CHAPITRE CCXVI
Comment la Compagnie du césar décida de de'fier l’empereur, et de rompre la foi qu’elle lui avait jurée , attendu ce qu’il avait fait; et comment l’empereur de Constantinople fit tuer En Ferrand d’ A unis, amiral , ainsi que tous les Catalans et Aragonnais qui e'taient à Constantinople.
La vérité est que, quand le césar fut mort, qu’on nous eut poursuivi , et qu’on nous tenait assiégés à Gailipoli , nous fûmes d’accord qu’avant que nous fissions du mal à l’empereur, nous le défiassions et rompissions notre foi envers lui, à cause de ce qu’il nous avait fait, et que cette rupture et ce défi se fissent à Constantinople , en présence de ceux de la commune de Venise, et par des lettres patentes. On ordonna donc à Sischar , chevalier, à Pierre Lopis , adalil, et à deux almogavares et deux pilotes, d’y aller avec une barque de vingt rames , de la part d’En Béranger d’Enlenca et de toute la compagnie ; et ainsi fut fait , et ils s’en allèrent à Constantinople. Et devant les hommes des communes ci-devant désignés , ils défièrent l’empereur, et puis rompirent la foi à lui donnée, et déclarèrent que deux contre deux, cent contre cent , ils étaient prêts à prouver que , méchamment et à tort , il avait fait tuer le césar et les autres gens qui avaient été avec lui, et qu’on avait attaqué la troupe sans défi préalable , et
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qu’ainsi sa foi était rompue ; et que de là, en avant, ils se détachaient de lui. Et de cela ils firent des lettres patentes, divisées par A, B, C, qu’ils emportèrent, et dont ils laissèrent copie aux mainsdesdites gens des communes ; et l’empereur s’excusa, protestant qu’il ne l’avait point fait. Voyez comment il pouvait s’excuser. Ce jour même il fit tuer tous les Catalans et Aragonais qui étaient à Constantinople, ainsi qu’En Ferrand d'Aunès , amiral.