‹ Chronique de la PucelleChapitre 20 sur 66 · U21] CHRONIQUE NORMANDE · texte numérisé non relu

U21] CHRONIQUE NORMANDE

mier jour janvier en suivant 1418 *. Et fu la ville rendue au dit roy par composition faicte à lui par 400,000 liv., un escu pour 22 solz 6 deniers, ou nobles pour 45 solz, à paier dedenz l'an. Et entra à Rouen, le jour du Past2, 19^ jour du dit mois de janvier ensuivant. Et fu la ville si affamée qu'il convenoit mengier les chevax, cbienz, chas, ras , à bonne saveur. Car il avoit en la ville trop de peuple de hors de la ville, qui estoit venu à reclain-^, qui y furent enfremés. Et aussi Monseigneur de Bourgongne y envoya de ses Bourguignons, de 1 ,400 ou 1 , 500, tous traistres ; car le dit duc avoit promis à secourre la ville dont il ne avoit nulle volonté , et Messire Guy le Bouteillier, de par lui envoie chapitaine à guarder la ville avec les dict Bourguignons , et savoient bien que la uille ne seroit point secourue ^.

Or, fu la ville en si grant meschief, et la taille si grande et si excessive (elle se montait à 400,000 liv. forte monnoye), tant sur les gens de l'Eglise, nobles en la ville demonranz par le siège, outre la communiauté de la ville , que touz en furent essiliéz. Et nonobstant tout, chex qui paièrent les premiers de malvèz marchié orent le mellieur marchié. Car il fu enchéri deux anz ensuivant que tout fust pire pour la mutation des monnopoles ; car il failloit poier en forte monnoye dont il estoient touz essiliéz. Et fu la monnoie si fièble en l'an 1421, toute l'année, que un noble valoit 16 liv.; un escu 8 et 9 liv., et la monnoie enforchie; et ne tint point,

' Fête locale.

' En cas de siège, au moyeu âge les populations suburbaines refluaient au centre de la défense et se réclamaient de cette protection,

* Folio 20 y°. On peut conférer avec fruit pour l'histoire de ces faits la chronique normande de Jean Raoulet, cbap. 8. Voir cette chronique à la suite de mon édition de Jeao Ghartier. Pari». Jannet. 1858, t. III, p. 159.

436 P. COCHON. [ 1418 sept. 8-

fors que le roy estoit poié tout à forte monnoie. Et en cel an, le roy out deux dixièmes sur l'Eglise, dont le premier fu poié à Pasques 1421 , et le deuxiesme à la Saint-Michel ensuivante ; et tout poié à forte monnoie , qui greva trop le clergié. Et les visitations des archédiacres aussi furent à celle forte monnoie; et la court, l'official et les pléz (plaids) du roy sont à forte monnoye ^.

Après la Gandeleur 1421 , la dite raonnoye fu criée comme devant, à 22 solz 6 deniers etc., et couroit monnoie blanche de 2 deniers la pièche, et aussi d'icelle 1 denier blanc, et les gros de 20 deniers à 2 deniers obole 2.

Le Dalphin et Jehan , duc de Bourgongne , rehureut esemblez le corps notre Seigneur par bonne pais et aliance par sy qu'il feroit les Engloiz partir de France vendredy, 8^ jour de septembre l'an 1418 , et le dominice en suivant 3 assemblèrent sus le pont de Fautyonne et la fu murdy traistement, dont moût de malz en sont ensuiz'^.

Chap. 34. Henri V à Rouen.

Or est entré le dit roy en Rouen le 19^ jour du dit mois de janvier ^, et s'en ala géslr<^ au chastel de Rouen et fist ses ordenanches comme la ville seroit gardée, et n'i ut en la ville que la porte d'Aubevée, Martainville , le bout du pont ouvertes et toutes les autres freméez et gardéez par ses gens , et toute la ville et le gait sur les murs par nuit des gens de la ville et visites par les diz Englois , en prenant d'iceulz grans émolumens des défaillanz. Et

* Chronique de Rouen, fol. 21.

» Ibid.

^ Ces détails et ces circonstances ne sont point exacts. Le meurtre de Montereau eut lieu en 1419.

* Chronique de Rouen, fol. 20 ir°.

* Coucher, /acerf.

1420] CHRONIQUE iXORMAXDE. 43T

fu la dicte viUe longtemps en chel estât. Et, che temps*, fu commenchié le pallais emprès Sainct-Jaqiie et la bastille des Bouglites , qui ne dura à faire de ^ deux anz.

Chap. 35. Henri V s'empare de Vernon et de Mantes. Pourparlers entre les conseillers de Charles VI et de Henri Vjjrès Pontoise. Charles VI défie Henri V. Henri prend et pille Pontoise. Traité de Troyes. Henri V épouse Catherine de France.

Quant le dit roy out faites ses ordenanches et ses recheveurs de sa grant renchon , comme devant est dit, le roy se parti de Rouenz et ala à V^ernon et Mante, et iantost les out, et après ceulz de Paris, de Poutaize, de Franche , virent qu'il gaygnèt tout et qu'il en pourroient bieu avoir au pis, et qu'il contendoit à avoir Katherine , fille du roy de Franche à famé ; et sur ce , ambarsadouz d'un costé et d'autre firent asemblée que les Franchois seroient à Pontoize et les Englois au dechà sur les chanz jusques au bordel de Vignoy, et là furent un poy et ne firent rien ; et estoit en ce temps pour les Franches un mestre de Paiement , nommé Mestre Jehan Douille ^, qui après ce fu un des plus avanchiez d' entour le roy d'Engleterre, et pour ce qu'il ne purent à estre à acort ; le roy Franchois fist deffier le roy Englois. Lequel, quant il se vit deffié, ne dormy pas , mais veilla en ses besongne et fist son assemblée, et s'en ala devant pontaize, laquelle estoit desgarnyc et deffait l'assaillèrent et fu prise d'assaut, et orent les Englois le greigneur pillage qu'il eussent en France. Et fu prise le pénultième jour de juillet 1420.

Après toutes ses choses, apointeraent fu fait du roy,

* A cette époque.

' Que.

3 Ou d'Orille.

438 P. COCHOX. [1420 mai-

de chex de Paris , qu'il oroit la fille du roy h mariage et seroit gouverneur général de Franche, et seroit roy après la mort dudit roy, pour lui et pour ses héritiers, au cas où elle oroit héritier maale de lui yssant ; et ches apointemens ainsi fais se parti et s'en ala à Troies, en Champaigne, où cstoit la dicte Catherine, fille de France, et entra à Troyes 21*^ jour de moy 1420, et espousa la dicte Katherine de France le dimence ensuivant * , à grant juye et à très grant solempnité , avec tout ce qui y appartenoit. Et tout ce fait se partirent de Troyes , et joyeusement s'en vindrent à Paris , et là fu la grant festc. Et lairon à parler de ceste matière, et retourneron à parler de notre nouvel prinche Henry.

Chap. 36. Pnse de Gisors. Henri V et Bedford à Rouen. Siège de Melun.

Item^ quant Pontoise fu prise et pilliée des Englois, le roy englois s'en ala à Gisors. Et fu tantost prise et se parti et se vint raffreschir à Rouen, et entra en la ville vendrcdy 15*^ jour décembre ensuivant, et alèrent tous les curés, chaignoingnes 2, mongnes ^, contre lui au dessus de Sainct-Pol. Et là tout achevai tous les crois ^ des gens de sainte Eglise qui estoient aies contre lui , beisa lesdictes crois en merchiant de victoires dessus dictes , et s'en l'int tout droit au passage du chiraetière de la Mère-Eglise par devers Sainct-Erblant. Et là avoit une belle oratoire bien ordenée de riches dras d'or, avec les plus dignes rehques de ladictc église ; et les chaignoingnes et chapellains de ladicte égUse, arengiés à

' Le dimanche qui suivit fut le 26 mai 1420. (Fol. 85 i».) ' Chanoines.

' Moines,

* Processionnelles. Principal insigne des églises. La Pucelle sur le bûcher demanda une croix.

Page 1