Lettre de Pierre de Brezé et des autres commissaires
français à Henri VL
Très hault, très puissant et très excellent prince et très redoubté seigneur , tant et si très humblement comme plus povons nous recommandons à vostre bonne grâce. A laquelle plaise savoir que, après plusieurs alées et venues qui, par diverses foiz, par l'ordonnance du Roy vostre oncle, nostre souverain seigneur, ont esté faictes au lieu du Mans, touchans la délivrance dudit lieu et des autres places qui estoient en vostre obéissance ou conté du Maine, les aucunes des foiz par devers Mundefort, qui pour lors avoit la garde et gouvernement dudit lieu et se disoit bailli gênerai de par vous ou pais du Maine, et les autres foiz par devers Mathieu Go et Foulques Heton , commissaires ordonnez de par vous à faire ladicte délivrance au Roy vostre dit oncle, nostre souverain seigneur, ou à ses commis et depputez; et après plusieurs delaiz que lesdiz Mathieu Go et Heftôn ont requis en ceste matière, et certains appoiiictemens sur ce par eulx faiz^ pour ce que ausdiz appoinctemens n'avipit aucunement esté fourni ne obtempère de leur part et que tout leur fait n'estmt *^ue en delaiz et dissimulacions , à quoy,'^se provision fa'y eust esté
mise ^ estoit fort à doubler de en ensuir plusieurs graves inconvenieus, non pas seuUement ou (ait de • ladicte délivrance du Maine, mais ou fait de la matière principal de paix et des trêves , lesquelles, comme vous savez, estoient condicionnelles de la part du Roy vostre dit oncle ^ nostre souverain seigneur, c'est assavoir ou cas que ladicte délivrance lui seroit faicte dedans le premier jour de novembre derrenier passé, pour monstrer le bon vouloir queicelui nostre souverain seigneur a au bien desdictes matières, à ce qu'elles puissent estre conduittes et menées à bonne fin et conclusion, et que aucune roupture ou inconvénient n'y advensist, par son plaisir et coounandement nous avons esté à Rouen devers les gens de vostre grant conseil estans ilec ; ausquelz avons remonstré bien au long tous les devoirs en quoy le Roy nostre dit souverain seigneur, vostre oncle, se estoit mis touchans les matières dessusdictes, et les finies, delaiz et dissimulacions que lesdiz Mathieu Go, Heton, Mimdefort, et autres qui tenoient les places, avoient sur ce faictes ; ensemble le bon vouloir que le Rojr vostre oncle, nostre dit souverain seigneur, avoità Tentretenement des matières principales et à se mettre en tout devoir de sa part, pourveu aussi que le semblable lui feust fait de la vostre.
Sur lesquelles choses, tout bien veu et considéré, d'une part et d'autre, ce qui sembloit estre à veoir et considérer pour le bien desdictes matières et pour obvier à plusieurs grans inconveniens qui estoien^ort à doubler d'estre bien prouchains aloMde avenu n'y eust pourveii, lesquelz peut estre à*peine esté jamais re^arez,vd'un corKmun accort et
[i448] PIÈCES JUSTIFICATIVES. 1,33
tement desdiz gens de vostre conseil eslans à Rouen, d'une part, et de nous, d'autre, ont esté faiz certains . appoinctemens touchant ladicte matière , lesquelz, comme pensons, vous ont esté notiiïiez et fait savoir par lesdiz de vostre conseil, et selon la teneur desquelz appoinctemens, entre autres choses, est expressément enconvenancé que , ou cas que lesdiz Mathieu Go et*^' " Heton, ausquelz avoit esté fait commandement de par vous de faire la délivrance des places dessusdictes au Roy vostre dit oncle ou à ses commis et depputez dedans le viii"* jour de ce présent mois de fevrii^fl;' ^ continué et prorogé à leur requeste jusques au dixiesme, ne obeïroient ausdiz commandemens, ils sont reputez à vous desobeïssans, et de vostre part desadvouez comme indignes d'eslre comprinsu ou bénéfice des trêves, et reservez par exprès en l'appoinctement fait touchant le fait desdictes trêves.
En ensuivant lequel appoinctement, et pour moustrer le devoir en quoy le Roy vostre oncle, nostre dit seigneur, se vouloit tousjours mettre de sa part, par son ^
ordonnance partismes de la ville de Tours , lui estant ; pour lors aux Montilz lez ladicte ville, le ix"* jour de cedit mois de février , en entencion d'estre audit lieu du Mans le landemain, qui estoit le x"* jour d'icelui mois dont 4essus est parlé ; et envoiasmes en toute ^
diligence audit lieu du Mans devers lesdiz Matliiei^|fO et Heton leur noliffier nostre venue et les causes pour lesquelles nous alions par delà. A quoy nous fist response ledit Heton, en Tabâcence dudit Matthieu Go, qu'il ne savoit que c'estoit dudit appoinctemeç^ et faignoit ignorer le contenu. d*icelui, jaçoit bien et deuement il lui eust^esté notifié, ain^
184 CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHY, [i448]
lesdîz gens de vostre conseil, quant vostre plaisir sera, pourrés estre plus amplement informé; et finablementy à ceste foiz là ne à autres deux foiz que depuis envoiasmes audit Heu du Mans, pour les matières dessusdictes , nous ne peusmes avoir response desdiz Mathieu Go et Heton en quoy peussions congnoistre quelle voulenté ilz avoient de faire, ne ou il y eust aucune apparence qu'ilz voulsissent obtempérer ne obeïr audit appoinctement ne aux commandemens que par vertu d'icellui leur avoient esté faiz de par TOUS. A laquelle cause feusmes meuz dealer jusques audit lieu du Mans, pour savoir leur entencion et se, en entretenant la promesse par vous falote touchant la délivrance dessusdicte et mettant à execudon, la commission que sur ce leur aviés baillée , ilz vouldroient obeïr audit appoinctement et nous faire ladicte délivrance , et pour leur offrir, se ainsi le vouloient faire, de faire et acomplir tout ce que faire se devroit de la part du Roy nostre dit seigneur, selon la teneur dudit appoinctement. Et pour ce qu'il estoit besoing d'avoir gens pour prendre la possession de ladicte place, et aussi que Ton disoit qu'il y avoit grosses gens audit lieu du Mans, et que Ton ne savoit quelle voulenté ilz avoient, attendu qu'ilz estoient desadvouez de vostre part et reputez indignes d'estre comprins ou bénéfice des trêves, et qu'ilz avoient recueilli avecqueseulx les banniz de Normandie qui avoient esté en la compaignie du sire de Camus, il pleut au Roy vostre oncle, nostre dit souverain seigneur, ordonner et charger à nos seigneurs les conte de Dunois, mare|[dbiaulx et admirai de France, et plusieurs autres nota^çs chevaliers et escuiers, tant de son conseil
[1448] PIÈCES JUSTIFICATIVES. i85
que de ses chiefz de guerre, venir quant et nous audit lieu du Mans. Auquel Heu nous arrivasmes le xni* jour de cedit mois de février, au matin, laquelle nostre arrivée, et que ne logeissions es forsbourgs de ladicte ville , Guidèrent lesdiz du Mans, à puissance d'armes, en tant qu'il leur fut possible, nous empeschier. Toutes voies, la mercy Dieu, on s'i gouverna si bien et si saigement, qu'il n'y eut pas grant meschief d'un couslé ne d'autre. Tantost après laquelle nostre arrivée, ce pendant que les seigneurs et autres gens de guerre qui là estoient se logoient en aucune partie desdiz forsbourgs, nous envoiasmes devers lesdiz Mathieu Go et Heton pour requérir que partissions à eulx à seureté ; et vint celle matinée ledit Heton parler à moy seneschal, à seureté. Auquel je deiz les causes de nostre venue, requérant que, en entretenant la promesse par vous faicte touchant le fait de la délivrance dessusdicte, et obtempérant à Tappoinctement devant dit, fait audit lieu de Rouen, ilz nous voulsissent faire, lui et Mathieu Go, ladicte délivrance, ainsi que appoinclé, ordonné et commandé avoit esté par lesdiz de vostre conseil de Rouen. Avecques lequel Heton, pour ce que adoncques il estoit tout seul, ne peut estre pour lors prins conclusion. Et celui jour après disner , de réthief assemblasmes ensemble, à seureté, lesdiz Mathieu Go, Heton et Mundefort, d'une part, et nous d'autre, estant tant seulement une barrière entre eulx et nous. Et en parlant les ungs avecques les autres, leur recitasmes la promesse par vous faicte touchant la délivrance dessusdicte; la commission qu'ilz avoient de par vous touchant ladicte matière ; ce que aviés
ïtt. ;*;.
I8r» CllROMQL'K DE MATIIIEI; D'ESCOUCHY. [i44«i
escript et fait dire de bouche au Roy vostre oncle eu ceste partie, pour demonstrer que vouliés que ladicte délivrance se fist et accomplist reaumeut et de fait; rappoinctement par ledit Mathieu Go sur ce fait, agréé depuis et accepté par ledit Helon , et les delaiz qui leur avoient esté octroiez, à leur requeste, en cesie uiatirre; rappoiuctement aussi devant dit, derrenièrenient fait à Rouen, touchant les matières dessusdictes; et généralement tout ce qu*il sembloit qui leur estoit à dire pour le bien des matières; leur requérant que, eu obtciiiperant à vo/ plaisirs, voulentez, ordonnances et promesses faictes en la manière dessusdicte, el obéissant aux appoinctcmens'sur ce Taiz et aux comroandemens (|ui ù ceste cause leur avoient este fai/, il/ nous voulsissent faire ladicte délivrance; oiTrans, si ainsi le vouloient faire , de faire et acomplir tout ce que de la part du Roy vostre oncle faire se devoit, selon la teneur desdiz ap|)oinctenieus. Lesquelz )lathieu Go, Heton, Mundeford, et singulièrement ledit Mundeford, nous usèrent de plusieurs langaiges bien estranges; et en eiïect, obmises toutes les paroles superflues, nous disrent lesdiz Mathieu Go et Heton qu'ilz avoient eu unes lettres de vous , soubz vostre privé seel, par lesquelles leurs maudiés que jusquea k ce que aucuns de voz ambaxeurs, lescjuelz vous f vies disposé de envoier devers le Roy vostre oncle, nostre dit seigneur, pour le fait de ladicte délivrance du Maine et autres matières plus grans qui estoient à traictier entre vous deux, feussent venus par deçà et eussent parlé au Roy vostre dit oncle, ilz ne feissent aucune délivrance des places dessusdictes; nous prians que, ce considéré, nous voulsissious avoir patience
OU fait de ladicte délivrance jusques à la venue de vos diz ambaxadeursy lesquelz ilz esperoient, ainsi qu'ilz disoient y estre brief par deçà. Et combien que la chose semblast bien estrange à beaucop de gens, et qu'il sembloit de prime face que on n'y devoit aucunement obtempérer pour plusieurs grans et comme innumerables raisons qui leur furent dictes et remontréesy toutes voies leur fut dit que, se eulx ou aucun d'eulx vouloient venir devers les seigneurs et autres chiefz de guerre qui esloient logez èsdiz forsbourgs, on
' adviseroit ensemble se aucun bon moien se pourroit trouver pour le bien desdictes matières; et prist Ton conclusionque ledit Heton, àceste cause, vendroit parler aux seigneurs dessusdiz, ce qu'il fist. Et furent prinses trêves avecques lesdiz du Mans, jusques au retour dudit Heton. Lequel, venu en la présence desdiz seigneurs, leur recita ce que contenu estoit, ainsi qu'il disoit, en la lettre scellée soubz le privé seel dont devant a esté parlé, en la forme et manière que par avant il nous avoit dit ; requérant delay estre donné audit Mathieu Go et à lui de fere ladicte delivi^nce jusques à la venue de vosdiz ambaxeurs, ainsi que dessus. Pour délibérer sur laquelle matière, pour ce qu'il estoit tart, fut prins terme jusques aulandemain, et furent les trêves ^continuées jusques audit landemain midi. Avant laquelle heure de midi, de rechief parlasmes ensemble ledit Mathieu Go, Heton et Mundeford, d'une part, et nous, d'autre, et furent ouvers plusieurs moiens pour Tapaisement des matières. Et entre les autres que, attendu qu'il ne sembloit pas chose bien convenable de povoir donner le- delay dessusdit, si non qu'il se feist *'
^'^ par rordonnance du Roy vostre dit oncle nostre sou-
488 CIIROMQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHY. [\kk%]
verain seigneur, il seroit bien expédient que en toute diligence on envoiast devers lui, pour lui remonstrer ces choses bien au longuet adviser ce qu'il sembleroit estre le plus expédient et convenable pour le bien des matières, et que Ton donnast quatre ou cinq jours de trêve ausdiz du Mans; pendant lequel temps lesdictes alées et venues se pourroient bien faire. Et en oultre fut ouvert qu'il seroit bien expédient pour le bien des dictes matières que mondit seigneur de Dunois, moy seneschal, nous Cousinot, Havart, et Menypeny, en leur compaignie, alissions devers le Roy vostre dit oncle, pour ceste matière, et que iceulx Mathieu Go et He* ton envoyassent aucuns de leurs gens avecques nous, afin que plus briefve conclusion y puist estre mise, et que se , nous arrivez devers le Roy vostre dit oncle nostre souverain seigneur, on avoit aucunes nouvelles dudit privé seeletdeson aprouchement, par quoy semblast qu'il feust besoing à ceste cause de donner plus longue trêve que desdiz cinq jours, moy seneschal escriproie audiz Mathieu Go et Heton qu'elle feust continuée encores trois ou quatre jours, et que ainsi seroit fait d'une part et d'autre. Mais^ pour ce que ces matières estoient grans, et sans la deiiberacioD des seigneurs dessusdiz bonnement conclusion n*y povoit estre mise de nostre part, nousdemandasmes delay de leur faire response final aux choses dessusdictes jusques à ce que eussions parlé ausdiz seigneurs. Laqudie deliberacion, pour la briefté du temps, ne se peut pas si tost mettre en ladicte matière; et à ceste cause fut envoie dire ausdiz Mathieu Go et Heton, par Travail le poursuivant, qui avoit fait toutes les messaigeries et ambaxades depuis qu'on estoit arrivé audit lieu do
Mans, que la trêve qui finissoit le jour dessusdit au midi , feust continuée jusques à quatre heures après; pendant lequel temps leur seroit fait response aux choses qui ledit jour au matin avoient esté pourparlées. Laquelle chose lesdiz Mathieu Go et Heton accordèrent. Et environ deux heures après midi cedit jour et durant ladicte trêve, alasmes ledit monseigneur de Dunois, monseigneur Tadmiral, les seigneurs de Bleinville, de Culant, de Valans et de la Bessière, les bailliz de Vermendois et de Berry, et nous autres qui là estions commissaires du Roy vostre dit oncle , nostre souverain seigneur, en certaine grant place devant l'église de Saint-Nicolas, plus avant beaucop que n'estoit nostre guet, et assez près des fossez dudit lieu du Mans, confians que deussions parler lesdiz Mathieu Go, Heton et Mundeford, d'une part, et nous, d'autre, ensemble, en bonne seureté et amitié les ungs avecques les autres, sur les matières qui la matinée précédente avoient esté ouvertes. Et en laquelle place vindrent parler à nous lesdiz Mathieu Go et Heton. Et ainsi que avions commencié à besogner ensemble, et que on leur faisoit leur response sur ce dont avoit esté parlé la matinée dessusdicte, et desjà leur avoit esté dit que on estoit content de accorder la trêve jusques à cinq jours, c'est assavoir depuis icellui jour qui estoit mercredi, heure de midi, xini® jour dudit mois de février, jusques au lundi ensuivant à semblable heure, et semblablement de envoier devers le Roy vostre oncle pour les causes dessusdictes ; et ne restoit plus que mettre conclusion en ladicte matière, Mundeford, dessus nommé, descendit duchastel dudit lieu du Mans, à grant compaignie de getfis de guerre en habillement, ausquelz se
190 aiRONIQrE DE MATHIEU D'ESCOUCHY. [1448j
joignirent ceulx qui esloient à la porte du pont neuf de ladicte ville ^ tellement qu*ilz estoîent bien de cinq à six cens hommes, ou environ; lesquelz marchèrent bien avant hors ladicte ville, et jusques en la place dessusdicte où nous parlementions tous de» sarmez et sans aucun habillement, cuidans estre en seureté et non avoir doubte, veu que estions là venus en bonne entencion et pour le bien des matières, et niesmement que la trêve duroit encore; et en laquelle place ilz se mirent incontinent tous en bataille, dont feusmes tous esmerveilliez. Et à oeste cause fust envoie ledit Heton devers eulx, pour les faire retraire ; ce qu'il/ ne voulurent faire. Ft adoncques on envoia devers eulx ledit Travail le poursuivant, pour savoir qu'ilz vouloient faire, lesquelz respondirent qu*ilz vouloient combatre. Et lors voians quHlz rompoient la trêve qui avoit esté prinse celui jour, et qu ilz s'efTorcoient de nous prendre au des-C pourveu et toute la comi)aignie, on dist audit Mathieu Go qu'il se retraist , et fîst Ton le mieulx que Ton peut, pour résister à leur entreprinse.
Congnoissans lesquelles choses, tous les seigneurs et chiefz de guerre qui là estoient presens et regardaos que lesdiz du Mans ne vouloient obtempérer à nulz appoinctemens faiz par Vostre Magesté ne par les gens de vostre grant conseil, qui représentent vostre personne, ne obéir aux commandemens qui leur ont esté faiz de par vous, ne mesmes entretenir les appoÎDclemens par eulx faiz ; et que par Tappoinctement derrenièrement fait à Rouen , dont dessus est faicte mencion, ou cas que iceulx du IVIans ne obeîroient aux commandemens contenus oudit appoinctement, ilz
[i448] PIECES JUSTIFICATIVES. 491
toient reputez desobeïssans envers vous et desadvouez / de vostre part, comme indignes d'estres comprins ou bénéfice des trêves et d'icelles mesmes reservez, a semble à tous que pour le bien de la matière de paix, en faveur de laquelle et pour plus de legier y parvenir ladicte délivrance a esté accordée, car Texecucion eiTectuelle d'icelle est la chose du monde qui plus a donné d'espérance à tous les gens de ce Royaume et mesmes à toutes les nacions voisines qui de ce ont oy parler que en ladicte matière de paix seroit mise bonne conclusion, et au contraire empeschier ou différer la- | dicte délivrance estoit donner toute espérance contraire et encourager tous les perturbateurs de paix de persévérer plus avant en leur mauvaise voulenté, il estoit très neccessaire de procéder à rencontre desdiz du Maine, veu les dissimulacions et cautelles qu'ilz queroient et le grant tort qui tousjours a esté de leur *:;:^?^^î lesquelles choses lesjugoient plus estre perturbateurs de paix que autrement, ainsi et en la forme et manière que l'on sait.
Et pour ce, très hault, très puissant, très excellent prince et très redoubté seigneur, que ne savons se par faulx donné à entendre on vous auroit informé et les seigneurs de vostre sang, ligoaige et gens de vostre grant conseil, et autres qùelzconques de par delà, du démené de la matière dessusdicte autrement \)u en autre forme que ainsi que dessus est dit, nous sommes ceulx qui de la part du Roy vostre dit oïldlé,^ nostre souverain çeisneur, avons 'mené ladicte mà^^^^'^^ tière, et par sdli^,^a%JonQi|Kice et commandemrâtli'^* nous sommes entrèoim de la conduitte d^îçelle jusques à présent, et ni^^udriong à lui ne à vous faicftre-
4f jWl
192 CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHY. [ikk%]
lation qui ne feiist véritable , nous vous certifTioDs, Sire, que la vérité du démené de ladictc matière, jusques à ceste heure, est tel et en la forme et manière, au moins en substance^ comme dessus est dit. Et à ce qu'on ne puisse pas dire(|ue nous ne vueillions maintenir ce que dessus est escript, nous avons pour greigneur tesnioignage de ce ces présentes voulu signer de noz seings manuelz, vous suppliant, très hault, très puissant, très excellent prince et très redoubté seigneur, que se nostre escripture dessusdicte est ung peu longue, vous ne Taies point tant aucunement en desdaing, ne en chose en icelle contenue prendre aucune desplaisance, car pour ennuyer Vostre Majesté nous ne Tavons aucunement fait, mais seulement pour rinformer au vrav de tout le démené de ladicte matière. Et se aucune chose vous plaist nous mander ou commander que convenablement Taire puissons, nous sommes tousjours prestz de y servir et nous emploier de toute nostre possibilité , au plaisir de Dieu, lequel nous prions, très hault, très puissant, très excellent prince et très redoubté seigneur, que tout temps vous vueille avoir et maintenir en sa saincte et benoîte garde
et vous doint santé et bonne vie. Escript à
le jour de février Tan mil cccc xlvii.
(Projet (le lettre où les dates sont restées en blanc» Ms. fr. 4054, f. 74.J
FéTrier.
129. Lettre de Charles VII à Henri VI : il lui expose les faits relatifs à la délivrance du Mans, et charge IVaouliu Regnault de lui remettre un historique complet de l'aflaire.
Copie du temps, Ms. fr. 4054, f. 36. — ÊJ. Stbtuhc», U, 361 (i^ic la date fautive de 1445).
Février.
130. Lettres des commissaires français aux ambassadeurs anglais.
Très honnorés seigneurs, nous nous recommandons à vous. Vous savez l'appoinctement naguères fait à Rouen entre vous, representans la personq|pk vostre prince deçà la mer, d'une part, et nous, c^me ambaxeurs du Roy nostre souverain seigneur, d'autre^ touchant le fait de la délivrance et reddicion du Mans et des autres places estans en Tobeissance de vostre dit prince ou conté du Maine ; ensemble ce qui avoit esté ^accordé et appoincté, moyennant Facomplissement du contenu oudit appoinctement, touchant le fait de la prorogacion des trêves jusques au premier JQur de janvier prochain venant. Toutes lewuQ^(e8 choses avons relatées au Roy nostre dit souverain seigneur, lequel de ce fut très joyeux, espérant que tout ce qui se devoit faire de vostre part touchant ledit appoinctement se deust fere et acomplir. Et en ceste conBence, nous envoya icy pour prendre la possession des places qui les nous vouldroit bailler, et fournir à tout ce qui de sa part fere se devoit, selon la teneur dudit appoinctement; et aussi l^au cas que ceulx qui tenoient lesdictes places n^oul- "S^roient obeïr et obtempérer audit appoinctement, charga nos seigneurs le conte de Dunois, les mareschaulx et admirai de France, moy seneschal, et autres notables hommes et de grant auctorité, tant de son conseil que de ses chiefz de guerre et autres ses officiers et serviteurs, de procéder à Tencontre des desobeissanS| ainsi que en %1 cas appartient. Pour mettre à
i94 CHRONIQUE DE MATHIEU D'ESCOUCHT. [1448]
execucion lesquelles choses, arrivasmes icy mardy au matin, et s'efforcèrent ceulx de dedans la ville de nous eropeschier l'entrée des faulxbourgs, à quoy fut obvié au mieulx que fere se peut; toutesvoyes, la mercy Dieu, l'arrivée fut si gracieuse qu'il n'y eut pas grant mehaing d'un costé ne d'autre. Tantost après laquelle arrivée, ^uismes à parler à Mathieu Go et Foulques Ethon, c^qu'ilz furent contens de fere, et adoncques leur signifiasmes les causes de nostre venue par deçà et le contenu en Tappoinctement dessus dit, leur requérant que, en obtempérant audit appoinctement, ilz nous feissent la délivrance des places, selon la teneur d'icelui. Laquelle chose ne voulurent aucun»* ment fere, disant qu'audit appoinctenient ilz ne obeiroient point, et parlant bien estrangement à la charge de vous autres qui l'aviez fait ; et en oultre qu'ils avoient lettres de vostre prince, soubz son privé sed, de non fere la délivrance dessusdicte jusques à la venue des ambaxadeurs de vostre dit prince ; qui sembla chose bien estrange à tous ceulx qui en oireut parler, attendu la promesse faicte par icelui vostre prince si expresse en ceste matière, tant de bouche que par lettres signées de sa main et scellées de son sed de secret ; et aussi par ses lettres patentes scellées de son grant seel, et le contenu en l'appoiuctement dessusdit, par vous fait, approuvé et conservé, soubz le grant seel de vostre dit prince ; et povez assez penser les murmures qui en estoient à ceste cause. Mais neantmoins, pour tousjours mettre Dieu devers nous et à ce que chascun cogneust le devoir en quoy l'on se veult tousjours mettre de la part du Roy nostre dit souverain seigneur, et ^ur ce que lesdiz
an^
Mathieu Go et Ethon requeroient aucun delày (|e fere ladicte délivrance jusques à la venue desambaxadeurs de vostre part, estoient lesdiz seigneurs de Dostre part dessus nommez et nous^ contens qu*ilz eussent quatre jours de trêve, espérant que pendant ledit temps ilz deussent envoier devers vous pour l'adous- ^sissement des matières; et mondit seigneur de Dunoys et nous estions délibérez de aler semblablement devers le Roy nostre dit seigneur en toute diligence, pour Tadvertir des choses dessusdictes, et à ce que Jarretière eust aucune gracieuse responce, et que tous moyens dedoulceurfeussent trouvez touchant ladicte matière. Et l'eussions ainsi fait, se ne feust que, ainsi que parlions à seurté mondit seigneur de Dunoys, monseigneur Tadmiral, nous et aul très des gens du conseil et officiers du Roy nostre dit seigneur, avecques lesdiz Mathieu Go et Hetton, et durant mesmes certaine abstinence de guerre qui estoit entre euix et nous pour mettre conclusion en ladicte matière, vindrent saillir ceulx de ladicte ville sur nous, et nous cuidèrent fere unggrant oultrage ; donttoutesfois, grâces à NostreSeigneur, furent gardez, mais non pourtant peut l'en assez cognoistre la voulénte qu'ilz avoient, qui en eflect esloit de nullemeot'ÎFbuloir obtempérer à i!appoinctement dessusdit, iie à la promesse faicte par leur dit prince et le vostre touchant le fait de la délivrance dont dessus est faicte mencion , ne entretenir les 'moyens dé doulceur si bien encommencez et d& estions tous disposez ainsi qu^ dit est ; et encores, qui pis est, sont la plus part de ceulx qui sont dedens ladicte ville des garnisons des places de Normandie estans en robeïssance de vostre dit prince , les aucuns cappitaines et
i96 CHRONIQUE DE IVIATHIEU D'ESCOUCHT. [1448]
les autres officiers ou souldoiers, qui est directement venir contre la teneur dudit appoinctement , et par le moyen desquelles choses chascun dit que de vostre part Tappointement n'a point esté fourny ne acomply. Pourquoy vous prions, très honorez seigneurs, que en entretenant ledit appoinctement^ vous vueillez telement pourveoir aux choses dessusdictes que nul inconvénient n'en puisse advenir au fait des matières principalles, et que ce qui est si bien encommencé entre noz deux princes puisse venir à bonne fin et conclusion ; car comme vous savez, se de vostre part Tappoinctemeiit n'est acomply, c'est assavoir que faciez retirer ceulx des garnisons de Normandie qui sont par deçà chascun en leurs lieux, et garder que de ceulx de vostre part hors mis ledit paîs du Maine, ilzn'ayent conseil, confort ne aide, attendu que ce que avons accordé touchant le fait de la trêve eil moyennant l'acomplissement dudit appoinctement» le Roy ne sera point tenu à Tentretenement de ladicte trêve, se bon ne lui semble. Si aiez sur tout adviz, et Parlenay, porteur de cestes, lequel envoyons présentement par devers vous pour ces causes, nous mandera vostre vouloir et entencion sur ce, afin que, vostre responce oye, le Roy nostre dit souverain seigneur puisse mieulx et plus certainement adviser à ce qu'il aura à fere. Très honnourez seigneurs, non plus de présent, fors que se chose vousplaist que fere puissions, en le nous signifiant, de bon cuer nous y employerons, aidant Nostre Seigneur, lequel nous prions qu'il vous doint parfaicte joye de ce que desirez. Escript...
On lit au dos Coppie de lettres clozcs. (Mi. fr. 4054, f. 71.)
[i448] PIÈCES JUSTinCATIVES. i07
27 février.