‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 28 sur 160 · CHAPITRE CLXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXV

Comment le comte d’Ampuriesct autres Riches-Hommes furent choisis pour aller en Sicile , afin d’amener en Catalogne le roi En Jacques de Sicile ; et comment la reine sa mère , et l’infant En Frédéric son frère, furent gouverneurs et chefs de la Sicile et de la Calabre.

Quand le corps fut inhumé , on fit lecture du testament ; ensuite on arma quatre galères ; le comte d’Ampuries, d’autres Riches-Hommes, des

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chevaliers et citoyens furent choisis pour se renen Sicile , et emmener le roi En Jacques. Le comle d’Ampuries et les autres s’embarquèrent pour aller prendre en Sicile le roi En Jacques , qui devait être roi d’Arragon , de Catalogne et de Valence.

En attendant, les barons , les Riches-Hommes, citoyens et hommes des villes, chargèrent l’infant En Pierre du gouvernement des royaumes , avec le secours d’un conseil qui lui fut donné; et cela jusqu’au moment où le roi En Jacques serait arrivé en Catalogne. Et l’infant En Pierre régit le pays avec toute la sagesse d’un prince expérimenté.

Le comte d’Ampuries et ses compagnons de vovage étant embarqués, ils allèrent si rapidement, tantôt par un vent , tantôt par un autre , tantôt à voiles, tantôt à rames, qu’ils prirent bientôt terre à Trapana.

Ils apprirent que la reine , le roi En Jacques et l’infant En Frédéric étaient à Messine. Quand ils y furent, ils ne baissèrent point la bannière, ils allèrent à la douane; ils sortirent sans pousser un seul cri ; mais quand ils furent en présence du roi, de la reine et de l’infant, le comte leur annonça en pleurant la mort du roi En Alphonse. Jamais on ne répandit plus de pleurs qu’il n’en fut versé là.

Cette grande douleur dura deux jours. Après ce temps, le comte pria le roi et la reine de convoquer le conseil général ; et sur la proclamation que fit faire le roi , le conseil se réunit à Sainte- Marie-la-Nouvelle.

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Le comte fit lire publiquement le testament du roi En Pierre , dans lequel était cette clause : que si le roi En Alphonse mourait sans enfants , les royaumes d’Arragon, de Castille et de Valence devaient retourner au roi En Jacques , ainsi que je vous l’ai déjà dit.

Il fit ensuite publier le testament du roi En Alphonse , qui léguait aussi ses royaumes à son frère le roi de Sicile. Ces formalités remplies, le comte et les autres envoyés requirent le roi d’aller en Catalogne, prendre possession de ses royaumes. Le roi répondit qu’il était prêt à partir ; mais qu’il avait à régler l’ordre qui devait être observé en Sicile et en Calabre , après son départ , et qu’il se mettrait sans retard en route. Chacun fut satisfait de sa réponse. Le roi donna ordre à l’amiral de faire armer trente galères ; ce qu’il fit. Il envoya ensuite en Calabre et dans les autres parties de son territoire, ordre à tous les Riches-Hommes, chevaliers , syndics de cités et de villes , de se rendre aussitôt à Messine.

Quand ils y furent réunis, il les harangua et leur dit de recevoir la reine comme gouvernante et maîtresse ; et de regarder également pour chef et seigneur l’infant En Frédéric, comme si c’était luimême, en attendant qu’on lui obéit comme on ferait à sa personne.

Tous le promirent : il les signa et les bénit, et prit congé d’eux. Chacun en pleurant lui baisa les pieds et les mains. Ils en firent autant à l’infant En

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Frédéric; après quoi ils retournèrent chez eux en faisant éclater leurs regrets du départ du roi.

Ils avaient toute fois bien du plaisir de l’augmentation de sa puissance , et de voir l’excellent chef qu’il leur avait laissé dans la personne de l’infant En Frédéric son frère.

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