CHAPITRE CCLIV
Comment tous ceux de Miscona , ainsi qn'Alef, voolarent se rendre à moi; comment le seigneur roi de Sicile envoya messire Coral Llança avec vingt galères , pour prendre vengeance de toat ce qui avait été ù&t , «t comment la condaite de Tavant-garde fat confiée k mcn , En Ramon Muntaner.
Cela étant fait , je me séparai d'eux en bon accord et bonne amitié ; je laissai le passage bien gardé , et retournai au château , regardant mon affaire comme gagnée ; ce qni était vrai. Arrivé au château , je reçus un message de ceux de Miscona , et de leur chef Alef, qui offraient de rendre à moi. Je ne voulus point leur pardonner sans connaître les intentions du seigneur roi. J'
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voyai une barque au seigneur roi Frédéric , pour savoir ce qu'il voulait que je fisse , lui disant que tous seraient pris ou tués s'il le voulait , et que ^ s'il voulait s'en v^pger , c'était le moment. Le conseil du roi fut d'avis qu'il ne devait point les prendre à merci ; que ce serait un grand déshonneur pour lui s'il ne se vengeait de tout le mal qu'ils lui avaient fait* En conséquence il arma vingt galères , et envoya messire Coral Llança de Châ* teau-Menart, avec deux cents bons, hommes de cheval armés , à Gerbes , €1 deux mille hommes de pied , sans compter ceux des galères* Il me fit dire par la barque que je lui avais envoyée , « de ne les prendre absolument pas à merci ; mais » s'ils mouraient de faim^ et que je vinsse à >x le savoir, de leur faire donner des vivres par les » Sarrazins qui étaient avec moi. » Il me fit dire ceci , pour qu'il n'y en eût aucun qui $e sauvât à la nage pendant la nuit , excité par la faim. Je remplis les ordresdu seigneurrcxi.Nonsautresduchâteau,qui savions bien que le seigneur roi nous envoyait mçssireCoral Llança avec ces troupes, nous envoyâmes au roi une barque armée, pour le prier de nous permettre de faire l'avant-garde , car nous le niérilions par la famine que nous avions soufiert pendant un an et demi , et d'ailleurs les Maures savaient qui nous étions. Le seigneurroi nous accorda notre demande. Or , comme je savais que messire * Coral Llança était prêt à venir nous joindre avec toutes ces braves troupes , je payai tou t ce qui était
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dû aux deux cents hommes de cheval des Alarps , qui avaient été avec moi pendant la guerre , et qui m'avaient servi très loyalement^ et aussi loyalement que cavaliers servirent {Étalais leur seigneur. Je leur donnai de plus, comme gratification, des vivres pour quinze jours , ainsi que des provisions pour leurs chevaux , et à chacun une casaque de drap de laine et une de toile ; et à chacun des officiers , une casaque de moleton rouge et une de camelot. Je les fis débarquer en terre ferme ; et ils s'en allèrent si satisfaits de moi , qu'ils me préférèrent moi , le Valencais y à qui que ce fût au monde. Par ce moyen , je fis savoir aux Alarps , que les gens de Miscona devaient être en sécurité et que j'avais ordonné qu'on ne leuf fit aucun mal. Peu de jours après , messire En Coral Llança vint à Gerbes avec toute sa bonne troupe , et prit terre au château. Ils débarquèrent leurs chevaux ; et leurs chevaux avaient tellement peur des chameaux qu'ils prenaient la fttitQt dès qu'ils les voyaient, r^ous convînmes alors' dé mettre un cheval entre deux chameaux tOift jnès , lorsqu'ils mangeraient. Ce fut un grand travail. Toutefois ils finirent par s'accoutumer les uns aux autres, et mangeaient ensemble? Que vous dirai-je? Nous laissâmes reposer hommes et chevaux pendant treize jours; et, durant ces treize jours, le traître Alef vint se mettre au pouvoir de messire En Coral, qui lui promit de ne pas le faire mourir. Il le reçut d'une manière trop honorable pour un
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traître et un chef tel qu'Alef. Il se regardait comme perdu , et préféra se ^ rendre comme prisonnier du seigneur roi , sachant bien que s*il était tombé en ngfr mains , il n*aurait pu se sauver.