REGXE DE CHARLES VI
Chap. 1 ^ Le roy cinquantiesme 2.
Charles sixiesme d'icellui nom, après son père, fut couronné à Reims, en la fin du mois d'octobre mil CGC iiii" ans; et au disner, le jour du sacre, s'efforça le duc Philippe de Bourgoigne de seoir au dois (dais) royal après le roy, devant les ducs d'Anjou et de Berry, ses ainsnez frères , disant axo'iT ce droit pour raison de son duchié, comme per et doian des pers de France; dont desplut au duc d'Anjou, et furent illec en voye d'avoir débat; mais tout apaisièrent les autres princes et barons. Si fut ramené à Paris le jeune roy le iiii® jour de novembre cellui an.
* Voyez à la fin du présent volume la table complète des rubriques ou sommaires des chapitres contenus dans le manuscrit de la Geste des nobles, à partir du règne de Charles VL
2 Ms. 10, 297, fol. -l-.
106 COUSLXOT LE CHANCELIER. [13S1 mars 1-
Chap. 8. Maillez K
En cellui an mil ccc un ^^. Le roy estant à Vincennes , le premier jour de mars, par le pourchaz et conseil du duc Philippe de Bourgoigne , furent criez et publiez à son de trompe èz haies de Paris , de par le roy , les imposicions, quatrièmes, et gabelles qui par avant estoicnt cessées; dont la commune des halles s'esmut à commocion : et dedans Saint Jaques de l'ospital poursuivirent l'un des commissaires, qu'ils traisnèrent hors de l'église, puis l'occistrent sur le pavé. Si vindrent gens de mestier de toutes parts , qui levèrent ung estendart de toille blanche, qu'ilz firent devant eulx porter et touz jours aloieut ccste gent croissant ; et eulx venuz en la maison de la ville en gresvc , prindrcnt plusieurs mailletz et autres harnois qui laiens fut et allèrent piller les juifs, toutes les prisons de Paris brisèrent et tous prisonniers délivrèrent. Les hostels d'aucuns officiers qui des subsides s'estoienf entremis par avant, pillèrent, et les vins deffoncèrent en leurs celiers. Tendirent par les carreffours les chaisnes ; establirent gardes sur la muraille et aux portes ; et de Paris ne laissèrent riens yssir , ne y entrer qui par les gardes ne fust veu et visité. Entrautres prisonniers délivrèrent AI^ Hugues Aubriot et sur une mule lefu-ent chevaucher parmy Paris, jusques au soir, qu'ilz le menèrent en sa maison à la posterne saint Pol, dont en saisine le remistrent. Mais en la nuit d'icellui jour, trouva manière de passer Saine 2 et s'en ala à Dijon dont il estoit. Si demeurèrent sanz chief ccste gent. Pour les quieulx appaisicr, leur escripzi le duc Philippe de Bourgoigne que le roy entendoit maintenir ses bons subgiez es libertéz que les maintint le roy Philippe le
' Conspiration des Maillotins , fol. Ij. - Le fleuve qui traicrse Paris.
1392] GESTE DES KOBLES. 107
Bel, et ainsi cessa la murmure à Paris et en toutes les autres citez du royaume qui Paris vouldrent en touz cas ensuivre; exceptez les nobles, gens d'église et bourgois notables des citez de Chartres, Senliz et Troies, qui pour le roy furent contraires , à celle foiz , des gens du commun. Si ne fat aucune chose mise sus ne levée d'iceulx aides : ainçois fut lors seulement levé l'aide des blans.
Chap. 27. Mariage du roy en la cité d'Amiens^.
En la cité d'Amiens espousa le roy de France Madame Isabelle de Bavière, l'an milccc mi" v à peu de soîempnité et au partir du dit lieu d'Amiens ala en Flandres etc.
Chap. 46. L'entrée de la royne à Paris'^.
En la ville de Paris entra cellui an (1389) la royne Isabel, fille le duc rouge en Bavière, accompaignée de la royne Blanche , de la royne de Sicile , des duchesses de Berry, de Bourgoigne, de Touraine, de Bar, de Bourbon et de liaulx seigneurs et dames et à merveilles tint haucte feste le roy et grans joustes.
Chap. 60. L'armée du Mans'K
.... Le quel roy (Charles VI) venu sur les champs, sourpris de maladie furieuse , prinst à courir sur son destrier, par la champaigne * et tenant son espée au poing et férant et abatant quanque il peut attaindre; et ainsi se maintint toute journée, jusqucs à la nuit, qu'il fut trouvé soubz ung arbre cheu à terre de sou destrier,
' Fol. Ivij , -yo.
2 Fol. kiij.
^ Fol. kïj.
^ Campagne.
108 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1402-
tant malade de grant trai'aii que puissance et entendement estoient deffaillans en lui; et sur une charrete ù beufs fut apporté , la nuit , en l'église du Mans pour faire illec sa ix°^ ^. De ceste aventure dolereuse fut troublé le royaulme plus que pour roy qui oncqucs y feust vivant. Car tant fut plain d'umilité , loyauté, proesce, honneur et grant largesse que amcz fut et doubté non pas seulement de ses subgiez, mais de toute la monarchie du monde, tant crestians comme sarrazins ; et depuis ceste journée ne fut le roy tant seur d'entendement comme par avant.
Chap. 81. Débaz entre les ducs de Bourgoigne et Lois d'Orléans 2.
Pour appaiser les débaz meuz entre le pape et les cardinaux, emoya le roy pardevers eulx ses oncles et frère l'an mil cccc et deux 3, et aux ducs de Berry et de Bourgoigne , ses oncles , commist la garde des cardinaulx. 11 bailla la garde du pappe au duc d'Orléans, son frère, qui, par la voulonté et ordonnance du roy, lui occuppé de maladie , avoit prééminence et autorité èz faiz du roy, de la royne et de leurs enffans, et représentant le roy tenoit Testât royal en grande haidtesse. Gestuy duc fut prince de hault entendement tenu plus que nul aultre, en son vivant^, et de haulz seigneurs fut continuellement accompaigné et servi en son hostel , qui tous estoient à ses gaiges et pensions. C'est assavoir Jehan de Nevers ainsné filz le duc Phelippe de Bourgoigne, le duc de Lorraine, le duc de Bar, les comtes du Perche, de
' Neuvaine.
- A partir de ce poiut nous publions in extenso , sans interruption , le texte de la Geste des iiohles.
•^ Pâques , le 26 mars.
4 De son vivant , ce duc fut . p'us que nul autre , tenu pour un prince de haut entendement.
1403] GESTE DES KOBLES. 109
Clermont, de Saumes ^ et autres seigneurs et barons. Et tant pour son hault estât comme pour la garde à luy baillée du pappe, s'esmut débat entre luy et le duc de Bourgoigne, son oncle, par son envize; et enhaultes paroles furent. Dont par desplaisance et mal-contens s'en retournèrent et furent en avanture de prendre voye de fait. Mais pour l'envie faire cesser, le roy lenu en santé leur deffendi toutes assemblées et voies de fait et voult que lui empeschié de maladie , la royne eust l'auctorité et gouvernement de ses enffans et du royaume , et de tous débaz qui entre les princes pourroient naistre congneust, et, appelez ceulx du conseil, les peust mcctre en bon accord. Si entra pour ceste envie la royne ou gouvernement, qui plus ot de confiance ou duc d'Orléans, son frère , que ou duc de Bourgoingne ; qui , pour mecfre les cuers du peuple contre eulx , fist semer par cayemans et par tavernes faulses mençonges de la royne et du duc d'Orléans son frère. Dont maltalant alla croissant de plus en plus entreulx et de grans assemblées firent. Maiz touzjours fut la voie de fait appaisiée par le conseil et l'aide du duc Jelian de Berry ^.
Chap. 82. La journée tenue à Yvoix et aliances.
En l'an 1403 3, assemblèrent à Yvoix le duc d'Orléans et l'empereur qui là firent grans aliances.
Chap. 83. Gaige Champal.
Gellui an combati ]\I. Erart de Tavoie M. Othe de Grantson ^ à Bourc en Bresse devant le conte de Savoye,
1 Salm.
2 Fol. Ixxiij.
^ Pâques, le 15 avril. (Nous daterons dësormais en chiffres modernes. )
^ Auteur du livre des Cent ballades. Voyez la Bihlioih'eque âUsaheau de Bavière, femme de Charles VI, roi de France. Paris, Techener, 1858, in-S", p. 13 et 14, note 5.
110 COUSIXOT LE CHAXCELIER. [1404-
à la prière du pais de la Saroye , qui la mort du conte Amé lui mistrent sus et le dit Tavoye baillèrent pour champion. Et fut là occis ou champ le dit Grantson.
Chap. 84. La mort du duc Philippe de Boiirgoîgne.
En l'an 1404 ^ acoucha au lit de mort le duc Philippe de Bourgoigne, qui en une litière se fist porter en pèlerinage à Kostre Dame de Hal. Mais il tréspassa en son chemin. Aux meubles duquel renoncia la duchesse sa femme pour ses grans debtcs , et tost après tréspassa la dite duchesse. Et à toutes leurs seigneuries succédèrent Jehan, Anthoine, et Philippe de Bourgoigne, leurs filz, qui à court vindrcnt. Si receupt le roy en son homme , Jehan, qui l'ainsnc fut, des duchié de Bourgoigne et contez de Flandres, d'Artois et Gharolois, Anthoine duc de Brabant receupt en homme de son conté de Rethel et autres terres; et Philippe, qui mainsné fut, récent en homme de la conté de Xevers. Si s'efforça le duc Jehan de Bourgoingne avoir à court autant auctorité et les grants pensions et prérogatives que prenoit le duc son père en son vivant, tant pour raison de ses seigneuries comme pour ce que le duc de Guienne ot^ sa fille en mariage ; comme pour raison de ce que traictié fut le mariage du conte de Charrolois son filz avec Madame Michielle de France, mais de tout n'obtint riens et en souspeçon fut que empeschié feust par le duc d'Orléans.
Chap. 85. La prinse du duc de Guienne à Gevisy.
En Tan 1405^, la royne estant à Melhun et le duc d'Orléans chaçant en la forest de Bière, envoya la royne quérir le duc de Guienne son filz pour mener par devers
' Pâques , le 30 mars.
2 Eut.
3 Pâques , le 19 arril.
1405] GESTE DES XOELES. 111
elle. Lequel fut mis à chemin par le duc de Bavière son oncle, le grant maistrc d'ostel du roy *, et autres qui à Gevisi 2 le menèrent au giste ; dont nouvelles furent portées au duc de Bourgoigne, et à ses frères qui par quatre jours devant se tenoient au Bourgeel ^. Si vindrent hastivement à Gevisi, où le duc de Guieune prindrent et à Paris le ramenèrent au Louvre , où avec lui se logèrent ; et l'andemain proposèrent la cause de leur venue ; appeliez l'université et ceulx de Paris. Et par leur propos sembloit que à leurs deniers voulsissent bien rcpparer le domaine royal et le royaume deffendre , et sur leur proposition escripzirent aux citez qui par leurs exortacions leur donnèrent trop faveur.
Et pour mieulx ceulx de Paris atraîre à leur adhérer, firent leur rendre leur chaiennes par le roy, qui à la prière du duc de Bourgoigne anobli ceulx de Paris, et aucuns droiz que le bourreau prenoit sur menues denrées es halles fist abatre. Dont lui adhérèrent le menu peuple de plus en plus. Si prinstrent ceste manière de faire en desplaisance la royne et le duc d'Orléans qui grant assemblée firent, et d'autre part fist le duc de Bourgoigne grand mandement. Mais tant traictièrent les seigneurs du conseil royal , que les débaz appaisièrent et à Paris ala la royne accompaingnée du duc d'Orléans son frère. Audevant desquelx alèrcnt à Gharanton le duc de Bourgoingne et ses frères et là jurèrent paix entreulx. Si admenèrcnt la royne dedens Paris où receuz furent à grant joye, et pour seurté de ferme paix, jurèrent les ducs d'Orléans et de Bourgoingne fraternité et compaingnie d'armes prindrent; et portèrent les ordres et les devises l'un de l'autre, et après leurs seremens faiz es
' Jean de Montaign,
2 Juvisy, Seine-et-Oise, arrondissement de Corbeil, canton de Lonjumeau.
2 Le Bourget , près Paris.
112 COLSIXOT LE CIIAXCELIER. [1406-
mains de Monsieur Jehan de Montagu adonq évesque de Chartres sur les saints canons et la croiz par eulx touchez, usèrent le corps de A'ostre Seigneur parti en deux; souvent, d'illec en avant, burent, mangèrent et couchèrent ensemble tenans toutes manières d'amour et bienveillance.
Chap. 86. Fuite du conte de Saint Pol de Mercq.
En cellui an mist le conte de Saint Pol siège à grant chevalerie de Piquardie devant Mercq; sur lequel férirent Anglois, qui de Calais vindrent et fut le conte desconfit, qui hastivement s'en depparti. Là furent prins le sire de Hangest, maistre des arbalestriers et Enguerran de Bournonville et autres nobles hommes.
Chap. 87. Comment le duc de Bourgoingne emprinst assiéger Calais et rien n'en fis t.
En l'an 1406 i, au pourchaz du duc Jehan de Bourgoingne, après les trêves faillies, fut délibéré le roy, en son conseil, d' Anglois guerroier es costes de Piquardie et de Guienne. Et pour armées mettre sus, fut levée une grant taille dont partie fut baillée au duc de Bourgoigne , qui se charga de mettre siège devant Calais par mer et terre ; et quant il ot receu les deniers , il se retraï en son pais de Flandres sans faire guerre.
Chap. 88. Du siège de Bourc.
En Guienne ala, cellui an, le duc d'Orléans, qui siège mist devant la ville de Bourg ; où longtemps fut. Lequel pendant, il fist la mer garder afin que de Bordeaux ne peust la ville avoir secours. Et avint une joui'née que M. Cliguet de Braibaut , admirai de France , qui à grant
' Pâques, le 11 avril.
UQ'i nov. 23] GESTE DES XOBLES. 113
gent gardoit la mer, combati Anglois qui en Gironde estoicnt entrez; lequel obtint lictoirc; et fut là prins le maire de Bordeaux. ]\Iais tant fut garnie la ville de Bourc de vivres et de deffense, et l'yver tant pluieux que ou siège mouroient de jour en jour gens et chevaulx et grant deffault orent François de vivres ; dont fut contraint le duc d'Orléans lever son siège , qui s'en retourna en France.
Chap. 89. De la maladie du duc Loys d'Orléans.
En l'an mil quatre cent septt fut le duc d'Orléans malade à Montargis dont admener se list à Beauté sur Marne 2 où longtemps fut. Lequel pendant ^ vindi-ent à court le roy de Sécile et les ducs de Berry, de Bourgoingne et de Bourbon qui le dit duc d'Orléans allèrent veoir par plusieurs foiz ; lequel venu aucunement à convalescence, pour le roy son frère veoir, qui aucunement fut alégié de sa maladie, xint à Paris et souvent ala veoir le roy, la royne et les enffans.
Chap. 90. De la mort du duc d'Orléans.
Or advint que la nuit de saint Clément ou mois de novembre ^, après cuevrefeu fut venu le duc d'Orléans veoir la royne, sa seur, qui d'enffent fut acouscbée en sa maison de Barbète, seulement acompaingné de deux escuiers et nng varlet portant sa torche. Au retour du quel bostel furent en aguet près de la porte Barbète Raoulet d'iluquetonville et autres ses complices, mis et envoyez illec secrètement par le duc de Bourgoingne ;
^ Près le bois de Viacennes.
"' Pendant lequel temps. Oa peut remarquer que, dans le style ■de Cousinot, la construction de la phrase est toute latine. ' Le 23 novembre 1407.
114 COUSIIVOT LE CHANCELIER. [1407
qui, sur ledit duc d'Orléans, vindrcnt et du coup d'une guisarme lui fendirent le chief et sa main dextre cospèrent, dont il chai mort sur le pavé. Sur lequel se gicta l'un de ses escuiers aimant, cuidant le garantir; mais occis fut dessus le corps du duc. Et ce fait, se despartirent les meurtriers , gectant après eulx des chaucetrappes par rues foresches, doubtans poursuite. De ceste mort furent tantost nouvelles rapportées au roy de Sicile , duc d'Anjou , et aux ducs de Berry et de Bourbon, qui à celle heure assemblèrent en l'ostel d'Anjou; et là mandèrent le sire de Labret, connestable , le chancelier de France et tout le conseil , avec le prévost de Paris et à cestuy conseil furent mandez les ducs de Bourgoingne ^ et de Bourbon; et, dolens de ceste mort , appointièrent le connestable de aler sur le
^ Un fragment peu connu fournit quelques détails sur les témoignages signalés d'intime attachement que le duc de Bourgogne prodiguait à Louis d'Orléans, à la veille du jour où il allait le faire assassiner. J. des Ursins , dans sa Chronique , résume ces mêmes traits ou ces détails , qu'il paraît avoir empruntés à la source même d'où est tiré le fragment en question. Ce mémorial , dont l'auteur s'appelait Hannotin de Clairiaux, appartenait, du temps de Louis XIII , à André Favyn , avocat au parlement de Paris , connu par divers ouvrages historiques et héraldiques. Le même document, aujourd'hui perdu, se rapporte par un certain lien d'analogie à la Chronique de Cousinot le chancelier. Tous deux paraissent avoir été écrits pour la maison d'Orléans, l'un sous le duc Louis, l'autre sous le duc ' Charles, par deux auteurs attachés à la maison d'Orléans. Ces motifs nous déterminent à reproduire ici intégralement le peu de renseignements qu'André Favyn nous a laissés sur la chronique ou mémorial d'Hannotin de Clairiaux. A. Favyn s'exprime ainsi dans son Théâlre d'honneur et de chevalerie, Paris, 1620, in-4'', t. I, p. 730 : « J'ay leu une petite chronique françoise composée par un hérauld d'Orléans, nommé Hennotin de Clairiaux, natif de Blois , qui vivoit du temps de ce baptesme (le baptême de Charles, fils de Louis, duc d'Orléans, qui eut
novembre] GESTE DES XOBLES. 115
lieu faire lever le corps et porter ca l'église des Blans- Manteaulx pour la nuictée, et au sire de Tignontille, adonq prévost de Paris, de faire diligemment informacion du cas et par quelle coulpe , car à celle heure ne fut sceu qui le cas avoit commis.
Si vindrent l'endemain lesdits seigneurs aux Blans- Mantcauix , faisans liault dueil , qui le corps firent porter et mectre en sépulture en sa chapelle aux Célestins à Paris et sur tous autres fist le duc de Bourgoingne manières de hault dueil. Si fut assemblé cellui jour le conseil par devers le duc de Berrj»^, en sa maison de Xeelle, où furent tous les seigneurs. Mais encores ne fut l'informacion parfaicte jusques au vendredi ensuivant, que le lieutenant du prévost de Paris, qui l'informacion rapporta, dist qu'il trouvoit que Raoulet d'Auquetonville et autres ses complices avoient le meffait commis et après le cas
h'eu en 1393) , ef auquel il estoit présent avec son esmail (sa cote armoriée ) ; qui m'apprend que pour la solennité du dit baptesme, Monseigneur Louis de France (le duc Louis) fit an nouvel ordre de chevalerie, moult excellent et de grande emprise : à savoir du Porc-espic. Il particularise puis après par le menu les princes, seigneurs et gentilshommes ses féaux, auxquels le dit duc d'Orléans donna le dict ordre du Porc-espic, desquels j'ay perdu la mémoire et ma chronique de veue.
« Le mesme roy d'armes d'Orléans rapporte qu'en l'an de grâce 1407, le dimanche vingliesme jour de novembre , Monseigneur de Berry assembla les ducs d'Orléans et de Bourgogne en son hostel de Neelle à Paris , pour mettre en bonne' amour et concorde les dits princes ; ce qu'il fit de sorte que ces trois princes allèrent ouir ensemble la messe aux Augustins, à laquelle les dits ducs d'Orléans et de Bourgogne reçurent le corps de Nostre-Seigneur ensemble, après avoir juré soUennellement bonne amour et fraternité. En asseurance de quoy, à l'issue du disner fait en l'hostel de Nesle , le duc de Bourgogne reçut l'ordre du Porc-espic du duc d'Orléans qui le lui mit au col, en se baisants l'un et l'autre et Monseigneur de Berry, avec larmes de joye, •
116 COUSIKOT LE CHANCELIER. [1407nov. 26- '
avenu s'estoient retraiz les malfaiteurs en l'ostel du duc de Bourgoingne ; dont esbahiz furent tous les seigneurs, j Pourquoy le duc de Berry dist au duc de Bourgoingne i qu'il convcnoit qu'il les souffrist prandre en sa maison, i Lequel duc de Bourgoingne requist au roy de Sicile qu'il i parlast à lui à part. Donc se lex'èrent du conseil et entrèrent en une chambre, en laquelle le dit de Bourgoingne tout en pleurant lui cognut que par le conseil de Raoul d'Auquetonviile il avoit le cas commis. A celle heure fist deppartir le roy de Sicile tout le conseil et leur chargea de y estre au lendemain très matin et seuîx * demourèreut les seigneurs. En la présence des quels le roy de Sicile contraigni le duc de Bourgoingne de recongnoistre le cas, dont fut le duc de Berry csbahy 2.
Chap. 91. Première fuite du duc Jean de Bourgoigne.
Le samedi après saint Clément ou mois de novembre^ 1407 retourna le duc de Bourgoigne à Neelle^ et au conseil voult entrer, mais on lui deffendi pour ce que à celle heure on traitoit de sa besoingne. Si s'en retourna hastivement en son hostel d'Artois et lui venu illec monta sur cheval d'avantage, accompaingné de Raolet d'Auquetonviile et ses autres murtriers,et à Gand s'enfuy à graut haste.
Chap. 92. Du grant yver et démolicion des pons.
En la nuit que fist le duc de Bourgoigne murdrir le duc d'Orléans commença moult grant gelée qui par environ trois mois dura. Pendant lesquels chéirent grans
^ Seuls.
2 Fol. Ixxvij et suie.
3 26 novembre.
^ L'hôtel de Nesie et sa fameuse tour étaient situés là où
est aujourd'hui la Monnaie, ou à peu près.
neiges sur terre. Tant fut aspre celle gelée que par faiii et par froidure se lessoient clieoir à terre les oiseaux charopcstres et ramagez i et au desgiel furent par force de glaces les ponts de Paris rompuz.
€hap. 93. Conseil terni à Gand.
En la ville de Gand fist le duc de Bourgoigne grant assemblée de haulx seigneurs à son retour de Pai'is, et pour ce qu'il fut en doubte que pour la mort du duc d'Orléans, le roy son frère lui deust mener guerre, tint illec grant conseil ouquel furent l'evesques de Liège, les ducs de Braibant et de Hollande , le conte de Nevers , le séneschal de Haynau , le sire de Helli , le sire de Grouy, le sire de Roubois 2, Mons. Renier Pot, ]\I. Gauchicr de Ruppet, Messire Jehan de Merles, Maistre André Gotin, Maistre Nicolle de Saiigny et Maistre Jehan Petit 3. Et pour couvrir le péchié du duc de Bourgoingne fut composée par le dit Maistre Jehan Petit, qui docteur fut en théologie , une proposicion dampnable, coulourée de mançonges contenant faulse doctrine et erronée en la foy catholique , concluant que pour avoir murdri le duc d'Orléans , le roy son frère et son royaume estoient tenuz lui rémunérer en bier:s et en honneur.
Si fist ceste proposicion publier à Gand, et d'illec vint à Amiens accompaingné de ses trois frères. Auquel lieu vindrent de par le roy, le roy de Sécile et le duc de Berry, tendant trouver aucun traictié de repparacion de l'onneur du roy et de sa justice, qui par ce meffait fut trop bléciée, affin que aucuns débaz ne deussent venir
1 Oiseaux des bois.
2 Roubaix.
^ Ces Irois maîtres étaient b'ceaciés en lois, avocats au parlement de Paris. Le dernier était en outre cordelier ou franciscain. L'apologie de Jean Sans peur par Jean Petit est demeurée fameuse dans l'histoire.
118 COUSINOT LE CHANCELIER. [UOSjanv.-
dont guerre deust ensuir entre les princes. Mais haultes et orguilleuscs manières tint le duc de Bourgoingne , et en la présence des seigneurs et du commun d'Amiens fist de rcchief la dicte proposition publier; qui aux princes tourna en desplaisance ; mais toute faveur lui portèrent toutes les communitez du royaume. Néantnoins apointié fut que ou mois de janvier ensuivant * vendroit à Paris le duc de Bourgoingne par devers le roy, ou le duc de Guienne, son filz , représentant le roy son père en l'occupacion de sa maladie, et illec seroient les choses traitiées par la meilleur voye que faire se pourroit, selon l'advis des princes et prodesliommes du conseil du roy; et atant se deppartirent d'Amiens les seigneurs.
Chap. 94. Des enfans d'Orléans menez à Blois.
La duchesse d'Orléans qui au temps de la mort de son seigneur fut dedans Ghasteauthierry, ouye nouvelle de ceste mort, fist mener hastivcmcnt Gharles le duc de Valois et Philippe conte de Vertus ses premier et second filz, accompaignés de grans seigneurs, en son chastel de Blois , [ avec eulx madame Ysabel de France femme du dit Gharles, paravant femme du feu roy Richart d'Angleterre] 2, et avecques elle retint la duchesse Jehan, son tiers filz, conte d'Angolesme. Si vint à Paris la dame accompaignée de haulx seigneurs en estât du plus hault deuil qui devant eust esté veu. Gar avec ce que ses charrois et sa litière estoient couvers de noir dont les chevaulx furent blancs, estoit la dame et toutes ses femmes atournées de noirs atours , et en cellui estât vint faire sa complainte devers le roy, la royne, le duc de
' 1408, nouveau style.
2 Les mots compris entre ces deux crochets sont rayés dans le ms. 10297.
février] GESTE DES NOBLES. 119
Guienne , le roy de Sécile , les ducs de Berry et de Bourbon , requérant justice lui cstre administrée.
Si reconfortèrent la dame les seigneurs à leur povoir soubz umbre de grans promesses et à tant prist congié et vint à Blois où ses enffans fist soigneusement garder; dont , par la voulenté du roy, elle prinst le gouvernement et de toutes leurs seigneuries.
Chap. 95. Proposicion du duc de Bourgoigne faicte à Paris.
A Paris vint le duc Jehan de Bourgoigne en la fin de janvier * rail quatre cent sept 2, accompaingné de grans seigneurs. Et à certain jour vint par devers le duc de Guienne , à main armée , qui en la sale de Saint Pol fut accompaigné du roy de Sécile et du duc de Berry, le chancelier de France, la court du parlement, l'université, les seigneurs du grant conseil, le prévost de Paris, le prévost des marchands , les eschevins et bourgois de Paris et du commun très grant nombre ^. Et pardevant le dit duc de Guienne, qui, cellui jour, représenta le roy son père occupé de maladie, fist le dit duc de Bourgoingne de rechief, par Maistre Jehan Petit, la proposicion faicte par avant à Gand et à Amiens. Et ne fut nul qui à celle heure osast respondre; car à ses faiz fut tout le commun du royaume favorable. Si entra d'illec en avant es conseils royaidx et du gouvernement se voult entremettre. Si fist par le roy tollir aux enffans d'Orléans et appliquer au domaine la conté de Dreux et les villes et chasteaulx, avec toutes les revenues des chas-
' Erreur, pour février. Au commencement de février le duc était encore à Amiens, d'où il se rendit à Arras. Voyez Labarre, Mémoires de Bourgogne, 1729, in-4», t. II, p. 102, note h, et Monstrelet.
^ 1408 , nouveau style.
^ Cette séance eut lieu le 8 mars 1408, nouveau style.
120 COUSINOT LE CHANCELIER. [1408 après
tellenies de Chasteauthierry et Aïoniargis et tous chevaliers, escuiers et officiers, qui par l'aide et moyen du duc d'Orléans qu'il cognut estre ou service du roy et du duc de Guienne, fist mestrc hors d'entour eulx et débouter de leurs estaz ; en lieu desquieulx il fist entrer aucuns à sa ■ plaisance.
Chap. 96. Deppointement du prévôt de Paris.
En l'an 1408 l, furent admenez au Chastellet de Paris aucuns larrons -murdriers, guetteurs de chemin, qui confessèrent avoir commis murdres et larrecins, mais ils se portèrent pour clercs et estudians en l'Université de Paris. Pourquoy, Messirc Guillaume de ïhignonville, chevalier, adonc prcvost de Paris, se tira par devers le recteur et les suppoz de l'Université de Paris et leur offrit les malfaicteurs chargiez du cas , pour les pugnîr comme leurs clercs. Les quieulx (quels) le reffusèrent et distrent que telles gens n'estoient point tenus pour leurs clercs. Si ala en la court du parlement ces choses • notiffîer et supplia que pour faire les procès desdits ' murdriers , lui voulsLsscnt bailler aucuns des seigneurs de la court. Dont lui furent quatre baillez et en la fin / par sentence furent trainez et penduz au gibet. Si furent "i en l'Université aucuns normans estudians favorables aux faiz du duc de Bourgogne , qui bien savoient que ledit duc désiroit désappointier ledit prévost, pour autre y mettre, à lui favorable. Les quels Xormans firent l'Université esmouvoir contre ledit prévost. Avec les quieulx se adjongni ledit duc, qui tant fist que de son estât fut despointié et par accort fut dit que à certain jour vendroit le dit de Tignonville par devers le recteur et les suppoz en congrégation, requérir pardon à l'Université. Et en oultre que celui qui en son estât enlrcroit, fcroit
* Pâques, le 15 avril.
le 15 avril] GESTE DES NOBLES. 121
les mûririez deppendre et à torches restitueroit les corps à l'éiesque de Paris. Si fut fait M. Pierre des Essars prévost de Paris , qui lesdits murtriers rendit audit Estât. Et à certain jour vint en l'Université le seigneur de Tignonville requérir pardon au Recteur et aux suppoz, qui tout raaltalent lui pardonnèrent. Dont il les mercia et requist que audience lui donnassent de parler, dont d'accort furent. Adonc leur dist : a Messeigneurs , oultrc D le pardon que fait m'avez , vous suis trop tenuz. Car •0 quant vous me assaiUistes , je fu tout seur d'estre mis !) hors de mon estât. Mais je doubtoye plus que vous ■D deussiez conclurre * que je feusse marié ; et suis certain » que se telle conclusion eussiez mise avant, il me eust » convenu marier. . . Mais de vostre grâce ne m'avez voulu » garder ceste rigueur; dont je vous mercie très-humï blement. » Si se prinstrent tous à rire. Gestui seigneur de Tignonville fut de noble lignic , sages , larges et beau parleur, et le retint le roy de son grant conseil à grans gaiges et pension -.
' Les délibérations de l'Uniçersité portaient le nom de conclusions.
• Ce discours énigmatique a été reproduit d'une manière plus ou moins étendue par Vély {Histoire de France, 1763, in-12, t. XIII, p. 28) , par M. de Barante {Diics de Bourgogne, 1824, in-8o, t. III, p. 153). et par M. Paulin Paris [Manuscrits français , etc., t. V, p. 3 et 4). Mais le voile qui jusqu'à ce jour recouvrait cette chronique anonyme contribuait en particulier à l'obscurité de ce passage. Voici, je crois, quel est le véritable sens de la motion du prévôt : expliquée à l'aide d'une traduction libre : « Messeigneurs, outre le pardon que TOUS avez daigné m'accorder (pour un fait dont je suis innocent), je vous suis encore très -oblige. En effet, du moment que je me suis vu en bulle à vos attaques, j'ai été très -sûr de perdre mon emploi. Mais j'avais une plus grande inquiétude. C'est que, par une de vos délibérations, vous eussiez jugé à propos de décider que j'étais marié. Et je tiens une chose pour certaine, c'est que, si vous aviez pris cette décision, il eût bien
122 COUSINOT LE CHANCELIER. fl408
Chap. 97, Comocion des Liégois.
Contre Jehan de Bavière esleu de Liège se rebellèrent en cellui an les Liégois pour tant que par deux ans et plus avoit tenu la dignité et le patrimoine de l'éveschié levé ^, sans entrer en sains ordres, et en son deffault convenoit les clercs du diocèse aler leurs ordres prandre en autres diocèses 2. Et le fdz d'un baron de la contrée, seigneur de Perowez ^ esleurent en évesque et le dit de Bavière déboutèrent , qui aucunes villes et places du patrimoine retint et leur fist guerre. Adoncques se mistrent sus Liégois qui la ville de Trecq ^ où fut icellui de Bavière, assiégèrent de toutes pars. Pour lequel secourir, parti de court le duc Jehan de Bourgoigne qui à puissance entra ou païs ; avec lui les ducs de Braibant et de Holande , les contes de Nevers et de Marie et autres grans seigneurs de France et d'autres contrées. Contre lequel vindrent Liégois qui le siège abandonnèrent et devant Tongre lui livrèrent bataille, dont fut le duc de Bourgoigne victorieux. En ccste bataille qui fut le jour
fallu me marier. Cependant vous ne m'avez pas voulu garder une telle rigueur : ce dont je vous offre mes très-humbles remercîments. « Tignonville était clerc, au témoignage de Jean Jouvenel des Ursins , c'est-à-dire ancien élève des écoles. Or, dans les traditions universitaires , le mariage , qui sert ici de texte à la satire ou à l'ironie du prévôt, le mariage était proscrit et jugé incompatible avec les fonctions de l'enseignement. Voyez Histoire de l'instruction publique, 1849, in-4», p. 175.
Un peu plus loin, Guillaume Cousinot va nous apprendre comment le successeur de Tignonville perdit à son tour son emploi. Voyez ci-après chap. 128.
' Et levé le patrimoine ; c'est-à-dire recueilli les émoluments.
^ Attendu que le prélat de Liège, n'étant pas lui-même dans les ordres , ne pouvait pas les ordonner prêtres.
^ Les autres chroniqueurs l'appellent le sire de Perweiss.
* Utrecht.
octobre, elc] GESTE DES XOBLES. 123
saint Crespin 1 ou mois d'octobre 1408, furent occis le sire de Perowez et l'esleu son filz aiec environ trente mille Liégois. Si vint en la cité du Liège où moult fist de tirannies et là remist Jehan de Bavière ou siège de l'éveschié.
Chap. 98. Proposicion contre le duc de Bourgoingne.
Jehan le duc de Bourgoigne estant en Liège , X'int à Paris la duchesse d'Orléans, qui Charles son aisné filz y admena et acompaingnez de grans seigneurs fist en la présence du duc de Guienne ou chastel du Louvre proposer certaine proposicion en respondant à tous les poinz proposez de la partie du dit de Bourgoigne et à plain le desmentant; en sommant et requérant très instamment justice estre administrée à elle et à ses enffans, et ce fait s'en retourna à Blois.
Chap. 99. Comment le duc de Bourgoigne , au retour de sa victoire^ se maintint.
En grans pompes et orgueil voult le duc de Bourgoingne venir par devers le roy après la bataille de Liège, et à puissance. Pourquoy le roy par messages luy fist deffense qu'il ne venist fors avec gens de son hostel ; dont lui desplut et dist que tout ainsi que bon lui sembleroit il yroit. Si furent tous les seigneurs mandez à Paris et par délibéracion du conseil envoya le roy par les citez du royaume ses mandements par lesquelx il deffendoit aux habitants que es citez, villes ou chasteaulx royaux, ne donnassent aucune entrée à aucun prince de son sang , fors à luy et à son ainsné filz , sans son mandement exprès. Alais le duc de Bourgoingne venu en Piquardie , lui ouvrirent ceux du pais , citez et
' 25 octobre.
124 COUSIXOT LE CHAKCELIER. [1408 nov. 2-
villes sans nul reffus. Pourquoy les seigneurs estons entour le roy congnoissans la faveur qu'avoient ceux de Paris et d'autres villes au dit duc de Bourgoingne, le second jour de novembre 1408, environ heure de midi , firent le roy partir, avec lui la royne et leurs enffanfr accompaignés de haulx seigneurs et à Melun les menèrent. Où tost après vindrent les ducs de Berry et de Bourbon, qui le roy et sa compaingnie menèrent à la cité de Tours, par la rivière de Loire, accompaigncz des gens de leur hostel et des seigneurs de leur conseil qui là se tindrent et souvent y vindrent le roy de Sécilc et le duc de Berry.
Chap. 100. La venue du duc de Bourgoîgne à Paris en son retour de Liège.
Durans ces choses, vint à Paris le duc Jehan de Bourgoingne. A la venue duquel crièrent ceux de Paris Noël. Et en desplaisir prinst Talée du roy à Tours. Auquel lieu vint le duc de Horlande de par lui, qui tant fist que pour les débaz appaisier fut le grant maistre d'ostel envoyé en sa compaignie à Paris par devers le duc de Bourgoingne qui manière de bienveillance lui demonstra, et tant iraicta que à Chartres octroya venir par devers le roy et son conseil. Mais ^ ou contemple -|- trespassa la duchesse d'Orléans ou chastel de Blois-.
Adonques envoya le roy de haidx seigneurs à Blois pour pourveoir aux enffans qui jeunes furent, et par délibéracion de conseil qui là vint, tint le roy pour aagié^
' In contempore : dans le même temps. Cette expression peu commune est en quelque sorte caractéristique et personnelle à l'égard de l'auteur. Voyez ci-dessus § 6, p. 44, note 1. Nous signalerons ce mot par des -\ aux recherches du lecteur.
2 Valentine de Milan mourut, d'après le P. Anselme, le 4 décemhre 1408.
^ Majeur.
1409 mars] GESTE DES NOBLES. 125
Charles le jeune duc d'Orléans et de Valois ^ qui sa fiilc 2 avoit à femme. Auquel il bailla l'administracion de SCS frères et sucr^ maindrcs d'ans. Et ce fait vint le roy à Chartres en février, eu ccllui an; où plusieurs conseils furent tenuz sur la manière de traiter paix entre les enffans le duc d'Orléans et le dit duc de Bourgoingne.
Chap. 101. Le traitiéjuré à Chartres présens les princes.
En ccllui an ^ ou mois de mars vindrent au mandement da roy, le duc de Bourgoigne d'une part et le duc d'Orléans ; avec lui le conte de Vcrtuz son frère. D'autre si vindrent illec les rois de Sécile et de IVavarre, les ducs de Guienne, de Bcrry, de Bourbon, et de Hollande , les contes d'Alençon et d'Eu , le connestable , le chancellier et les mareschaulx de France, la court de parlement, le prévost des marchans et des bourgeois de Paris en bien grant nombre. Si vint le roy en la grant église de Chartres et là traita de paix entre les ducs d'Orléans et de Bourgoigne , et par ceste paix faisant voult le roy et par conmiandemcnt exprès , que pour révérence de Dieu et le bien du royaume le duc d'Orléans et le conte de V' ertus , son frère , pardonnassent au dit duc de Bourgoigne la mort du duc leur père , ef que pour fermeté de paix le dit conte de Vertuz eust à femme l'une des filles d'icellui duc.
Auquel commandement fut le duc Charles d'Orléans obéissant, et partant jurèrent illec la paix les diz sei-
' Charles, duc d'Orléans après Louis, était né le 26 mai 1391. Il avait donc à la fin de 1408 de 17 à 18 ans.
2 Isabelle de France, fille de Charles VI et d'Isabelle de Bavière. Elle naquit le 9 novembre 1389 et mourut à vingt ans. Voyez ci-après ch. 103.
^ Sœur, mineurs.
4 1408 a. s. et 1409 n. s.
126 COUSIKOT LE CHAXCELIER. [1408-
gneurs devant le roy es mains du cardinal de Bar et sur les sains canons et euvangiles, et ce fait retournèrent à Blois le duc d'Orléans et son frère, et à Paris retourna le duc de Bourgoingne.
Chap. 102. Comment le duc de Bourgoingne voult gouverner le royaume.
Après le traitié fait à Chartres, furent le roy, la royne et leurs enffans menez à Paris et d'illec en avant s'entremist le duc de Bourgoingne de plus en plus gouverner. Si atraï à sa partie le roy de Navarre et par mariage d'une de ses filles au premier filz du roi Loys se alia de lui, et le duc de Berry, leur oncle, commencièrent à délaisser, et emprandre auctorité par devant luy. Mais envers le dit duc de Berry furent plus enclins les seigneurs du grant conseil et en espécial Alessire Jehan de Montagu, chevalier, vidame deLaonnois, maistre d'ostel souverain du roy, Msgneur Jehan, son frère, arcevesque de Sens, chancellier de Guienne, et Msgneur Girart leur frère , évesque de Paris , chancellier du duc de Berry ; tous lesquieulx frère furent conseillers du roy, et(l) de la honte faicte au roy par le duc de Bourgoingne qui le duc d'Orléans son frère avoit occis et sa justice detenoit dessous ses piez ; dont grand desplaisir avoient en leurs courages; et bien le conceuprent aucuns des conseillers du duc de Bourgoingne, qui, pour ce, marchanda la mort dudit vidame et de l'arcevesque son frère.
Chap. 103. Du trespas Ysahel de France, duchesse d'Orléans.
En l'an 1409 ^ se descharga d'une fille, ou chastel de Blois, Madame Ysahel de France, duchesse d'Orléans,
1 [Éprouvèrent un vif ressentiment]? Ces mots seraient nécessaires pour compléter le sens.
2 Pâques , le 7 avril.
1409] GESTE DES KOBLES. 127
et ou lit de son enfantement trespassa, dont le corps gist en l'église saint Lomcr de Blois *.
Chap. 104. De la prinse du grant maistre.
Gellui an, enioya le roy en la cité d'Amiens l'arceiesque de Sens, le seigneur de Dampierrc et le seigneur de Tignonville , ses conseillers , par devers les messages du roy d'Angleterre , qui là estoient vcnuz pour traitier de longues trêves en espérance de paix. Et les dits conseillers estans à Amiens, par le commandement du roy de Navarre et du duc de Bourgoingne , à ung lundi matin , près de porte Saint Victor fut en aguet Messire Pierre des Essars, prévost de Paris, qui accompaingné fut de plusieurs sergens armez; et là prinst M. Jehan de Montagu grant maistre d'ostel du roy , M. Martin Gouge évesque de Chartres et Maistre Pierre de Lesclat chancellier de la royne , qui ou Chastellet de Petit-Pont furent menez et mis en prisons diverses. Et à ceste prinse fut présent l' évesque de Paris , qui en leur compaingnie aloit par devers le duc de Berry qui adonc fut a Wicestre. Si fist le dit évesque de Paris aussi tost partir l'un de ses gens, lequel ala à Amiens ceste prinse anoncier à l'arcevesque de Sens , son frère, qui pour ce parti d'Amiens , et tenant son chemin droit à Paris , le rancontra à Glermont en Beauvoisis ung sergent d'armes qui par vertu des lettres du roy de Xavarre et du duc de Bourgoingne s'efforça le faire prandre par le prévost et les sergents du dit Glermont qui obéissance lui refusèrent , et ceste chose firent savoir à l'Arcevesque, qui celle nuit se depparti et délaissant le grant chemin de Paris ala passer au pont de Poissy. Si vint à reffuy à Blois au duc d'Orléans, qui secrètement l'envoya en l'un des chasteaulx de sa conté d' Angoulesme ,
^ Isabelle moarut en couches le 13 septembre 1409.
123 COUSIaOï LE CHAXCELIER. [1409octob:-
où longtemps fut sonbz la garde de M. Arnauton des Bordes , chevalier de renom.
Chap. 105. Propositioti contre le grant maistre et comment il fut décappilé.
Contre le grant maistre d'ostel firent composer le roy de Navarre et le duc de Bourgoingne plusieurs articles crimineux contre la majesté royal , sur lesquieulx il requist justice lui estre faicte par la court du parlement, sans grâce ne miséricorde, lui ouy en ses responses, sanz conseil nul. Mais à ce ne vouldrcnt le roy de Kaxarre et le dit duc de Bourgoingne entendre ainçoirs lui baillèrent juges extraordinaires de tirannies plains, c'est assavoir, Messire Pierre des Essars, Messire Rusto, M. Gaucher de Ruppes et le seigneur de Helly, qui tant le gehannièrent que tous les membres lui desrompirent et par violence le contraignirent à recongnoistre tout ce qu'ilz vouldrcnt, et de sa main lui firent sa confession signer dont décappiter le firent es haies et son corps pandre au gibet de Paris ou mois d'octobre 1409, dont aux ducs de Berry et de Bourbon desplut et aux plus notables hommes du conseil du roy. Après la mort duquel le dit des Essars entra ou gouvernement des finances par la voulenté du roy de Navarre et du duc de Bourgoingne, qui l'évesque de Chartres délivrèrent et Maistre Pierre de l'Esclat , et adonc fut fait chancellîer de Guienne Messire Jehan de Melles *.
Chap. 106. Extraccion et manières du grant maistre d'ostel.
Cestui IVIessire Jehan de Montagu fut filz de Maistre Girart de Montagu , secrétaire du roy , et de Biète Cas-
' On peut consulter sur le personnage qui fait le sujet de ce chapitre, Biographie de Jean de Montagu, par M. Lucien Merlet; Paris, 1852, iu-S».
U09J GESTE DES XOBLES. 129
sinelle et moult fut bel , humble, joieux, plaisant, saiges, larges, charitable et de toutes bonnes meurs aourné. Environ le roy fut tout nourry ^ et son plus privé secretcre fut ou temps de son enfance. Si fut tant en la bonne grâce du roy et de ses princes que de grans biens lui firent, dont grans possessions acquist et entre autres acquist le vidamc de Laonnois, Tournafuie, Bois-Malcsherbes, Gueudrevilles, ilarcouciz et autres places; et puissamment le maria le roy, par la voulenfé duquel il receut l'ordre de chevalerie; et grant ïignié d'cnfaus engendra. Sa première fille prinst en mariage le conte de Brayne et de Roucy; la seconde fut mariée à ^I. Jehan de Craon sire de Montbazon , de Sainte More , lîontsoreau, ]\Ionlcontour, Marnes et autres chasteaulx et villes. Au sire d'Autoing donna sa tierce fille , et à son fiiz fist donner en mariage la fille de Monsieur Charles, sire d'Alebret, conte de Dreux et connestable de France. Son second frère fist faire évesque de Chartres, chanccîlier dAlcnçon, qui depuis fut arcevesque de Sens et chancellier de Guienne. Son tiers frère fist faire chanccUier du duc de Berry et évesque de Poitiers, qui après fut évesque de Paris et Président des comptes. Sa sœur première espousa M. Lionnet de Chaumont, seigneur de Quittry. La seconde fut mariée à M. Haguan de Hagi?cnonville ; la tierce à Messire Robert de Maintenan et la quarte à Morelet de Marcscot.
Ghap. 107. Refformacion nommée recupperetur.
Eu ccllui an , à la poursuite du duc de Bourgoingne, furent reffourmez touz cculz qui du roy avoient eu dons et contrains furent à les restituer. Si fut ceste refformacion nommée par le royaume recupperetur , dont maint
' Il fut é!evé sons les yeux dn roi.
i:iO COUSIXOT LE CHAXCELIER. [1410
prodommc fut désert *. Si furent sur ce commissaires qui tout prenoient pour gaiges, desquels commissaires furent les contes de la ]\îarche et de Saint Pol, le prciost de Paris, i'aumosnier du roy de Navarre et autres de la partie des seigneurs. Adonc se parti de court le duc de Berry qui, mal content du roy de Navarre et du duc de Bourgoingne, s'en ala en son pais.
Ghap. 108. Journée tenue à Gien par les seigneurs.
En l'an 1410, après laPasque 2, vint à Gien sur Loire le duc de Berry qui là manda les ducs d'Orléans, de Bourbon et de Bretaingne, le conte d'Alençon et autres grans seigneurs, et tintlrent plusieurs conscilz par aucuns jours, pendant Icsquieulx vindrcnt illec de par le roy, le roy de Navarre, le duc de Bavière, pour savoir les causes de l'assemblée. Gar en grand doubte fut le duc de Bourgoingne, que contre lui les diz seigneurs voulsissent aucunement emprandre, mais en riens ne put avoir acès le dit roy de Navarre envers les seigneurs , ne leur entencion savoir. Ainsi fut en voye d'avoir empeschement de sa personne , et à tant s'en depparti doubtablement.
Mais ou contemple \ vint au mandement des diz seigneurs \c conte Bcrnart d'Armaignac. Gar l'aisnée fille de Berry avoit à femme, et en ceslui conseil furent les seigneurs délibérez et concluz de mettre le roy et ses enffans en liberté, hors des mains et du gouvernement du duc de Bourgoingne , qui le Roy et sa justice tenoit dessoubz ses piez, et jour cmprindrent d'eulx assembler à puissance en la cité de Tours , et par sermeiit formèrent illec aliances.
^ D'où advint la spoliation de maint honnête homme. ^ Pâques , le 23 mars.
mars-août] GESTE DES NOBLES. 131
Chap. 109. — Siège à Wicestre.
En la fin du mois d'aoust 1410, s'assemblèrent en la cité de Tours les seigneurs, qui à Gicn avoient esté à grant chevalerie , excepté le duc de Bretagne , qui ses gens y envoya, et là renouvelèrent leurs aliances et aux citez escripsirent les causes de leur emprinse, en les priant que avec eulx ilz voulsissent adliérer, et à chemin se mitrcnt pour aler devant Paris.
Adonc fist envoler le duc de Bourgoingne par les bailliages royaulx, lettres patentes contenans que es citez, villes ou chasteaulx royaux, ne feust donnée entrée fors au roy ou à son aisné filz. Si vindrcnt à Chartres les seigneurs avec leur puissance , ausquelx fut reffusée l'entrée. Mais tant firent le seigneur de Labret, connestable de France, et l'arcevcsque de Sens, qui en la compaignie estoient, que receuz furent illec les seigneurs par la voulenté des bourgois et à la grant despiaisance de Morelet de Bétancourt, qui dedans estoiî venu à grand gent de par le duc de Bourgoingne , lequel de Bétancourt, par traitié, s'en ala avec ses biens et sa compaignie.
Si se deppartirent de Chartres les seigneurs, au devant desquelz vint la Royne de France à Marcoussiz, tendant que leur armée deppartisscnt, dont rien ne peut obtenir. Ainçois vindrcnt devant Paris et à Wincestre se logèrent les seigneurs, qui es villages d'entour firent leurs gens loger et plus ne requéroient fors que au roy peussent parler. Mais de toutes pars fist le duc de Bourgoigne venir gens dedens Paris, qui aux champs ne vouldrent pour lui yssir. Si fut le long séjour de ceste gent desplaisant à ceulx de Paris , qui leurs vins ne povoient cueillir, mais perdoient blez , fruiz et fourrages , et tout ce qu'ili avoient hors Paris.
Dont à murmurer commencièrent contre le duc de
132 COUSL\"OT LE CHANCELIER. [1410 nov.-
Bourgoingne, qui, par devers les seigneurs, fist ouvrir voie de traictié, et à ceste fin vindrent à Wiccstre les ducs de Braibaut et de Savoye, M. Pierre de Navarre, le sire de Rambures et autres , du conseil du roy et du duc de Bourgoingne. Qui taut traictièrent que appoinctié fut et accordé que d'cntour le roy le duc Jehan de Bourgoigne se partiroit et s'en yroit en sou pais. De l'office de prévost de Paris et du service du roy seroit mis hors M. Pierre des Essarts. Ou conseil du roy scroient mis prodshommes et loyaux non fax^orables aux seigneurs, et partant deppartiroient les seigneurs leurs puissances , et en leur pais s'en yroient, sans retourner à court se mandez n'estoicnt. Et si, ne pourroit venir à court aucun des ducs d'Orléans et de Bourgoingne, par mandement, que l'autre n'y peust venir sans mander, et le jour qu'ilz partiroient , esloingneroient chacun ^ de Paris de sept lieues.
Et sur ce traictié se partirent les seigneurs la voille de Saint-Martin d'iver^ 1410, et retourna chacun en sa contrée. ]\Iais au conseil du roy demeurèrent le seigneur de Grouy, le seigneur de Helli , M. Anthoine de Graon, M. Charles de Savoisi, M. Renier Pot, et autres, touz serviteurs du duc de Bourgoingne , touz soupçonnez d'avoir esté consentans de la mort du duc d'Orléans, dont malcontens furent les seigneurs. ^
"1 Chap. 110. Sommacions de justice faites au roy j)ar les enffants d'Orléans.
En l'an 1411 3, somma le duc d'Orléans le roy son oncle par ses lettres, très humblement, que aucuns qui
' Chacun d'eux s'éloignerait de Paris à la distance de sept lieues.
2 La Saint-Martin est le 11 novembre; la veille, le 10.
3 Pâques, le 12 avril.
en son service cstoient et entoiir lui voulsist faire pranflre par sa justice et pugnir, qui consentans et participans avoient esté de la mort du duc son père ; ou , au moins, se débouter ne les vouloit, que en chose qui le toucliast ne assistassent ou conseil royal, autrement il ne pourroit envoyer par devers lui aucun de ses conseilliers pour ses affaires, ne ses intencions lui signifier. En ce faisant il mettroit entre ses mains toute sa puissance, et si non il cntendoit monstrer briefment qu'il estoit son vray filz et nepveu. Et pour ce que excuser ne se deust de non congnoistre les dits participans les dénomma en ses lettres , c'est assavoir Charles de Savoisy, Anthoinc de Graon, le seigneur de Hclli, Jehan de Nielles, Renier Pot, et autres chevaliers.
Mais riens ne peut obtenir de ses requestes le duc d'Orléans, ainçois pour ce que soubz son adveu vivoient es contrées de son pais aucuns cappitaines de gens d'armes et de trait, tant Espaignolz comme de Gennes, se misrent sus de par le roy M. Jehan le Maingre dit Bouciquaut mareschal, M. David de Ramburcs, maistre des arbalestriers de France, à grant puissance de commun de Paris et de Chartres, qui sur ccste gcnt férireut à Cloye, en leur logement, qui en despourveue furent prins et desconfiz et à Paris les envoièrent puis furent penduz au gibet.
Chap. m. Sommacions aux princes , prélaz , barons et citoiens du royaume.
A touz les princes , prélaz, barons et bonnes villes du royaume, escripsi en ccllui an le duc d'Orléans et fist savoir ses sommacions et requestes qu'il avoit faictes au roy son oncle, de justice lui administrer de ceulx qui son père avoient murtri par la voulenté du duc de Bourgoingne et par son commandement , ainsi que congneu l'avoit; dont riens n'avoit peu obtenir par l'empeschc-
134 COUSIXOT LE CKAXCELIER. [juillet 4
ment de ses fausteurs estans entour le roy. Et pour ce, en deffault de justice, s'estoit délibéré du dit duc de Bourgoigne guerroier en les suppliant que adhérer voulsissent à luy et à ses frères. Si envoya deffîer le duc de Bourgoigne par lettres de son scellé contenant cette forme.
Chap. 112. Dejfiances envoiées au duc de Bourgoingne.
Charles, duc d'Orléans et de Valois, conte de Blois et de Beaumont et seigneur de Goucy, Phelippe conte de Vertus et Jehan conte d'Angolesmc frères : à toy Jehan qui te diz duc de Bourgoingne, pour le très cruel murdre par toy commis en trahison en la personne de feu nostre très redoubté seigneur et père que dieux absoille, Monseigneur Loys, duc d'Orléans, seul frère germain du roy, nostre souverain seigneur et le tien, nonobstant les sèremcns, aliances, fraternité et compaignie d'armes que tu avoies à luy, te mandons et faisons savoir que de ceste heure en avant te nuirons et grèverons de toute nostre puissance; et en nostre ayde appelions Dieu et tous les prodeshommcs i de ce monde , escript à Jargeau sur Loire, le quatrième jour de juillet l'an mil quatre cent onze.
Chap. 113. Passage oultre les rivières.
Pour le duc de Bourgoingne guerroier envoya le duc d'Orlians, le conte de Vertus son frère à Coucy, qui acompaingné fut du conte d'Alencon et Bernardon de Sèves escuier de renom , à tout grant gcnt , qui sur les pais du dit duc et ses aliez se prindrent à mener guerre ; et d'autre part se mist sus , à grant puissance, pour aller quelque part que trouver pourroit son ennemy. Si viudrent en son aide le sire de Labret connestable , le sire
* Honnêtes gens. ^
de Hangest, maistre des arbalestriers de France, le duc de Bourbon, Jehan Monseigneur de Bar, l'arcevesque de Sens, le seigneur de Monlbazou, le seigneur de Prueillé, les contes d'Armaignac, de Brainc et de Tonnerre, M. Jehan de Ghalon, les sires de Morvillicr et Villeqnicr, les sires de Gaucourt et de Quiltri, M. Gadiffcr de la Salle , M. Braquet et j\I. Lionnot de Braquemont, Messire Guillaume le Boutillier et M. Charles son lilz, M. Aubcrt Foucaut, M. de Perusse, M. de Marueil, M. de Montléun, M. de Fontaines et ses deux fdz, M. Dreuc d' Asnières , M. Raoul de Saint Rcmi et autres seigneurs , et à puissance voult les rivières passer de Saine et Marne pour tirer droit à son cnncmy qui puissance manda de toutes parts.
A donc furent gardez de par le roy les pors de Saine et Marne que le duc d'Orléans ne ses gens ne passassent, et à Paris retourna en son estât de prévost Messire Pierre des Essars, qui tant fist que par mandemcns royaulx envoiez à touz les bailîifz du royaume, furent abandonnez les corps , les biens et les maisons à abatre de touz nobles'ct autres qui ou service du duc d'Orléans yroient; dont furent pillez plusieurs gcntilz hommes et leurs femmes et enffans boutez hors de leurs maisons par les bouchers, escorcheurs , et les gens de vil estât qui à ce temps furent levez en auctorité et chiers tenui par le duc de Bourgoigne et ses fausteurs.
Néantmoins le duc d'Orléans conquist passage en Saine soubz Samois^, et à La Fcrté-soubz-Jeurre^ passa Marne, par le consentement de la vicontesse de Meaulx qui fut illec. Puis traversa son pais de Valois, où le conte de Vertus son frère vint avec sa compaîngnie par devers lui ; dont fut la puissance moult crue , et , passant par devant
' Sannois, canton d'Argenleuil, arrondissement de Versailles, Seine-et-Oise.
^ La Ferté-sous-Jouarre, près Meaux, Seine-et-Marne.
136 COUSIÎVOT LE CHAXCELIER. [septemb-
Senliz, vindrent à Bcaumont sur Oyse les seigneurs, qui Jà ouyrent nouvelles que à grant puissance venoit contre eulx le duc de Bourgoigne qui prins avoit et destruite la ville de iîan i en Vermandois. Si ordonnèrent .illec leurs batailles et la rivière d'Oise passèrent, tenans chemin droit à Montdidier, où fut arresté le duc de Bourgoingne, qui son ost fjst cnclorre de son charroy près du gibet, attendant illec bataille doubtablemcnt.
Chap. 114. Seconde fuite du duc de Bourgoigne.
En la ville de Gastenoy qui à quatre lieues de Montdidier est séant, vint le duc d'Orléans à toute sa compaingnie qui bien fut nombrée à douze mille combattans, le septième jour de septembre mil quatre cent onze , voille ^ de Nostre-Darae et pour la liaultesse du jour ne voult chevaucher landemain; mais le conte d'Armaignac envoya, à tout son avangarde, entre Compiengnc et Montdidier à deux lieues de ses ennemis , et là fut délibéré du duc de Bourgoingnc combatre le lundi en suivant. Si vint le conte de \evers à tout grant gcnt à Gompiengnc cellui samedi, devers le soir, pour aler en l'aide de son frère, mais oultre n'osa passer, pour l'avantgarde. En l'ost du duc Jehan de Bourgoingnc vindrent nouvelles, devers le soir, de la venue du duc d'Orléans et de sa puissance, dont furent en grant doubtance Flamens et Bourgoignons, et cellui soir, avant minuit, fist le dit duc de Bourgoigne ses tantes et trefz ardoir 3; et, prenant la fuite laide et honteuse, chevaucha celle nuit et l'andemain sanz repaistre jusques à Arraz,
• Ou Ham (Somme).
2 Veille.
2 Et ce même soir, le duc de Bourgogne fit brûler ses tentes et pavillons.
octob. lill] GESTE DES NOBLES. 137
Chap. 115. La venue des seigneurs à Saint-Denis en France.
Après la seconde fuite du duc de Bourgoingne , vindrent les seigneurs devant Paris et toutes manières quistrent que le roy les voulsist oujt et justice leur administrer, et en ce faisant vouloient départir leur puissance et retourner en leur pais. Mais par l'empeschemcnt de Pierre des Essars ^ ne peurent être ouyz, ainçois saillirent ceux de Paris qui sur les logeis des seigneurs s'embatirent et là furent plusieurs de Paris occis.
Chap. 116. Traité de Bourgoingne.
En la ville de Saint Denis fut à ce temps le prince d'Orange ^ qui atout trois cens gentilz hommes y fut mis de par le duc de Bourgoingne , et là fut assiégé des seigneurs avec lesqueulx il traita en telle manière que la ville leur livra. Et franchement s'en parti sur sèrement fait que de quatre mois ne s'armcroient lui et ses gens pour le duc de Bourgoingne.
Chap. 117. Prinse du pont de Saint Clost.
En la tour de Saint Clost et sur le pont entra le sire de Gaucourt une luiit, au mois d'octobre, où moult avoit de richesse et en la ville oultre le pont se féri a tout grant gent sur Messire Anthoine de Craon , le sire de Chevreuse et autres qui la fuite prinsdtrent et furent chaciez jusques à Saint Germain-en-Laye et moult y ot occis de Parisians.
' Prévôt de Paris.
' Jean de Chalon.
138 COUSINOT LE CHANCELIER. [octoL-
Ghap. 118. Venue du duc de Boiirgoigne à Paris.
En Paris vint en ce contemple j, de par le duc Jehan de Bourgoigne, le conte de Saint-Pol qui à sa venue fut fait connestable de France , et l'andemain saillirent ceulx de Paris qui de l'avantgarde des seigneurs furent desconfiz entre Saint-Ladre et la Chapelle Saint-Denis, dont fut l'occision nombrée à huit cents hommes et plus.
Chap. 119. Venue à Pontoise.
En la fin du mois d'octobre mil quatre cent onze, vint le duc de Bourgoigne à Pontoise , acompaingné du conte d'Arondel à grant nombre d'Anglois, avecques aucuns nobles et gens de commun de Flandres et de Piquardic, et par aucuns jours y séjourna, après lesquels il se déppartit par une nuit ; et , tenant sa voye droite à Paris passa parray Poissi. Si lui vindreut au devant ceulx de Paris à la chaussée de Chamvanne en très grant nombre de gens armez, qui, par Vaugirart et Vanves, l'amenèrent à Paris; dont crièrent parmy la ville : Noël pour sa venue.
Chap. 120. La destrousse de Saint Clost.
Le lundi avant saint Martin d'iver (11 novembre) 1411, yssirent de Paris le duc de Bourgoigne, le conte de saint Pol, le mareschal Bouciquaut, le conte d'Arondel , avec grant puissance des Parisiens, qui, environ le point du jour, férirent sur les logeis des François, qui la ville de saint Glod avoient fortifiée ; et gainguèrent Anglois et Bourgoigne le logeis. Là furent mors le sire Prueillé avec grant nombre de gentilz hommes de France et d'autres contrées. Si furent prins Messire Guillaume Bataille, Messire Arnauton des Bordes, Messire Mansart du Bos et autres chevaliers de renom. Et
nov. 1411] GESTE DES NOBLES. 139
fist le duc de Bourgoigne décappiter le dit du Bos es halles de Paris, qui moult fut plaint; car prodcshomme fut et loyal. Et le mardi cnsuirant, par nuit, se déppartircnt les seigneurs de Saint Denis atout le demeurant de leur compaignie, tenant leur loyc droite à Lourmaire et, traversant le pais de Galardon et de la Beausse, vindrenl à Estampes; dont ^ se parti le conte d'Armignac qui en son pais s'en ala, et eu la ville d'Estampe,s tint par aucuns jours conseil le duc d'Orléans qui à Jargueau retourna et d'ilcc vint à Orléans faire sa première entrée et ne souffri aucunes sérimonies ne pompes lui estre faictes.
Ghap. 121. Du siège d'Estampes.
En novembre mil quatre cent onze , admena le duc de Bourgoigne au nom du roy, le duc de Guîenne à puissance qui siège mist devant le chastel d'Estampes, dedens lequel cstoit Messire Loys Bosredont qui là fut envoyé par le duc de Berry, et de toutes pars le fist le duc de Bourgoigne fort batre de canons et de bombardes, puis fît commencer la mine.
Chap. 122. Bataille au Puisât où fut priiis le conte de la Marche,
Ce siège durant vint au Puisât le conte de la Marche pou siège mettre devant Yenville, accompaigné du sire de Hambuye et de grand chevalerie. Mais l'andcmain de sa venue , environ le point du jour , vindrent férir à puissance sur ce logeis les seigneurs de Gaucourt, de Montbason et autres qui le conte de la Marche desconfirent ; et là fut prins 2. De ceste bataille se retraï le sire de Hambuye. Là furent mors de la partie du duc
' D'où , de unde.
^ Et là fut pris le comte de La Marche.
140 COLSIIVOT LE CHANCELIER. [1411 déc-
dc Bourgoignc environ six cens hommes et plus de 800 prissonniers , et fut la dite bataille au mois de décembre mil quatre cent onze. Nientmoins tant fut menée la mine soubz la tour d'Estampes , que plus ne se soustint fors sur esloics ^. Si convint que le dit Bosredont rendist le chastel et sa oersonne à vie sauve, au duc de Guienne qui au partir vint devant Dourdan qu'il receupt en obéissance, et ce fait départi son armée et s'en retourna à Paris.
Chap. 123. Banissement et excommeniement fah contre les seigneurs de France.
En ccllui temps, fist le duc de Bourgoignc bannir du royaume, priver de toute seigneurie et prononcier excommuniez par les églises à sains 2 sonnans et chandelles esteignans 3, les ducs Jehan de Berry, Jehan de Bourbon, Jehan d'Alençon, Bernard le conte d'Aarmaignac et touz leurs adhércns. Si fist cnvoier à l'évesque d'Orléans par ung hérault la sentence , enclose en une laiète ^ souz le contre - scel du roy ; dont il ne voulst faire ouverture, mais la bailla au duc d'Orléans, qui par l'arcevesque de Sens et autres prélaz et docteurs la fist vcoir; et, la dicte sentence veue par les clers, furent tous d'oppinion que elle se adaptoit directement
' Étais.
- Cloches.
3 Dans le cérémonial liturgique qui accompagnait l'excommunication solennelle , le nom de l'excommunié était prononcé à haute voix en présence d'une chandelle ou cierge de cire allumée. Le prêtre , eu prononçant la formule d'excommunication, éteignait symboliquement celte chandelle. — Il existe à la direction générale des Archires, sous la date du 26 mars 1411 (ancien style), un vidiraus de la sentence mentionnée au présent chapitre. Série K. carton 37, pièce n" 17.
4 Boite. De laya, bois; d'oîi laye , forêt (Saint- Germain en Laye) , layette et layetier.
Ul-2 mai] GESTE DES NORLES. 141
contre le duc ilc Boiirgoignc. Pourquoy fut retenu ledit Hérault par aucuns jours ; pendant les quieulx fut fait procès selon les droiz par les prélaz de Sens , de Chartres et de Paris estans lors à Orléans, et par les docteurs illec finablement présentée , fut ledit duc de Bourgoigne , en la vue du peuple d'Orléans prononcié pour excommunié et au hérault fut la sentence baillée , qui à Paris la porta.
Durant ces choses envoya le duc de Bourgoigue au nom du roy saisir les terres, villes, chasteaulx et forteresses de la conté de Poitou , par le sire de Helli et Engucrran de Bournonvillc à grant gent, et sans résistance tournèrent touz les barons contre leur droit seigneur, et tous les chateaulx de la conté avec les villes receurent, fors seuUement Lezignan ^ , dont ot la garde le sire de Barbazan. Et ce fait se tirèrent en Berry où toute faveur orent des barons de la contrée.
Or, advint que le duc de Berry à ce temps estant à Bourges et attendant le siège du roy et du duc de Guienne son tilz, qui à puissance se meftoient sus au pourchaz du duc de Bourgoigne, par la voulenté du duc de Berry, se partirent de Bourges, à puissance, ou mois de may mil quatre cent douze 2, le duc Jehan de Bourbon, le sire de Labret, connestable de France, et autres chevetaines -^ qui, au point du jour, férireut ^ sur le sire de Helli, qui à Linières ^ s'estoit logié. Et par puissance conquitrent le logeis , où furent plusieurs Bourguignons occis, et bien furent sur eulx prins quatorze cens chevaulx, tout le bagage et plusieurs prisonniers détenus.
' Lusignan. arrondissement de Poitiers (Vienne). ^ En 1412 l'année commença le 3 avril. 3 Capitaines.
^ Frappèrent , chargèrent,
^ Anjourd'hui Lignières, chef-lieu de canton, arrondissement de Saint-Amand (Cher).
142 COUSIXOT LE CHANCELIER. [1412 juin 11
Mais en la tour de Linières se sain a ledit Helli, dont Enguerran de Bournonville et sa compaiguie, qui de ce ouï nouielle , se retraï à Ghasteau-Roux , et dist que le sire de Helli son butin vouloit avoir tout seul.
Chap. 124. Du siège mis devant Bourges.
En Tan mil quatre cent douze l, mena le duc de Bourgoigne le roy de France et le duc de Guienne , son filr, à grant puissance devant la cité de Bourges, et là mist siège le jour saint Bernabé ~. Durant lequel les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon envoièrenf par devers le roy Henry d'Angleterre quérir secours, qui Thomas, son second filz, dnc de Glarance, fist chief, et grant gent lui fist délivrer pour les seigneurs secourir, et en vaisseaux monta sur mer. Si descendirent Anglois en Normandie, à la Hogue de Saint Wast, et avec le conte d'Alançon, qui à Fougièrcs fut à ce temps, à grant gents se mitrent pour venir an siège et combatrc le duc de Bourgoigue. Lequel, ces nouvelles ouyes, doubtant la puissance des seigneurs et le secours, pourchaça en toutes manières , voies de traictié , et ouvrir en fist la voie au duc de Berry, qui dedans Bourges fut, acompaigné du duc de Bourbon, du seigneur de Labret, î'arcevesque de Sens, et de la chevalerie du duc d'Orléans, qui bien se trouvèrent en nombre douze cens chevaliers et escuiers, qui souvent faisoient sur l'ost 3 de grans saillies.
Et ou dit host estoient pour le roy, qui griefment estoit malade , acompaingnez à grant puissance , les ducs de Guienne et de Bar, le roi de Sécille duc d'Anjou, tous les barons de Normandie, Piquardie, de Bour-
' Pâques , le 3 avril
2 11 juin.
^ Armée , corps de bataille.
scpt.-oct.] GESTE DES NOBLES. 143
goignc, Champaigne, Auvergne, Berry, Touraine, Anjou, le Maine et Poitou , qni , au pourchaz du duc de Bourgoigne , esioient contrains de là venir, à la très-grani desplaisance d'aucuns. Et de jour en jour aloient mourant en l'ost d'irapidémie *. Et néantmoins pour honneur du roy et bataille eschever -, fut le duc de Berry assex enclin d'entendre au traiciié de paix. Si assemblèrent les conseilz du roy et des seigneurs, qui tant démenèrent les choses que en l'ost et en la cité de Boiu'ges fut paix criée , et à tant leva le roy son siège , le [IS''] jour [de juillet] 3 mil quatre cent douze, et en la cité d'Aucerre furent menez le roy et le duc de Guienne son filz.
Par ce traictîé, furent restituez les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, et tous ceulx de leur parti, de touz leurs héritages et possessions, avec leurs meubles estans en nature de chose, et à Auxerre assemblèrent les ducs de Berry, d'Orléans, de Bourbon, de Bourgoigue, de Bar, le roy de Sécille, et autres princes, prélaz, barons et nobles de leur parti, par devers le roy, et là jurèrent la paix ou mois de septembre mil quatre cent douze.
Chap. 125. Traitié du duc de Clarance à Buzançaù.
Ces choses durans, traversèrent Anglois les pais du Maine et Vendosmois , menans guerre à tous ceulx qui la pattie du duc de Bourgoigue soustenoient, et villes et forteresses prenoient par assault et les ardoient^. Adonc assemblèrent à Melehun ^ devers le roy, ou mois d'oc-
' Épidémie.
■^ Et pour éviter la bataille.
^ Nous restituons d'après Monstrelet cette date qui manque dans les mss. 9656 et 10-297. C'est la date de la signature du traité de paix.
* Brûlaient.
5 Melun.
144 COUSIi\OT LE CHANCELIER. [1412 octob.-
lobre, touz les seigneurs pour trouver voye des dits Anglois faire retraire et retourner en leur contrée. Si furent ordonnez solempnels messagers, qui, de par le roy et les seigneurs, alèrent par devers le duc de Glarence, qui le pont de Meliung * avoit passé et en Solloingne avoit retraitté sa compaignie, et tant traictièrent que parmy les faisans seurs ^ de leur paier à certains termes deux cens et quarante mille escuz d'or, ils se partiroient du royaume, mais de ce vouldrcnt avoir promesse et foy du duc d'Orléans. Si fut ordonné par le conseil du roy que de* la dite composicion le roy paieroit moitié, et l'autre moitié paieroicnt les ducs de Berry et d'Orléans , qui , pour seurté de ce , mcttroient le conte d'Angolcsme, frère du dit duc d'Orléans, ostage es mains des diz Anglois.
Ghap. 126. Du conte d'Angoulesme baillé en ostage aux Anglois^.
Pour la perfection du traictié de la vuidange des Anglois par la voulenté du roy et de son conseil , ala le duc d'Orléans, ou mois de novembre 1412, à Buzançois par devers le duc de Glarance , qui , acompagné fut du duc d'Iork, du conte d'Orcède, Gornouailles ^, et autres cappitaines , et illec livra le conte d'Angoulesme , son frère, hostage. Si s'en allèrent les Anglois à Bordeaux,
' Meung-sur-Loire.
- Moyennant cautions.
•^ Il existe à la direction générale fies Archives des documents originaux d'un grand intérêt sur la captivité de Jean, depuis le traité de Buzançais jusqu'à son retour en France. Série K, cartons n»» 4 et suivants; et carton 64, dossier n" 17. Voyez aussi au cabinet des titres la collection à' Orléans-l alois.
4 Sir Cormcallis , chevalier; il fut garde du comte d'Angouléme , prisonnier.
1413 mars] GESTE DES KOBLES. 145
où nomelles ouyrent que trespassé fut leur roy Henry ^, dont hastivement retournèrent en Angleterre.
Chap. 127. Des bouchers et gens de vil estât de Paris.
Tant furent cslcvez en orgueil et grant liaultcssc, eu ccllui temps ^ les boucliers et autres de vil estât à Paris et en autres villes du royaume, par le moyen du duc de Bourgoigne, que du gouvernement se vouîdrcnt entremettre , tendans de la paix enfraiudre. Et du dict duc de Bourgoigne furent soustcnuz, et à toutes fins tendoient assembler les princes dedans Paris, pour tous les faire morir ensemble. Si firent, de par le roy, escripre et mander estroitement les princes et trois estaz estre à Paris à certain jour. Dont s'excusèrent les princes, qui de leurs conseillers y cnvoicrent. Mais bien contons n'en furent mie 2, et à murmurer se prindrent contre les princes et contre Messire Pierre des Essars, prévost de Paris, qui de leur accort ne voult estre d'enfraindre la paix jurée en Aucerre. Dont le duc de Bourgoigne le prinst à haïr, non contestant que par lui eussent esté ses faiz conduiz et plus menez en grant liaultesse que par nul chevalier vivant 3.
Chap. 128. Débat entre l'Universiiè et le prévost de Paris.
En une hostellerie de Paris , en la rue de la Harpe , avînt en ce contemple y que aucuns des gens de guerre du duc de Bourgoingne, qui laiens furent logiez, orent
' Henri de Lancastre, mort le 20 mars 1413 n. s.
2 Mais les bouchers n'en furent guère contents.
3 C'est-à-dire telle fut l'origine de la défaveur que le duc de Bourgogne porta désormais au prévôt , encore bien que ce prévôt eût mis politiquement les affaires du duc à un plus haut rang que ne l'avait aucun chevalier vivant.
U6 COUSIMOT LE CHANCELIER. [1413 avril-
iing cheval mort en l'estable. Le quel par nuit ils mirent hors et le traisnèrent jusques aux portes du coliiége de Harecourt * , où le laissièrent. Et l'endemain , quant ceulx du coliiége trouvèrent le cheval mort devant la porte , leur en desplut et firent tant qu'ilz sceurent dont il fut apporté et mis illec. Si le traisnèrent les escolliers devant l'ostel dont il estoit party. Contre les quelx prinst débat l'ostellier, qui fut haultain et plein d'orgueil : car du prcvost de Paris fut acointé et sergent estoit du Chastcîet de Paris. Si vint le prévost à grant nombre de sergens, qui ledit cheval mort s'efforça faire remetlre devant l'entrée du coliiége , où s'assemblèrent ceulx de l'Université en très grand nombre, et entrculx et le prévost se esmurent de grans débaz. Adonc se adjoingni le duc de Bourgoigne avec les clers, qui tant firent que ledit des Essarts firent dcppointer de l'office de prévost, et à la Motte de ïilly se ala retraire, où longtemps fut.
Chap. 129. Commotion de Paris et l'emprisonnement des ducs de Bar et de Bavière.
En l'an 1413 ^ , en la fin d'avril , par la volonté et consentement du duc de Bourgoigne, s'esmut et esleva le commun de Paris en armes , dont furent chiefs Thomas le Gouais et ses cnffants , boucliers ; Caliche 3, qui fut escorcheur; Philippot du Mont, peletier; Maistre Jehan de Troycs , cirurgicn, et autres, qui en Xa petite Guyenne ^ vindrent par devers monseigneur de Guyenne et en sa présence prinstrent et emprisonnèrent en prisons diverses les ducs de Bar et de Bavière; maistre
' Aujourd'hui lycée Saint-Louis.
^ Pâques , le 28 avril.
^ Sic. Sans doute pour Caboche.
* Hôtel du duc.
Jehan de Vesly, chanccllicr de Guienne ; HI. Jacques de la Rivière; Messire Regnault d'Angennes; la dame du Quesnoy, la dame de Montauban ^ ; Guillot du Mesnil et autres plusieurs chevaliers , escuiers , dames et demoiselles servans le roy, la royne et Monseigneur de Guienne , qui de cette offense prinst desplaisance et ~ les dessusdiz tenans prison ou palaiz royal. Vindrent illec une journée es prisons M. Elion de Jacleville , chevalier, et Caboche, rescorcheur, qui occistrent le dit de la Rivière. Et du Mesnil , avec ledit de la Rivière mort, l'endemain furent apportés es halles, où ils furent décapitez.
Chap. 130. De l'assemblée des princes à Vernon et la proposition faicte à Pontoise.
Désirant fut le duc de Guienne de faire pugnir ceulx de Paris de celle offense et à ceste lin délibéra de remettre en l'office de prévost de Paris Messire Pierre des Essars. Si le manda, lequel vint hastivcmont par devers lui et pour ce qu'il fut en doubte du duc de Bourgoigne et de ceulx de Paris , le fîst le duc de Guienne retraire pour sa seureté ou chastcl de Saint Anthoine. Mais là devant vindrent ceulx de Paris qui l'assiégèrent de toutes pars. i\donc y vint le duc de Bourgoigne qui soubz sa seureté fist le pont baissier. Si entra ou dit chastel et tant parla ou dit des Essars qu'il yssy du dit chastel, dont fut tost prins ; et tost après fut décappité es halles dont fut le duc de Guienne courroucié de plus en plus.
Si escripzi ses humbles lettres avec créance par ses
' Dames d'honneur de la reine. La dame du Quesnoy était particulièrement aimée de la reine. Elle avait le soin de ses livres. (Voyez la Bibliothèque d'Isaheau de Bavière, Paris, Techener, 1858, in-S", p. 5 et suiv. ; et ci-dessus Notice, etc., p. 17, note 3.
^ Ainsi que.
148 COUSiXOT LE CHAXCELIER. [1413
privez au roi de Séciile, aux ducs d'Orléans , de Bourbon, de Bretaigne, au conte de Alançon et aux princes de son sang en les requiérant d'aide à ses offenses repparer : lesquieulx pour ce assemblèrent et conseil tindrent à Sablée Après lequel une autre journée assemblèrent à Verneuil 2 et d'illec allèrent à Vernon *"^ où furent les barons de Normandie et grant conseil y tindrent. Si furent en grant doubtance le duc de Bourgoigne et ceulx de Paris que les seigneurs voulsissent aucune chose emprendre contre eulx, et tant firent que pour leur entente savoir furent cnvoiez de par le roy à Pontoise le duc de Berry acompaigné d'aucuns du grant conseil , avec eulx le recteur et les suppoz de l'Université, le prévost des marchands, les cschevins et bourgois de Paris en très grant nombre.
Auquel lieu de Pontoise envolèrent les diz seigneurs des gens de leur conseil qui par la bouche de maistre Guillaume Signcl, juge de xVymes, firent faire une proposicion notable dont son themme fut : Oculi met semper ad Dominum. En ceste proposicion remonstra que le roy qui chief est du corps des princes ne puet avoir vray et entier gouvernement sans ses membres, ne les membres sans le chief, et comment entre autres les yculx qui sur tous autres membres ont le regard, sont tant nécessaires que sans yeulx n'est riens du chief, ne yeulx sans chief.
Disoit^ que les princes qui à Vernon esloient venuz, estans tant prouchains parens du roy, se complaignoîent dont sans cause estoient tant esloingnez de leur chief et souverain seigneur le roy de France , et aucun acès ne
• Près le Mans.
. 2 Verneuil en Perche.
3 Sur Seine
'' Il disait que les princes.... étant si proches parents....- se plaignaient de ce que sans cause ils étaient , etc.
août 2] GESTE DES jVOBLSS. 149
poroient avoir de lui veoir ne assister en sa présence; qui estoit la greigneur ^ desplaisance qui jamais leur peust avenir. Car par tclx esloignemens congnoissoienl que grandes divisions estoient avenues dont le royaume avoit esté et encores estoit en voye de perdicion. Si reqiiéroicnt que ces choses feusscnt remoustrées au roy et à son conseil sans avoir aucun regart aux débaz et divisions passées, car de leur partie pardonnoient tout, et riens ne leur demandoient fors paix.
De ceste proposicion furent contcns ceulx qui de par le roy vindrent à Poutoise et à tant se deppartirent de ce conseil. Après lequel retournèrent les seigneurs en leurs contrées et à Paris vindrent les messagers du roy qui la voulenté des seigneurs rapportèrent qui riens ne vouloient fors paix , donc se prinst le peuple à adviser et contre les gouverneurs se prindtrcnt à murmurer d'illec en avant.
CuAP. 131. Délivrance des j)fiso7iniers et troisiesme fuite du duc de Bou7'goigne.
En l'église de Saint Germain l'Aucerrois à Paris se assemblèrent les bourgois et marchans de Paris en très grant nombre en armes le vendredi jour saint Estienne ^ en aoust mil quatre cent treize, par le mandement du duc de Guienne. Par devers lequel ilz allèrent en son hostel et à celle heure montoit à cheval; avecques luy le duc de Bcrry son oncle; et desploier fist le dit duc de Guienne son estandart, présent le duc de Bourgoigne qui là vint et l'emprinse voult empescher. Mais tantost que ceulx de Paris dont fut chief Pierre Ogier apperceurent l'estandart, ilz se prindrent à crier à haulte voix : La paix f la paix ! Si chevaucha parmi Paris le
' Grandior, plus grande.
2 2 août.
150 COLSIiVOT LE CHAXCELIEIl. [1413 sept.-
duc de Guienne, et, les ducs de Bar, de Bavière et autres, ala tout droit délivrer des prisons. A donc fut en grant doublancc le duc dcBourgoigne qui en son pais s'enfuy, et de Paris s'enfuirent hasfivenient Messire Jehan de Troies et son filz ; Thomas le Gouais et ses filz ; Caboche, Ligier, Polin, Guillaume Aucent et autres de Paris. Si manda le duc de Guienne les princes de son sang venir à Paris.
Chap. 132, La venue des princes à Paris.
En septembre mil quatre cent treize viudrent à Paris par devers le roy et les ducs de Guienne et de Berry le roy Loys de Sécillc , les ducs d'Orléans, de Bourbon et de Bretaingne et les contes d'Alençon et de Richemont, acompaignés de haulx barons. Au devant desquieulx allèrent le prévostdcs marchans, les cschevins et bourgois de Paris vestuz de riches hcuqucs ^ en couleur de violète sur lesquelles ilz portoicnt en devise richement garny de perles ce mot : Le droit chemin. Et à chacun des princes présentèrent une lieuque de leur devise qu'ilz receurcnt et vestirent en grant gré et en cellui estât entrèrent dedans Paris, où rcceuz furent à très grant joye et d'illec en avant furent aux conseilz du roy.
Chap. 133. La quatrième fuite du duc de Bourgoigne.
En janvier mil quatre cent treize 2 vint à puissance le duc de Bourgoigne à Dampmartin. Et le roy estant à Paris, acompaingné des seigneurs, vint le comte d'Armignac à grant gent. Auquel fut baillée la charge de pourveoir à la garde des portes et de la muraille de Paris. Si establi et ordonna aux gardes gens de deffense, et parmy Paris fist crier de par le roy que tous mar-
' Huque , vêtement de dessus.
1414 avril] GESTE DES IVOBLES. 151
chans , bourgois et gens de mestier se teinssent en leurs maisons, faisants leurs mestiers et marchandises, sans les portes ne la muraille aprouchcr. Or avint une journée que à toute puissance vint le duc de Bourgoigne faire visage devant la porte Saint Honoré. Et bien cuidoit que par le moyen d'aucuns de ses fausteurs se deust eslever le commun à commocion et par ce avoir entrée. Mais il failli à son entente et à Dampmartin s'en retourna. Dont 1 la nuit il se parti et à Berron 2 oultre Senliz s'en ala le landemain.
Pour lequel poursuir furent envoiez de par le roy le duc de Bavière , le sire de Gaucourt et autres atout grant gent qui à Senliz s'adrecicrent pour h'urs chevaulx repaistre, qui toute nuit estoient venuz par pluie. Mais l'entrée leur reffusèrent les bourgois qui au duc de Bourgoigne le mandèrent , lequel se desloga à grant haste , et à Gompiengne s'en ala oîi receu fut, dont l'andemain il se parti et gucrnison y mist de par lui. Puis envoya Enguerran de Bonrnonville devant Soissons qu'il rcceut en obéissance. Et là demoura à grant gent pour la cité tenir et par ces prinses fut guerre esmeue par le duc de Bourgoigne contre le roy qui n'en fut mie conicnt.
Chap. 134. Siège devant Cotnpiengne.
En l'an mil quatre cent quatorze, après la Pasqua •'^, ala le roy devant Gompiengne à puissance, et là mit siège ci tant fist que en son obéissance furent renduz ceulx de la ville.
' D'où.
^ Baron.
152 COUSIXOT LE CHAA'GELIER. [i414-
Chap. 135. Siège devant Soissons , prinse d'assault, et Bapaumes.
Devant Soissons ala le roy, qui siège y mist en celui an et tant fist que par assault fut la cité prinse. Là fut prins Eiiguerran de Bournonvillc et le sire de Manou ^, lesquieulx furent décapitez, et la cité toute pillée, qui plaine fut de grans richesses. Si commanda le roi partir son ost et traire devant Arraz. Et ou contemple \ passèrent par Guise les barons de Bourgoigne , qui au secours du duc Jehan de Bourgoigne aloient. Dont au roy vindrent nouvelles; lequel fist partir de l'ost le conte d'Armaignac, qui à tout grant gent poursuy les dits barons, et jusques près de Hal- les chaça, où furent les Bourguignons moult grevez. Sîais pour tant que retraiz se furent ou pais du conte de Hainau, qui de la guerre ne s'entremist, retourna en l'ost du roy le conte d'Armaignac, à Saint Quentin en Vermandois , et au partir vint mettre siège le roy devant Bapaumes , qui en son obéissance fut rendue , et là furent prins Légier Poulin et autres de Paris.
Chap. 136. Siège à Arraz.
Après la prinse de Bapaumes, mist le roy siège devant Arraz. Lequel durant fut le roy griefment malade, et pour ce fut chief de celle armée le duc de Guienne, son aisné fiiz, qui, par le conseil des barons de iVormandie, sanz appeler les ducs d'Orléans, de Bourbon, d'Alençon, de Bar, le comte d'Armaignac, ne autres des grans seigneurs, à la prière du duc de Hollande et de sa femme, seur le duc de Bourgoigne, ordonna le siège être levé. Dont fort desplut aux seigneurs , qui , par grant desplai-
' Sans doute Menou , gentilhomme de Touraine. 3 En Hainaut.
1415 janr. 5J GESTE DES IVOBLES. 153
sance, mirent le feu soudainement es tantes ^ et ou charroi 2, qui tous ardircnt avec leurs liabillemens ^, et de ce feu fut le roy en aianturc de mort. Ainsi fut levé le siège, et à Paris furent le roy et le duc de Guyenne ramenez, et de court se parti malcontent le conte d'Armaignac, qui retourna en son païs, et d'illec en avant prinst le dit duc de Guienne le gouvernement du royaume.
Désirans furent le duc de Hollande et sa femme, qui du duc de Bourgoigne fut seur, de appaisier les débaz d'entre le roy et le dit duc de Bourgoigne. Si vindrent à ceste fin avec aucuns conseilliers d'iccllui duc, ayans de lui plaine puissance. Maiz, à Senliz, ordonna le duc de Guyenne la duchesse demourcr, et le dit duc de Hollande et les messages manda venir à Saint Denis en France. Auquel lieu il se traï arec le conseil du roy son père, et après plusieurs conscilz tcnuz commanda paix cstre tenue des seigneurs du royaume de France sanz enfraindre. Et ce fait retournèrent les messaiges.
Chap. 137. Emjjrinse de comniocion à Paris contre les princes.
En ccllui an '* , la veille de la Tiphaine ^ , furent aucmis de Paris qui emprius orent de faire eslevcr par nuit, au son de la cloiche de saint Eustace, le commun peuple des halles, et à celle heure courir sus à touz ceulx qui du duc de Bourgoigne estoient contraires.
Et de ce furent acointiez ^ les ducs d'Orléans et de
' Tentes.
^ Aux charrettes (fourgons), etc.
' Ustensiles.
^ Ancien style.
^ Epiphanie, G janvier.
^ Prévenus.
154 COUSIAOT LE CHANCELIER. [1415 janv.-
Bourbon par le marreglier ^ de saint Eusface , qui en la tour de l'église s'enferma et la cloche ne sonna point. Si mirent les seigneurs gens armez secrètement ou chastel du Louvre, ou quel ilz estoieut logez avec le duc de Guienne , par devers lequel ceste gent avoient eraprins venir et la nuit le faire chevaucher parmi Paris. Duquel chastel, celle nuitée, le duc d'Orléans et le conte de Vertuz, son frère, prinstrent les clefs, et du premier somme, par la voulenté et consentement du duc de Berry, leur oncle , prinstrent le sire de Montauban, Messire Davi de Brimeu et autres serviteurs du duc de Guienne, et les emprisonnèrent comme fausteurs de celle emprinsc. Et sans les faire mourir, tost après les délivrèrent et mistrent hors de la cour du duc de Guienne, qui depuis fîst tant que les seigneurs leur pardonnèrent leur maltalent, et en son service retournèrent. Et ou contemple y, esloingna ledit duc de Guienne ^ de sa compaignie et de la cour de la royne sa mère , la duchesse sa femme , fille le duc de Bourgoigne , qui menée fut à peu de gent à Marcoussiz 3, où longtemps fut, et à Melun s'en ala ledit duc.
Chap. 138. Du duc de Guienne, qui ses proches voult esloigner ^.
Pour faire retourner le duc de Guienne à Paris, se mirent à chemin la royne et les ducs de Berry et d'Orléans, avec eulx le conseil du roy. Auquieulx manda le duc de Guienne que à Corbueil l'attendissent à certain
' Officier de l'église, aujourd'hui marguillier.
•* Le duc de Guyenne exigea que sa femme se séparât de lui et s'éloignât de la société de la reine (Isabeau de Bavière.)
•^ Magnifique château ou résidence construit par le financier Jean de Montaigu.
■i Qui voulut éloigner de lui ses proches. Tel est le sens littéral des mots.
avril] GESTE DES \OBLES. 155
jour, en février mil quatre cent quatorze *. Kt là envoia son charroy et ses forriers 2 pour logeis faire. Mais le jour qu'il deubt venir, il ala liastivemcnt à Paris par Charenton, dont il fist le pont lever et les clefs en emporta. Et lui venu à Paris, à cinq heures après midi, fist fermer toutes les portes, dont effraicz furent plusieurs. Et tantost envoya de ses chevaliers par devers les seigneurs de son sang, auxquelx il manda et fist savoir que en leurs seigneuries alasscnt sans venir dedans Paris, sans son ordonnance et mandement exprès. Et d'abondant leur requist l'octroy d'un aide sur leurs subgiez à commencier de sa régence. Auquel ilz l'octroièrent, et en leurs terres s'en allèrent tous, excepté le duc de Bcrry, lequel il fist retourner à court, et d'illecques en avant voult le duc de Guienne gouverner durant les maladies du roy son père.
En cellui an fut tenu consile général en la cité de Constance, où fut l'empereur Sigemond-^ de Boesme. Là fut desmis du saint pappat le pappe Jehan, et fut esleu pappe Martin.
Chap. 139. De la premier e descendue du roy Henry.
En l'an mil quatre cent quinze*, entra sur mer à grant puissance le roy Henry d'Angleterre, qui terre prinst ou pais de Caux, et siège mist par mer et terre devant Harefleu, où furent aucuns barons du pais et le sire de Gaucourt. Si fust le roy mené à Rouen, avec lui le duc de Guienne, pour trouver voye de la ville secourir. Mais tant furent gardez les passages que de vivres ne de gens ne peurent avoir secours. Et tant fut
' Fourriers.
3 Sigismond ; en allemand Sigmund.
* Pâques, le 31 mars.
156 GOUSMOT LE CHAXGELIER. [1415 oclob.-
la ville batue que en la mercy du roy d'Angleterre les convint rendre. Car tant furent les nobles et les bourgois oppressez de maladie que plus ne se poroient deffendre. A doncques entra dedans le roy d'i^nglctcrre, qui à touz ceulx de la ville qui sèrement lui vouidrent faire quitta leurs meubles et héritages.
Chap. 140. Bataille d'Azincoiirt.
En Angleterre s'en voult retourner le roy Henry après la prinse de Harefleu, ou mois d'octobre mil quatre cent quinze. Si prinst sa voyc par terre ferme, tenant chemin droit à Calais, et ses naves fist mener côtoyant la Piquardie. Si fist en cellui temps le roy grant mandement de ses nobles , qui le roy d'Angleterre poursuirent à toute puissance , et tant s'avancièrent que près de Hedin le dit roy acousuirent au lieu d'Azincourt, à ung assoirant 1. Et là se trouvèrent ensemble, pour le roy de France, les ducs d'Orléans, de Braibant, de Bourbon, d'Alençon et de Bar; le seigneur de Labret, connestable de France , le conte de Nevers , le conte d'Eu, Jehan Monseigneur de Bar, le mareschal Bouciquaut, le sire de Hangest, le sire de Torcy, le séneschal de Hainau, le sire de Crouy, le sire de Helli, et le plus des nobles de France.
Si venoit le duc de Bretaigue à grant gent qui desjà estoit à Amiens pour estre à la journée. Et devant avoit envoyé son frère i\rtus , conte de Richemont, Mais tant fut le duc de Bourbon désirant d'Anglois combatre que les Bretons ne voult plus attendre, ainçois fist ordonner les batailles, et en l'avant-garde vouidrent estre tous les seigneurs, contre l'oppinion du connestable et des chevaliers anciens. Et le jour saint Crespin 25*^ jour d'octobre l'an mil quatre cent quinze assemblèrent à bataille où furent les François desconfiz.
' Sur le soir. Participe analogue au latin vesperescens.
déc. 18] GESTE DES iXOBLES. 157
En ccstc bataille furent prins les ducs d'Orléans ci de Bourbon, les contes d'Eu et de Vendosmc, le marcschal Bouciquaut et autres seigneurs et barons. Et là furent mors le duc de Braibant , le conte de Xevcrs , le connestable de France, Jehan Monseigneur de Bar, l'arcevcsque de Sens et autres nobles seigneurs; et par ceste tant doloreuse journée fut la noble chevalerie de France moult affoiblie. Dont nouvelles vindrent au roy et au duc de Guienne qui à Rouen furent et grant dueil en démenèrent. Et là fut esleu en connestable de France le conte d'Armaignac qui hastivement fut mandé. Dont vindrent à Paris le roy et son fdz aconipaingnez du duc de Berry, et là vint le conte d'Armaignac, auquel fut l'espce baillée et à grant gent vint en Gaux et les places garnit de gens et vivres , qui souvent coururent jusques aux portes de Harefleu.
Chap. 141. Bataille à Walemont.
En Harefleu laissa le roy d'Angleterre à son partir ie conte d'Orsede ^ son oncle qui à grant gent se mist sus pour le pais de Caux fourrager. Dont sccut nouvelles le connestable de France qui le dit conte d'Orcede rancontra une journée devers le soir, ou mois de janvier, en cellui an près Valemont et là combati Anglois dont y ot grant occision et à Harefleu se retraï le conte d'Orcede.
Chap. 142. Mort du duc de Guienne.
En cellui an trespassa ou chastel du Louvre le duc Loys de Guienne sans lignic de son corps 2. Lequel fut pompeux, paresccux, inutile, lasche , paoureux et peu aimoit ceulx de son lignage , et fut mis en sépulture en
' Dorset.
' Il était né le 22 janvier 1397 n. s., et mourut le 18 décembre 1415.