LIVRE VIL GHAP. VIII
et revint à Constantinople, où il bâtit l’église de l’Anastasie, par les soins du grand Théologien* qui était encore là.
Alors un fils naquit à Théodose de sa femme Flaccilla^; ce fils est Honorius’. Flaccilla était riche en vertus. Elle enseignait à son mari les lois de la religion ; elle servait elle-même les malades et les pauvres; elle parcourait les hospices* des églises, et, de ses mains, elle soignait les infirmes et leur donnait à manger et à boire *.
L’empereur Théodose, poussé par la guerre, imposa un tribut aux villes. Les habitants d’Antioche en furent fort irrités. Flaccilla, d’heureuse mémoire, étant morte à ce moment-là, les Antiochéniens renversèrent la statue qu’elle avait dans leur ville et latraînèrentpar les rues. Quand l’empereur l’apprit, il s’emporta, retira la principauté aux Antiochéniens et la donna aux Laodicéens. Les juges firent dans la ville de lamentables massacres. Le bienheureux Macedonius qui ne savait rien des choses du monde, et qui n’était point instruit des Ecritures, descendit reprendre les juges et leur dit de dire à l'empereur : « Considère ta propre nature ; tu es homme et tu règnes sur des hommes; Fhomme est fait à l’image de Dieu : n’ordonne donc pas de détruire son image. Tu es irrité pour une image de bronze! Combien l’image spirituelle n'est-elle pas supérieure à une statue inanimée. Il nous est facile de fondre de nombreuses images d’airain; mais tu ne peux [138] créer un poil de la chevelure de ceux qui ont été massacrés. » Les juges ayant rapporté les paroles du vieillard à l’empereur, celui-ci fit pénitence et écrivit au peuple des excuses et des consolations*.
A cette époque, à Thessalonique, qui était la capitale de l’Italie’, il y eut une sédition, et on lapida les gouverneurs * ; l’empereur usa d’un cruel châtiment. Le tyran donnai des ordres et, se délivrant du joug de la raison, il fit tuer indistinctement des innocents® et des coupables au nombre de sept mille'®.
Quand l’empereur vint à Milan, l’évêque Ambroise, ayant vu ce massacre, alla au-devant de lui hors la porte de l’église et lui défendit d’entrer, en disant ; « Ne comprends-tu donc pas le crime que tu as commis? La gloire de l’empire t’empêche-t-elle de te connaître toi-même? Avec quels yeux regarderas-tu le temple du Seigneur? Avec quels pieds fouleras-tu le seuil de ses portes? Comment étendras-tu tes mains pour prier, alors que le sang" en découle encore? Et comment approcheras-tu de ta bouche le sang de Dieu, après avoir répandu tant de sang innocent? Va ; n’accrois pas ton péché sous prétexte d’une prière qui ne peut qu’irriter le Seigneur. Accepte les liens que le Seigneur confirme" du ciel, afin
1, S. Grégoire de N.izi.Tnze. Cf. Socr., V, vu. — ‘2. Ms. ici et partout ; Placida, conformément à la leçon de Socrate, IV, XXXI : èx nXaxiST);. — 3. Cf. Socr., V, xri. — 4. |evo8o-/sîa ; Theod. : ’ExxXijdiùv tou; Çevôiva;. — 5. Theod., V, xix. — 6. Theod., V, xx. — 7, Sic ms. — 8. iriyefi.(iivs;. Theod. ; tûv àp5(ôvTwv Tivl;. — 9. Lire : lô'i. — 10. Theod., V, xvu. — 11. Lire : 1»» '^3 a — 12. Lire :
(et non L*); gr. ; ylvETat cûpuj/iiçoc.
qu’ils soient un remède pour ta guérison. » L’empereur accepta l’interdit sans contester et retourna au palais. Au bout de huit mois, quand arriva la fête de la Nativité, l'empereur était assis et pleurait. Rufinus, le maître [des offices]', lui demanda la cause de ses pleurs. L’empereur lui répondit en suffoquant : « Quoi ! tu ne comprends pas mon malheur? [lt>î)J Les esclaves et les vagabonds entrent à l’église ; et moi j’en suis empêché ! je suis lié sur la terre et au ciel ! » — Celuici reprit : « Je vais courir supplier l’évêque. » — L’empereur répondit : « Il ne se laissera pas persuader. Je connais la justice d’Ambroise; il ne craindra pas l’autorité royale au point de transgresser la loi divine. » — Rufinus ne se tint pas tranquille, il sortit pour y aller. L’empereur sortit à sa suite, rempli de crainte. Ambroise, en voyant Rufinus, lui dit ; « Tu imites l’impudence des chiens, ô Rufin, qui fus le conseiller d’un tel massacre. Tu as effacé la pudeur de ton front. » — Rufinus" multipliait les instances et disait en suppliant: « Voici l’empereur qui vient. » En entendant cela, Ambroise s’enflamma et s’écria : «S’il vient, je l’empêcherai d’entrer dans l’église; et s’il transforme son pouvoir en tyrannie, je recevrai de lui l’immolation avec joie’. » — Rufin ayant entendu de telles choses fit dire à l’empereur de ne pas venir. L’empereur qui était au milieu du forum dit : « J’irai, et je supporterai un juste affront. » — Il vint mais n’entra point à l’église, et resta debout en suppliant. L’évê([ue qualifia sa venue d’audace tyrannique, et lui dit : « Tu es enragé contre Dieu, dans ta folie! »
— L’empereur répondit : » Je ne transgresserai point la loi, et je n’entrerai point dans l’église sans permission. Je te demande seulement de ne pas faire i’ermer les portes. » — L’évêque reprit : [160] « Quelle pénitence as-tu offerte? »
— L’empereur lui dit ; « C’est à toi de me montrer les remèdes à ma blessure. »
— Alors l’évêque lui imposa [une règle], en lui disant : » Puisque tu juges avec colère, et que tu prononces sans discernement la sentence de mort, porte une loi pour rendre milles tes sentences et remettre à trois* jours l’examen des criminels, la sentence écrite attendant le jugement de la raison. Quand quelques jours seront écoulés, la colère étant alors apaisée, la raison jugera et examinera ce qui a été écrit: elle reconnaîtra si les écrits sont justes, et alors elle les confirmera, ou s’ils sont iniques, et elle les déchirera. » — Aussitôt l’empereur ordonna d’écrire et d’établir pour lui cette règle. Après cela Ambroise leva l’interdit. Et quand l’empereur entra dans l’église, il ne se tint point debout, mais il priait prosterné, en disant : « Je me suis attaché à la poussière : vivifie-moi selon ta parole L » Il pleurait, s’arrachait les cheveux et se frappait le front. Quand il eut présenté les offrandes à l’autel, il se tint en deçà de la balustrade®
1. 'Po'J^ïvo; (J.ây'.'îTpo;. — 2. Lire : — 3- Lire : |ta*iNno .Jo; gr. : si 6s et; rupavviôa tt)v
Pa-7i>£iav — L Tiieod. : trente jours. Il faut corriger dans le texte : (= :i0), au lieu de :
;q 5 />ç cxviii, 2.S. — (). cancelli. C’est-à-dire ; dans le sanctuaire.