Pouvoir donné par Charles VII à ses ambassadeurs
envoyés au duc de Bretagne.
Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, à louz ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme puis naguères noslre beau nepveu de Bretaigne ait envoie par devers nous son chancelier et aultres ses gens et ambasseurs pour nous dire et remonstrerle cas nouvelement commis et perpétré à Fougères ^ . par Françoys TAragonnois, chevalier, ses adhérez et ' complices, subgetz et obeïssansde notre nepveu d'Angleterre, lequel Franczois TAragonnois et sesditz com« plices, par emblée, de guet apensé, et par conspiracion de long temps pourjectée, ont prinâ le chastel et ville de Fougières, et en iceulx tué et murtri gens, commis sacrilèges, violez Femmes, pillé, robbé, ranczonné et fait aultres maulx innumerables ; ont couru aussi pareillement ceulx d'Avrenches, de Tonbellaine et aultrès places de Tobeissance de nostre dit nej>veu d'An-
i40 CimOMQlTE DE MATHIEU D'ESCOUCHY. [1449
gleterre en plusseurs lieux du pais de Bretaigne, et illec tué, meurtri, appatissé, ranczonnë, bonté feux et aultres maulx et dommages exécrables et piteux à raconter, enniené leur pillaige en aulcuns lieux de Tobeïssauce de uostre dit nepveu dVVngieterre en Normandie, et en iceulx parti, butiné et distribué, et fait à rencontre de nostre dit nepveu de Brelaigne et ses subgetz tous teilz expleitz que l'on a acoustunié faire en temps de guerre, ja soit ce que icelui nostre nepveu de Bretaigne soit nostre subget et obéissant, et nommément comprins et aussi sesditz pais et sul^tz en nos trêves. Et ])ar ce mesmement que pour quelconque diligence et poursuite que nostre dit nepveti euh peu faire devers les Anglois touchant ladicte matière. il n'avoit peu sur ce obtenir aulcune reparacion ne provision, sembloit à iceluy nostre dit nepveu que lesditz Anglois a voient enfraint les trêves de leur part. nous requérant humblement, ces choses considérées, comme son souverain seigneur, soubz la confiance des trêves duquel ledit inconvénient est advenu à liu et à sesditz subgetz, que le voulissions es choses dessusdictes porter, soustenir, aider et secourir, et nousdeclerer en guerre à Tencontre desditz Angloiz, oITrant, si nostre plaissir estoit ainsi le faire^ nous servir , aider et secourir, lui, ses païsel subgetz, à l'encontre desditz Anglois, en tout ce qui leur seroit possible, et se declerer en guerre à l'encontre d*eulx,et faire tout ee (|u'il nous plairoit ordonner et commander touchant ladicte matière. Lesquelles choses ainsi par nous eotendues, et c|ue tousjours avons amé et eu en singulière recommandacion nostredit nepeu et aesditx pus et subgetz de Bretaigne, tant pour la proximité ^ G-
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gnaige en quoy nostre dit nepveu nous allient, comme pour le bon vouloir que lui el ses subgelz onl tout temps envers nous, el les grans, louables el recommandables services que ceuU dudil pais nous ont fait lesi temps passez à nous et à noz prédécesseurs, lesqueulx n'avons point mis en oubli, et esperans que encore facenl el continuent au temps advenir de bien en mieulx, avons ladicte matière prins à cuer^ et nous sommes délibérez de y portez, soustenir et aider nostre dit nepveu en tout ce que possible nous sera et y faire comme à nostre propre. Et aftin de donner ordre en ladicte matière^ eussions dit auxditz ambassadeurs de nostre dit nepveu de Bretaigne, à leur département de devers nous, que envoierons par devers icelui nostre nepveu nostre très chier et féal cousin le conte de Dunois et noz amez el feaulx conseilliers les admirai et sire de Precignë, noz chambellans, et maistre Estienne Chevalier, noslre secrétaire, pour ouvrir les moiens comment mieulx et plus convenablement ladicte matière se pourroit conduire ; et à ceste cause nous soit besoing d'envoier iceulx noz cousin et conseilliers devers nostre dit nepveu , garniz de bon et ample povoir de par nous pour besoingner et appointer avecques icelui nostre nepveu et partout ailleurs où il appartendra touchant ladicte, palière et chosses dessusdictes : Savoir faisons que nous, continuans et perseverans au bon vouloir que avons tousjours eu envers nostre dit nepveu el ledit pais de Bretaigne, et en entretenant ce que avons dit à sesditz ambassadeurs; confians entièrement et à plain des grans sens, sciences, prudences, loyaultez, prodommie et bonne diligence de nosditz cousin et m 16
242 CHRONIQUE DE AUTUIEU D'ËSCOUCHT. [IU9]
conseilliers , iceulx quatre avoDs faiz , ordonoei, commis et députez , faisons, ordoDUons, commettons et députons^ par ces prescDles, iioz certains ambassiàdeurs , commissaires et mesaigiers espiciaulz pour aler et eulx transporter devers nostre dit nepveuy pour les matières dessusdictes ; et leur avons eu oultre donné et donnons plain povoir, auctorité et mandement cspicial, et aux trois et deulx d*iceulx, de pralia]uer avecques nostre ditnepveu, ses commis et députés et aultres ((u'il apparteudra, par tous moiens licites et honnorables, toutes les meilleures et convenables voies touchans les chosses dessusdictes que leur semblera estre à faire^ et sur ce tout appointer, conclure et déterminer pour nous et en nostre nom, ainsi que ferions et faire pourions, se presens eslioni en uostre propre personne. Lesquelles choses qd ainsi seront faicles par nosditz ambasseurs, les trois ou deux d*iceulx, nous promettons avoir agreaUes c( que icelles approuverons, louerons et ratiffierons et en ferons bailler noz lettres patentes toutes les fbii que requis en serons. En tesmoing desquelles choses avons fait mettre nostre seel à cesdictes présentes. Donné k Rasilli le tiers jour de juing, Tan mil uji* zui, et de nostre règne le xxvu™*.
(Copie du tomps, Ms. fr. 5037, f. 123.)