DE MADAME DE CALABRE
4 simples et 3 sauts ; 4 doubles ; 2 simples reculés ;
2 reprises ; 1 congé ; 3 simples ; 1 saut du pied droit ; 2 congés.
MADAME LA DALTHIXE.
4 doubles ; 2 doubles doubles ; 3 pas menus reculés ; 2 levées; 4 simples ; 3 sauts; 2 congés.
MADAME DE FACOX.
3 simples ; 1 double ; 3 pas menus ; 1 levée ; 1 congé ;
4 doubles; 3 sauts; 1 double à gauche; 3 simples à droite; 3 reprises; 2 congés.
FALET.
1 congé ; 3 pas simples ; 4 pas doubles ; 3 pas de côté ; 2 reprises de pas simples ; 2 pas doubles ; 3 pas simples en arrière; 1 congé.
Ce ballet, si je ne me ironipe , se composait de sept parties : 1" une basse danse de Bom-gogne, genre de pas devenu célèbre , et dont il est souvent question dans les cbroniques du quinzième siècle ; 2° le pas de la reine de Sicile ; 3'' le pas de Bourhon ; -4" celui de madame de Calabre ; 5** le pas de la Dauphine; 6° celui de madame de Façon, et se terminait par : 7" Falet. Il y avait donc deux danseurs , de Bourhon et Falet, avec quatre danseuses. Essayons maintenant de les désigner individuellement.
La reine de Sicile est Isabelle de Lorraine, femme de René d'Anjou, l'amphitryon de ces fêtes de Nancy.
De Bourhon paraît désigner le duc de ce nom , Charles P»", né vers 1405 , mort en 1456.
Madame de Calabre était sa fille , Marie de Bourbon. Elle avait épousé, en 1437, Jean d'Anjou, duc de Calabre, fils de René.
La Dauphine se nommait Marguerite d'Ecosse , de la maison des Stuarts. Elle mourut , comme on l'a dit, peu de temps après ces fêtes *.
Madame de Façon parait être la femme d'un serviteur ou familier de la maison d'Orléans ^.
1 Elle mourut en disant : Fi de la vie, qu'on ne m'en "parle plus! A côté de ce ballet qu'il me soit permis de citer un document rare et piquant relatif à cette même princesse. C'est la Chanson ou Complainte sur la mort de Marguerite, composée probablement par sa sœur, Isabelle d'Ecosse , duchesse de Bretagne. On trouvera le texte de cette chanson dans la Revue des sociétés savantes, décembre 1857, p. 713.
^ Rémond de Fricon , alias Faron et Façon, était, vers 1445-1450, chevalier et premier maîlre d'hôtel du duc Charles. Ce nom apparait souvent dans les comptes de la maison de ce
Vient ensuite Falet , dont le rôle semble avoir été ajouté , ou écrit après coup , et comme à part. Qu'est-ce que ce Falet? Une famille de ce nom , ou approchant , florissait alors en Bourgogne *, mais je ne saurais déterminer individuellement le membre de cette famille que concerne celte note. Peut-être aussi Falet n'est-il point un nom d'homme , mais la désignation d'un dernier personnage, ou danseur, qui terminait le ballet par un pas comique et qui remplit ici le même rôle que jouait, dans les mystères par personnages, le sot y appelé aussi /oZ, follet ci falet? Je soumets cette double hypothèse aux historiens de la danse et aux généalogistes.
Si maintenant nous recherchons quel peut être l'auteur de ces notes , divers indices nous font une loi de préférer, pour cette attribution, Jean d'Orléans, comte d'Angoulême. L'ensemble de ces fragments concorde d'abord avec cette hypothèse naturelle. On peut arguer aussi, à cette fin, de diverses particularités. Je remarque, dans le programme du ballet , ce mode , peu respectueux et insolite , de dénomination , appliqué à un prince du sang : de Bourbon. L'auteur de cette note , non-seulement ne joint pas au nom le titre de duc^ il n'emploie même point le monseigneur. Jean,
prince, (Voyez notamment Les ducs de Bourgogne de M. le comte de Laborde , Preuves, t. III, n"' 6679, 6702, 6745, etc.) ^ Agnès de Beauvoir, fille de Claude de Beauvoir, maréchal de France , de la maison de Chastelux, mort eu 1453 , espousa, par contrat du 12 mai 1472, Antoine, seigneur de Follet ou du Follet, chambellan du roi. » (Anselme, Histoire gènéal. de la maison de France, etc., édit. de 1712, t. I, p. 556, B.)
comte d'Angoulême , était cousin germain de Charles , duc de Bourbon. Les deux princes étaient, en outre, exactement du même âge. Il semble que cette familiarité de langage indique particulièrement le comte d'Angoulême comme auteur de la note dont il s'agit en ce moment. On remarque dans Forigiual ces formes de mots : avaunt pour avant, hatalle (deux fois) pour bataille. La première surtout de ces formes est caractéristique *. Cette prononciation de certains mots convient bien à un prince né en 1404, à Orléans , mais qui de bonne heure visita l'Aquitaine ; qui conversa , jeune , avec ses officiers aquitains ; et qui , enfin , depuis la neuvième année de son âge, habitait l'Angleterre. Il semble aussi que le comte a pu seul se permettre d'employer un feuillet blanc de vélin, sur une chronique de France , qui lui appartenait , pour y écrire ce programme de divertissement. Enfin, l'écriture de ces divers fragments , comparée avec soin, est tout à fait conforme à celle de la lettre originale du prince , mentionnée ci-dessus page 90, note 1 , et à diverses signatures connues et autographes de ce même personnage.
* Les Anglais , au quinzième siècle , ajoutaient Ya devant la nasale n dans les mots Fraunce pour France, avaunt pour avant , etc. Les Bénédictins , auteurs du Nouveau traité de diplomatique, s'expriment ainsi, au sujet des textes anglofrançais du moyen âge : « On y remarque, disent-ils, une orthographe qui a rapport à une prononciation qui subsiste dans la province de Guyenne. Car on voit presque toujours un u après les a: Vvaunce, IvXaunàe , etc. » (T. IV, publié en 1759, p. 516.) Verneul et Coygnac , pour Verneuil et Cognac , sont des formes anglaises &i françaises tout ensemble.