen en les merchiant qu'il n'avoient point vouUu prendre sanz le congié du duc, des chaperonz blanz de la livrée de Paris, ne d'estre de leur alianche et fu la quatrième pais. Et le 23^ jour dudit mois d'aost, le duc de Bourgongne prist congié de court et s'en alla en son païz,

* Jean du Mesnil (religieux de Saint-Denis). Monstrelet, qui l'appelle « le petit Mesnil » , dit qu'il était Normand. ' Voyez ci-dessus Geste des nobles, chap. 130. 3 Voyez pour cette expression ci-dessus p. 396, note 2.

sept. 5] CHRONIQUE NORMANDE. 421

pensant que ladicte pais n'estoit point afûable * et que il avoit encore à besongnier.

Or rctourneron à parler de l'autre partie.

Le joedi desrain jour d'aost ensuivant, les adversaires Bourgongne, c'est assavoir les enfanz d'Orléens , le duc de Bourbon, le duc d'Alenchon, etc., entrèrent à Paris à grant joye que leur adversaire n'y esfoit pas, et trouvèrent le roy, la royne, le duc de Guyane, le duc de Bcrry, l'archevesque de Senz^ et de Bourges 3, l'évesque de Paris ^ et de Chartres ^ et le duc de Bretaigne et firent tenir au roy lit de justice , mardi 5*^ de septembre ensuivant et pristrent tel apointement comme il veulent 6. Et Bernard d'Armygac ~ entra à Paris le jour de la Sainct- ]\Iichel^ ensuivant.

Or retourneron à parler de ceste bande, etc.

Chap. 25. Réaction contre les Bourguignons.

Quant tous nos seigneurs dessus diz se sont trouvés ensembles avec le roy, et que Bourgongne estoit en son pais, firent tant qu'ils orent le gouvernement du roy et do sou filz ainsné , de Paris et du royalme , et virent qu'il estoit temps de besongnier et firent tant que toutes les offices que le duc de Bourgongne avoit donnéez au devant, comme capitainie, chastel, bayliz furent touz liostez et renversés et mises au néant, et que aussi comme le dit duc de Bourgongne avoit eu son temps et sa régalle

' Digne de confiance ou (Taffiance.

2 Jean de Monlaigu , frère du grand maître décapité. "' Guillaume de Boisratier. confesseur de la reine, créature ou protégé de Jean , duc de Berry.

* Gérard de Montagu ou de Montaigu , frère des deux Jean. 5 Martin Gouge de Charpaignes. Voyez ce nom dans la Biographie ^eneVa/e publiée par MM. Didot.

^ Pour rouirent, voulurent.

^ Armagnac.

• Le 29 septembre.

d' avoir eu le roy et son conseil, et comme il mena le roy devant Bourges et devant Dreeuez^ et autres forteresches.

Et comme il avoit fait prononchier et publier par les bonnes villes, et preschier que tous chex qui s'armoient contre le roy par la vertu d'une bulle, que avoit donné en son temps le bon pappe Urban-Quint et confermée du pappe Jehan XXIII; ainsi semblablement le roy et la bende d'Orléanz firent faire prescher au contraire que ledit duc de Bourgongne et tout renversé au contraire ce dessus desouz, en disant que le roy avoit esté mal conseillé de tant cresre 2 le dit duc de Bourgongne , et aussi les clers de l'université , d'avoir tant creu ledit duc , dont mont de genz se tenoient mal contenz que ladicte université se povoit dire mal consélié qui doit estre lumière de toute vérité^.

Item , il fu aussi presché que qui aroit copie aucune d'un preschement que un mestre en théologie nommé Mcstre Jehan Petit, natif du païz de Caux , prescha en la grant salle de St-Pol à Paris, fussent arses en feu, afin qu'il n'en fust jamez mémoire*. Et aussi lui en sa personne s'il eust esté en vie ^, et il eust peu estre trouvé il^ esté ars. Et aussi fu crié que toutes les lettres royales, qui furent donnéez en son régaliez, fussent mises au néant et anichilléez.

' Dreux.

' Croire.

3 Ce langage est celui d'un écolier de l'université de Paris , et peut donner à penser que le chroniqueur y avait pris ses grades en théologie. Voyez ci-dessus page 349.

4 Cette , sentence ou monitoire , fut rendue vers févriermars 1413, c'est-à-dire 1414 nouveau style. Voyez Monsti'clet, édit. D.-d'Arcq, t. II, p. 461.

* Jean Petit était mort à Hcsdin, le 15 juillet 1411. Voyez Monstrelet à cette date.

6 Eût été brûlé.

1414] CHRONIQUE iXORMAXDE 423

Et en ce temps, à la Sainct Andrieu i, le compte d'Allenchon fu gouverneur et capitaine de Normendie.

Item, espiez par les bonnes villes asavoir lesquiex estoient Bourguenonz ou non, et prins à reenchon les unz fuitiz et ne savoit len comme soy maintenir.

Or lairon cà parler de ceste matère et retourneron à parler des enfans d'Orldenz et de leur bende.

Chap. 26. Jean Sans-petir se présente devant Pans et s'en voit refuser l'entrée. Ambassade en Angleterre. Trêves entre les deux pays.

Lesdis enfans et leur bende estans à Paris, horent nouvelles le 9*^ jour de jenvier 1413 ^ que le duc de Bourgongne estoit sur les chans. Si orent chex de Paris, les unz paor et les autres joye et y out grant noise et grant effray et fu crié banz et arrière ban. Et à la Gandeleur ^ ensuivant , le dit duc se vint logier à Sainct- Denys et le prist par force , et avoit tant de pleupe que c'estoit merveilles à regarder, et s'en vint devant Paris à la porte de Sainct-Denis , et dit que l'en lui ouvrist et qui venoit servir le roy, et l'en lui respendi qu'il n'y entreroit point , et là ficha son estandart et vit qu'il n'y povoit rien faire , et ne voulloit pas faire forche pour le roy qui céanz estoit. Si se parti et s'en revinst à Sainct- Deniz , et de là à Senlis et à Gompiengne où il lessa de seus^ gcnz et crié ban et arrière ban et aprez il s'enfuit.

Or lairon à parler de ceste matière.

' 30 novembre. 1413.

' La Chandeleur marque le 2 février. Le Journal de Paris dit : à l'entrée de février, en ajoutant que ce fut le 9 de ce mois. i

^ Ses.

424 P. COCHON. [1414 avril 1-

Chap. 27. Nouvelle taille de 600,000 livres. Bataille de Septsaulx. Meurtre de divers Bourguignons. Jean Sans-peur s allie avec les Anglais.

Or est Bourgongne en sa terre qui se garnist et soit bien que la pais n'est point faicte. Et le roy de France et toute sa puissance partirent de Paris la sepmaine peneuse * 1414, et alèrent droit à Senlis et àCompiengne où les Bourguegnons estoient. Et s'enfuirent quant il virent la grant forche du roy, le roy, la royne, le duc de Guyane. Et dinèrent à Gompiengne mardi , 8^ jour de raoy 1414. Et pour ce fu levée une taille de 600, 000^^ Et le duc de Bourgongne envoia un sien bien amé d'Arras, [porter^] lettres à cex de Rouen qui ne poiassent point de icelle taille. Lequel fu envoie à Paris et là out le col couppé, dont le dit duc en fu trop courché, mais plus n'en put faire.

Or s'en vont nos Franchois veir Bourgongne et vindrent devant Septsauz 3, et fu assailly et assis de tout costez , et pour abréger les Franchois le pristrent par forche ; et là gaignèrent tant de richaisse que nul ne le soit nombrer; et de gens mors tant que à merveille; et là un des meliieurs routiers dudit duc de Bourgongne pris et décollé, nommé Enguerren de Bourneville, avec un autre chevalier. Et ^ïessire Guyane du Plaise , natif de Gaux, fu envoie à Paris et là fu décollé et sa teste aportée et mise sur la porte où y fu né , et y fu un poy et curent ses amiz rémission avec leur terres. Et après ce qu'il orent pillé la ville , partirent à aler à Batpauraes qui se rendirent et entrèrent enz *. Et de là se partirent

* Semaine sainte , du 1*' au 7 avril.

' Ce mot n'est pas dans le ms.

^ Probablement Septsaulx , canton de Versy, arrondissement de Reims (Marne).

* Dedans ; intùs.

sept. 4] CHRONIQUE NORMANDE. 425

à aler devant Arras, qui estoit fort guarnie de biens et de genz d'armes, et là furent lonctemps et n'y purent rien; mais y furent très bien batus. Et fu l'acort et paiz entr'eulz fait mardi 4*^ de septembre 1414, et la pais criée et les feux comme devant, et s'en revindrent nos seigneurs de France sainz et sauf à Sainct-Deniz et à Paris.

Or lairon à parler de ceste matère.

En ce temps, au mois de février l'an 1413^, certainz ambasadeurs partirent de France à aler en Engleterre pour traiter du mariage du roy d'Engleterre et de la fille de Franche , c'est assavoir ; l'archevesque de Bourges^ en Berry, M. Charles de Labret, adonc connestable de France, M. de Graville et pluriex autres. Et partirent et amenèrent deux granz chevaliers et un grant clerc d'Engleterre et pluriex autres , et furent festiez à Paris , à Rouen et es bonnes villes de France. Et à celle fois ne firent rien, car les Englois demandoient la ducée de Guyane , Normandie et la compté de Pontieu , et ont trêves entre les parties, depuis la Candelcur, desraine passée 1413-^, jusqucs à l'autre Gandeleur 1414^ ensuivant qu'il revindrent seconde fois, et ne firent rien; et fu tout dépéchié. Et en ce temps fu la quinte pais de seigneurs dessus diz faite , et ce comme aultre fois et les feux fais ; et de tout néant.

Or retourneron à parler dediz seigneurs.

Quant Jehan, duc de Bourgongne, vit et aperchut qu'il avoit à trop forte partie afaire et qu'il ne povoit venir en son entente, si s'en ala à Karlès^, et là trouva Henry, roy d'Engleterre. Et là firent leur apointement et alian-

' Boisratier.

' 2 février 1414 n. s. .

^ Calais.

426 P. COCHOX. [1415 août 16-

ohes ensembles ; et ce fait , chascun s'en ala en sa terre, ledit roy d'Engleterre veilla en ses besongnes et fist toutes ses aprestes de toutes cboses nécessaires à partir de sa terre à venir conquerre terre en Franche, «t savoit bien qu'il y trouveroit foison de ses amis , et se mist sur mer *.

Chap. 28. Henri V débarque à la Fosse -de- l'Heure. Bataille d'Azincourt.

Lequel Henri-Quint de Lancastre , roy d'Engleterre , deschendi à la Fosse -de -l'Eure ^ et prist terre, sans ce que nul lui contredisist. Et lui deschendu se mist tenir siège devant Harefleu , vendredi 16*^ jour d'aost l'an de grâce 1415. Et fu fort batu^ et dcffendu, et là furent jusques au joedi 19*^ jour de septembre ensuivant, et en fu en procession et y mist de par lui garnison de genz d'armes ù garder la ville , et ce fait le roy se party de Harefleu pour s'en aler à sa ville de Karlès^; et en ce temps estoicnt à Rouen les seigneurs de France , une grant partie, comme le duc d'Alenchon, et grant quantité d'autre seigneurs lesquiex les parsuivirent , avec grant quantité d'autres granz seigneurs cspartiz par le païz en alant es partie de Hédinc (Hesdin) , en parsuiant les Englois jusques à un village nommé Gycourt^,

* L'invasion qui fut conspirée de la sorte entre Henri V et Jean Sans-peur fut accompagnée des maux et des infortunes les plus cruelles que la France ait subies dans le cours de ses annales. — Ainsi , à cette époque , Orléans et Bourgogne , Armagnacs et Bourguignons , invoquaient sans scrupule et tour à tour le secours d'une force étrangère, d'une nation rivale et ennemie , à l'appui de leur cause ou de leur parti.

2 Ou de l'Heure, Hora maritima; à l'embouchure de la Seine. 2 Attaqué.

* Calais.

* Azincourt , en Picardie.

octob. 25] CHRONIQUE NORMANDE. 421

Et là furent asemblés les Franchois et les Englois , le vendredi, jour de sainct Grespin, 25*^ jour d'octobre en suivant 1415. Et la nuit fist fort temps de pluie que la boe estoit si grande que les gens d'armes y estoient jusques à un pié de haut et asemblèrent les os ^ d'un costé et d'autre. Et quidièrent les Franchois avoir tout gagnié, veu leur grant forche et par orgueil firent crier en leur ost que nul n'alast en la bataille si n' estoit noble, et furent tous les gros vallès boutez arrière, qui estoient assez pour desconfire les Englois , et avec che y avoit division entre les aliés du duc d'Orliens et duc de Bourgongne. Si aprochèrent les deux os si fort les unz vers autres que en conclusion les Englois desconfirent les Franchois.

Cheux qui moururent en ladicte bataille : premièrement les deux frères - de Philippe de Vallois «^, adonc duc de Bourgongne , et si il eusté'^ il en eust eu au pris. Le duc d' Alenchon , le sire de Labret , adonc connestable de France, le frère Montagu , adonc archevesque de Senz en Bourgongne, avecquestrès grant quantité des nobles de Franche et de prisonniers, c'est assavoir le duc d'Orlienz , neveu du roy Charles 2^; le duc de Bourbonz et grant quantité d'autres grans chevaliers, banerets et autres. Et fu la plus laide besongne et plus raalvèse que puis mil anz avenist au royalme de Franche.

' Hosts, corps de bataille.

2 Antoine , duc de Brabant , et Philippe , comte de Never* On voit que le roi anglais avait tenu parole, et qu'il répondit aux provocations du duc Jean au delà des désirs et de la volonté ou de l'ambition qui animaient Jean Sans-peur.

■^ L'auteur fait ici erreur de nom. Philippe de Valois ou Philippe le Hardi , duc de Bourgogne , était mort en 1404. Voyez ci-dessus p. 110. Le duc régnant en 1415 était Jean Sans-peur, frère d'Antoine et de Philippe.

^ Si Jean Sans -peur avait été présent, il aurait eu de cette marchandise au prix. (Il aurait eu le même sort).

428 P. COCHON. [1415 sept. 20-

Orest ceste batauille passée, et le cueur dudit royd'Engleterre grandement énorguely d'avoir eu si belle fortune , et Dieu soufry que ainsi fu. Et les trespassez en la bataille chascun porta en son pais enterrer. Et chcx qui demourcrent en vie , le roy les fist mener en sa terre ^ au grant bonncur pour lui et à très grant confusion pour le roialme de France , comme vous orrés après ; et toutes voies se le duc de Bourgongne eust seu celle avanture , il n'eust pas eues les alianches au roy d'Engleterre , telles comme il furent ; mais quant le fait est fait le conseil en est pris.

Or lairon à parler de ceste matère.

Ghap. 29. Bernard d' Armagnac , connétable^ se rend en Nortnandie. Les gens d'armes en Normandie. .

Le roy Charles 2^ ont trois fds, desquiex l'ainsné^ mourut mcrqucdy IS*' jour de décembre l'an 1415 '.

Le 20'' jour de septembre 1415, fu Harefleu pri de roy Englois, si comme plus à plain est contenu ciaprès'^; et le roy de France, son ainsné fdz, nommé Charles ^, le duc de Berry, le roy Loys , duc d'Anjou , le comte de Ponthieu 6, puyné enfant du roy et tout le grant conseil de France et leurs gens d'armes espartiz à une iieue près de Rouen et essilièrent tout le pais , et que hommes, famés, enfanz lessièrent leurs mesnages, et Icsdis gens d'armes prenoient quanque il demouroit es

' En Angleterre.

^ Louis , duc de Guyenne.

' Chronique de Rouen, fol. 28.

* Ces ligues font partie de la Chronique de Rouen, fol. 20. Ci-après signifie la Chronique de France , c'est-à-dire le précédent chapitre ou chapitre 28.

' Erreur pour Louis. Ce prince ai/ait été fait par le roi lieutenant général pour la guerre, en date du 26 avril 1415. Du Tillet, Recueil des rois de France, 1602, in-4'', p. 312.

^ Charles , comte de Ponthieu , qui fut depuis Charles VIL

1416 janv. 1] CHRONIQUE NORMAXDE. 429

maisons, et ardoient les uz * et fenestrcs, et n'estoit plus de pitié quant ilz se partirent de veoir les leux où ilz avoicnt habité comme à Emmurées , à Sainct-Savcr, Sotevillc et toute la vallée jusques à Mouliniax : et de l'autre costé de Rouen, comme Yonville, Déeville, le Bos-Guillaume , Sainct-Hillaire , à une lieue près de la ville tout essillié , comme dit est ; et en chel an propre, les bozrevers (boulevards) delà porte Cauchoise et de la porte Biauvoisine furent fais, et tous les murs de dessubz Saine refaiz, et portes fremées de bosc es dit murs. Après 2 toutes ches choses ainsi faites , tous les adversaires de Bourgongnc vindrent à Paris , et firent apointement qu'il iroient devant Harefleu, et là faire siège et firent Bernart d'Armygnac, connestable^, et lui fu l'espée baillé J415 (1416, n. s.) l^^" jour de janvier, et passèrent Rouen couvertement et s'en alèrent en Caux emprès le cliastcl des Loges, et trouvèrent grant quantité d'Englois des provens ^ ; et en chelle bien venue en tuèrent de 1,800 à 2,000, et puis fu nuit, et demandèrent trêves , jusques en lendemain ; qui fist perdre , le fait des Franchois que les Englois toute nuit se receuUirent et s'en alèrent à Harefleur. Et l'endcmain, le conncstable et ses genz les poursuirent et perdi grant quantité de ses genz ,- et se n'eust esté les trêves dessus dictes, le conncstable eust pris Harefleu. Et pour ce fait, la ville de Rouen envoia au dit connestable 600 hommes d'armes à coustéements de la ville ^ , avec la chinquantaine *5, avec 8 charioz de vitaille '^, et de ce fu levée une grant taille.

• Huis, portes.

^ Reprise de la Chronique générale , fol. 84. ' • Après la mort du sire de Lebret boiteux. • (Chronique de Rouen , fol. 20. )

^ Peut-être prenans.

* Equipés par la ville.

® Garde de cinquante hommes.

^ Subsistances.

iSO p. COCHON. [1416 août 1-

Ghap. 30. Henri V débarque de nouveau à la Hogue Saint-last. Physionoinie des soldats anglais. Les Bourguignons à Rouen.

Or est le roy englois en sod pais, lui et ses prisonniers, lequel ne dormy pas toujours, ainz veilla à ses besongnes et fist si granz allianches et provisions de tout ce que mestier i lui estoit, tant de gens janes 2 et fors de pluriex pais, Yllandcs , tous nus pies sanz cauches ^, vestus de meschanz pourpoins de viex coustiz de lit, unez povres coyffeites da fer sur leur testez , un arc et une trousses de soyètes^ en leur main et une espée trencliante en leur costé et estoit toutes leurs armeures, avec trcs-grant quantité d'autres menues merdailles de pluriex païs, à grant quantité. Et fist toute son assemblé en sa terre et se mislrcii sur mer, en l'an 1416, et descbendirent à la Hogue de St-Vaast ^ es parties d'environ et deschendirent à terre sur la terre de Franche, et raistrent grant temps à deschendre ens ^ et leurs charios avec leur provisions , dimence premier jour d'aost en l'an dessus dit.

Item , en iceluy temps estoit le dalphin de Vyane à Rouen avec sa forche , et de là se parti à soy retrairc à Parifif, et lessa Jehan, Monsieur ainsné , filz du compte de Harecourt, chapitaine du chastel et de la ville, et M. de Gamaches , bally de la dicte ville, aveuc grant quantité d'estrangiez qui gardoient la ville et la quidèrent piller, mez l'en aperchut et y ont sur ce pourvéan-

' Besoin.

* Jeunes.

' Chausses. Voyez-ci dessus page 352 , note 2. ■* Flèches.

' Ou Saiut-Vaasl-la-Hogue , port de mer à 16 kilomètres au nord de Valognes (Manche).

^ A l'intérieur, intus.

1417 mail] CHROXIQUE NORMAADE. 431

che. Maiz nonobstant tout, fu levé en la ville une taille de 16,000 livres et un prest de 12,000, et tout poyé dedenz la my aost en suivant. Et fu commenchement de raalvèse estrienne ^, et puis touz s'en alèrent au dyable. Et après eulz, il vint M. Guy le Boutellier, capitaine de la ville, de par le duc de Bourguongne avec 1,400 ou 1,500 Bourguenonz - et estrangiés pour garder la ville contre les Engloiz , mais il estoient miex Englois que Franchoiz , lesquiex estoient à gages de la ville , et si destruient la vitaille et la garnison de la ville 3.

Or lairon à parler de ceste matère et retourneron à parler du roy d'Englelerre *.

Ghap. 31. Mort du dauphiii Jean et de Louis d'Anjou. Prise de Caeji par Henri V.

Le deuxième filz (du roi) trespassa en Flandres le 6® jour d'avril, l'an 1416 en suivant ^.

Le roy Loys trespassa premier jour de may 1417 6.

Or est le dit roy deschendu es parties de iVormendie, luy et forche, çt chevauche sans qu'il treuve qui lui contredie oii il veut en conquestaut, en prenant bonnes vil-

' Étrennes.

' Bourguignons.

^ Voyez sur ces faits et ceux qui suivent, Chéruel, Histoire de Rouen sous la domination des Anglais, Rouen, 1840, iu-S".

* « M. de Berry trespassa à Paris le 16* jour de juing 1416. » {Chroniqtie de Rouen, fol. 20.)

5 1417 n. s., Chronique de Rouen, fol. 20 f'>. Il s'agit ici du dauphin Jean , mort à Compiègne. Voyez N'oies sur l'état civil des enfants de Charles VI , etc. , dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 4« série , t. IV, p. 480.

^ Chronique de Rouen , fol. 20 "jJ^°. Louis II , roi de Sicile , beau-père de Charles VII , mourut à Angers , le 29 avril . selon le P. Anselme; le 30, selon le livre d'heures de René d'Anjou, tns. 1156 A et le registre des comptes KK 243 fol. 47 y». Il fut enterré le 1«' mai. Ce qui suit est de la Chronique générale.

432 p. COCHON. [U17 sept. 4-

les, chastiax, à sa volcnté : Tant qu'il vinst devant Caen et fist siège devant et par malvèse garde ou traïson prist la ville d'assault, et là out perde et grande occision de peuple et de perdition des biens de la ville, les unz mors et les autres prisonniers , et le demourant fu en la merchy du dit roy. Et fu ceste ville prise samedi au matin , 4^ jour de septembre 1417 i.

Chap, 32. Raoul de Gaucourt tué à Rouen. Charles , dauphin., vient rétablir l'ordre dans cette ville. Prise de l'abhaye du Bec et de Pont-de-V Arche. Massacre des Armagnacs à Paris.

Mcssire Raol d'Aucourt 2, adonc bailly de Rouen, fu tué en la maison où il dcmouret emprès l'ospital de Sainct- Ouein, en la rue Beauvoisine, 23*^ jour de juilet 1417; et ne fu oneques nouvelles qui ce fist jusques au merquedy végille de la Tbipane, l'an 1423, que Guillot Leclerc en fu décolé.

Les Bourguenons entrèrent à Rouen par la porte Sainct- Hillaire merquedi, 12*^ jour de janvier 1417 ^, et d'icelle prise, furent seigneurs de Rouen et du chastel. Et adonc vivoit le 3^ filz du roy d'environ l'aage de 18 ans ou environ ^, auquel il despleisoit que l'en lui tenoit sa ville et chastel de Rouen, et vint luy et sa forche au Pontde-l' Arche ; et là jut lundi 22^ jour de juilet 1417, et le mardi à Saincte-Katherine , et le merquedi à Sainct- Mor, et ne le vouUoit l'en lessier entrer à Rouen, et sur ce

' Chronique de Rouen , fol. 20 ■j,'". Voyez Léon Puiseux, Siège et prise de Caen par Us Anglais en 1417, Caen, 1858, in-8°.

^ Raoul V de Gaucourt.

' 1418 u. s. Chronique de Rouen, ibidem.

4 Cliarles, qui fut depuis Charles VII, était âgé d'environ 14 ans et non 18. L'auteur, qui vivait sous la djTiastie anglaise , se montre peu exact dans ses informations sur la famille des Valois.

Page 1