CHAPITRE CCLXXX VI
Comment le» galères des Génois et des Pisans qui s'étalent échappées des mains de l’amiral En Carros, attaqucrenL le navire du nobteEuR.de Péralta, de manière qu’aprcs avoir perdu trois cents Génois, ils furent contraints d'abandonner ledit navire , assez mécontents ; et comment les Pisans résolurent derompre tous les engagements qu'ils avaient avec le seigneur infant.
Quatre jours après que ceci fût arrivé , les galères des Génois et des Pisans s’en retournant fort tristement , rencontrèrent un navire catalan , où se trouvait le noble En R. de Péralta avec soixante cavaliers que le seigneur roi d’Arragon envoyait en Sardaigne , et un autre navire sur lequel étaient quarante-huit cavaliers , également de la compagnie d’En R. de Péralta , et qui le précédait d’environ dix milles. Ces chevaliers tombèrent par aventure au milieu desGénois qui leur livrèrent seize combats, sans pouvoir leurcauser aucun dommage ; et les galères perdirent plus de trois cents hommes que leur tuèrent les Catalans , outre un grand nombre de blessés. Ils s’éloignèrent enfin du navire , mais si maltraités qu’ils n’en auront jamais parlé sans douleur. Chacun de vous peut bien connaître que c’est Dieu qui a permis qu’en toutes ces actions l’amiral En Carros ne perdît que trois hommes et En R. de Péralta sur son navire, un seul chevalier ; voilà pourquoi chacun de nous doit faire en sorte de se conduire en toute loyauté.
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car celui qui agira loyalement aura Dieu ave<? lui, et celui qui agira autrement sera par Dieu confondu et détruit. Tout homme peut bien voir chaque jour le miracle que fait Dieu en exerçant ainsi sa vengeance. Et vous pouvez vous en convaincre d’une manière manifeste par ce qui arriva aux Pisans ; car le seigneur infant fit la paix avec eux de la même manière qu’il avait auparavant résolu, le seigneur infant et les siens n’auraient voulu pour rien au monde être infidèles a leurs promesses. Le seigneur infant fit la paix avec cette Compagnie et avec ce parti de Sardaigne, et s’en retourna avec ceux-cienCatalogne, pensant quede là enavant, puis qu’il avait fait la paix avec les Pisans, il pouvait sans danger retirer ses troupes. Mais les Pisans déloyaux en firent la paix qu’en mauvaise intention , afin que le seigneur infant retournât en Catalogne, et que lorsqu’il serait parti, ils pussent exterminer en peu d’instants les Catalans qui étaient restés. Ils commencèrent bientôt à prouver que c’était là leur intention , car ils firent aussitôt mettre des approvisionnements dans le château de Cagliari ; ils firent venir grand nombre de troupes à pied et à cheval , et mirent en bon état ledit château. Ayant fait cela , ils résolurent de rompre tous les traités et toutes les conventions qu’ils avaient faits avec le seigneur infant. Que vous dirai-je ? ils ne tronvaient jamais un Catalan en un heu écarté sans l’égorger ; de sorte qu’en peu de temps , et avant que les Catalans s’en avisassent, ils en avaient
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lue et jeté dans un puits soixante-dix , que l’on y
trouva lorsque les Catalans se furent aperçus de celte perfidie. Ils armèrent aussi des barques avec lesquelles ils prenaient et coulaient à fond les barques qui sortaient du château de lion-air. Voyez par là quelle confiance on peut avoir en eux ! Ils sont sans sincérité, sans bonne foi; aussi voyez comment le Dieu de vérité va les détruire à cause de leurs mauvaises œuvres; sibien qu’on peut dire qu’ils coupèrent les verges dont ils furent battus , et renouvelèrent la guerre pour leur malheur. Vous avez déjà vu ce qui leur est arrivé, et vous verrez encore ce qui leur en adviendra ; car lorsque ce Riche-homme En Raimond de Péralta eut été attaqué par eux, ils se retirèrent mal satisfaits ; et le dit Riche-homme En Raimond s’en alla content et joyeux avec les deux navires , au château de Ben-air.
Il fit débarquer la cavalerie et l’infanterie qu’il avait avec lui. Ils furent très bien reçus par l’amiral et tous ceux de Bon-air; on leur fit fête et honneur. Peu de temps après , l’amiral et En Raimond de Peralla, convinrent entre eux d’envoyer la cavalerie et l’infanterie parterre, et la flotte par mer, pour cerner Escaropaig, qui est laville forte de Cagliari,etquiestpourvuedesibonnesmurailles, et si bien fortifiée, que tousles bourgeois 1 s’y étaient refugiésavec leurs femmes et leursenfanls et il n’était resté dans le château deCagliari que des soldats.
1. Le texte dit Polins ; je ne puis trouver ce mot dans aucun glossaire.
DE RAMOX MUKTA.NER.