‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 43 sur 160 · CHAPITRE CXCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCI

Comment trois barons vinrent de France à la tête de trois cents chevaliers au secours du roi Charles, et dans l'intention de venger la mort de leurs parents ; cl comment , voulant faire périr le comte Galceran et don Blasco d’Alagon , ils périrent eux-mêmes.

Il y eut trois barons qui vinrent de France en Sicile , pour secourir le roi Charles , et pour venger la mort de leurs parents , qui avaient péri dans la guerre de Sicile , au temps du roi En Jacques. Ces trois barons amenaient avec eux trois cents chevaliers, tous choisis, et des plus braves de France. Ils prirent le nom de Chevaliers de la mort, lisse rendirent à Calhane, dans la ferme résolution de trouver le noble Guillaume Galceran, comte de Catansaro , et Don Blasco d’Alagon, qui tenaient pour le roi de Sicile. Ils en firent le serment.

Lorsqu’ils furent à Calhane , chacun les appelait du nom qu’ils avaient pris, lesChevaliers de la mort. Que vous dirai-je?Ils furent informés que le comte Galceran et Don Blasco étaient en un château de la Sicile , nommé Gaylano. Aussitôt les trois cents chevaliers, bien armés, suivis de bon nombre d’autres, se rendirent à Gaylano.

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Le comle Galceran el Don Blaseo étant prévenus que ces chevaliers se trouvaient dans la plaine de Gaylano, reconnurent la troupe qu’ils avaient auprès d’eux ; ils trouvèrent qu’elle était composée de deux cents hommes à cheval, et de trois cents hommes à pied. Ils résolurent de sortir du château , et de livrer bataille. A l’aube du jour , ils sortirent de Gaylano , en ordre de bataille et au son des nacaires et des trompettes.

Les Chevaliers de la mort reconnurent leur monde ; ils se trouvèrent cinq cents chevaliers, tous bons guerriers , et un grand nombre de gens de pied, qui étaient de leur pays. Lorsque les deux armées se rencontrèrent, les almogavares du comte Galceran et de Don Blaseo, s’écrièrent : « Déman- » chons les fers ! » Et au même instant , ils vont frappant avec les fers des lances et des dards, au milieu des pierres, el en font jaillir tant de feux, que le monde en paraissait éclairé. Or, onétait àl’aube du jour; les Français furent surpris d’un tel spectacle, et demandèrent quelle en était la cause. Des chevaliers qui s’étaient jadis trouvés en Calabre avec les almogavares , leur dirent que la coutume des almogavares était, en commençant un combat, de démancher leurs fers. Le comtedeBrenda(Brienne), un des comtes arrivés de France, s’écria : « Qu’est- » ce donc ? Nous sommes ici avec des diables ; » car ceux qui prennent ainsi le fer en main » sont des gens bien décidés à se battre. Je pense » que nous avons trouvé ce que nous venions cher.-

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« cher. » Il se signa , et les deux armées s’avancèrent l’une contre l’autre.

Le comte Galceran et Don Blasco ne voulurent former ni d’avant-garde ni d’arrière-garde ; mais ils placèrent toute la cavalerie à gauche, et les almogavares à droite. Ils attaquèrent ainsi la ligne ennemie avec un choc épouvantable. La bataille fut sanglante. Les almogavares manièrent si bien leurs dards , qu’ils firent des choses vraiment diaboliques; car dès leur premierchoc, ils couchèrent par terre plus de cent cavalierset chevaux desFrancais. Ils brisèrent leurs lances et éventrèrent les chevaux , se jetant au milieu de la cavalerie comme s’ils eussent pénétré dans un jardin. Le comte Galceran et Don Blasco allèrent attaquer les bannières françaises , et les renversèrent toutes. C’est alors qu’on vitde beaux faits d’armes, et des coupsdonnés et rendus; jamais il n’y eut de bataille aussi terrible, livrée par un aussi petit nombre de combattants. Elle dura jusqu’à midi, et on ne pouvait encore juger qui avait l’avantage. Toutefois, les bannières françaises étaient toutes abattues , excepté celle du comte de Brenda (Brienoe), qui la releva lorsque son porte-bannière eut été tué , et la remit à un autre chevalier.

Les Catalans et les Arragonnais voyant une telle résistance parmi leurs adversaires , se mirent à crier : « Arragon! Arragon 1 » Ce mot les ranima, et ils renouvelèrent leur attaque de la manière la plus merveilleuse. Enfin, les Français furent ré-

DE ItAMON MUNTANEIl.

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