‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 27 sur 160 · CHAPITRE CLXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXIV

Comment le seigneur roi En Alphonse d’Arragou mourut des suites d’une e'ruption qu’il eut au haut de la cuisse.

Sentant son mal s’aggraver, il fit son testament avec le plus grand soin , tel que ne le pourrait mieux faire aucun autre roi. Il se le fit lire une première et une seconde fois , et l’écouta avec attention. Il laissa le royaume au roi En Jacques de Sicile , son frère , et son corps à l’ordre des frères mineurs à Barcelonne; il se confessa plusieurs fois avec contrition ; il reçut notre Sauveur et fut oint de l’extrême-onction. Ayant eu tous les

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sacrements de la sainte église, il prit congé du inonde, demanda la croixqu’il adora en répandant des larmes; ilcroisases bras , en appuyant la croix sur sa poitrine , leva les yeux au ciel et dit ; « Mon » père et Seigneur Jésus- Christ, je remets mon » âme en tes mains ». Il fit le signe de la croix, se bénit lui-même et son peuple et son royaume, et mourut , tenant la croix embrassée et faisant de saintes oraisons, l’an deNotre-Seigneur Jésus-Christ douze cent quatre-vingt-onze, le dix-huit juin.

Si jamais on vit en une cité une grande douleur^ ce fut bien le jour où l’on perdit un si bon maître. Il fut porté , ainsi qu’il l’avait ordonné , en grande procession , chez les frères mineurs , où il fut enterré. Dieu veuille, dans sa bonté, avoir son âme! Nous ne pouvons douter qu’il ne soit avec Dieu dans son saint paradis; car il était parfaitement vierge , n’ayant jamais approché de femme ; son désir était de se présenter tel à son épouse , et il ne se soucia jamais d’aucune autre femme.

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