‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 103 sur 159 · CHAPITRE CCXLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLVIII

Gomment £a Rofçer de Laria, fils de ramiral En Roger de Luria, UTec le secours da seigneur roi de Sicile y alla (aire lever le si^ge de Gerbes, qui ëtait assie'gëe par le roi de Tanis; et comment, en passant k Naples , il monrut , et la terre passa à son frère , En Charlet.

Il est certain que "idans le temps que le seigneur roi d*Arragon alla à Almérie , le seigneur roi de Sicile ne demeura point en paix ; car il lui arriva ce qu'on dit en Catalogne : Que souvent nous ne savons pas d^oii nous vient mal et travail. Ainsi advint-il au seigneur roi de Sicile , qui était en pleine paix ; et il lui survint assez diaffaires et de soucis. Toutefois il prit tout ce qui lui arriva en l'honneur de Dieu et de la sainte foi catholique. le vais vous dire le fait.

Il est vrai que l'amiral En Roger de Luria occupait File de Gerbes, ainsi que je vousTai déjà dit ; et quand l'amiral fut mort. En Roger son fils resta maître de l'île ; mais par la faute de ses oflGiciers, l'île se révolta contre En Roger; si bien que En Roger, aidé du roi de Sicile, qui lui avait promis une sienne fille qu'il avait eue de madame Sibiiia deSolmela^ avant de se marier, alla àGerbes avec six galères et beaucoup de vaisseaux armés. Le château de Gerbes était asdégé,car le roi de Tunis y avait envoyé le Labieni, uo grand Moab de Tunis, avec une armée de chrétiens et de Sarrazjns,qui tenaient le château assiégé,

Cbrohiqws* t. VI. ^^'^.Vluvthxzti. II. lo

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et il l'attaquait sans cesse avec quatre balistes, de

sorte qu'il en fit le siège pendanthuit mois.Etquand

En Roger fut arrivé à Gerbes avec les galères , le

Lahieni craignit qu'il n'occupât le passage qui est

entre l'île et la terre ferme , voyant bien que s'il

le faisait, ce passage lui serait fermé, et qu'ils

étaient tous perdus* Ainsi il abandonna le siège ,

sortit de l'île et s'en revint à Tunis. En Roorer, le

voyant parti, envoya des messages aux habitants du

pays^ se les réconcilia, et châtia les coupables.

Il est sûr que Gerbes est une île peuplée de bons

soldats ; elle est divisée en deux partis dont l'un

s'appelle Miscona, et l'autre Moabia^ qlii sont ici

ce que sont les Guelfes et les Gibelins en Toscane

et en Lombardie. Et les partis de Miscona et Moa*

bia sont si nombreux, qu'ils sont répandus sur

tout le continent de l'Afrique, chez les Alarps,

)Vf oabs et Barbares ; et je suis persuadé qu'il a péri

de part ou d'autre plus de cent mille personnes.

Le noyau de chacun de ces partis est à Gerbes , 00

ils existent depuis l'origine de Gerbes ; et c'est là

qu'ils se. maintiennent encore , et de là aussi qu'ils

aident et favorisent chacun tous ceux qui^sont-de

leur parti.. La maison dé Pen Simomen est à la tête

de laMoabie à Gerbes : ce sont tous des gens locaux-

i^t amis 4^ chrétiens,/. , : . . . ,,,^1. , .

(..Lorsqu'Ëu^Ilogereu t. pacifié l'île, ils'enretourjaafl

en Sicile pour y terminer son mariage. LeroiRo—

bert l'engagea à venir, le trouver à Naples , parcM

qu'En Roget*. avait bien vingt-trois châteaux dan^

('^'^) DE RAMON MUNTANER. 2y5

la Calabre. Il partit donc pour Naples, où il tomba malade et mourut. Ce fut un grand malheur; car s'il eût vécu^ il aurait égalé l'amiral son père. Sa terre échut en partage à son frère Charlet, enfant de douze à quatorze ans^ sage et bon relativement à son âge.

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