‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 77 sur 160 · CHAPITRE CCXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXIII

Comment EnFerran Ximenès d’Arenosfitunc. Incursion jutqn’anprès de Constantinople , et, eu plein jour, attaqua et prit d’emblde le château de Me'dito ; et comment la troupe se divisa en trois parties.

Selon qu’il fut ordonné, il pri^un jour environ cent cinquante hommes de cheval et trois cents de pied, et il alla faire une incursion jusqu’à la cité de Constantinople ; et comme ils s’en revenait, ramenant avec lui les gens et les bestiaux qu’il avait pris, l’empereur envoya à un passage par lequel il devait passer, huit cents hommes de cheval et deux milles de pied. En Ferrand Ximénès, qui les vit > harangua ses gens , et les exhorta à se bien conduire. Ils attaquèrent tous ensemble. Que vous dirai-je? Entre les morts et les prisonniers,

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il y eut plus de six cents hommes de cheval et deux milles de pied. Ce fut un bon et honorable fait d’armes. Et il gagna tant, lui et sa troupe, qu’au moyen de ce gain , il alla assiéger un château qui est a l’entrée de la Bouche-d’Aviejqui s’appelle Medito. Or sachez que ce siège n’était fait que par quatrevingts hommes de cheval et deux cents de pied. Et dedans se trouvaient plus de sept cents Grecs hommes d’armes. Et en vérité ce brave homme était plutôt assiégé que ceux du château ; car tout le pain que sa troupe mangeait, c’était moi qui le lui envoyais de Gallipoli sur des barques; et il y a vingt-quatre milles de Gallipoli à ce lieu-là ; j’avais à lui faire parvenir toutes les provisions. Il tint le siège pendant six mois, restant là, à ne faire que lancer des traits, nuit et jour, au moyen de ses balistes. Je lui avais envoyé dix échelles de corde avec des crochets ; et plusieurs fois la nuit il tâcha de s’emparer du château, et ne le put pas. Or, je veux vous raconter la plus merveilleuse aventure qui leur arriva ; jamais il n’en fut de pareille.

Un jour de juillet , qu’il faisait très grande chaleur, et que parmi ses gens, les uns dormaient, les autres étaient tranquilles, et d’autres conversaient, tandis que la terre bouillait de chaleur, chacun sommeillait , mais En Ferrand Ximéuès veillait, comme celuiqui était chargéd’un grand poids. Il regarda lesmurailles, et n ’y entendit parler personne; nul ne paraissait au-dessus; il s’approcha

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du mur, et fit semblant d’y appliquer une échelle, et personne ne se présenta. Alors il s’en retourna au camp; il fit avertir chacun de main en main , et sans bruit; il prit cent hommes jeunes et robustes, et avec les échelles, ils s’approchèrent des murailles , y appliquèrent les échelles et montèrent l’un après l’autre, ciuq hommes à chaque échelle; ils escaladèrent si doucement qu’ils ne furent point entendus. Ensuite il en monta d’autres , si bien qu’ils furent soixante. Ils allèrent s’emparer de trois tours , et En Ferrand Ximénès vint à la porte du château avec l’autre partie de ses geus , armés de haches, pour briser la porte. Et tandis que les uns tuaient ceux quiétaientaux murailles et la sentinelle qui était en dedans, les autres brisaient la porte ; de sorte que les soixante hommes étant sur les murailles , fondirent sur ceux qui s’y trouvaient, et qui dormaient. Chacun courut contre eux, et En Ferrand Ximénès alla à la porte et la brisa sans trouver personne qui s’y opposât. Lorsque les portes furent brisées, ils entrèrent , tuèrent et détruisirent tout ce qu’ils rencontrèrent. Ainsi fut pris le château. Il y trouvèrent tant d’argent , que de là en avant En Ferrand Ximénès et sa troupe ne manquèrent de rien et furent tous riches. Or , vous avez entendu le plus beau fait d’armes dont vous ayez jamais ouy parler, puisque, en plein jour, on prit d’emblée un château qui avait été assiégé pendant huit mois. Et lorsque ceci fut fait, la Compagnie se sépara en trois parties, qui formèrent trois

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corps en différents lieux , savoir : l’un sous les ordres d'En Ferrand Ximénès à Médite ; moi Ramon Muntaner, à Gallipoli. avec tous les hommes de mer et autres; car Gallipoli était le centre de tout, et là venaient tous ceux qui avaient besoin de vêtements, d’armes ouautres choses, et en cette cité ils trouvaient tout ce dont ils avaient besoin ; et là venaient et demeuraient tous les marchands, quels qu’ils fussent. Et à Redisto et à Panido était Rocafort avec tout le reste de la troupe. Nous étions tous si riches, que nous ne semions ni ne labourions, ni ne faisions cuver des vins, ni ne cultivions les vignes; et cependant tous les ans nous recueillions chacun tout ce qu’il nous fallait en vin , froment et avoine. Et ainsi vécûmes-nous, grâce à Dieu, pendant cinq ans; et les incursions a cheval se faisaient le plus merveilleusement qu’on puisse imaginer ; tellement que si je vous les racontais, nul ne pourrait suffire à les écrire.

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