CHAPITRE CCXXVI1I
Comment le Tare Xi-Mclich voulut «e joindre à notre Compagnie avec quatre-vingt» homme» à cheval; et comment notredite Compagnie fat groasie de dix-huit cent» Turc» à cheval.
ETCommetout ceci se passait, les Turcs que nous avions chassés de laNatolie , furent informés de la mort ducésaret la prised’EnBérangerd’Entenca.Ils apprirent les victoires que Dieu nous avait accordées et surent que nous étions peu nombreux;ils retournèrent donc en Natolie et soumirent toutes les cités, villes et châteaux des Grecs, et les pressurèrent plus que nous n’avions fait quand nous y étions allés. Voyez le bien qui résulta des maies-œuvres de l’empereur, et delà trahison qu’on nous avait fait éprouver ! On perdit laNatolie que nous avions délivrée , et les Turcs et nous nous épuisâmes toute la Remanie. Car, sauf Constantinople, Andrinople , Christopol et Salonique , il n’y eut cité , ni ville , qui ne fût saccagée et brûlée par nous, ainsi que tout autre lieu, si ce n’est les forts placés dans les montagnes.
CnoaiQcii. T. FL — R. Mcxtihv.». II. l4
210 CHRONIQUES ('3o«)
Or, devant Gallipoli, un capitaine turc, ayant nom Xi-Mélich , vint parlementer et dit : Que si cela nous faisait plaisir, il se rendrait à Gallipoli pour nous parler. Je lui envoyai un bateau armé, et il vint avec dix cavaliers qui étaient ses parents. Il déclara devant En Rocafort, En Ferrand Ximénès et moi , qu’il était prêt à se rendre auprès de nous avec sa compagnie , et sa femme et ses enfants ; qu’il nous ferait serment et hommage d’être avec nous comme frère, lui et toute sa compagnie ; qu’ils nous seconderaient contre qui que ce fut; qu’ils mettraient en nos mains leurs femmes et leurs enfants ; qu’ils voulaient être en tout et partout sous notre commandement ; qu’ils seraient toujours de bonne volonté, et qu’ils nous remettraient la cinquième partie de ce qu’ils gagneraient. Sur cela nous nous réunîmes et consultâmes toute notre Compagnie, et on fut unanimement d’avis de les recevoir. Ainsi nous reçûmes ledit Xi-Mélich, qui se réunit à nous avec huit cents hommes à cheval et deux mille hommes de pied ; et si jamais gens furent soumis à leurs chefs , ce fut bien ces hommes là. Et si jamais hommes furent loyaux et sincères, ceux-ci le furent en tout temps envers nous; et ils furent aussi fort bons hommes d’armes et prêts à tout exécuter. Et ainsi ils restèrent auprès de nous comme des frères, et toujours réunis en corps avec nous de bonne volonté.
Après qu’ils se furent réunis à nous, il ne resta à l’empereur que mille hommes à cheval de troupes
(,îo8) DE RAMON MÜNTANER. 2lt
turques , qui étaient soldés par lui ; ils étaient ordinairement au nombre de quatre milles à cheval ; mais à la première bataille nous en tuâmes bien trois milles, et ainsi il n’en resta plus que mille qui vinrent se mettre en noire pouvoir avec leurs femmes et leurs enfants, comme avaient fait les autres Turcs; et ceux-ci furent en tous temps comme les autres , bons , loyaux et dociles. De manière que nous accrûmes notre nombre de dix-huit cents Turcs à cheval , et que nous tuâmes ou enlevâmes à l’empereur tous les soldats qu’il avait. Ainsi nous fumes maîtres de tout le pays; nous parcourions l’empire à notre guise; et quand les Turcs et Turcopules allaient en course, ceux des nôtres qui le souhaitaient allaient avec eux; et les nôtres leurs faisaient honneur , car souvent ils revenaient avec deux fois autant de butin qu’ils faisaient d’ordinaire eux-mêmes, quand ils étaient seuls; enfin il n’advint jamaisaucunealtercation entre eux et nous.