CHAPITRE CCLXII
Comment les barons delà principaatë de la Morëe rësolarent de fidre le mariage de la jeune princesse de la Morëe avec t^hilippe, second fils du roi Charles , ce qui fut adopte , pourvu que le fils du comte d'Aria épousât la sœur de ladite princesse , qui était seignéuresse de Mata grifo.
Il est certain que de ce seigneur duc de Bourgogne , petit fils du roi de France , ainsi que je vous l'ai déjà dit , descendirent les princes de la Morée , savoir, jusqu'au prince Louis , qui fut le cinquième prince de ces seigneurs de Bourgogne et petit-fils du roi de France. Ce prince Louis mourut sans laisser de successeur mâle; mais il laissa deux filles^ dont l'une avait quatorze ans lorsqu'il mourut, et l'autre en avait douze. Le ppnce transmit la principauté à l'ainée, et laissa à la plus jeune la baron nie de Matagrifo, avec la clause que si l'aînée mourait sans enfants légitimes , la principauté retournerait à la plus jeune, et la baronnie de Matagrifo était substituée à l'aînée sous les mêmes conditions. Quand les barons de la principauté
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eurent perdu le prince Louis , qui était pour 'eux un très bon seigneur, ils cherchèrent à qui ils pourraient donner la fille aînée ^ désirant que ce f6t à un seigneur puissant qui put les défendre conatre le despote d*Arta , et contre l'empereur et le seigneur de la Blaquie ; car la principauté et le duché d'Athènes allaient ensemble. La principauté comprenait jadis le duché y mais ensuite les deux frères en firent la conquête et le partage , et le duché échut en partageau comtedela Marche. Que TOUS dirai-je? En ce temps-là le roi Charles fit la conquête du royaume de Sicile , ainsi que vous l'avez vu , et fut le plus grand et le plus puissant seigneur qui fût alors dans le Levant. Le seigneur roi Charles avait un fils qui se nommait Philippe , qui venait après l'aîné , et les barons de la Marche pensèrent qu'il ne pourraient donner la jeune princesse à qui que ce fût qui valût monseigneur Philippe ^ fils du roi Charles^ qui était sage et bon. Ils choisirent alors un archevêque , un évêque , deux gentilshommes, deux chevaliers et deux citoyens, et les envoyèrent vers le roi Charles à Naples, où ils le trouvèrent. Ces envoyés parlèrent du mariage, ce qui plut beaucoup au roi Charles, d'abord parce qu'il savait que cette enfant était issue èe son lignage à lui, et que, d'un autre côté, la principauté de la Morée est , après le titre de roi, un des titres les plus honorables du monde. Il consentit donc au mariage de madame la princesse avec le seigneur Philippe ; et avant que les etavoyés partissent, il le fit venir, et lui dit comment
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U avait conclu ce mariage^et lui demanda s'ilTanit pour bon. Et monseigneur En Philippe lui répondit qu'il lui plaisait infiniment y pourvu qu'il YOulûtlHfD lui faire u n don • Le roi Charles lui dit de demanderce qu'il désirait, et que cela lui serait accordé. Aloisil baisa la main à son père , en lui disant : <t Yoid» » monseigneur^ la demande que j'ai à vous faire: » vous savez bien que dans mon enfance vous me » donnâtes pour compagnon le fils du comte d'A- H ria , qui est de mou âge ; et si jamais quelqu'un » fut satisfait d'un serviteur et compagnon , c'eift » bien moi qui le suis de lui. Voilà pourquoi» » mon père et seigneur , je vous supplie de loi » faire donner pour femme la sœur de la prin* » cesse , avec la baron nie de Matagrifo; que la » deuk sœurs soient épousées à la même messe; H et que le même jour vous nous fassiez chevaliers » l'un et l'autre y de votre propre main. » Le roi Charles lui octroja sa demande , fit appeler les envoyés et conclut au moment même cet autre roftriage. Il donna ordre aussitôt d'armer dix galères à Brindes^ pour aller prendre les deux demoiselles et les amener à Brindes , où le roi Charles et son fils iraient les attendre , et là se feraient les do^ ces. De Brindes à la principauté il n'j a pas deox cents milles ; le lieu était convenable. Que voos dirai-je ? Les demoiselles furent amenées à Brio^ des. Le roi Charles , son fils et son ami s'y reo^-* rent. Monseigneur En Philippe arma ce jour 1^ cent chevaliers de sa main , et son ami vingt ; ^ les deux princesses furent mariées en même tem|
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La fête fut brillante et toutes les octaves fureiit célébrées en ce même lieu ; ensuite avec les dix galères on se rendit à la principauté ; et monseigneur En Philippe fut prince de la Morée , et son compagnon fut seigneur de la baronnie de Matagrifo. Que TOUS dirai-je ? Monseigneur En Philippe ne vécut pas long-temps, et mourut sans enfants. La princesse eut pour second mari un grand baron du lignage du comte Livérus, dont elle eut une fille. > Le prince mourut , et la princesse maria sa fille , jigée de douze ans , au bon duc d'Âthënes , celui qui laissa le duché au comte de Brienne, lequel était son cousin-germain ; il n'eut pas d'enfant de la fille de la princesse. Cette princesse ajant marié sa fille, s'en vint en France , prit pour troisième mari monseigneur Philippe de Savoie , et retourna avec lui dans la principauté.
Peu de temps après, la princesse mourut de maladie , et voulut par son testament que son mari fût prince sa vie durant, et qu'à sa mort il laissât la principauté à sa fille, ce qu'elle n'avait pas le droit de faire ; car cette principaul^é devait auparavant retourner à sa sœur qui était encore vivante, ainsi que son père l'avait arrêté. Et lorsque cette princesse mourut , le prince se trouvait en France ; et dans ce temps le prince deTarente,frère duroiRobert,était passé en Morée pour attaquer son beau -frère le
I. Voyez d^ns la Chronique de Morée T. 111, le règne disftbelle de VîUe-Hardoin.
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4lspote d'Arta ; et voyant la principauté sans maître ni maîtresse, il s'en empara, personne nes'j opposant.MonseigneurEnPhilippedeSavoie,prince de Morée , fut très mécontent en apprenant cette nouvelle. 11 s*écoula peu de temps jusqu'à ce que le prince de Tarente fût en France. Et le prince de Morée réclama auprès du roi de France contre le prince de Tarente, qui s'était emparé de sa principauté, sans déclaration de guerre. Enfin une sen- ^ tence fut rendue, par laquelle il lui était ordonné de ne plus la retenir. Il fut réglé que le prince de la Morée enverrait ses procureurs , qui reçurent pour lui la principauté.
En ce temps là mourut le duc d'Athènes , sans enfants , et il laissa le duché au comte de firienne, son cousin-germain , ainsi que je vous l'ai déjà dit; et il laissa veuve la duchesse , fille de la princesse. :'!f Je vais cesser de vous parler de la princesse, et reviens à vous parler de sa sœur.